‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 195 sur 551 · DORMANS ( LES SEPT · texte numérisé non relu

DORMANS ( LES SEPT

La fable imagina qu'un Epiménidc avait dormi d'un somme pendant vingt- sept ans, et qu'à son réveil il fut tout étonné do trouver ses petits -enfàn» mariés qui lui demandaient son iom; ses amis morts, sa ville et les mœurs des babitans changées. C'était un beau champ à la cri'ique, et uu plaisant sujet de comédie. La Légende a emprunté tous les traits de ta Cable , et les a grossis.

L'auteur de la Légende dorée ne fut pas le premier qui, au treizième siècle, au lieu d'un dormeur, nous en donne sept , et en fit bravement sept martyrs. D avait pris cette édifiante histoire chez Grégoire de Tours, écrivain véridique, qui l'avait prise chez Sigebert,qui l'avait prise chez Métaphraste, qui l'avait prise chez Nicéphore. C'est ainsi que la vérité arrive aux hommes de main en main.

Le révérend père Pierre Ribadeneîra , de la compagnie de Jésus , enchérit encore sur la Légende dorée dans sa célèbre Fleur des saints, dont il est fait meution dans le Tartufe de Molière. Elle fut traduite, augmentée et enrichie de Utile-douces par le révérend père Antoine Girard de la même société; rien n'y manque.

Quelques curieux seront peut -être bien aises de voir la prose du révécgnd père Girard , la voici :

« Du temps de l'empereur Dccc, l'église roçut une furieuse et épouvantable bourrasque; entre les autres chrétiens l'on prit sept frères, jeunes, bicu dispos et de bonne gr*ce, qui étaient -.nf.ins d'un chevalier d'Cphcsc, et qui s'appelaient .Maximien, Marie, Martinien, Denis, Jean, Scrapion et ConsLautin. L'empereur leur ôta d'abord leur ceinture dorée...; ils se cachctciit dans une caverne ; l'empereur en fil murer l'entrée pour les faire mourir de faim. »

Aussitôt ils s'endorraircut tous sept, et ne se réveillèrent qu'après avoir dormi CLnt soixante et dixsept ans.

Le père Girard, loin de croire que ce soU un conte à dormir debout, en prouve l'authenticité par les argumens les plus démonstratifs : et, quand on n'aurait d autre preuve que les noms des sept assoupis , cela su tirait ; ou ne s'avise pas de donner des noms a des gens qui n'ont jamais existé. Les sept dormans ne pouvu en', être ni trompés, ni trompeurs. Aussi ce n'est pas pour contester celle histoire que nous en parlons, mais seulement pour remarquer qu'il n'y a pas uu seu' événement fabuleux de l'antiquité qui n'ait été rectifié par les anciens légendaires. Toute 1 histoire d'Œd pe, d'Hercule, de Thésée, se trouve chez eux accommodée a leur manière. Ils ont peu invente, mais ils onl beaucoup perfectionné.

J'avoue ingénument que je ne sais pas d'oà Nico»

phore avait tiré cette belle histoire. Je suppose qn cVuit de la tradition d'Ephèse ; car la caverne des sept dormans, et la petite église qui leur est dédiée subsistent encore. Les meins éveillés des pauvres Grecs y viennent faire leurs dévotions. Le chevalier llicaut et plusieurs autres voyageurs anglais ont vu ces deux monumens ; mais pour leurs dévotions ils ne tes y ont pas fuites.

Terminons ce petit article par le raisonnement d'Abadie. Voilà des mémoriaux institues pour célébrer » jamais l'aventure des sept dormans. Aucun Grec n'en a jamais douté dans Ephèse, ces Grecs •'ont pu être abusée; ils n'ont pu abuser personne; donc l'histoire des sept dormans est incontestable.

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