‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 182 sur 551 · DELUGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

DELUGE UNIVERSEL

Nous commençons par déclarer que nous croyons le déluge universel , parce qu'il est rapporté dans les saintes Ecritures hébraïques transmises aux chiéliciis.

Nous le regardons comme un uiracle : i«. Parce que tous les faits où Dieu daigne intcrvc-iir d.-n» les sacrés cahiers sont autant de miracles.

a». Parce que l'Océan n'aurait pu s'élever de quinze coudées ou vingt et un pieds et demi de roi au-dessus des plus hautes montagnes, sans laisser soo lit à sec, et sans violer en même temps toutes les lois de la pesanteur et de l'équilibre des liqueurs, ce qui exigeait évidemment un miracle.

3°. Parce que, quand même il aurait pu parvenir à la hauteur proposée, l'arche n'aurait pu contenir , selon les lois de la physique , toutes les bêles de l'univers et leur nourriture pendant si long- temps, attendu que les lions, les tigres, Je- s panthères, les léopards, les onces, les rhinocéros, les ours, les loups, les hyènes, les aigles, les éperviers, les milans, les vau tours, les faucons et tous les animaux carnassiers, qui ne se nourrissent que de chair , seraient morts de faim , même après avoir mangé toutes les autres espèces.

On imprima autrefois à la suite des pensées de Pascal une dissertation d'uu marchand de Uoucn nommé Le Pelletier, daus laquelle i! propose la manière de bâtir un vaisseau où l'on puisse faire cutrer tous les animaux et les nourrir pendant un an. On voit bien que ce marchand n'avait jan mî gouverne de basse - cour. Nous .tommes oblités d'envisager M. Le Pelletier, architecte de l'arche, comme un visionnaire qui ne se connaissait pas en ménagerie, et le déluge comme un miracle adorable, terrible et incompréhensible à la faible raisou du sieur Le Pelletier, tout comme à la notre.

4*. Parce que l'impossihiliié physique d'un déluge universel, par des voies naturelles, est démontrée en rigueur; en voici la démonstration.

Toutes les mers couvrent I» moitié du globe; en prenant uuc mesure commune de leur profondeur vers les rivages et en haute mer, on compte cinq cents pieds.

Pour qu'elles couvrissent les deux hémisphères

seulement de cinq cents pieds, il faudrait non-seule I meut irn Océan de cinq cents pieds de profondeur 1 »ur toute la terre habitable; mais il faudrait encore

DICTIONHAIRE

une nouvelle mer pour envelopper notre Océan actuel ; sans quoi ! *s lois de la pesanteur et des fluide» feraient écouler re nouvel amas d'eau profond de . inq cent* pieds que la terre supporterait.

Vo'l.i dotie deux nouveau?. C*f"é«ns pour rouvrir seuleiiicat de cinq cents pwda le globe terraqué.

En ne donnant aux montagnes qwe vingt mille pieds de han'eur, ee serait donc quarante Oeénns decinq cents pied» de hauteur chacun , qu'il serait nécessaire dVtoWir **j uns swp les antre», poor égaJersealcment h» craie des hantes montagnes. Chaque Océan supérieur contiendrait fous les* autres, et le dernier de fous ces Océans serait ê^me eipeofftcren=e <jni contiendrait qnman«e lois celle «ht premier.

l'our former telle nasse d'eau,, il aurait fallu la créer du m'ant. Pour la retirer, il aurait fallu l'anéantir.

Donc l'ëvérwnene du défeg* est un double miracle, et le plus grand qui ait jamais manifesté la puissance de I éternel souverain do ton* les globes.

Nous sommes très -surpris qne der savaits aient attribué à ce déluge quelques ceqwllet répandîtes ça et là sur notre continent (*)>

Nous sommes encore plus surprit de ce que noua lisons a l'article Déluge du Grand Dictionnaire encyclopédique ; on y cite nn auteur qui dît des choses s» profondus ( ) qu'on le» prendrait pour creuses. Ces* toujours l'Italie; il prouve la possibilité du délogo par l'histoire des géans qui firent la guerre auxdieu\.

Briaréc, selon lui, est visiblement le déluge, car il signifie h perte de !a <érénitr; et en quelle langue signifte-4-il cette perle? en hébreu. Mais Brinréc est I un mot grec qui veut dire rotw-tCk Ce n'est point ua mot hébreu. Quand par hasard il lé serait, grrdonsnous d'imiter Bôcbord qui fait dériver tan' de mois grec», latins, français- même, de l'idiome hébraïque. Il est certain que les Grecs ne connaissaient pas plui l'idiome juif que ht bague chinone.

Le gcanl Olbus est aussi »i. hébreu , scion Duché , l<> d-nuiyment un *<>««. Mais c'est encore un mot •;rec qui ne signifie- rien , du moins que je sorbe; et, quand il signifierait queUjuc chose, quoi rapport s'il vous plaît avec l'hébreu ?

Porphyrion est un tremblement de terre en hébreu; mois en grec c'est djt porphyre. Le déluge n'a que faire fa.

Mimas, c'est une </rr?*m; plnie; pour le coup en voila une qui peut avoir quelque rapport au déluge. Mais en «rec, mti*<t"- veut dire imitateur, awedien; il n'y a pas de moyen de donner au déluge une telle

origine.

Encclade, autre preuve du déloge en hébreu; car, selon Plurhe, c'est la t»n'.«i»* du temps; mais malheureusement en grec c'««t dn bruit.

Ephialtcs, antre démonstration du déluge en hébreu; e?r èphialten. qui signifie s<»nf«tr. oppresseur, incube en grec, est, selon Plutbe, un grand amas de nures.

Or, les Grecs ayant tout pri: chex les Hébreux,

(•) Vov*» le eb»p. xm dn Sin-mlarilet de U Data». «•OHiMoiit du ciel, tome l.d^uola page ioj.

qu'Us ne connaissaient pas, ont évidemment donné i leurs géans tous ces noms une Pioche tiie de l'hébreu comme il peut ; le tout en mémoire du déluge.

Deucalion, selon lui, signifie V^aihliy.cmuit du soleil. Cela n'est pa» vrai ; ntai- n'importe.

C'est aiusi que rnw»mut Ptache; c'est lui qui cita l'auteur dul'artiele UrUujc sans le rifuter. Parlc-t-il sérieusement? se raoque-l-il? \t u'cii sais rien. Tout ce que je sais, c'est qu'il n'y a guèse de système dont on puisse parler sans rire.

J'ai peur que cet article du Grand Dictionnaire , attribue à M. Boulanger, ne soit sérieux; en ce cas noua demandons si eu morceau «si- philosophique ? La philosophie se trompe et aouxent que nous n'osons prononcer contre M. Bouiangsr.

Nous osons encore radias demander ce que c'est que l'abîme qui se ro-npit , cl les cataractes du ciel qui s'ouvrirent. Isaac vossius nie l'universalité du d<*-hnge; hoc «*( pie luguri (h). Cal met la soulicut on assurant que los corps n-j pèsent dws l'air que par la raison que l'air les comprime. Calinet n était pa* physicien , et la pesanteur de l'air n'a rien à faire avec le déluge. CoiUsntous-nour de lire et de respecter tout ce qui est dans la Eible sans eu comprendre un mot.

Je ne comprends pas comment Dieu créa une race pour la noyer et pour lui substituer une race plu* méchante en oo re;

Comment sept paires de toutes les espèces d'animant! non immondes vinrent des quatre quarts du globe, avec deux paires des immondes, sans que les loups, mangdasicui le» brebis en chemin, et sans qu» les éperviers man^metit les pigeons >eic, etc.

Commcut huit personnes purent goiivcrucc, nousrir, abreuver tant d embarqués pendant presde deux ans;cat o mllut encore un an, après la cessation du déluge, pour alimerter tous cas passagers, vu que 1 herbe, euii courte.

Je ne suis pas comme M. Le Pelletier; j'admire, tout , et je n'uxpJ:que rien.

DÊMOCKATIE

Le piix- des lut* , c'est l'eut populaire.

Cinua s'en explique ai mi à Auguste (*). Mais aussi Maxime so-tieni que :

Baye , ayant plus d une fois, dans son Dictionnaire.. wuUn» le pour et le contre, fait, a I article de l'rriJ ^ , t-n portrait fort hideux de la démocratie, et surtout de celle d'Athènes.

Un républicain grand amateur de la démocratie, qui est l'nn de nos feseurs de questions, nous envoie sa réfutation de Bayle et son apologie d'Athènes. Nous exposerons ses raisons. Cest le privilège de quicouq:'.* écrit de juger les vivait* el les morts; .nais on est jugé soi-même par d'autres , qui-le seront ai leur tour; et de si nie en siècle toulcs les sentencessont réformées.

(h) Gonunoniairr «m> la t. en ne. pnae in;, etc. r»;Coas.Ci.aM,.«.ll.«...0

fia) le donc, après qaelques lieux communs, dit ces propres mots : « Qu'on chercherait en vain daus Histoire de Macédoine autant de tyrannie que l'hisloirc d'Athènes nous en présente. »

Peut- être Bayie était-il mécontent de la Hollande quand il écrivait ainsi, et probablemsnt mou répu- Micain oui le réfute est coulent de sa petite ville démocratique, quant à prêtent.

là est difficile de peser dam une balance "bien juste ks iniquités de la république d'Athènes ot colle» de la eour de Macédoine. Nous reprochons encore aujourd'hui aux Athéniens le bannissement de Ci mon, d'Aristide, de Tbémislocfc, d'Aleibiade, les jugemens à mort portés contre Pbocion et contre Socrate, jugement qui ressemblent à ceux de quelques-ans de nos tribunaux absurdes et cruels.

Enfin ce qu'on no pardonne point aux Athéniens, c'est la mort de leurs six généraux victorieux , coudamnés pour n'avoir pas -su le temps d'enterrer leurs morts après la victoire, et peu- en avoir été empêchés par une tempête. Cet erré* est a la ibis si ridicule et si barbare, il porto un tel'earactère de superstition et d'ingraliludo, que ceux de l'inquisition, cenx qui furent rendus contre Urbain Grandier et contre la marécbale d'Ancre, contre Marin, contre tant de , etc., ne sont pua des inepties plus atroces

On a beau dire pour escuser les Athéniens, qu'ils croyaient, d'après Homère, que les Ames des morts étaient toujours errantes, à moins qu'elles n'eussent reçu les honneurs de la sépulture ou du bûcher. Une sottise n'(

Le grand mal que les Ames de (juelijues Grecs se fussent promenées une semaine oit doitr au bord de la mer! Le mal est de livrer des vivans aux bourreaux, et des vivans qui vous ont gagné une bataille, des vivans que vous dévie/, remercier à ;enoux.

Voilà donc les Athéniens convaincus d avoir été es plus sots et les plus barbares juges de la terreur.

Mais il faut mettre à présent dans la balance les crimes de la cour do Macédoine; on verra que cotte cour l'emporte prodigieusement sur Athènes en f.iil de tyrahuic et de scélératesse.

Il n'y a d'ordinaire nnlle comparaison à f lire entre les crimes des grands qui sont toujours ambitieux , et les crimes du peuple qui ne veut jamais, et qui ne peut vouloir que la liberté et l'égalité. Ces deux sentimens, Ulurtc r: <</ , "ne conduisent point droit a la calomnie, à la ran:ne, a l'assassinat , :i l'cmpors'innement, à la dévastation les terres de ses voisins rte. ; mais la grandeur -.Tib;tieuse et 1a raçe du pouvoir précipitent dans tous ces crimes en '.mis femps »'t en tous lieux.

On ne voit dans cette Macédohie, dont lîarîe oppose la vertu a celîed'.'.thënes, qn'iin tissu de crimes épouvantantes pendant deirx rrnîs attitrés île suite.

C'est Ptolomée, oncle <f A iex.Yiidre le Grand , qui assassine son Irvrc Alexandre pour usurper le royaume.

Cest Philippe son frère qui pusse sa vie a tromper et à violer ses sermeus , H qui finit par ét re poignardé par Pausairias.

Olimpms fait jeter la reine Clcopatre et son fils

PHILOSOPHIQUI. 847

Antigoai assassine Eumencs.

Antigone Gonathas son fils empoisonne le gouverneur de la citadelle de Coùuihn, epouso ta veuve, la ehasse , et s'empare de la citadelle.

P&ilippe son pe Ut-fils empoisonne Démélrius, et •ouille touto la Macédoine de meurtres.

Perséo tue sa femme d*. ta propro main, et empoi tonne son frère.

Ces perfidies et ces barbaries sont fameuses dans l'histoire.

Ainsi d me pendant deux sièclot la fureur du despotisme fait de la Macédoine le théâtre d« tout les crimes ; et, dsas le même espace de temps, voua ne voyea le gouverucir.cn» populaire d'Athènes souillé que da ciuq ou six iniquités judiciaires, de ciuq ou six jugemeus atroces, dont le peuple t'ctl toujours repenti, et dont il a fait amende honorable. Il de manda pardon à Socrate après sa mort, et lui érigea le petit temple du SocraUioit. Il demanda pardon à Phoaion, et lui éleva un-» statue II demanda pardon aux six généraux condamnés arec tant de ridicule, et si indignement exécutés. Ils mirant aux fers le principal accusateur, qui n'échappa qu'à peine à la vengeance publique. Le peuple athénien était donc naturellement aussi bon que M%A. Dana quel élat despotique a-t-«u jamais pleuré ainsi l'injustioe de ses arrêts précipités?

Bayle a donc tort cette toit; mon républicain a donc ranon. La gouvernement populaire est donc par lui-même moins inique , moins abominable que Ipouvoir tyrann-que.

Le grand vice de la démocrate n'est certainement pas la tyrannie ut la cruauté : il y eut des républicain» montagnards, sauvages ot <";rocc.i; mais ce n'est pas l'esprit républicain qui les Ht tolr, c'est la nature. L'Amérique .septentrionale cta:t toute eu république. Cédaient dus oui s.

Le véritable vice d une république civilisée est dans la fable lurijuo du dragon a plusieurs têtes cl du dragou n plusieurs queues. La multitude des téta» se nuit, et la multitude des queues obéit à Une seule «été qui veut tout dévorer.

La démocratie ne semble convenir qu'à un trèspetit pays; encore faut-il qu'il soit heureusement situé. Tout petit qu'il sera, i! fera beaucoup de butes . parce qu'il sera composé >i hommes. I,« discorde y régnera connue dans un couvent de mntn'.w; mais il a y aura ni Saint-fiartliélcmi, ni massacre d 'friande, ni vêpres siciliennes, ni inquisition, m cVmtlixniuiUon anx awlcrcs pour avoir pris -le I oau dans b raor san« payer, » moins qo'on ne siinpf»«j eette répaldique iionvno9ée de di#Me* dan- tin coin do l'enfer.

ApW't avoir pris le parti de mon Sifisco CWalrr fambidextre Tint le, j njonterai :

Qr.c les Athéniens furritt guerriers co.itmc 1- s Suisses, et poHs comme l«s Parisiens l otit é é sous Louis Xl\ ,

Qu'ils ont réu si dans tous les arts qui demandent le génie e; la main, comme les Florentins du temps de Médicis;

Qu'ils ont été Jet maîtres des Romains dans les

DICTION N A 1RK

sciences et dans l'éloquence du temps même de Gicéron ;

Que ce petit peuple qui avait a peine un territoire, et qui n'est aujourd'hui qu'une troupe d'esclaves ignorât) s, cent fois moins nombreux que les Juife, et ayant perdu jusqu'à son nom , l'emporte pourtant sur l'empire romain par son antique réputation, qui triomphe des siècles et de l'esclavage.

L'Europe a vu une république dix fois plus petite encore qu'Athènes, attirer pendant cent cinquante ans les regards de l'Europe , et son nom placé à côté du nom de Rome , dans le temps que Rome commandait encore aux rois, qu'elle condamnait un Henri souverain de la France , et qu'elle absolvait et fouettait un antre Hcrri, le premier homme de son siècle; dans le temps même que Venise conservait son ancienne splendeur, et que la nouvelle république des sept Provinces -Unies étonnait l'Europe et les Indes par son établissement et par son commerce.

Cette fourmilière imperceptible ne put être écrasée par le roi démon du Midi , et dominateur des deux mondes , ni par les intrigue:: du Vatican , qui fesaienl mouvoir les ressorts de la moitié de l'Europe. Elle résista par la parole et par les armes ; et à l'aide d'un Picard qui écrivait, et d'un petit nombre do Suisses qui combattit, elle s'affermit, elle triompha; elle put dire Rome et moi. Elle tint tous les esprits partages entre les riches pontifes successeurs des Scipions, Romano% t ernm domino* , et les pauvres habitans d'un • oin de terre long-temps ignoré dans le pays de la pauvreté et des goitres

Il s'agissait alors de savoir comment l'Europe peu» serait sur des questions que personne n'entendait. Cétait la guerre de l'esprit humain. On eut des Calvin , des Bèze, des Turrétin, pour ses Démostbénes, ses Platon et ses Aristote.

L'absurdité de la plupart des questions de controverse qui tenaient l'Europe attentive ayant été enfin reconnue, la petite république se tourna vers ce qui paraît solide, l'acquisition des richesses. Le système de Lass, plus chimérique et moins funeste que ceux des supra l.ipsaîrcs et des infralapsaircs, engagea dans l'arithmétique ceux qui ne pouvaient plus se frire un nom en théo-morianique. Ils devinrent riches et ne furent plus rien.

Oo croit qu'il n'y a aujourd'hui de républiques qu'eu Europe. Ou je me trompe, on je l'ai dit aussi quelque part; mais c'eut été une très -grande inadvertance. Les Espagnols trouvèrent en Amérique la république de Tlascala très-bien établie. Tout ce qui n'a pas été subjugué dans cette partie du monde est encore république. Il n'y avait dans tout ce continent que deux royaumes lorsqu'il fut découvert; et cela pourrait bien prouver que le gouvernement républicain est le plus naturel. Il faut s'être bien raffiné, et avoir passé par bien des épreuves, pour se soumettre au gouvernement d'un seul.

En Afrique, les Hottentcts, les Cafres, et plusieurs peuplades de nègres , sont des démocraties. On prétend que les pays où l'ou vend le plus da ai gres sont gouvernés par des rois. Tripoli, Tunis, Alger, sont des républiques de soldats et de pirates.

Il y en a aujourd'hui de pareilles dans llnde : les Maratcs , plusieurs hordes de. Palanes , les Scik» n'ont point de rois : ils élisent des chefs quand ils vont piller. ,

Telles sont encore plusieurs sociétés de Tartares. L'empire turc même a été très-Iong-temp? une république de janissaires qui étranglaient souvent leur sultan quand leur sultan ue les faisait pas décimer.

On demande tous les jours si un gouvernement républicain est préférable à celui d'un roi ? La dispute finit toujours par conveuir qu'il est fort difficile de gouverner les hommes. Les Juife eurent pour maître Dieu môme; voyez ce qui leur en est arrivé : ils ont été presque toujours battus et esclaves ; et aujourd'hui ne trouver.-vous pas qu'ils font une belle ligure?

DEMONIAQUES,

Possédés du démon , snergumènes , exorcisés , ou plutôt malades de la matrice, des pâles couleurs , hypocondriaques , épileptiques , cataleptiques, guéris par les émolliens de M. Pomme , grand exorciste.

Les vaporeux, les énileptiques, les femmes travaillées de l'utérus, passèrent toujours pour être les victimes des esprits malins, des démons mal fessas, des vengeances des dieux. Nous avons vu que ce mal s'appelait le mal sucre , et que les prêtres de l'antiquité s'emparèrent partout de ces maladies, attendu que les médecins étaient de grands ignorant.

Quand les symptômes étaient forts compliques, c'est qu'on avait plusieurs démons dans le corps, on démon de fureur, un rte luxure, un de contraction, un de raideur, un dYblouisscmcnt, un de surdité; et l'cxorcisscur avait « coup sûr uu démon d'absurdité joint à un de friponnerie.

Nous avons vu que les Juife chassaient les diables du corps des possédés îvcc la racine bar.tt h et des paroles; que notre Sauveur les chassait par uu? vertu divine; qu'il communiqua cette vertu a ses apôtres, tuais que cette vertu est aujourd bui fort afTiiblic.

On a voulu renouveler depuis peu l'histoire de saint Paulin. Ce saint vit à la voûte d'une église un pauvre démoniaque qui marchait sous cette voûte ou sur celte voûte, la tête en bas et les pieds en haut, a peu près comme une mouche. Saint Paulin vit bien que cet homme était possédé; il envoya vite chercher à quelques lieues de là des reliques de saint Félix de Noie : on les appliqua au patient comme des vésicatoires. Le démon, qui soutenait cet homme contre la vo'ltc, s'enfuit aussitôt, et le démoniaque tomba sur le pavé.

Nous pouvons douter de cette histoire eu rouservant le plus profond respect pour les vrais miracles : et il nous sera permis de dire que ce n'est pas ainsi que nous guérissons aujourd hui les démoniaques. Nous les saignons, nous les baignons, nous les purgeons doucement, nous leur donnons des émolliens; voilà comme M. Pomme tes traite ; et il a opéré plus de cures que les prêtres d'Isis et de Diane ou autres n'ont jamais fait de miracles.

Quant aux démoniaques qnî se disent possédés pour gagner de l'argent, au Heu de les baigner, on le» fouette.

H arrivait souvent que des ép'leptiqucs, ayant les fibres et les muscles desséchés, pesaient moins qu'un pareil volume d'eau , et surnageaient quand on les mettait dans le bain. On criait miracle , on disait : Cest un possédé ou un sorcier ; on allait chercher de l'eau bénite ou un bourreau. C'était une preuve indubitable, ou que le démon s'était rendu maître du corps de la personne surnageante, ou qu'elle s'étaii donnée à lui. Dans le premier cas elle était exorcisée} dans le second elle était braléc.

Cest ainsi que nous avons raisonné et agi pendant quinze ou scise cents ans; et nous avons osé nous moquer des Cafrcs! c'est une exclamation qui peut souvent échapper.

En i6o3, dans une petite ville de la Franche- Comté, une femme de qualité fesait lire les vies des saints à sa petite-fille devant ses parens ; cette jeune personne un pen trop instruite, mais ne sachant pas l'orthographe, substitua le mot d'histoires à celui de vies. Sa marâtre, qui la baissait, lui dit aigrement ; fourtfuoi ne li<cz-vcns pat tomme il y a? La petite fille rougit, trembla, n'osa répondre; elle ne voulut pas décéler celle de ses compactes qui lui avait appris le mot propre mal orthographié , qu'elle avait eu la pudeur de ne pas prononcer. Un moine, confesseur de la maison, prétendit que c'était le diable qui lui avait enseigné ce mol. La fille aima mieux se taire que m justifier : son silence fut regardé comme un aveu inquisition la convainquit d'avoir fait un pacte avjc le diable. Elle fut condamnée à être brûlée, par» qu'elle avait beaucoup de bien de sa more , et que la confiscation appartenait de droit aux inquisiteurs : elle fut la cent-millième victime de la doctrinedei dé* mo iliaque* , des possédés , des exorcismes , et dec véritables diables qui ont régné sur la terre.

DENIS (SAINT) L'AREOPAGITE,

Et la fameuse éclipse.

Vapteur de l'article Apocrinie a négligé une centaine d'ouvrages reconnus pour tels, et qui , étant entièrement oubliés, semblaient ne pas mériter d'entrer dans sa liste. Nous avons cru devoir ne pas omettre saint Denis, surnommé l'Arcopagitc, qu'on a prétendu long-temps avoir été disciple de saint Faul et d'un Hiérolbée, compagnon de saint Paul, qu'on n'a jamais connu. Il fut, dit-on, sacré évéque d'Athènes par saint Paul lui-même. Il est dit dans sa vie qu'il alla rendre '«ne visite dans Jérusalem à la sainte Vierge , et qu'il la trouva si belle et si majestueuse qu'il fut tenté de l'adorer.

Après avoir long-tonins gouverné 1» ville d'Athènes , il alla conférer avec saint Jean l'Evangélistc à Ephcsc, ensuite à Rome aver le pape Clément , de l.i il alla exercer son jpostHat en France; « et sachant, dit l'histoire , que Paris étpit une ville riche, peuplée, abondante, et comme la capi'ah des autres, il vint y planter une citadelle peur battre l'enfer et l'infidélité en ruine. »

On le regarda très-tong-temps comme le premier

évoque de Paris. Hurduinuj, l'un de ses historiens, ajoute qu'à Paris on l'exposa aux bêtes; mai» qu'ayant tait le signe de la croix sur elles , les bêtes se prosternèrent à ses pieds. Les païens parisiens le jetèrent alors dans un four chaud; il en sortit frais et en parfaite santé. On le crucifia; quand il fut crucifié, il sa mit à prêcher du haut de la potence.

On le ramena en prison avec Rustique e t Elcuibère, ses compagnons. Il y dit la messe; saint Rustique servit de diacre, et Elruthcrc de sous-diacre. Enfiu, on les mena tous trois « Montmartre, et on leur trancha la téte, après quoi ils ne dirent plus de messe.

Mais , selon Harduinus , il arriva un biou plus grand miracle ', le corps de saint Donis se leva debout, prit sa tête entre ses mahi, les anges l'accompagnaient en chantant : Gloria tibi. Domine, ulleluin. Il porta sa tête jusqu'à l'endroit où on lui bâtit une église, qui est la fumeuse église de Saint-Denis.

Métaphraste , Harduinus , Hincmar , évéque de Reims , disent qu'il fut martyrisé à l\ige de quatrevingt-onze ans ; mais le cardinal Bironius prouve qu'il on avait cent-dix en quoi il est suivi par Ribadencira , savant auteur de la Fleur des saints. Cest sur quoi nous m? prenons point de parti.

On lui attribue dix-sept ouvrages , dont malheureusement nous avons perdu six. I-es on/.c qui nous restent ont été traduits du grec par Jean Scot , Hugues de Saint- Victor , Albert dit le Grand, cl plusieurs autres savans illustres.

Il est vrai que depuis que la saine critique s'est introduite dans le monde , on est convenu que tous les livres qu'on attribue à Denis furcu'. écrits par un imposteur l'au 36a de noire ère, et il ne reste plus •ur cela de difficultés.

De la grande éclipse observée par Denis.

Ce qui a surtout excité une grande querelle entre les savans, c'est ce que rapporte un des auteurs inconnus de la vie de saint Déni*. On a prétendu que ce premier évéque de Paris étant en Egypte, dans la ville de Diospolis ouNo-Ammou, à l'âge de vingtcinq ans, et n'étant pas encore chrétien, il y fut témoin avec un de ses amis d«: ta fameuse éclipse du soleil arrivée dan.* la plc;ne lune à la mort de Jésus- Christ, el qu'il s'écria en grec : u Ou Dieu pâtit, ou il s'afflige avec le patient. >•

Ces paroles ont été diversement rapportées par divers auteurs; mais, dès le temps d'F.usébc de Césaréc, ou prétendait que deux historiens, l'un nommé Phlégon et l'autre Thallus, avaient fait mention de cette éclipse miraculeuse. Eusèbc de Césaréc cita Phlégon, mais nous n'avons plus .ses ouvrages. Il disait, a ce qu'où prétend, que cette éclipse arriva la quatrième année de la deux ccuticinc olympiade , qui serait la dix-huitième année de Tibère. Il y a sur cette anecdote plusieurs leçons, et on peut se défier de toutes, d'autant plus qu'il reste à savoir si on comp-

tai Baroo. , tome II , piifjt 3j.

nurnoNïNAim

tau encore par olympiades du temps de Phlegon; ce qui est fort douteux.

Ce calcul important intéressa tous les astronomes ; Hodgwu, Wiston, Gale, Maurice et le fameux Hal- 1er, ont démontré qu'il n'y avau point eu d'éclipsé de soleil cette anué«j; mais que dans la première aimée de la deux cent-deuxième olympiade, lo a4 novembre, i! en arriva une qui obscurcit le soleil pendant deux minutes a une heure et un quart à Jérusalem.

On a encore été plus loin; un Je suite, nommé Greslon, prétendit que les Chinois avaient conservé dans leurs annales la mémoire cl ui.c éclipsa arrivée a peu près «lans ce tcmps-li contre l'ordre de la nature. On pria les mathématiciens d'Europe d'en fairo le calcul. Il était asset plaidant de prier des astronomes de calculer une éclipse qui n'était pas naturelle. Enfin, il fut a«rc'.c juc les annales de la Chine ne parlent en aucune manière de cette éclipse (*).

11 résulte de l'histoire de saint Denis rAréopagUc, et du passage de Pbléjon , et de la lettre du jésuite Grcslon , que 1rs hommes aiment fort à en imposer. Mais cette prodigieuse multitude de mensonges, loin de faire du tort a la religion chrétienne, ne sert au contraire qu'à en prouver la divinité, puisqu'elle s'est affermie de jour en joi r malgré eux.

Page 1