‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 185 sur 551 · DEVOT · texte numérisé non relu

DEVOT

L'évangile «u chrétien ne dit en «omn lien : Sois dévot ; elle dit : Soi* doux , simple, équitable; Car d'un dévot touvent au chrétien véritable La distance csl deux foi» plus longue, A mon avia, Que du pile antarctique au dclroil de DavU.

(Boileau, ut. XI.)

Il est bon de remarquer, dans nos questions, quo Boilcau est le seul poète qui ait jamais fait Lïantjilc féi.anin. On ne uit point : la sainte évangile, mais le saint évangile. Ccî inadvertances échappent aux meilleurs écrivains ; il n'y a que des pédans qui en triomphent. Il est aisé de mettre à la place :

L'évangile au chrétien ne dit en aucun lieu :

Soi* dévot; tuai» il dit . Sot» doux, simple, équitable, etc.

A l'égard de Davis, il n'y a point de détroi; de Davis, mais un détroit de David. Les Anglais niellent un > au génitif, et c'est la source de la méprise. Car au temps de Soilciu , persoune en France n'apprenait l'anglais, qui csl aujourd'hui l'objet de l'étude des gens de lettres. C'est un habitant du mont Krapac qui a inspiré aux Français le goût de cette langue, et qui, leur ayant fait connaître la philosophie et la poésie anglaise , a été pour cela persécuté par de» Welchcs.

Venons à présent au mot dévot; il signifie dénoué; et dans le sens rigoureux du terme, cette qualification ne devrait appartenir qu'aux moines et aux religieuses qui font des vœux. Mais comme il n'est pat plus par.é de vœux que de dévots dans l'évangile, ee titre ne doit point en effet appartenir à persoune.

ÎS4 DICTION

Tout le monde doit être /gaiement juste. Un homme i qui se dit dévot ressemble à un roturier qui se dit marquis; ii s'arroge une qualité qu'il r'i pas. Il croit valoir mieux que son prochain. On pardonne cette sottise à des femmes; leur faiblesse et leur frivolité les rendent excusables; les pauvres créatures passent d'un amant à un directeur avec bonr.» foi : mais on ne pardonne pas aux fripons qui les dit igent , qui abu- ! sent de leur ignorance , qui fondent le trônj de leur orgueil sur la crédalité du sexe. Ils se forment un petit sérail mystique, composé de sept ou huit vieilles beautés, subjuguées par le poids de leur désreuvrement, et presque toujours ces sujette* payent des tributs à leur nouveau maitre. Point c'e jeunes femmes sans amans, point de vieille dévote sans un directeur. Oh! que les Orientaux sont plus sensés que nous! Jamais un bâc ha n'a dit : Nous soupémes hier avec l'aga des janissaires, qui est l'amant ot ma soeur; et le vicaire de la mosquée, qui est Icdircctcurdc ma femme.

La méthode des dictionnaire*, inconnue à l'antiquité , est d'une utilité qu'on ne peu» contester ; et l'Encyclopédie imaginée par MM. d'AIcmbcrt et Diderot, achevée par eux et par Hurs associés avec tant de succès malgré ses défauts , en est un assez bon témoignage. Ce qu'on y trouve à l'article Pictlonmiiic doit suffire, il est fat*, de main Je maure.

Je ne veux parler ici que d'une nouvelle espèce de dictionnaires historiques qui renferment des mensonges et des satires par ordre alphabétique; tel est lo Dictionnaire historique, littéraire et critique, contenant une idée abrégée de la vie de» hommes illustres en tout genre, et imprimé en ijSb, en six volumes in-8", sans nom d'auteur.

Les compilateurs de cet ouvrage commencent par déclarer qu il a été entrepris sur les a«"isde 1 auteur de la Ga/.cUe ecclésiastique, « écrivain redoutable, disent-ils, dont la flèche, déjà comparée à celle d; Joualhas, n'est jamais retournée eu arriére, et est toujours tciulc du sang des morts, du carnage des plus vail;aus : h A sanguine iiiterfcct<>ruui , , b <ulipc fortium *ttgitUi Joiuith.v nunq'uim roliit teUor-'tm.

On conviendra sans peine que Jonaibas, fils dî Safil, tué a la bataille de Gclboé, a un rippert immédiat avec un convulsionuairc de Paris, q-ii barbouillait les Nouvelles ecclésiastiques dans un grenier en

L'auteur de cette préface y parle du grand Colbcr». On croit d'abord nu; c'est du ministre d'état qui a rendu de si grands jerviecs '. la France; point du tout , c'est d'un évoque de Monlpeliicr. Il se pl-vnt qu'un aulredictionn.-.iic n'ait pas asfez loué I»; céhbr: abbe d'Asfcld, t'illustre Boursier, le fameux Genres, l'immortel La Borde , et qu'on n'ait pas dit asse» 1» injures à l'archevêque Je Sens Lan^iiet, et ."■ un nomme Fil lot, tous gens connus, à re qu'il prétend, de tolonues d Hercule à la mer Glaciale. I* momo' qu'il sera « vif, fort, et piqumt par principe de religion; qj'il rendra sou visage p'.r.s ferme q'-'f le visage de ses ennemi, cl son front plus dur que leut front, selon la parole d'Ezcchicl. »

XAÏTM

II déclare qu'il a mis à eontribntion tons les journaux et tous les anas , et il fini» par espérer qne le ciel répandra ses bénédictions st»r trn travail.

Dans ces espèces de dictionnaires, qni ne sont que des ouvrages de parti, on trouve rarement ce qu'on cherche, et souvent ce mon ue cherche pas. An mot AJonii, par exemple, on apprend qne Vénus fut amoureuse de lai; 'nais pas un ract do culte d'Adonis, ou Adonai chez les Phéniciens; rien sur ces fetes si antiques et si célèbres , sur les lamentations suivies de réjouissances qui étaient de? allégories manifestes, ainsi que les fêtes de Céïè*. celles d'Isis , et •oits les mystères «le l'antiquité, ht1 aïs en récompense jti trouve la religieuse VJkichomii qui traduisit en v-.-rs les Psaumes de David au seizième siècle, et Adkiciiomius, qui était apparemment son parent et qui fit la Vie de Jésiu-Chnst en bas-allemand.

On peut bien penser ciuc tous ceux de la faction dort il était le rédaetnir, scp*. accablés de louange* et les autres d invires. L'antcur, ou la petite horde d'auteurs qui ont broché ce vocabulaire d inepties, dit de .Nicolas Bcindin, procréer général des trésorier* de France, de l'académie de telles-lettres, qn'il était poète et athée.

Ce magistrat n'a pourtant jamais fait imprimer de vers , et n'a rien écrit sur la métaphysique et sur la religion.

Il ajoute que Boindin sera rais par la postérité au rang des Vanini, des Spinosa et des Hobbes. Il ignore que Hobbes n'a jamais professé l'athéisme , qu'il * seulement nourris la religion a la puissance souveraine, qu'il appelle le I tvitthan. Il ignore que Vanini ne fut point athée; que le mot d'athée même t e sa trouve pas dans l'arrêt qui le condamna ; qu'il f..' accusé d'impiété pour s'être éleec fortement ccr'-c ta philosophie d'Aristoc, et pour avoir dispulé aigrement et sans retenue contre un conseiller au pa. letnent de Toulouse, nommé Fraucon ou Franconi» qui cul le crédit de le faire brûler, parce qu'on fait biutci qui on veut, témoin la Puccllc dDnéana, Michel Servet, le conseiller Dubourg, la iraiérhal* d'Ancre, Urbain Grandicr, Morin, et les livres des jansénistes. Voyez d'ailleurs l'apologie de Vanini par le savant La Crosse, cl l'article Athéisme.

Le vocabulaire truite Boindin de scélérat; ses pareils voulaieut attaquer en justice et fiirc punir ut) auteur qui mérite si bien le nom qn'il ose l' orner à un magistrat, à un savant estimable : mau le calomniateur se cachait sous un nom supposé cumin t* la plupart des libellistes.

Immédiatement après avoir parlé si indignement d'un homme respectable pour lui, il le repank cr> nm* un témoin irréfragable, parce que Boitulin, dont la mauvaise humeur «'tait connue, a laissé un mémoire très-mal fait et ircs-léméraire, dans l«|««c' il accuse I.a Motte, le plus honnête honnir.' «lu inonde, un géomètre et un marchand quincaillier, d'avoir faii lec vers infâmes qui firent condamner Jean - Baptiste Rousseau. Enfui, dans la liste des ou«ra»rs de Koindîu, il omot exprés ses excellentes disïcrtalious imprimées dans le Hccueil de l'académie des ballet* lettres, dont il était un membre très-distingué.

L'article FontentUe n'est qn'une satire Je cet ingéct savant académicien dont l'Europe li.téreire est me la science et lestalens. L'auteur a Pire^-encc de dire que « son Histoire des oracles ne fait pas honneur à «a religion, » J>i Vandale, auteur de l'histoire des oracles, et sou rédacteur Kotitcneile avaient vécu du temps des Grecs et de ta république romaine, on poarrait dire avec raison qu'ils étaient r.iulot de ïphes que de bons paien-j; mais, en benne igion ohrétknne en fcsant voir que les prêtres païens étaient des fripons ? Ne Toit-ou pas que les auteurs de libelle, intitulé Dictionnaire, plaident leur pron-e cause 1 Jura prnrimHi nrJcl Ucalcffo. Mais scrait-ee insulter à la religion chréltconc que «le prouver ta friponnerie des eouvulsioniiarrcs? Ix gouvernement a i.it p us, il les a punis sans être accusé d'irréligion

Le libclliste ajoute qu'il soupçonne Kontenelle de n'avoir rempli ses devoirs de chrétien que par mépris pour le eh istianisme même, ("est une < Uangc démence dans ces fanatiques de crier toujours qu'un philosophe no peut être chrétien; il faudrait »«?s excommunier et les punir pour cela seul : « jr cV«t assurément vouloir détruire le christianisme que <"-»**urcr qu'il est impossible de bien raisonner . et <?c croire une religion si raisonnable et si sainte.

Dcs-lvctaux , précepteur de Louis XIII , est accusé d'avoir vécu et d'être mort sans religion. 11 semble que las compilateurs n'en aient aucune, ou «'•• moins qu'en violant tous les préceptes de la véritable, ils cherchent par'out des complices.

Le galant homme, auteur de ces articles, se complaît à rapporter tous les mauvais ver: contre ''académie française, et des anecdotes aussi ridicules nue fausses. Ccst apparemment encore par zdc de religion.

Je ne dois pas perdre une occasion de réfuter le conte absurde qui a tant couru , et qu'il répète fort mai à propos à l'article de l'abbé Cédouin , sur lequel ilse fuit un plaisir de tomber, parce quil avait été. jésuite dans sa jeunesse; faiblesse passagère dont je l'ai vu se repentir tout a sa vie.

Le dévot et scandaleux rédacteur du dictionnaire prétond qne l'abbé Gédouin coucha avec la et b bre Ninoo l'Enclos, le jour même qu'elle eut quatrevingts ans accomplis. Ce n était pas assurément a un prftre de coûter cette aventure dans nn pi étendu Dictionnaire des hommes illustres. Une tel'.' sottise n'est nullement vraisemblable; et je p*iij> C"r.ifier que rien n'est plus faux. On -ncttait autrefois caltc anecdote sur lo compta de l'abbé de Cbàle wn^uf. qui n'était pas difficile en amour, et qui, disait-on, avait eu les faveurs de Ninon égéo de soi «-rate *ns, ou plutôt lui avait donné les viennes. J'ai beaucoup en dans mon enfance l'abbe Gédouin , l'abbé de Ch4teauneuf et mademoiselle l'Enclos; je puis assurer qu'a Page de quatre-vingt* ans son visage portait les macs du la vieillisse; que son ps en avait toutes les infi-raiw'-s , et qu'aile avait daus l'esprit les maximes d'an philosophe austère

loue le nom de prt-ctcu.se

dans la satire de Boileau contre les femmes. Jamais personne n'eut moins ce de tri t que madame De s ho ulières; elle passa toujours pour la femme du meilleur commerce; elle était 1res- »imple cl tri s -agréable daus la conversation.

L'article ?-* U»tte est plein d injure.' atroces contre cet académicien, homme très-aimable , poète philosophe qui a fait des ouvrages estimable» dans tous les genres. Enliu l'auteur, pour vendre son livra ou sis volumes, en a fuit un libelle diffamatoire.

Son héros est Carré de .Monigcron, qui présouia au roi un recueil des miracles opéicr par les convulsionnâmes daus le cimetière de Saiat-Médaxd; et son héros était un sot qui est mort (bu.

k'mterél du public, de la littérature et de la raison, exigerait qu'on livr.lt à l'indignation publique ces Ubellistcs à qui l'avidité d'un gain sordide pourrait susciter des imitateurs; d'autant plus q,uc rien n est si aisé que de copier des livres pa» erdre alphabétique, et d'y ajouter des platitudes, dus calomnie* et des iuj tires.

Extrait des réflexions d'un académicien, sur le Dictionnaire de Vacttdéivie.

J' s u**is voulu rapporter l'élymologie naturelle et incontestable de chaque mot, «-omparer l'emploi, les diverses significations, 1 énergie de ce mot avec l'emploi, les acceptions diverses t la force ou la fi i blessa du terme qui répond i co mot daus les langues étrangères; enfin, citor les meilleurs auteurs qui ont fait usage do ee mot, foire voir le phis ou moins d'étendue qu ils lui ont donné, remarqusr s'il est plus propre i la poésie qu'a la prose.

Pur exemple,

['inclémence des

«st ridicule dans une histoire, parce que ce terme d'ii c'cim nn- a son origine dans lu colère du ciel qu'où suppose manifestée par l'iutempéi ic , les dérangemeiis, les rigueurs des saisons, la violence du froid, la corruption de l'air, les ternîtes, les orages, les vapeurs pestilentielles, etc. Ainsi donc imleuumet, étant une métaphore, est consacrée k la poésie.

Je donnais au mot impt'i-sance toutes les acceptions qu il reçoit. Je lésais voir dans quelle faute est tombé un historien qui pari i de I 'iu.puiasance du roi Alfonsr , en n'exprimant pu « c'éuil celle de résister à son frère, ou cello dont Tein.no I accusait.

Je tachais de faire voir que le; ér ilbètes irrévi*tibte, ifcuniblc, exigeaient un grand mrntgemeut. Le premier qui a dit l'impuhwn itre i tibleJu ijtnie. m trvs-bier. rencontré, parce qu'en effet il s'agissait d un grand génio qui s était livré a son talent maigre tous les obstacles. Les imitateurs qui ont employé cette expression pour des hommes médiocres , sont des plagiaires qui ne savent pas pUeei ce qu'il* d*

La mot incurable n'a ité encore erewUsë dans m vers que par I industrieux Racine.

( Plièdre, «cla I, »cine 3.;

Voilà ee que Boileau appelle -le nuit trouves. Dès qu'un homme de génie a fait un nsage i d'un terme efe I» langue, les copistes nu m.i

3Mi

DICTIOMNAïRE

pas d'employer cette même expression mal à propot en vingt endroits, et .t'en font jamais honneur à l'in

Je ne crois pas qu'il y ait un seul de ces mots trouvés, une seule expression neuve de génie dans auteur tragique depuis Racine, excepté ces > dernières. Ce sont pour l'ordinaire des termes lâches, oiseux, rebattus, si mal mis en place, qu'il en résulte un style barbare; et, à la honte de la nation, ces ouvrages visigoths et vandales furent quelque temps prônés, célébrés, admirés dans les journaux , dans les mercures , surtout quand ils furent protégés par je ne sais quelle dame (i)qui ne s'y connaissait poiut du tout. On en est revenu aujourd'hui; et, à un ou deux près, ils sont pour jama's anéantis.

Je ne prétendais pas faire toutes ces réflexions , mais mettre le lecteur en état de les faire.

Je fesais voir à la lettre £ que nos e muets , qui nous sont reprochés par un Italien , sont précisément ce qui forme la délicieuse harmonie de notre langue. Empire, couronne, diadème, épouvantable, sensible: cet e muet , qu'on fait sentir sans l'articuler , laisse dans l'oreille un son mélodieux , comme celui d'un timbre qui résonne encore quand il n'est plus frappé. Cest ce que nous avons déjà répondu à un Italieu, homme de lettres, qui cuit venu à Paris pour enseigner sa langue, et qui ne devait pas y décrier la nôtre.

Il ne sentait pas la beauté et la néces«ité de nos rimes féminines; elles ne sont que de» e muets. Cet entrelacement de rimes masculiues ci féminines fait le charme de nos vers.

De semblables observations sur l'alphabet et sur les mots auraient pu être de quelque utilité } mais l'ouvrage eût été trop long.

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