L0G0MAC0S
Ccst une question très-uiflicilc cl qui demande des instructions préliminaires.
DOSDINDAC.
Avant de recevoir vos instructions, il faut que je tous conte ce qui m'ost arrive" un jour. Je venais de faire balir un cabinet au bout de m >n jardin ; j'entendis une ta-jpe qui raisonnait avec un liannc:on : Voilà une belle fabrique, disait la taupe; il faut que ce soit une taupe bien puissante qui ait .'ait cet ouvrage.» Vous vous moquez, dit le hanneton, c'iat un hanneton tout plein de génie qui est l'architecte de ce b4- Umout. Depuis ce temps-là j'ai résolu de ne jamais disputer. ,
DIOCLETIEN.
Araks plusieurs règnes faibles ou trrannïques , Pempire romain eut un bon empereur dans Probus, et les logions le massacrèrent. Elles éïurcnt Carus, qui fut tué d'un coup de tonnerre vers le Tigre, lorsqu'il fesait la guerre aux Perses. Son fils Numéricn fut proclamé par les soldats. Les historiens nous disent sérieusement pi'a fot-cc de pleurer la mort de •on père , il en perdit presque la vue , et qu'il fut obligé , en fcsanl lu g.ierrc , de demeurer toujours entre quatre rideaux. Son beau-père, nommé Apcr, le tua dans son lit pour se mettre sur le trône : mais an druide avait profit u^ns IcsCaules à Diocléticn,
l'un des généraux Je
an ut*
qu'il serait immédiate-
ment empereur après aveir tut un sanglier; or, un sanglier se nomme en Jatii. -»/rr. Diocléticn assembla l'année, tua de sa main A] i ven présence des soldats, et accomplit ainsi la préuicticii du druide. Los historiens qui rapportent cet oracle méritaient de se nourrir du fruit de l'arbre que les druides révéraient. Il *«t certain que Dioclêtieii tui. le beau-père de son empereur; ce fut la son prumic: droit au troue : le sctoud, c'est que Numéricn avfcii ur. frère nommé Câlin, qui était aussi jaipcr.cur. ci qui, s'étaut opposé à l'clévilion do Dioctétien , fi't tut par un des tribuns de son armée. Voilà les droi«s de Diocléticn à l'empire. Depuis long-temps il n'y ri avait guère d'autres.
11 était originaire de Daltuati» , de la petite ville de Diocléc, dout il avait pris le nom. S'il est vrai que son pèro ait été laboureur, et que lui-même, dans sa jeunesse, ait été esclave d'un sénateur nommé Aoulinus, c'est là son plus bel éloge : il ne pouvait devoir son élévation qu'à lui-même : il est bien clair qu'il s'était concilié t'estime de son armée , puisqu'on oublia sa
tenr chrétien, mais un peu partial, prétend que Dioctétien était le plus grand poltron de J'empire. Il n'y a guère d'apparence que les soldats romains aient choisi uu poltron pour les gouverner, et quo co poltron eût passé par tous les degrés de la milice. La zèle de Lactancc contre un empereur paicu est treslouablo, mais il n'est pas adroit.
Diocléticn contint eu maître pendant vingt années ces Gères légions qui dé. Pesaient leurs oupercurs avec autant de facilité qu'elles les fcsaicnl: c'est encore une preuve, malgré Laetaucc, qu'il fut aussi grand prince que brave soldat. L'empire reprit bientôt uut lui m première splendeur. Les Gaulois, les Africains, les Egyptiens, les Auglais, soulevés en divers temps, fureut tous remis sous l'obéissaucc de l'cnipir»; les Perses mémo furent vaincus. Tant de succès au dehors, uno administration encore plus heureuse au dedans; des lois aussi .humaines que sages qu'on voit encore dans le Code Justin.'cn; Home, Milan, Autun, Nicotm'dic, Carlhagc embellies par sa mutuficence; tout lui concilia le respect et l'amour de l'orient et de l'occident, au point que deux cent quarante ans après sa mort on comptait encore et on datait de la première année de son règne , comme on comptait auparavant depuis la foudaliou du Home. Ccst ce qu'on appelle lYre de Dioctétien; on l'a appelée aussi l'ère des martyrs ; mais c'est se tromper évidemment de dix -huit années; car il est certain qu'il ne persécuta aucun chrétien pendant dix -huit aus. Il en était si éloigné, que la première chose qu'il lit étant empereur , ce fui de donner une compagnie de gardes prétoriennes à un chrétien nommé Sébastien, qui est au catalogue des saints.
Il ne craignit pasde se donner un collègue à l'empire dans la personne d'un soldat de fortune comme lui; c'était Maxiniicu Hercule, son ami. La conformité de leurs fortunes avait fait leur amitié. Maxiinicn Hercule était aussi lié de parens obscurs et pauvres, et s'était élevé comme Diocléticn de grade en grade par son courage. On ua pas manqué de reprocher à ce Maximicn d'avoir pris le surnom d'Hercule, et à Diocléticn d'avoir accepté celui de Jo\icn. On ne daigne pas s'apercevoir que nous avons tous les jours des gcus d'église qui s'appellent Hercule , et des bourgeois qui s'appellent César et Auguste.
Dioclélieu créa encore deux césars; le premier fût un aurc Maximien, surnommé Caléi'u.s, qui avah commencé par être ^ardeur de Uouocau*. Jl semblait que Diocléticn, le plus fier cl le pl-is faslveux des hommes, lui qui le premier introduisit de se faire baiser les pieds, mit sa grandeur à placer sur le tréne des césars des hommes nés dans la condition la plus abjecte. Uu esclave cl deux paysans étaient à la tôle de l 'empire, et jamais il ne fut plus florissant.
Le second césar qu'il créa était d'une naissance* distinguée, c'était Constance Chlore , petit-neveu par sa mère de l'empereur Claude II. L'empire fut gouverné par ces quatre princes. Celte associai ion pouvait produire par année quatre guerres civiles; mais Diocléticn sut tellement être le niaiu-c de ses associés qu'il les obligea toujours à le respecter, et mémo è
eésar, notaient au fond que ses premier* sujets : ou voit qu'il les traitait un maître absolu ; car, lorsque le eésar Gai érius, ayant été vaincu par le* Perse*, vint en Mésopotamie lui rendre compte de sa défaite , il l# laissa marcher l'espace d'un mille auprès de sou char, et ne le reçut en gnlce que quand il eut répare" sa faute et son malheur.
Galère les répara en effet l'année d'après, en 397, d'une manière bien iignaléc. H bptiit le roi de Perse en personuc. Cas rois de l'erse ne s'etairrt pas corrigés depuis ia bataille d'Arbclies, de mener dan» leurs armées leurs femmes, leurs fdles et leurs eunuques. Galère prit comme Alexandre la femme et toute la famille du roi de Perse, et les traita avec la ménis respect. La paix fat aussi glorieuse t;ue la victoire : les vaincus cédèrent cinq provinces ans Romains, des sables de Palmyrènc jusqu'à l'Arménie.
Dioclélicn et Galère allcrcut a Rome étaler un triomphe inouï jusqu'alorc ; c'était la première fois qu'on montrait au peuple romain la femme d'un roi de Perse et ses eufans enchaînés. Tout 1 empire était dans l'aboiMlaiicc et daus la joie. Dinelétien en parcourait toutes les provinces; il allait de Home en Egypte, en Syrie, dans l'Asie- Mineure ! sa demeue ordinaire n'était point à Home; c'était à Nicomédic, près du Pont-Etixin, soit pour veiller de plus près sur les Perses et sur les Rarbares, soit qu il s'affectionnât à un séjour qu'il avqit embelli.
Ce fut su milieu de ces prospérités que Galère commença ia persécuiion contre les chrétien?. Pourquoi les avait-on laisses en repos jusqu>la? « t pourquoi furent-ils maltraités sJors? Lusche dit qu'un centurion de la légion Trajanc, nommé Marcel, qui servait dans la Mauritanie, assistant avec sa troupe à une fclc qu'on donnait pour la victoire de Galère, jeta par terre sa ceintura militaire, «es armes et sa ba« guette de sarment qui était la marque de son office, disant tout haut qu'il était chrétien, et qu'il ne voulait plus servir des païens. Celte désertion fut punie de moit par le conseil de guerre. Ces! là le premier exemple avéré de cette persécution si fameuse. Il est vrai qu'il y arait un grand nombre de chrétiens dans les armées do l'empire; ot l'intérêt do l'état demandait qu'une telle désertion publique no fut point auto* risée. Le aèle do Marcel était très-pieux . mais il n'était pas raisonnable. Si dans la fête qu'on donnait en Mauritanie on mangeait des viandes offertes aux dieux de l'empire, la loi u'ordunnait poiut à Marcel d'en manger; le christianisme ne lui ordonnait point de donner l'exemple de la sédition ; et il n'y a poiut de pays au monde où l'on ne punit une action si téméraire.
Cependant depuis l'aventure de Marcel il ne paraît pas qu'on ait recherché les chrétiens jusqu'à Pan ao3. Us uvaient à Nicomédic une superbe église cathédrale vis-à-vis le palais, et mi me beaucoup plus élevée. Les historiens ne nous disent point lej raisons pour lesquelles Galère demanda instamment à Dioctétien qu'on aba'.ti: cette église; mais ils nous apprennent que Dioclélicn f.il très-long-tcmps à se déterminer : il résista près d'une année. Il est bien dlrangc qu'après cela ce soit lui qu'on appelle persé-
cuteur. Enfin, eo 3o3, l'église fut abattue; et on afficha un édit par lequel les chrétiens seraient privés de tout honneur et de tooe dignité. Puisqu'on hs en privait, il est évident qu'ils en avaient. Un chrétien arracha et mit en pièces publiquement IVdil impérial : ce notait pas là un acte de religion; c'était un sirport-mcnt de révolte. II est donc très-vraisemblable qvun xèle indiscret , qui n'était pas selon la science , attira cette persécution funeste. Quelque temps apr*s le palais de Galère brilla ; il en accusa les chréticis; rî ceux-ci accusèrent Galère d'avoir mis le feu lui-même à «ou palais pour avoir un prétexte de les calomnier. I.'ac* cusation de Galère paraît fort injuste; celle qu'on intente contre lui ne lest pas moins; cor, ÎYJit étant déjà porté, de quel nouveau prétexte ov.-it- il besoin? S'il avait fallu en effet une nouvelle raison pour engager Diocléticn à persécuter, ce serait seulement une nouvelle preuve de la peine qu'eut DiocKiier à ah.ndonner les chrétiens qu'il avait toujours protégés; cela ferait voir évidemment qu'il avait fallu d.» nouveaux ressorts pour le déterminer à la violence.
Il paraît certain qu'il y eut beaucoup de chrétiens tourmentés daus l'empire. Mais il est difficile de concilier avec les lois romaines tous ces tourmens recherchés, toutes C2S mutilations, ces langues arrachées, ces membres coupés et grillés, et tous ces atientats ; à la pudeur, faits publiquement contre l'honnêteté publique. Aucune loi romaine n'onlomia jamais de tels supplices. 11 se peut que l'aversion des peuples 'contro les chrétiens les ait portés a des excès horribles*, mais on ne trouve nulle part que ces sxcèa aient été ordonnés par les empereurs ni par le sénat.
II est bien vraisemblable que la juste djiileurdes chrétiens se répindit en plaintes exagérées. Les Ar^ss sincères nous racontent que, l'empereur étant dans Antiochc, le préteur condamna un petit cnf.int chrétien , nommé Romain, à être brûlé; que des Juifs presens à ce supplice se mirent méchamment à rire, en disaut : « Nous avons eu autrefois trois petits enfant, Sidrac, Midrac et Abdenago, qui ne brûlèrent point daus la fournaise ardente, mais ceux-ci y brûlent. » Dans l'instant , pour confondre les Juifs, une grande pluie éteignit le bûcher, et le petit gardon en sortit sain et sauf, en demandant : « Oh est doue le feu? a Les Actes sincères ajoutent que l'empereur le fit délivrer, mais que le juge ordonna qu'on îui coupât la langue. Il n'.'jt gvère possible de croire qu un juga ait fait couper la lange à un petit garçou .1 qui l'empereur avait pardonné.
Ce qui suit est plus singulier. On prétend qu'ua vieux médecin chrétien, nommé ArUtou, qui avait un bistouri tout prît, coupa ia langue de l'enfoui paur lare sa cour au préteur. Le peM llomain fui aussitôt renvoyé en prison. Le écolier lui demanda do ses nouvelles. L'enfant raconta fort au long coimncut un vieux médecin lui avait coupe la langue, il foui noter que le petit a/ant cette opération fiait extrêmement bègue, mais qu'alors il parlait avec une volubilité merveilleuse. Ls geôlier i.c manqua pas d'aller raconter ce miracle k l'cnpcrcur. Ou fil \enir le vieux médecin; il jura que l'opéralion avait été f.iite dans les régies de l'art, cl montra la languo de l'cufont qu'a
non
quavcc de Iris- grands défaut*, il régna en grand empereur, et qu'il acheva sa vie cd philosophe?
DICTIONNAIRE avait conservée proprement dans une boîte comme une relique. « Qu'on fasse venir, dit-il , le premier ▼enu ; je m'en vais lui couper la langue en présence de votre majesté, et vous verre?, s'il pourra parler.» La proposition fut acceptée. On prit un pauvre homme , à qui le médecin coupa juste autant de langue qu'il en avait coupé au petit enfant; l'homme mourut sur-le-champ.
Je veux croire que les Actes qui rapportent ce fait sont aussi sincères qu'ils en portent le titre : mais ils sont encore pins simples que sincères; et i! est bien étrange que Fleuri, dans sou Histoire ecclésiastique, rapporte un si prodigieux nombre de faits semblables, bien plus propres au scandale qu'à lYJificalion.
Vous remarquerez encore que , dans cette année 3o3 où l'on prétend que Diocléticn était présent à toute celle belle aventure dan? Aiitîochc , il était à Rouie , et qu'il passa toute l'année en Italie. On dit que ce fut à Home, on sa présence, que saint Gcncst , comédien , se convertit sur le théâtre , en jouant une comédie contre les chrétiens. Cette comédie montre bien que le goût de Plaiite et de Tcrenec ne subsistait plus. Ce qu'on appelle aujourd'hui fa to/«r.,';V ou lu (une itilienne, semble avoir pris naissance dans ce tcinps-U. Saint Gcncst représentait un malade : le médecin lui demandait ce qu'il avait : « Je me sens pesant, dit Gcncst. Veux-tu que nous te rabotions pour te rendre p!us léger, lui dit le médecin? Non, répondit Gcncst, je veux mourir chrétien, pour ressusciter avec une belle taille. » Alors des acteurs habillés en prêtres et en exorcistes viennent pour le baptiser ; dans le moment Gcnest devint en effet chrétien; et, au lieu d'achever son rôle, il se mil à prêcher l'empereur et le peuple. Ce soin encore les Actes sincères qui rapportent ce miracle.
11 est certain qu'il y eut beaucoup de vrais martyrs : niais aussi il n'est pas V:ai que les provinces fussent inondées de sang, comme on se l'imagine. Il est f.iil mention d'environ deux cents murlyrs, vers ces dernie rs temps de Diocléticn, dans toute I étendue de I empire romain, et il est avéré, par les lettres de Couslantin môme, q,,,. I)io. létien eut bien moins de part à la persécution que C.alèrc.
Dioctétien tomba malade cette année; et, se sentant a II., i l>l i , il fm le premier qui donna au monde {'exemple de I abdication de l'empire. Il n'est pas aisé de savoir si cette abdù vi m lut forcée ou non. Ce qui est certain, c'est qu\v,„t recouvre la santé, il vécut encore neuf ans, aussi honoré que paisible, dans sa retraite dcSalonc, nu pays de sr naissance. Il disait qu il n'avait commencé à vivre que du jour de sa retraite; et, lorsqu on le pressa de remonter sur le tronc , il répondit que le tronc ne valait pas la tranquillité de sa vie, et qu'il prenait plus de plaisir à cultiver son jardin qu'il n'eu avait eu a gouverner la teirc. Que conclurez -vous de tous ces faits, si-