‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 186 sur 551 · DIEU. DIEUX · texte numérisé non relu

DIEU. DIEUX

SECTION PREMIÈRE

On ne peut trop avertir que ce Dictionnaire n'est point (kit pour répéter ce que tant d'autres ont dit.

La connaissance d'un Dieu n'est point empreinte es nous par les mains de la uaturc; car tous les hommes auraient la même idée, et nulle idée ne naît avec nous (*). Elle ne nous rient point comme la perception de la lumière, de la terre , etc. , que nous reccvonsdèsque nosycuxet notre entendement s'ouvrent. Est-ce une idée philosophique ? non. Les hommes ont admis des dieux avant qu'il y eût des philosophe*.

D'où est donc dérivé cette idée? du scn'imTt et de cette logique naturelle qui se développe avec l'âge dans les hommes les plus grossiers. On a vu des effets étounaiis de la nature, des moissons et des stérilités, des jours sereins et des tempêtes , des bienfaits et des fléaux , cl on a senti uu maître. Il a fallu des chefs pour gouverner des sociétés, et on a eu besoin d'admettre des souverains de ces souverains nouveaux que la faiblesse humaine s'était dounés , des êtres dont

(i) Ce!» parait «voir rapport su Catillna de OctwDoo, et à •dune de Pofnpadour. que 11» cttounu de Voltaire l lé à fcvarker la «ocoe» de crue mravaiM tragédie.

(•)V«ycsritticklM*.

le pouvoir suprême fît trembler des hommes qui pouvaient accabler leurs égaux. Les premiers souverains ont à leur tour employé ces notions pour cimenter leur puissance. Voilà les premiers pas , voilà pourquoi chaque petite société avait sou Dieu. Ces notions étaient grossières, parce que tout l'était, il est trèsnaturel de raisonner par analogie. Uue société sous un chef ne niait point que la peuplade voisine n'eût aussi son juge, son capitaine; par conséquent elle ne pouvait nier qu'elle n'eut aussi son Dieu. Mais comme chaque peuplade avait intérêt que son capitaine fût le meilleur, elle avait intérêt aussi à croire, et par conséquent elle croyait que son Dieu était le plus puissant. De là ces anciennes fables si long-temps généralement répandues, que tes dieux d'une nation combattaient contre les dieux d'une autre. De là tant de passages dans les livres hébreux qui décèlent à tout moment l'opinion où étaient les Juifs, que les dieux de leurs ennemis existaieut, mais que le dieu îles Juifs leur était supérieur.

Cependant il y eut des prêtres, des mages, des philosophes daus les grands états où la société perfectionnée pouvait comporter dos hommes oisifs, occupés de spéculations.

Quelques-uns d'entre eux perfectionnèrent leur raison jusqu'à reconnaître en secret un Uieu un*qi:j et universel. Ainsi, quoique chez les anciens Egyptiens on adorât Osiri , Osiris , ou plutôt Osirclb , qui signifie cette terre est à moi ; quoiqu'ils adorassent encore d'autres êtres supérieurs, cependant ils admettaient un Dieu suprême, un principe unique qu'ils appelaient Knef , et dont le symbole était une sphère posée sur le frontispice du temple.

Sur ce modèle les Grèce curent leur Zcus, leur Jupiter, maître des autres dieux qui n'étaient que ce que sout les anges cher les Babyloniens et chez les Hébreux, et les saints chez les chrétiens de la communion romaine.

Cest une question plus épineuse qu'on ne pense, et très-peu approfondie, ci plusieurs dieux égaux en puissanco pourraient subsister à la fois.

Nous n'avons aucuno notion adéquate de la Divinité , nous nous traînons seulement de soupçons eu soupçons , de vraisemblances en probabilités. Nous arrivons à un très-petit nombic de certitudes. U y a quelque chose d'éternel, car rien n'est produit de rien. Voilà une vérité certaine sur laquelle votre esprit se repose. Tout ouvrage qui nous montre des moyens et une fin, annonce un ouvrier; donc cet univers, composé de ressorts, de moyens dont chacun a sa fin , découvre un ouvrier très-puissant, trèsiutelligent. Voilà une probabilité qui approche de la plus grande certitude; mais cet artisan suprême estil infini? est-il partout? est-ii en un lieu? comment répondre à cette question avec notre intelligence bornée et nos faibles connaissances?

Ma seule raison me prouve un être qui a arrangé la matière de ce monde ; mais ma raison est impuissante à me prouver qu'il ait fait cette matière , qu'il l'ait tirée du néant. Tous les sages de l'antiquité , sans aucune exception , ont cru la matière éternelle et sub- , Tout ce que je puis faire sans

PHILOS

le secours d'une lumière supérieure, c'est donc de croi •<• <i'i<- li* Oirn 'le re monde es» aussi éternel et existant par lui même ; Dieu et la matière existent par la nature des choses. D'autres -liaux ainsi que d'autres mondes ne subsisteraient -ils pas? Des nations eu tières, des écoles Irès-écUirécs ont bien admis deux dieux dans ce monde-ci, l'un la source du bien, l'autre la source du mal. Ils ont admis une guerre interminable entre deux puissances égalas. Certes la nature peut plus aisément souffrir dans l'immensité de l'espace plusieurs êtres indépendant, maîtres absolus chacun dans leur ('tendue , que deux dieux bornés et impuissaus.daus ce monde, dont l'un ne peut faire le bien, cl l'autre ne peut fauc le mal.

Si Dieu et la matière existent de toute éternité, comme l'antiquité l a cru , voilà deux êtres nécessaires; or, s'il y a deux /'très nécessaires, il peut y ?n avoir trente. Ces seuls doutes, qui sont le germe d'une infinité de réflexions, serveut au moins à nous convaincre de la faiblesse de notre entendement. Il faut que nous confessions uotre ignorance sur la nature de la Divinité avec Ciccron. Mous n'en saurons jamais plus que lui.

Les écoles ont beau nous «lire que Dieu est infini négativement cl non privativement , formaliter et non iH-itcri.tlita -, qu'il est le premier, le moyen et le dernier acte, qu'il est partout sans cire dans aucun lieu. Cent pages de commentaires sur de pareilles définitions ne peuvent nous donner la moindre lumière. Nous n'avons ni degré , ni point d'appui pour monter à de telles connaissances. Nous sentons que nous sommes sous la main d'un être invisible; c'est tout, et nous ne pouvons dire un pas au delà. Il y a une témérité insensée à vouloir deviner ce que c'est que cet être, s'il est étendu ou non , s'il existe dans un lieu ou non, comment il existe, comment il opère (*).

SECTION II

Je crains toujours de me trompci ; mais tous les monumens me font voir avec évidence que les anciens peuples policés reconnaissaient un Dieu suprême. Il n'y a pas un seul livre, une médaille, un bas-relief, une inscription, où il soit parlé de Junon, de Minerve, de Neptune, de Mars et des autres dieux , comme d'un être formateur, souverain de toute la nature. Au contraire, les plus anciens livres profanes que nous ayons, Hésiode et Homère, représentent leur Zcui comme seul lançant la foudre, comme seul maître des dieux et des hommes; il attache Junon à une chaîne, il chasse Apollon du ciel.

L'ancienne religion des bracmanes, la première qui admit des créatures célestes, la première qui parla de leur rébellion, s'explique d'une manière sublime sur l'unité et la puissance de Dieu, comme nous l'avons vu à l'article Ange.

Les Chinois, tout anciens qu'ils sont, ue vicunent qu'après les Indiens; ils ont reconnu un seul Dieu de temps immémorial ; point de dieux subalternes, point de génies ou démons médiateurs entre Dieu et les hommes, point d'oracles, point de domptes abstraits, ■oint de disputes îbèologiqiics chet les lettrés; l'cm-

(*) V*}— CatUno*. tarai.

PHîQUT. 357

pereur fut toujours le premier pontife, la religion fut toujours îugusle et simple : c'est ainsi que ce vaste empire, quoique subjugué deux fois, s'est toujours conservé dans son intégrité, qu'il a soumis ses vainqueurs à ses lois, et que, malgré les crimes et les malheurs attachés à la race humaine, U est encore l'état le plus florissant de la terre.

Les mages de Chaldéc, les Sabécns ne reconnaissaient qu'un seul Dieu suprême, et l'adoraicut dans les étoiles qui sont son ouvrage.

Les Persans l'adoraient dans le soleil. La sphère posée sur le frontispice du temple de Mcmphis, était l'emblème d'un Dieu unique et parfait , nommé Knef par les Egyptiens.

Le titre do Deus optimm maximus n'a jamais été donné par les Romains qu'au seul Jupiter,

. . Homiaum lalor atque «forum ( *).

On ne peut trop répéter cette grande vérité que nons indiquons ailleurs («).

Celle adoration d'un Dieu suprême est confirmée depuis Romulus jusqu'à la destruction * entière de l'empire et à celle de sa religion. Malgré toutes les folies du peuple qui vc aérait des dieux secondaires et ridicules, et, malgré les épicuriens, qui au fond n'en reconnaissent aucun, il est avéré que les magistrats et les cages adorèrent dans tous les temps un Dieu souverain.

Dans le nombre des témoignages qui nous restent de cette vérité, je choisirai d'alord celui de Maxime de Tyr, qui florissait jous les Antonins , ces modèles de la vraie piété, puisqu'il» l'étaient de l'humanité. Voici ces paroles dans son discours intitulé De Dieu selon Platon. Le lecteur qui veat s'instruire est prié de les bien peser.

n Les hommes ont eu la faiblesse de donner à Dieu une figure humaine , parce qu'ils n'avaient rien vu audessus de l'homme ; mais il est ridicule de s'imaginer, avec Homère, quo Jupiter eu la suprême divinité a les sourcils noirs et les che?cux d'or, et qu'il ne peut les secouer sans ébranler le ci il.

u Quand on interroge les hommes sur la nature de la Divinité, toutes leurs réponses sont différentes. Cependant, au milieu de ccUc variété prodigieuse d'opinions, vous trouverez un même sentiment par toute la terre, c est qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui est le père de tous, etc. u

Que deviendront, après cet avec formel et après les discours immortels des Cicéron, des Antonins, des Epictètc; que deviendront, di*-jc, les déclamations que tant de pédans ignorans répètent encore aujourd hui? A quoi serviront ces étemels reproches d'un polythéisme grossier et d'une idolâtrie puérile, qu'à nous convaincre que ceux qui les font n'ont pas la plus légère connaissance de la saine antiquité? Ils ont pris les rêveries «l'Homère pour la doctrine des sages.

Faut-il un témoignage encore plus fort et plus expressif ? vous li* trouverez dans la lettre de Maxime

{•) Vwa., <fi»«ùt, UV. I, v. *S8;«tliv. XI, v. 7»!

(«) La prétendu Jupiter, u* ea Crète, tarait qu'us» feble historique ou foA^uc, coquae cette dte «utr» dieux. Jorâ, depuU Jupiter, èuil la traduciioa du mot grec Z«w ; et Z*u$ «Uit 11 traducliuu du mol phén'çieu Jthova.

« Oa, qu'il y ait un Dfcu souverain qui sort sans commencement , cl qui, sins a>oir rien engendré de semblable à lui , soit néanmoins» le père et le formateur de tontes choses , quel homme est assez grossier, assez stupide, pour en Joutei ? Cest celui dont nous adorons sous des noms divers I éternelle puissauce répandue dans toutes les pallies du inonde; ainsi, honorant séparément, ,»ar diverses sortes de culte, co qui est comme ses divers membres, nous l'adorons tout entier Qu'ils voua conservent ces

dieux Hb i'tertie , sous lot noms desquels et par lesquels, tout autant de moi tels que nous sommes sur ta terre , nous adorons le pire commun des dieux et da kommes. par différentes sortes de cultes, à la vérité, mais qui s'accordent tons dans leur même, et ne tendent qo'a la même fin. »

Qui écrivait cette lettre? un Numide, i du pays d'Alger.

Réponse d'Augustin.

m h y a dans votre place publique deux i Mars, nu dans l'une et armé dans l'autre, et tout ancres la figure d'un homme q , avec trou doigts qu'il avance vers Mars, tient en bride cette divinité dangetcusc a toute la ville. Sur ce que vous me dites que de pareils dieu» sont comme des membres du véritable Dieu, je vous avertis, avec toute la que voua me donuez, de u„' pas tomber dans de pareils sacrilèges : car ce seul Dieu dont vous parlez est sans doute celui oui est reconnu de tout le monde, cl sur lequel les ienorans contiennent avec les savans , comme quelques anciens out dit. Or , direz-vous que celui dont la force, pour ne pas dire la cruauté , est réprimée par un hoin .ic mort , soit an membre de celui-là ? Il me serait aisé de vous pousser sur ce sujet, car vous voyez bien ce qu'où pourrait dire sur cela ; mais je me reliens , de peur que vous ne disiez que ce sent len armes de la rhélonquu que j'emploie contre voiu plutôt t[u2 celle de la vérité (-'.). »

Nous lie savons pas ce que signifiaient ces deux statues dont il ne reste aucu-i vestige; mais toutes les statues dont Komc était rcmpl'c , le Panthéon et tous les temples consacres a tous les dieux subalternes , et même aux douze grands dieux , n'empêchèrent jamais que /Jeni optimus mi.riiuu , IHiu tic -boit et trc-jraml, ne fut reconnu dans tout l'empire.

Le malheur des Romains étan donc d'avoir ignoré la loi mosaïque , et ensuite d'ignorer la loi des disciples de notre Sauveur Jésus-Christ , de u avoir pas

de Madaure à saint Augustin ; tous deux étaient philosophes et orateurs; du inoins W* s'en piquaient : Hs t'écrivaient librement; ils éiaiei.l amis autant que peuvent l'être un homme de l'ancienne religion et un de la nouvelle.

Lisez la lettre de Maxime de Madaure, et la rei de l'évoque dllippone.

Lettre de Maxime de Madaure.

eu la foi , d'avoir mêlé an culte d'un Dieu suprême le celte de Mars, de Vénus, de Minerve, d'Apollon, qei n'existaient pas , et d'avoir conservé cette religion jusqu'au temps des Théodoses. Heureusement les Goths, les Huns, les Vandales, les Hérnles, les Lombards, les Francs, qui détruisirent cet empire, se sonmircut a ia vérité et jouirent d'un bonheur qui fut refusé aux Scipions, aux Citons, aux Métellna, aux Emile, aux Cicéron, aux Vairon, aux Virgile et aux Iloraces (").

Tous ces grands hommes ont ignoré Jésus-Chris» qu'ils ne poir*si?nt connaître, mais ils n'ont point adoré le diable, comme 11 répètent tous les jours tant de pédans. Comment atn aient-ils adoré le diable puisqu'ils n'en avaient jamais entendu parler?

D'une calomnie de ffarburton contre Cicéron, au sujet d'un Dieu suprême.

WAtsutTox a calomnié Cicéron et l'ancienne Rome ( ) ainsi que ses contemporains. Il hardiment qnc Cicéron a prononcé ces paroles * son Oraison pour Flaccus : a Tl est indigne de la majesté de r.mpire d'adorer un seul Dieu. » Majcstatem imperii non deatît ut unuv f<uifi'j>> Ihn* colatur.

Qui le croirait? il n'y a pas un mot de cela dans FOraison pour Flaccus , ni dans aucun ouvrage de Cicéron. I! s'agit de quelques vexations dont on accusait Flaccus, i[ui avait exercé la préturc dans l' Asie- Mineure. U était secrètement poursuivi par les Juifs dont Rome était alors inondé"; ; car ils avaient obtenu à force d'argent des privihVs â Rome . dans le temps même que Pompée, après Crassus, ayant pris Jérusalem, avait fait pendre leui roitelet Alexandre, (Us d'Aristobulc. Flaccus avaic défendu qu'on fit passer

des

espèces d'or et d'argent à Jérusalem

parce i

ces monnaies eu revenaient altérées el que le commerce en souffrait; il avait fait saisir Toi qu'on y portait eu fraude. Cet or, dit Cicéion, est encore dans le trésor; Ha ce us s'est conduit avec autant de désintéressement que Pompée.

Ensuite, Ciccrou, avec son irooie ordinaire, prononce ces paroles : c Chaque pays a sa relie ion, nous avons la nôtre. Lorsque Jcrus- !em était encore libre, et que les Juifs étaient ce pi ix , ces Juifs n'avaient pas moins en horreur la spleiulcu. de cet empire, la dignité du nom romain , les institutions de nos ancêtres. Aujourd h ni celle natio*» a kit \oir plus que jamais , par la force de ses anrrs , ce qu elle doit penser de l'empire romain. Elle net sa montré par sa valeur combien elle est chère aux dieux immortels; elle nous l'a prouvé, eu étant vaincue, dispersée, tributaire. »

Sna eu <juc e viluti religio ett ; nette nobit. S l an l bus Ri». rotalymis, ptienlistjtte Judo-!», lumen i ..forum »<r,'K»j o •urrorum . u ipltndort hujut imperii, jram'fafr nominv mtttri , majerum trutitutit abherrebut • mute vertî, hoc m agit, tjttùd dU jeiu auid Je imperio nottro teuiirtt, attendit armù fun car* Mit iinmoitoUbtu euet, deeuit, qmôd ttt vietu, ouùd tloeula , quid «iv. tu. (Ctc Orotw pro FUeco, c»p XXVltl.)

, p retape

(•) Voyez Inotr. Inot.*T (r) Préface i • Moi», pagn i,;.

, iDOtiTttlt.

d.t tnmell.feh

H est donc très - faux que jamais ni Cîeéroit ni an'» cun Romain ait dit qu'il ne convenait pas à la majesté* de l'empire de reconnaîtra un Dieu suprême. Leui Jupiter, ce Zeus des Grecs, ce JcLova des Phéniciens , fut toujours regardé comme le maître (les condaires; on ne peut trop inculquer cette : vérité.

Les Romains on: Ut pris tous leurs dieux des Grecs?

Les Romains n'auraient -ils pas eu plusieurs dieu* qu'ils ne tenaient pas des Crées ?

Par exemple, ils ne pouvaient avoir été plagiaires en adorant Cœlum , quand le» Grecs adoraient Ouranon j en s'adressant à Salurnai ci i> Icllus, quand les Grecs s'adressaient à Gé et a Cbronos.

Us appelaient Cércs celle que les Grecs nommaient Doo et tiemiter.

Leur Neptune était Poséidon ; leur Vénus était Aphrodite ; leur Junon s'appelait en grec £ra ; leur Proscrpinc , Con1 ; enfin leur favori Mars , Ares ; cl leur favorite Bellone, £nio. 11 n'y a pas là un non qui se ressemble.

Les beaux-esprits grecs et romains s'étaicnl-ils rencontrés? ou les uns avaient-Us p. is des autres la chose dout ils déguisaient le nom ?

11 est assez naturel que les Romain?, sans consulter les Grecs , so soient fait des dieux , du ciel, du temps, d'un cire qui préside • la guerre, à la généra* lion, aux moissons, sans aller demander des dieux

en Grèce, comme ensuite ils allèrent leui demander des lois. Quand vous tni'vc -s» nom qui ne ressemble à rien, il paraît juste de le croire originaire du pays.

Mais Jupiter, le 'naître de tous les dieux, n'est-il pas un mot appartenant ?. toutes le» nations, depuis î'Euphratc jusqu'au Tibre? Celait Jov , Jovis chez les premiers domains, Zcus cher, les Grecs, Jchova chex les Phéniciens, les Syri.ns, le Egyptiens.

Cette ressemblance , > paraît-elle pas servir i confirmer que tous ;es peuples avaien. la connaissance de l'Être suprême? coi.-iaisfancc confuse à la vérité; mais quel homme pcui l'avoir distincte?

sïciicm ut Kxcntcn de Spinosa.

Spinosa ne psul s'enr^cher d'admettre une intelligence agissante dt.ua la mslicre , et fesanl un tout avec elle.

a Je dois conclure, dit-il (Q, que l'être absolu n'csl ni pensée, »»i élcndui, exclusivement luii de l'autre, mais

buis nécessaires le .';ir<; absolu. »

que ' cteuduc et la pensée soufcjcs atlri-

C est en

•l différer de tous les athées de

l'antiquité, OccIIuï I Jcanus, Héraclile, Démo«;ritc, Leucipc , Stratjo, Epicurc, l'ylhagorc, Diagorc , Zcuou d'Ëléc, *naxiiiandrc, et tant d'autres. Il en diffère surtout mr sa nié(kcde,qii il avait entièrement puisée dans la U-ctu. B ac Descartes, dont il a unité1 jusqu'au style.

«Page 1 3, édition Je Foppcn*.

Ce qui étonnera surtout la foule de ceux qui crient

Spinosa, Spinosa , ;t nui ue .''ont jamais lu, c'est sa déclaration suivante, il ne Ir. fait pas pour éblouir le* hommes , pour apaiser des théologiens , pour M donner des protecteurs, pour désarmer un parti; il parle en philosophe sins se nommer, sans s'afficher ; s'exprime en latin pour être entendu d un très-petit nombre. Voici sa profession de foi.

Profession de foi de Spinosa.

« Si je concluais aussi que l'idée de Dieu, comprise sous celle de l'infinité, de l'univers ( ), me dispense de l'obéissance, 'io l'amour et du culte, je ferais encore un plus pernicieux usage de nia raison; canil m'est évident que les lois que j ai reçues, non par la rapport ou l'entremise -les autres hommes, mais immédiatement de lui, -ont celles que la lumière naturelle me fait connaître peur véritables guides d une conduite raisonnable, -i je manquais d'obéissance à cet c ard, je pécherais seulement contre le principe de mon être et contre la société de mes pareils, mais contre moi-même, en me privant du plus solide avan> tagede mon existence. '1 cri vrai que celle obéissance oc m'engage qu'aux 'levoirs de mon état , et qu'elle me fait envisager tout le rcric comme des pratiques frivoles, inveutées supcrsliiicuscmen'. , ou pour l'utilité de ceux qui les ont instituées.

« A l'égard de l'amour de Dieu, loin que cette idéa le puisse affaiblir, j'estime qu'aucune autre n'est pin* propre à l'au^meutcr , nuisqu'cllc me fait connaîtra que Dieu est intime à mon être; qu'il me donne l'exis» tenee et toutes mes propriétés; xais qu'il me les donne libéralement sans i-cprochc, sans intérêt, sans m 'assujettir à autre choie qu'a ma propre nature. Ella bannit la crainte, l'ii quiétude, la défiance et tons les défauts d'un amour vulgaire ou intéressé. Klle ma S'il sentir que c'est nu bien que jt ne puis perdre, et que je possède d'autant mieux que je le connais et qui je l'aime. >•

Est-ce le vertueux »t tendre Fénélon, est-ce Spinosa qui a écrit ces pensées? Comment deux hommes si opposés l'un à l'autre oni-ilcp i se rencontrer dans l'idée d'aimer Dieu pour lui-même avec des notions de Dieu si différentes (•) ?

Il le faut avouer; ils alliicnt tous deux au même but, l'un en chrétien, î'an're en ho num qui avait la malheur de ne le pas être ; le saint archi vé pic en phi* losophc persuadé que Dieu est distingué de la nature, I autre en disciple trcs-.'garc de Descartes, qui S imaginait que Dieu est la nature entière.

Le premier était orthodoxe, le second se trompait, j'en dois convenir; mais tous deux é. aient J.ims la bonne foi : tous deux estimables dans leur sincérité comme dans leurs mœurs douées ci simples; quoiqu'il n'y ail eu d'ailleurs nul rapport entre 1 i iiitateur da l'Odyssée et un cartésien sec, hérissé d'argiiincn*; entre un très bel esprit de la coût de Louis XI V, revêtu do ce quon nomme une <ji n.k h<j uU , et la

DTCTIONNAIKK

pauvre Juif déjudaisé, vivant avec trois cents florins de rente (;) dans l'obscurité îa pluj profonde.

S'il est entre eux quelque ressemblance, c'est que Féuélou fut accusé devant le sanhédrin de la nouvelle loi, et 1 autre devant une synagogue sans pouvoir comme sans raison; mais l'un se soumit, et l'autre se révolta.

Dm fondement de la philosophie de Spinosa.

Le grand dialecticien Bayle a réfuté Spinosa (</). Ce système n'es*, donc pas démoiitic comme une proposition d Euclidc. S'il l'était , 0,1 ne saurait le combattre. 11 est donc au moins obscur.

°J'ai toujours eu quelque soupçon que Spinosa, avec sa substance universelle, ses modes et ses accidens, avait entendu autre c'-ose que ce que Ray le ; entend, et que par consi'quen' Bayle peut avoir eu raison, sans avoir confondu Spinosa. J'ai toujours " ou surtout que Spinosa ne s'entendait pas souvent |l lui-même, et que c'est la ori'tripaltt raison pour la- { c on ne l'a pas entendu.

11 111c semble qu'on pourrait battre les remparts du || spinosisme par un côté que Bayle a négligé. Spinosa [i pense qu'il ne peut exister qu u*>e seule substance ; et il parait par tout sou 'ivre qu'il se fonde sur la mé- I prise de Descartes, que '.ont e t yidii. Or, il est aussi

faux que tout soit plein, qu'il est faux que tout soit vide. Il est démontré aujourd'hui que le mouvement est aussi impossible dans le plein absolu, qu'il est impossible que, dans une balance égale, un poids de deux livres élève un poids de quatre.

Or, si tous les mouvemens exigent absolument des espaces vides, que deviendra la substance unique de Spinosa ? Comment la substance d'une étoile entre laquelle cl nous est un espace vide si immense, scrat-ellc précisément la substance de notre terre, la substance de moi-môme (A), la substance d'une mouche mangée par une araignée?

Je me trompe peut-être; mais je n'ai jamais conçu comment Spinosa, admettaut une substance infinie dou: la pensée et la matière sont les deux modalités, admcitanl la substaucc, qu'il appelle Dieu, et dont tout ce que nous voyous est mode ou accident, a pu cependant rejeter les causes finales. Si cet être infini, universel, pense, comment n'aurait- il pas des des- I seins / s'il a desdesscius, comment n'aurait-il pas une volonté? Nous sommes, dit Spiuosa, des inodes de cet être absolu, nécessaire, infini. Je dis à Spinosa : Nous vouions, nous avons des desseins, nous qui ne sommes que des modes : donc cet être infini, nécessaire, absolu, ne peut en être privé, donc il a volonté, desseins, puissance.

Je sais bien que plusieurs philosophes, cl surtout

(/ ) Ou vît t\>tH sa mort , pw set comptes, qu'il n'avait quelquefois dépensé que quitte sous et demi en un jour pour ta nourriture. Ce n'« »t pat là ut rrpa» 6n moine* assemblé* en chapitre.

(g) Voytt 1 article &>imm , Dictionnaire de Bayle.

(h) Ce irai fait que Bayle n'a pas presse* cet argument, c'est qu'il n'était pas instruit des trmonsirations de Newton, de Kcil, de (irt^ori, de Ilaliey, que le vide est nécessaire pour le mouvement.

Lucrèce, ont nié le; causes finales, et je sais que Lucrèce, quoique peu châtié, est un très-grand poète dans ses descriptions et dans sa morale; mais en philosophie il me paraît, je l'avoue, fort au-dessous d'un portier de collège et d'un bedeau tic paroisse. Aflirmer que ni l'œil n'est fait pour voir, ni l'orefile pour entendre, ni l'estomac pour digérer, n'est-ce pas la la plus éuorme absurdité, la plus révoltante folie qui soit, jamais tombée dans l'esprit humain? Fout douleur que je suis, cette démence me paraît évidente, et je le dis.

Pour moi, je ne vois daus la nature , comme dans les arts, que des causes finales; et je crois un pommier fait pour porter des pommes , comme je crois une montre faite pour marquer l'heure.

Je dois avertir ici que, si Spinosa , dans plusieurs endroits de ses ouvrages, se moque des causes finales , il les reconnaît plus expressément que personne dans sa première partie de l'Être en général et «n particulier.

Voici ses paroles :

« Qu'il me soit permis de m'arrêter ici quelques iustans (/) pour admirer la merveilleuse dispensation de la nature, laquelle, ayant enrichi la constitution de l'homme de tous les ressorts nécessaires pour prolougcr jusqu'à certain terme I» durée do sa fragile existence, cl pour animer la connaissance qu'il a de lui-même par celle d'une infinité de choses éloignées, semble avoir exprès négligé de lui donner des moyens pour bien connaître celle dont il est obligé de f,tirc un usage plusordinairc, même les individus de sa propre espèce. Cependant , à le bien prendre , c'est moins reflet d'un refus que celui d'une extrême libéralité, puisque, s'il y avait quelque être intelligent qui en put pénétrer un autre contre son gré, il jouirait d'un te i avantage au-dessus de lui, que par cela même il serait exclus de la société ; au lieu que, dans l'état présent, chaque individu jouissant de lui-même avec uue plciuc indépendance , ne se communique qu'autant qu'il lui convient. »

Que conclurai-jc de là? que Spinosa se contredisait souvent ; qu'il n'avait pas toujours des idées nettes; que daus le grand naufrage des systèmes il se sauvait tantôt sur une planche, tantôt sur une autre; qu'il ressemblait par cette faiblesse à Malcbranchc, à Arnauld, àBossuct, à Claude, qui se sont contredits quelquefois dans leurs disputes; qu'il était comme tant de métaphysiciens et de théologiens. Je conclurai que je dois me délier à plus forte raison do toutes mes idées en métaphysique , que je suis un animai très faible, marchant sur des sables meuvansqui se dérobent continuellement sous r oi , et qu'il n'y ■ peut-être rien de si fou que de croire avoir toujours raison.

Vous êtes très-confus, Baruc (h) Spinosa ; mais Ctcs-vous aussi dangereux qu'on le dit? Je soutiens que non; et ma raison, c'est que vont êtes confus,

(0 Page 14. .

k) il s'appelle Barre, et non Brtwit, cm il ne fat lasse*»

1 npn^r

<iucii

que vous avez écrit en mauvais latin, et qu'il n'y a pai dix personnes en Europe qui vous lisent d'un bout « l'autre, quoiqu'ou vous ait traduit en français. Quel est l'auteur dangereux? c'est celui qui est lu parles oisifs de la cour cl par les dames.

3LCTI0N IV.

Du système de la nature.

L'acte ira, du Système de la nature a eu l'avantage de se faire lire des satans, des ignorans, des femmes; il a donc dans le style des mérites que n'avait pas Spinosa. Souvent de la clarté, quelquefois de lïloqtiencc, quoiqu'on puirsc lui reprocher de répéter, de déclamer et de se co"*treJ;.re , comme tous les autres. Pour le fond des choses, il faut s'en défier trèssouvent en physique et eu morale. Il s'agit ici de l'intérêt du genre humain. Examinons donc si sa doctrine est vraie et utile, c*. soyons courts si nous pouvons.

L'ordrt et le détord, e n'cxittenl peint, etc. (I) Quoi! en physique, un enf.nl né aveugle ou privé de ses jambes, tin monstre n'est pa« contraire à la nature de l'espèce? Vcst-cc pas la régularité Ordinaire de la nature <|ui fût l'ordre, et l'irrégularité qui en est le désordr*: ? N Vst-ce pas uu très-grand dérange* ment, un désordre fuue.-.te qu'un enfant a qui la nature a donné la faim e: a bouché l'œsophage ? Les évacuations de toute espèce sont nécessaires, et souvent les coiului s manquent d orifices; on est obligé d'y remédier : ce désordre a sa ^ause , saus doute. Poiut d'effet sans cause, .nais c'est un eCet très-désordonné.

L'assassinat de son ami, de son frère, n'cst-il pas un désordre horrible en morale? Les calomnies d'un Garasse, d'un Le Tel lier, d'un Doucin, contre des jansénistes et celles des jansénistes contre des jc- • fuites; les impostures des Palouillct n des Paulian ne sont-elles pas de petits désordres? La Saint-Barthélcini, les massacres d Irlande, etc., etc., ne sont- Us pas des désordres exécrables? Ce crime a sa cause dans des passions, mais l'effet est exécrable; la cause esl fatale; ce désordre fait frémir. Reste A découvrir, si l'ou peut, l originc de ce désordre; mais il existe.

Vex\iricnce prouve que ht ...attira que itou» reqardom comme mates et morte», prennent rte lactict, dt l'intelligence, À* la vie, quand elle* font comb.nLt d une certaine façon (m).

Cest là précisément la difficulté. Comment un germe parvient-il à la vie? ! auteur et le lecteur n'en savent rien. De la les deux volumes du Système; et tous les systèmes du monde ne sont-ils pas des réves? Il faudrait définir la vie, et c'etl H fu« j'etiim* impouible(n). Cette déCnition n'cst-clle pas très-aisée, très-comla vie n'est-elle pas organisation avec sentiment? Mais que vous teniez, ces deux propriétés du mouvement seul de la matière , c'ssl ce dont il est impossible de donuer une Dit uve : et , si on ne peut le prouver, pourquoi l'affirmer? pourquoi dire tout baut, je sait, quand on se dtl tout bas, j ignore?

parti* . *k>.

(•)P»Se6.> — (»)Fift78.

DICT. PBlf,

L'en demandera et eue c'ttl que l'homme, tte. (o) Cet article n'est pas issurémciit plus clair que les plus obscurs de Spinosa, et bien des lecteurs sindignerout de ce ton décisif que 1 on prend saus rien expliquer.

Le matière **t éternelle «* niceuai^e, mmi iet forme* et m

Il est difficile de compreudre comment la tnatièrs étant nécessaire cl aucun être libie n'existant, selon l'auteur, il y aurait quelque cLosc de conlingeut. On enteud par contingence ce qui peu» être et ne pas être : mais, tout devant être d'une nécessité absolue, toute mauière d'être qu'il appelle ici mal à propos contingent, est d'une nécessité au*.; absolue que l'être même. Cest là où l'on se trouve encore plongé dans un labyrinthe où l'on ne voit point d'issue.

Lorsqu'on ose assurer qu'il n'y a point de Dieu, que la matière agit par elle-même, par une nécessité étemelle, il faut le démontrer comme une proposition d'Euclidc, sans quoi v jus n'appuyez votre système que sur.un peut-être. Quel fondement pour la chose qui intéresse le plus le genre humain!

Si rhomme, tapit ta na'ure, est forcé d'aimer ton Ken-' être, il et* lui ci d'en aimer le* moyen*. U trait inutile et peutilr* in')u*te de demander à un homme d'être vertueux, t'H ne peut l'eu e tant te rendre malheureux. Dit que la vice le rend heureux, il doit aimer le vice (q).

Celte maxime es», encore plus exécrable en morale qut les autres ne -.ont f.iiises en physique. Quand il serait vrai qu'un homme ne pourrait être vertueux sans souffrir, il faudrait l'encourager à l'être. La proposition de l'auteur serait visiblement la ruine de U société. D'ailleurs, comment saura-t-il qu'on ne peut être bcur:ax sans avoir des vices? n'cst-il pas au coulrairc prouvé par l'expérience que la satisfaction de les avoir domptés est cent fois plus grande que le plaisir d'y avoir ••iccou.br; plaisir toujours empoisonné, plaisir qui mène au malhcui ?0n acquiert, en domptant ;cs vices, la tranquillité, le témoignage consolant de sa conscience; ou perd, en s'y livrant, sou repos, -;a santé; on lisquc tout. Aussi I auteur luimême en vingt endroits veut qu'on sacrifie tout à la vertu; cl il n avance lcUc proposition que pour donner dans „on sy:«èmc une nouvelle preuve de la nécessité d'être vertueux.

Ceux qui n jettent avec tant de raiton 'et idée* innée». ... aument du tenu, que celte i.iie%enr» iuefluUe que l'on place mm «loui-e nul du mondt , et dont no* un* ne peuvent conttater ni l'existence ni le* qua'.itit, e*t un être de raiton (rj.

En vérité, de ce que aous n'avons point d'idées innées, comment s ensuil-il qu'il n'y a point de Dieu? cette conséquence n'cst-clle pas absurde? y a-t-il quelque contradiction a dire que Dieu uous donne desddées pir nos sens? n'csl-ii pas au contraire de la plus granJcévidcr.ccquc,s'il est un être tout-puissant dont nous tenons la vie, uous lu-' devons nos idées et nos sens comme tout le reste? Il faudra t avoir prouvé auparavant que Dhu n'existe pas; et c'est ce qu«

(e) P*f* 80. -00 Pue? 8l.(,)PBe. l5lli (rJVaaa.ft-

l'auteur nu point fait; e'csf otOne ce qu'il n'a pas encore tenté do Taire jusqu'à celle ppgc du chapitre X.

Dans ta crainte cL' fatiguer lus lecteur» par l'exai men de lotis ces mor.-caux détaché* , je viens au Ton* dément du livre, cl a l'erreur étonnante sur laquelle il a élevé son système. Je dois absolument répéter ici ce qu'on a dil ailleurs.

Histoire des anguilles sur lesquelles est fondé le Système (♦).

Il y avait en France vers l'an « t5o un jésuite anglais nommé Necdti-m ■ déduise rn s/tuilier, qui servait alors de pn.'ccp;.!ur au neveu de M. I. illoa, archevêque de l'oulousa. Cet homme fcsBil des expérience» de physique et surtout de chinai..

Après avoir mis de la Ctriite du seigle ergoté dans des bouteilles bien bouchées, ct-du jus do mouton bouilli daus d'autres bouteille, il crut que sou jus de iuou'.oo et son seigle avaient fait naître des anguilles , lesquelles nu me ca produisaient bientôt d'autres ; et qu'ainsi *tue race d'anguilles se formait indifféremment d'un jus de viande , ou d un grain di •ciglc.

Un physicien qui avait de la réputation, ne douta pas que ce MccJtiain ne frtt uu profond al bée. 11 conclut que, puisque l'on disait des anguilles avec de la farine de seigle, on pouvait faire des hommes avec de la farine de froment; que la nature et la chimie produisaient tout, et qu il était démontre qu'on peut M passer d'un Dieu formateur de toutes choses.

Cette propriété do la iarinc trompa aisément on homme (5) raalh urcuscmcnl égard alors dans dss idées qui doivent faire trembler poui la faiblesse de l'esprit humain, il voulait creuser un trou jusqu'au centre de la terre pour voir le feu central, disséquer des Patagons pour connaître la nature de l'.îrac, enduire les malades de poi ; résine pour les empf cher do transpirer, cxalUr son Ame pour prédire l'avenir. b\ on ajoutait r|(i1l fut encore plus malheureux en cherchant à opprimer deux de ses confrères, cela ne ferait pas d honneur <i l'athéistnc , et servirait seulement à nous faire rentrer en uous-memes avec confusion.

Il est bien étrange que des hommes, en niant un créateur, se soient ittrifcuc le pouvoir de créer des anguilles.

Ce qu il y a de plm déplorable, c'est que des physiciens plus inslruUs adoptèrent le ridicule système du jésuite Necdham , et le joignirent à celui de Maillet, qui prétendait que lOcéau avait formé les Pyrénées et les Alpes, ut que 1er. hommes étaient originairement des niarsotiint , dent la queue fourchue se changea en suisses et en jambes dans la suite des temps, ainsi que nous l'avons dit. De telles imaginations penveni être mises avec les anguilles formées par de la farine.

11 n'y a pas lon«Hcrop< qi? on assura qu'a Bruxelles

(•) Voyet A*r.i3iLi es

voltiin ' de l*h)*i (t) Slauperluu.

XX dm

un lapin avait fait nne demi -doux* inc de lapereaux à

une poule.

Cette transmutation de farine et de jus de mouton en anguilles fut démontrée austi fausse et aussi ridicule qu'elle l'est en effet, pir M. Spalantani, un pev meilleur observateur que NcMUiam.

On n'avait pas besoin même do se» observations pour démontrer l'cxtravagaucc d'une illusion si palpable. Bientôt les anguilles de Necdham allèrent trouver la poule de Bruxelles.

Cependant, en 17G8, le traduetem exact, élégant et judicieux do Lucrèce se laisse surprendre au poiut que non-seulement il rapporte daus ses notes rlu livre VIII, page 36 1 , les prétendues expériences de Necdham, mais qu'il fait ce qu'il peut pour en constater la validité.

Yoilà pour le nouveau fondement du Système de la nature. L auteur dès le second chapitre s'exprima ainsi :

En humectant de la farine avec de Veau , et en renfermant es mélange, on Uomve au bout de qutlqut fentp», A l'aide du microtc fe, qu'il a produit dos être» organitit dont on croyait la fmine et l'eau incapables. Cett ainti qiu la nature inanimés peut fiatter à la vie, qui .t'ait elU-mime qu'un assemblas* d*

Quand cette sottise inouïe serait vraie, je ne vou pas, à raisonner rigoureusement, qu'cl e prouvât qu'il n'y a point de Di«?u; car il se pourrait très-bien qu'il y eût un être suprême, intelligent et puissant, qui, ayant formé lo soleil et tous les astres, daign» former aussi des animalcules sans germe. 11 n'y a point là de contradiction dans les termes. Il faudrait chercher ailleurs une preuve démonstrative que Dieu n'existe pas, et c'est ce qu'assurée] n'a trouvé, ni no trouvera.

L'auteur traite avec mépris les v«u»G» U.IU«», parce- que c'est un argument rebattu ; mais cet ajournent si méprise est de Cicéron et de Newton. Il pourrait par cela seul faire entrer les athées en quelque défiance d'eux - mêmes. Le nombre est assez grand des sages qui, en observaut le cours des astres et l'art prodigieux qui règne dan» la structure des animaux et des végétaux , reconnaissent une main puissante qui opère ces continuelles merveilles.

L'auteur prétend que la' matière aveugle et sanr choix produit des animaux iiitclligcns. Produire sans intelligence des êtres qui en ont ! cela est - il concevable ? ce système est-il appuyé sur la moindre vraisemblance ? Une opiuion si contradictoire exigerait des preuves aussi étonnantes qu'elle-même. L'auteur n'en donne aucune; il ne prouve jamais rien, et il affirme tout ce qu'il avance. Quel chaos, quelle confusion ! mais quelle témérité !

Spinosn du moins avouait une intelligence agissante dans ce grand tout, qui constituait la nature; il y avait l.'i de la philosophie. Mais je suis forcé d* dire que je n'en trouve aucune dans le nouvel» système.

La malicro est étendue, solide, gravitante, divisible; j'ai tout cela aussi-bien que cette pierre. Ma»

(I) Première partie, paga a3. Voy. sur les anguille» de VémU

a-t-on jamais vu une pierre sentante ot pensante? Si je suis étendu, solide, divisible, je le dois à la matière. Mais j'ai sensations et pensées; à qui le dois-je? ce n'est pas à de l'eau, a de la fange; il est vraisemblable que c'est à quelque chose de plu» puissant que moi. C'est à la combinaison seule des élémeas, mo dites-vous. Prouvez- le -moi donc; &i«cs-snoi doue voir nettement qu'une cause iiitclligcute ne peut ra'avoir donne Intelligence. Voilà uù tout êtes réduit.

L'auteur combat a\cc succès lo dica des scolastiques, un dieu composé de qualités discordantes, un dieu auquel on donne, comme à ceu d'Homère, les passious des hommes ; un diou capricieux , inconstant, vindicatif, inconséquent, absurde : mais il ne peut combattre le Dieu des sages. Les sages, en contemplant la nature, admettent un pouvoir intelligent et suprême. Il est peut-être à .n possible à la raison humaine destituée du secours diviu de (aire uu pas plus avant.

L'auteur demande où réside cet être ? et Je ce que personne sans être infiui ne peut dire ou il réside, il conclut qu'il n'existe pas. Cela n'est par philosophique; car, do co que nous as pouvons dire où est la «a use d'un effet, nous ne 'i.'vvns pas conclure qu'il n'y a poiut de cause. Si vous n'aviez jamais vu de ea non nier et que vous vissiez l effet d'une batterie de canon, vous ne devriez pas dire, elle agit toute seule par sa propre vertu .

Ne tient-il donc qu'à dire, il n'y a point de Dieu, pour qu'on vous en croie sur votre parole ?

Enfin, sa grande objection est dans les malheurs et dans les crime:: du genre humain , objection aussi ancienne que philosophique; objection commune mais fatale et terrible, à laquelle on ne trouve de réponse que dans I espérance d'une vie meilleure. Et quelle est encore cette espérance? nous n'en pouvons avoir aucune certitude par la raison. Mais j'ose dire que, quand il nous est prouvé qn'uu vaste édifice construit avec le plus grand art est bâti par un architecte, quel qu'il soit, nous devons croire à cet architecte quand niémc l'édifice serait tcinl de notre sang, souillé de nos crimes, et qu'il nous écraserait par sa chute. Je n'examine pas encore si l'architecte est bon, si je dois être satisfait de son édifice, si je dois en sortir plutôt que d'y demeurer ; si ceu» qui sont logés comme moi dans celte maison pour quelques jours en swnt contens : j examine «eulcsncut s'il est vrai qu'il y ait nn architecte, ou si cctU maison, remplie de tant de beaux apportai». us et do vilains galetas, a'ost bâtie toute seule.

vcctiji» V.

Pc la nécessité de croire vn llrt suprême.

Le grand objet, le gr«nd intf-ît, ce me semble, n'est pas d'à gumenter en métaphysique, mais de peser s'il fant, pour le bien craunundc nous autres Animaux misérables et pensons, admettre on Dieu rémunérateur et vengeur, qui nous serve à la fois de frein et de consolatiou , ou rejeter cette idée ea nous abandonnant à no» calamités sans espérance» et à nos

si, dans une république où l'on ne

reconnaîtrait point de Dieu, quelque citoyen en proposait un, i! le ferait pendre.

Il entendait apparemmeut par celte étrange exagération, tin citoyen qui voudrait dominer au nom de Dieu; un charlatan qui voudrait se (aire un tj ran. Nous entendons des citoyens qui , scutaut la faiblesse humaine, sa perversité et sa misère, chercher un appui qui les soutienne dans les languci.. s u! dans les horretrrs de cette vie.

Depuis Job jusqu'à nous, un très-grand nombre d hommes a mandi! son existence; nons .vous donc un besoin perpétuel de coiuobrion et d'espoir. Votre philosophie nous en prive. La fabîî de Pandore vilait mieux, elle nous laissait l'espérai***:;, et v:vis nous la ravisse/.! La philosophie, selon "ous, ne f.j'irnit aucune preuve d'uu bonheur a venir. Non ; mais vous n'avez, aucune démonstration du contra;re. Il se peut qu'il y ait en nous une monade indestructible qui scn'c et qui pense, sans que nous sachions le moins du monde comment cette monade est faite. La raison ne s'oppose point absolument à cette idée, quoique la raison seule ne la prouve pas. Celte opinion n'at-ellc pas un prodigicax avantage sur la vôtre ? la mienne est utile au genre humain, la vôtre est funeste; elle peut, quoi que vous en disiez, encourager les Néron , les Alexandre VI cl les Cartouche ; la mienne peut les réprimer.

Marc-Antonin, Ëpictètc croyaient que leur monade, de quelque espèce qu'elle fût, se rejoindrait i la monade du grand Être; et ils furent les plus vertueux des hommes.

Dans le doute où nous sommes tons deux, je ne vous dis pas avec Pascal : Prenez U /»'•«» jû-. Il n'y a rien de sûr dans l'incertitude. 11 t e s'zg;* pas ici da parier, mais d'examiner : ii fut: juger, cl notre volonté ne détermine pas notre jugement Je ne vous propose pas de croire des choses extra-, agrnlcs pour vous tirer d'embarras ; je ne vous dis pu: : Allez à la Mecque baiser la pierre noire pour voi s înslruirc; tenez une queue de vache à la main ; alTtthk-/. vous d'an scapulairc, soyez imbécile et fanatique pour acquérii la faveur de l'Être des êtres. Je vous xf is : Continuez à cultiver la vertu, à être bienfcsai.t, à regarder toute superstition avec horreur ou svec pitié ; mais adorez avec moi le desserti qui se maniCc 'c dans toute la nature, et par conséquent l'autour de ce dessein, la cause primordiale cl finale de tout; espère/ avec moi que notre monade qui raisonne sur le grain' £trc éternel pourra être heureuse par ce grand Être un" me. Il n'y a poiut !à de contradiction. V »tis m- m'en démontrez pas l'impossibilité; de même c;ue je ne puis Vous démontrer malbématiqaj?mcnt que I.» chose est ainsi. Nous ne rnisomions «uetc en métaphysique que sur des probabilités; nous nageons lOns-lar-s une mer dont nous n'avous jamais vn le rivage. Malheur à ceux qui se battent en nageant! Abordera qui pourra ; mais celui qui me crie : Vous nagez en vtin , il n'y a point de port , me décourage et m'ôte toutes mes forces.

De quoi s'aqit-M dans notre dispute ? de console» notre malheureuse existence. Qui la console ? voua ou moi?

Von» avouez vous-même, dans quelques

Je votre ouvrage, que la croyance d'un Dieu a retenu quelques hommes sur le bord du crime : cet aveu me suffit. Quand cette opinion n'aurait prévenu que dix assassinats , dix calomnies , dix jugeraens iniques snr la terre , je tiens que la terre entière doit l'cmbrasscr.

La religion , dites-vous, a produit des milliasses d« forfaits ; dites la superstition , qui règne sur notre triste globe; elle est la plus cruelle ennemie de l'adoration pure qu'on doit à l'Être suprême. Détestons ce monstre qui a toujours déebilé le sein de sa mère; ceux qui le combattent sont les bienfaiteurs du genre humain ; c'est un serpent qui entoure la religion de ses replis; il faut lui écraser la tétc sans blesser cclla qu'il infecte et qu'il dévore.

Vous craignez qu'en adorant Vieil on ne redeviene bientôt superstitieux et fanatique. Mais n'est-il pas à craindre qu'en le niant on ne s'abandonne aux passions les plus atroces, et aux crimes les plus affreux? Entre ces Jeux c\cès, n'y a-t-il pas un milieu trèsraisonnable? Où cl l'asile entre ces deux écucils? la voici : Dieu et des luis sages.

Vous affirmez qu''l n'y a qu'un pas de l'adoration à la superstition. Il y a l'infini pour les esprits bien faits : et ils sont aujourd'hui en grand nombre; ils sont 4 la 'été Jes nation*, ils influent sur les mœurs publiques; et, d'année en ennée, le fanatisme qui couvrait la terre se voit enlever ses délcstablss usurpations.

Je répondrai encore un mot a vos paroles de la page aa3.

Si ton présume tttt rappvrtt entre l honme ci cet étrt tnero\able, il faudra lui élever de* auteU, lui faire det prêtent, etc.; tifon ne conçoit rien ù cet ttrt, il faudra t'en rapporter i de* ptétret qui.,... etc., etc., etc.

Le grand mal de s'assembler aux temps des moistons pour remercier Dieu du pain qu'il nous a donné ! qui vous dit de faire des présens ù Dieu ? l'idée en est ridicule : mais où est le mal «le charger un citoyen, qu'on appellera vieillard on prêtre , de rendre des actions de grâces à la Divinité au nom des autres cilo)cus, pourvu que ce prêtre fie soit pas un Grégoire VII qui marche sur la tête des rois, ou un Alexandre VI souillant par un inceste le sein de sa fille qu il a engendrée par un s'npre, et assassinant, empoisonnant, à l'aide de sou bâtard, presque tous les princes sos voisins; pourvu que dans, une paro'sse ce prêtre ne soit pas un fripon vol in t dans la poche des pénitens qu'il confesse, et employant cet argent à séduire les petites filles qu'il catéchice; pourvu que ce prêtre no soit pas un Le Tcllier, qui met tout nn royaume en combustion par des fourberies dignes du pilori ; un Warburlon , qui viole les lois dî I» société en manifestant les papiers secrets d 'tn membre du parlement pour le perdre, et qui calomnie quiconque n'est pas de son avis ? Ces derniers cas sont lire*. L'étal du sacerdoce csl un freiu qui force a la Licnséanec.

Un sot prêtre excite le mépris; un mauvais prêtre inspire l'horreur; un bon prêtre, dou\, pieux, sans superstition, charitable, tolérant, est un homme qu'on doit clic'rir et respecter. Vous craignez l'abus, cl moi

aussi. Unissons-nous pour le prévenir ; mats ne condamnons pas l'usage quand il est uii'c a k société, quand il n'est pas perverti par le fanatisme on par la méchanceté frauduleuse.

J'ai une chose très-importante à vous dire. Je suis persuadé que vous êtes dans une grande erreur; mti* je suis également convaincu que vous vous trompes eu honnête homme. Vous voulez qu'on soit vertueux , même sans Dieu, quoique vous ayez dit n.alheureusement que, dès que le vice rend l'homme heureux, U doit aimer le vice ; proposition affreuse que vos amis auraient dû vous faire effacer. Partout ailleurs voua inspirez la probité. Celle dispute philosophique ne stva qu'entre vous et quelques philosophes répandus dans l'Europe ; le reste de la terre n'en entendra point parler. Le peuple ne vou» lit pas. Si quelque tbcologi-'n voulait vous persécuter, il serait un méchant, il serait un imprudent qui ne servirait qu'à vous affermir et à faire de nouveaux athées.

Vous avez tort ; mais les Grecs n'ont point persécuté Ëpicurc, les domains n'ont point persécuté Lucrèce. Vousavcz tort; mais il faut respecter votre génie cl votre vertu, eu vous réfutant de toutes ses forces.

Le plus bel hommage, à mon gré, qu'on puisse rendro à Dieu, c'est de prendre sa défense sans colère; comme le plus indigne portrait qu'on piissc faire de lui, est de le peindre vindicatif et furieux. Il est h vérité même : la vérité est Si»ns passions. Ccst être disciple de Dieu que de l'annoncer d'un cœur doux et d'un esprit inaltérable.

Je pense avec vous que le fanatisme est no monstre mille fois plus dangereux que l'athéisme philosophique. Spinosa n'a pas commis une seule mauvaise action. Cbitcl et Ravaillac, tous deux dévots, assassinèrent Henri IV.

L'athée de cabinet est presque toujours un philosophe tranquille; le fanatique est toujours turbulent: mais l'athée de cour, le prince athée pourrait être le fléau du gen e humain. Boryia et ses semblables ont fait presque autant de mal que ics .'matiques de Munster et des Cévcuiics : je dis les fanatiques des deux partis. Le malheur des athées de cabinet est de faire des athées de cour. Ccst Cbiron qui élève Achille; il le nourrit de moelle de lion. Un jour Achille traîner» le corps d Hector autour des muiaillcs de Troie, et immolera douze captifs inno?:ns i sa vengeance.

Dieu nous garde d'un abominab'c prêtre qui hacha nn roi en morceaux avec son courorct sacré, ou da celui qui , le casque eu téle et 1 1 ci' rasse sur le dos, à l'âge de soixante cl dix ans, os* «?çncr de ses troia doigts ensanglantés la ridicule ^communication d'un roi de France , ou de .... ou de .... ou i'r ... .

Mais que Dieu nous préserve aussi d'un despot* colère et barbare, qui, ne croyant point un Dieu, serait son Dieu à lui-même ; nui se rendrait indigne de sa place sacrée, en foulant aux pieds ,-;î devoirs que cette place impose; qui sacrifie. ait sans remords ses amis, ses parcus, ses serviteurs, son peuple , à ses passions. Ces deux tigres, l'un tondu, l'autre couronné, sont également à craindre. Par quel frein nom» rons-nous les retenir? etc. , clc.

Si 1 idée d'un Dieu auquel no* âmes peuvent se r*

Joindre, a lait des Titus, des Trajan, des Antonio, des Marc-Aurèle, et cer grands empereurs chinois dont la mémoire est si précieuse dans le second des plus anciens ei des plus vastes empires du monde ; ces exemples suffisent pour ma cause, et ma cause est celle de tous les hommes.

Je ne crois pas que dans toute l'Europe il y ait un seul homme u'éut, nn seul homme un peu versé dans les affaires du monde, cjui n'ait le pins profond mépris pour loutes les légendes dont uous avons été inondés pins que nous ne le sommes aujourd'hui de brochures. Si la religion n'enfante plus de guerres civiles, c'est h la philosophie seule qu'on en est redevable; les diiputck thcologiques commencent à Être regardées du mém.: œil que les querelles de Gilles ni lit Pierrot à la feirc. Une usurpation également odieuse et ridicule, fondée d'un côté sur la fraude et de l'autre vur la bêtise, est mince chaque instant par la raison qui établit son règne. La bulle In cccntï Pomini, le chef-d'œuvre de l'insolence et de la folie , «9W plus paraître dans Rome même. Si un régiment de moines fait le moindre évolution contre les lois de t'éut, ii est cassé sur-le-champ. Mais quoi! parce qu'on a ihassé les jésuites, faut-il chasser Dieu? au contraire, il faut l'en aimer davantage.

SECTION VI

Soos l'empire d'Arcadius, Logomacos, théologal -de Constantinople, alla en Scythie, et s'arrêta au pied An Caucase , dans les fertiles plaines de Zéphirim, snr les frontières de la Colchidc. Le bon vieillard Dondindac était dans sa grande salle basse , entre sa grande bergerie et sa vaste grange; il était à genoux avec sa femme, ses cinq fils et ses cinq filles, ses parcus et ses valets, et tous ebantaieut les louanges de Dieu après uu léger repas. Ouc fais-tu là , idolâtre? lui dit Logomacos. Je ne suis point idolâtre, dit Doudindac. Il f*ut bien que tu sois idol.itrc, dit Logomacos, puisque tu n'es pas Grec? Ç;;, dis-moi, que chantais-lu dans Ion barbare jargon de Scythie? Toutes les langues sout égales aur oreilles de Dieu , répondit le Scythe ; nous chantions ses louanges. Voila qui est bien extraordinaire, reprit le théologal ; une famille scythe qui prie Dieu sans avoir été instruite par nous! il engagea bientôt une conversation avec le Scythe Dondindac, car le théologal savait un peu de scythe et J'ait'rc un peu de grec Ou a retrouvé cette conversation dans un manuscrit conserve dans la bibliothèque de Conslanliiioplc.

LOGOMACOS.

Voyons si tu sais ton catéchisme. Pourquoi pries- 10 Dieu?

DONDINDAC.

Ccst qu'il est juste d'adorer l'Etre suprême de qui

LOGOMACOS.

Pas mal pour ur. barbare ! tt que lui demandes-tu?

DONDINDAC.

Je le remercie des biens dont j t- jouis, et même des maux dans lesquels il m'éprouve ; mais je me garde bien de !iù rien demander; il sait mieux »iue

nous ce qu'il nous faut, et je craindrais d'ailleurs d demander du beau temps quand .non voisin deman derait de la pluie.

LOGOMACOS.

Ah ! je me doutais bien qu'il allait dire quelque sottise. Reprenons les choses de plus haut, barbare , qui t'a dit qu'il y a un Dieu?

DONDINDAC.

La nature entière.

LOGOMACOS.

Cela ne suffit pas. Quelle idée as-'u de Dieu? donoinAac.

L'idée de mon créateur, de mon maître, qui me récompensera si je fais bien, et qui me punira si j» fais mal.

LOGOMACOS.

Bagatelles , pauvretés que cela ! Venons i l'essentiel. Dieu est-il infini •crnnAiim quM, ou selon l'essence ?

D0HDIS3AC.

Je ne vous entends pas. /

LOCOMACOS.

Bête brute! Dieu est -il en un li?u, ou hors de tout lieu, ou en tout lieu?

dondinoac.

Je n'en sais rien tout comme il vous plaira.

LOOOMACOS.

Ignorant ! Peut-il faire que ce qui a été n'ait point été, et qu'un bâton n'ait point deux bouts? voit-il le futui comme futur ou comme présent? comment failli poui tirer l'être du néant et pour anéantir l'être?

DONDINDAC

Je n'ai jamais examiué ces choses.

LOGOMACOS.

Quel lourdaud! allons, il faut s'abaisser, se proportionner. Dis-moi, mou ami, crois-tu que la matière puisse èlrc éternelle?

DONDINDAC.

Que m'imporie qu'elle cxiy.e de toute éternité, ou non! je n'existe pas, moi , de toute éternité. Dieu est toujours mon maitre ; d ta "a donné la notion de la justice, je dois la suivre; je ne veux point être philo* sophe, je veux être homme.

logomacos.

On a bien de la peins avec ces têtes dures. Alloua pied a pied : qu'est-ce que Dieu?

DONDINDAC.

Mou souverain, mon juge, mon père.

LOGOMACOS.

Ce n'est pas là ce que je .limande. Quelle est sa nature ?

DONDINDAC.

D'être puissant cl bon.

LOGOMACOS.

Mais csl-il corporel ou spirituel?

DONDINDAC.

Comment voulez-vous que je le sache?

LOGOMACOS.

Quoi! tu ne sais pas ce que c'est qu'un esprit?

DONDINDAC.

Pas le moindre mot : à quoi cela me servirait-il f

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