‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 206 sur 551 · EGLISE · texte numérisé non relu

EGLISE

Précis de l'histoire de l'église chrétienne.

Nous uc porterons point nos regards sur les profondeurs de la théologie; Dieu nous en préserve : f humble foi seule nous suffu. Nous ne fesons jamais que raconter.

Dans les premières années qui suivirent la mort de Jésus Christ Dieu et homme, on comptait chez le* Hébreux neuf écoles, ou neuf sociétés religieuses, pharisiens , saducéens . esséniens . iudailcs , thérapeutes, récabilcs, hérodiens, disciples de Jean, et les disciplcsdc Jésus nommés les frère»', les gatilétns, les fi<lcli > ', qui no prirent la nom de chrétiens que dans Antiochc, vers l'au 60 de noae ère, conduits secrètement par Dieu même dans des voies inconnues aux hommes.

Les pharisiens admettaient la métempsycose , les saducéens niaient l'immortalité de l'anic et l'existence des esprits, et cependant étaient fidèles au J'ente tcuqnr.

Pline le naturaliste {")( apparemment sur la foi de Flavicn Joséphc) appelle les esséniens gcn< teterna in tjmt nemo naniUir; firaillo éternelle dans laquelle il ne naît personne; parce que le? esséniens se mariaient très- rarement. Cette définition a été depuis appliquée a nos moines.

Il esl difficile de juger si c'est des esséniens ou des judaites que parle Joséphc quand il dit (fc) : « Ils méprisent les maux de la terre ; ils triompher! des tourmens par leur constance; ils préfèrent la mort à la vie lorsque le sujet en esl honorable. Ils ont souffert le fer et le feu, et vu briset leurs os, plutôt que de prononcer la moindre parole contre leur législateur, ni manger des viandes défendues, a

Il paraît que ce portrait tombe sur les judaites, et non pas sur les esséniens. Car voici les paroles de Josèpbe : a Judas fut l'auteur d'une nouvelle secte, eutièremeut différente des trois autres, c'en -à-dire, des saducéens, des pharisiens , et des esséniens. a II

b»CT. fBIU

(•) Liv. V, ebap. XrTL — (») H* , th.p. Ht,

DICTION N A IPK

•ont i mie et dit t « Ib sont Juifc de nation ; ils vivent unis entre eux , et regardent la volupté «oiume an vice : » Le «en* naturel d* nette phrase fuit croire «jus ^ c'est des jndaites dont l'auteur parie.

Quoi qu'il en soit, on connut ces judaites avant que le* disciples du Christ commençassent « mire un parti considérable dans le monde. Ouelquc* bonnes gert» Ifs ont pris pour des hérétiques qui

L«s tWrapnutcs étalent une société différente dea esséniens et des jt»daîi« ; ils ressemblaient nu* gv miios'.pbistes des Indes et *n\ brames. « Ils ont, dit

Phiton, un mouvement di

• céleste, qui les jette

d«ns l'eu: hnuma^me des bacchantes cl des corybaatcs, et i)ui les met dans Mut de la contemplation a laqneHe ils aapiwnt. Cette «cet? nantit dam Alexandrie, qui fat lo** remplie de iulfc, n;t s'étendit beaucoup dans n5gvple. •>

Les î-èeaMte* Mfaisiaicfit enonre; ils femient voeu de no jamais boiro de vil»; « cVst peaw-étre à lour exempio que* Mahomet défcndtt cette ligueur à ses musulmans.

tes nérodiens regardaient TTcroflc premier du nom comme un ntusaîe, «ta «nve-yé d? ©icu , qui avait rebâti le temple. *é <t*t évideat que les J mrfs célébraient sa fèlo à Rome da temps de r*évoi>, témoin les vers de Perse : Hèrodh t ein te dirs, etc. (Sat. v. 180.)

Voir! V )out •fTïWredf 00 font hriT^ïtnr Juif

r-aa tnnstrne awaclliirile-ea knaelf.

de fcdn-ttaptiste s'étendirent on peu t dans 1a Syrie, dans

«Egypte,

l'Arabie et vers le golfe Tersîque. On les connaît aujourd'hui sona le nom de chrétiens saint Jean ; il y en eut aussi dans VAsie-Mtncurc. H est dit dans les Actes des apôtres (< hap.'XfX ) que Paul en rencontra plusieurs à Ephèso ; il 1 "r dit : « Avez- vous reçu le Saint-Esprit?» Ils lui répondirent : «Nous n'avons pas seulement oui dire cm'il y ai: un Saint-Esprit, n Il leur dit : « Quel bap'^'mc avea-rous donc reçu ? » Ils lui répondirent : « Le baptême de Jean. 1»

Lcsvéritablcscb^ticnscepemJant jetaient, comme on sait, les fondemens de la se.tle religion véritable.

Celui qui contribua le plts L fortifier celle sociale naissaUlc fut ce Paul même qui ! avait persécutée avec le p!us de violeuce.1l était né à Tarais en Cilirîe ( ), et fut élevé par \r f mieux docteur pharisien fi.imaliel, disciple de Hillel. Les Juiff prétettdent qu il roiipit avec Camaliel , qui pjfusa de lui donner sa fille en mariage. On voit quelques traces de celte anecdote à la suite des \ctcsdc sainte The cle. Ces Actes porteur qu'il avait le 'front large, la tt te chauve, les sourcils joints, le ne/. aquilin,la taille courte et grosse, et les jambes torses. Lucien , dans son Dialogue de Philopatris, semble f lire un portrait assez, semblable. On a douté qu'il Tut citoyen rom.-iiu, car en ce tempslà ou n'accordait ce litre à aucun Juif; ils avaient été chassés de Home par'Tibcrc ; et Tarsis ne Tut colonie romaine que près de cent ans après, sous Caruealta comme le remarque Cettari.is dans sa G»'o;;r.ipbie , 'tiv.lll, et Grotius dans son Commentaire snr lei

Actes, auxquels seuls ootts devons nous en rapporter.

Dieu , qui était descendu sur la terre pou y être n» exemple d'humilité et de pauvreté, donnais à son église les plus faibles con—icncemens , et ta dirigeait dans ce même état d'humiliation dans laquelle il avait voulu naître, lomi les premiers fidèles furent des hommes obscurs: ils travaillaient tous do lettre mains. L'apôtre uinl Pau! témoigne qu'il gagnait -an vie à faire des tenter. Saint Pierre ressuscita la couturière Dorcas, qui fcsait les reber des frères. L'assemblée des fidèles se tenait à Joppé dans la maison d'un corroyeur nommé Simon , comme on le voit au chapitre IX des Acte* des apôtres.

Les fidèles se rfyondir-nt secrètement en Grèce, et quelques-uns «lièrent de là à Rome, parmi les Juifs a qui les Romains permettaient une synagogue. Ils no sç séparèrent poiut d abord des Juifs ; ils gardererit la circoncision; «t, comme or l'a déjà remarqué ailleurs, le» quinte premiers éveques secrets -de Jérusalem fureut tous circoncis ou du moins de ration juive.

Lorsque l'apôtre Paul prit evec 'lai Timolhéc qui était (ils d'un père gentil, le circoncit luidans la petite viHc de Listr-. Mom lise, son disciple, ne vouhil point se soumettre à Ja cirec sron. Les frères disciples de Jésus furent unis Juifs jusqu'au temps où Paul essuya use] à Jérusalem ponr avoir amené des étrangers dans 4a temple. Il était accusé par les Juifs de vouloir détruire la loi mosaïque par Jésus-Christ. Cest pour n laver de celte accusation que l'apôtre saint Jacques proposa a I ap6trc Paul do se faire raser lu té;e, M de s'aller purifier dans le temple 4vw-qn*tre Juifs qui avaient lait veau de se raser : * ; Proue? - k 1 lui dit Jucquoa ( ebap. XXI , Act. des apôtv) ; pnrif vous avec eux, et que tout le monde sache que ne que l'on dit do vous est faux , ot<qwi \ garder la loi de Motse. » Ainsi -donc -Paul qui dut avait été le persécuteur sanguinaire 'de M isainte ciété éublic par Jcsun, Panai qui (depuis voulut» verner cette société oainsante, Puul cli « aiin que lo monde sache qu'on le calomi on dit qu'il ne suit plus la loi mosaïque. •

Sas.iî l'iul n'en fut pas moins ac d'hérésie , et son procès criminel dura lotq<-t mais on voit évidemment, par les accusations mêmes intentées contre lui , qu'il était venu a Jérusalem pont observer les ritevntdaiiru'*.

11 dit n >'sstus ces propres paroles /ebap. XXV des Actes) : a Je n'ai j oché ni contre -la loi juive, ni contre le îemplo. ».

Ix-s apôtres annonçaient Jésn»*Cbra«t comme aa juste indignement persécuté, un prophète de Dion* un fils de Dieu , envoyé aux Juifs pour la réfoi maiioa

n La circoneisioiirst utile, dit l'apôtre suint Paul (ebap. Il, Êpu.uux Rom,), si vous observes aa loi; mais, srvous la violox, votre circoncision devient pre puce. Si un meirconcis garde la loi , »l «en comme eiraoMOis. Le vrai Juif «steului qui ea Joif uitéivcuvannât, m

apitrcs, il ne révèle point le mystère ineffable de sa coiuubstautialité avsc Dieu. « Nous sommes délivrés par lui i Jit-d cban V. Enil aui Koui 1 de la .<v 1ère de Dieu, Le don de Dieu teat répandu sur nous, par la gr-ice donnée à un seul lioimuc qui est Jésus- Christ . .. La mort a régné j.ar le péché d uo m-uI bominc, les justes régneront dans la vie par un seul bouiinc qui est Jésus-CbrisL » . • < «taamaii El au cliap. \ III : « Nous us bériùcrs d« Diuu, ot

S C (J 11 t I i 1 11S il I , ] 1 i | .[,11 JjI ai u C II U J s \ 1 » \ J ï I I H |

qu i u«i le seul sage, lionne ur c> gloire pa i J csus-Christ . . . Vous êtes • Jésus-Christ, tl Jésus- Christ a Dieu (1, aux Cor. ebap. III).

Et, V aux Corinth. chip. XV, v. a; : « Tout lui est assujetti , en exceptant saus doute Dieu qui lui a assujetti toutes eboses. »

Ou a eu quelque l'Epilie aux Philippnns : « Ne fait s rieu par vaine gloire; croyez mutuellcoi ml par lumiliui que les autres vous sont supérieurs; ayez 1er un mes seutiiucns que Cbrisl-Jésus, qui , étant dan» l'twnwMBH de Dieu, n'a point cru sa proie de s'égale- a Dieu. » Ce passade parait tus-bien approfondi, et mis dans tout son joui Jaus uue lettre qui

•-»»»•> vnj-jii

de Vienne et de l.yon, écrite l'an I cl qui est uu précieux tuomuoeut de l'autiqui é. Oll loue dans cotte Icttr • la niodclio de quelques fidèles : u Us ii ont pas voulu, di! la lettre, prendre Je grand litre de marl\ i s (pour qudque» tribulations), a Icxcmplc de Jésus- Christ, lequel, liant empreint de Lieu, u a pas cru sa

dans son Commentaire sur Juan : l.a grundeur de Jésus a plus éebité quaud il s'est humilié, « «••« f~

La sagesse des apôtres fondai:

sante- Celle sagesse ne fut painl altérée par !a dispute

cation contraire peut paraître uu iuilU«-auaa. '^ur *igni fierait : «Croyez, les autres snpé.tcurs a sous; imitez Jésus, qui na pas cru que c é.ait uae pirue, une u^irpaliou de s'égaler a Dieu?» Ce serrit w.iUcmeut se cuiitrodirc, ce serait donner un exemple <'e grandeur pour un exemple de modesUo ; ce su ait |* cher contre la dialectique.

'ne par !a 'dispute qui survint eutre lesapô.rcs Tiare, JacqiiL» et Jean, d\uu coté, et Paul de l'autre. Cette » on lestai iou arma daus Auliochc. L apôtre i'iiirre, aul riment Cé plias, eu Simon Larjone, mangeait awc . Jcs gentils converti», et n observait point a".,c eux les cérémonies de la loi, ni la distinction des viindes; il maugeait, lui, Uuruahé, et J autres disciples, indiliVrcminciit du p»irc,d«isi b.uis < ton lit l- s, des animaiix.quiraveirul Icpiedfeuiluetqui ne rumiauienl pas ; mais, plusiiuts Juif* cbr. lic us < tant arrués, xpi«>t Pierre se mil arec eux a I abstinence de viandes ;lcfcnuues, et aux cérémonies de 'a lui mosaïque.

Celé action ; il ii -.sait très- prudente ; il ne voulait pas scanil.ilivT les Juifs chrétien» ses compagnons;

fêté. « Je lui lésistai, dit- il, a sa Xice, parce qu'il ëtait blâmable. » (Epilre aus Gaiatcs, iJiap. II.)

Cette querelle parait d autant plus extraordinaire de la part de saint Paul, qu'ayant été' d abord persc-

enteur, il devait être modéré, et que lui-même il était allé nuiMu il.ms le lemplc a Jérusalem, qu'il avait circoncis son disciple Timothée, qu'il avait accompli les rites juife, lesquels il repiochait abre à Ccpfca» Saint Jérôme prétend que cette querelle ertre P»i»l et Ct-phas était feinte. Il dit dans sa première Homélie» tome III, qu'ils firent comme deux avocat.» qui aVcliautTent et se piquent an barreau pour a voii plus d'au torilé sur leurs cliens; il dit qoe Pierre Ct'pbaa ètani destiué a prêcher aux Juifs, cl Paal aux çentila, ijr Brent semblant de se quereller, Paul pour gagner ♦«« gentils, et Pierre pour gagu.-r les Juilb. Mais saiui Augustin n'est point du tout Je cet avis. « Je suis lâché, dit-il dans l'épîtrc à Jérôme, qu'an aussi graod homme se rende le patron du mensonge, a mcmhtcii.

Cette dispute entre saint Jérôme et ne doit pas diminuer notre vénération pour eux , encore moins pour saint Paul et pour saint Pierre.

Au reste , si Pierre était destiné aux Juifs {ndaisans, et Paul aux étrangers, il parait probable que Pierre ne vint point à Rome. Les Actes des snô'reso* font aucune mention du voyage de Pierre eu Italie.

Quoi qu'il en soit , ce fut vers l'an 6o de notre ère , que les chrétien* commencèrent à se séparer de la communion juive, et c'est ce qui leur attira tant de querelles cl tant de persécutions de la part des synagogues répandues a Home, en Grèce, dans l'Egypte ctdans l'Asie, ils furent accusés d'impiété, d arbéisme par km s hères juiis, qui les excommuniaient dans leurs synagogues Iroia foia les jours iln sahbal Mais Dieu les soutint toujours au milieu des persé entions.

Petit à petit plusieurs églises se formèrent, et la séparation devint entière entre les Juifs et *.cs chrétiens avant la fin dn premier siècle; cette séparation était ignorée du gouvernement romain. Le sénat de Rome, ni les empereurs n'entraient point daus ces querelles d'un petit troupeau que Dieu avait jusqu -H conduit dans l'obscurité, et qu'il èljvait pai des dr gn s insensibles.

Le christianisme s'établit en Grèce et à Alexandrie Ia?s ebrétknM y eurent a combaMre une nouvelle secte de Juifs devons philosophes à force de fréq-ienter les Grces; c'était celle de la gnose ou des gno-iiqiies ; fl s'y mêla de nouveaux chrétiens. Tontes e s vjete» jouissaient alors d'une entir'-re »il)er"é de Ho^ma isw, de «mli-rer et d'écrire, quand les courtiers in ifs éta blis dmis RmM et dans Alexandrie ne les recusaiem pas auprès des niagis rats; ma s sous iH»"»«t; n,'ki rCH-inn chrétienne rom iteii<;« à donner t|iie'<| je «n brage au gt>nvernenient.

Le «Hé de quelques cboHicns, qui nVtarl pas »«■ l»n la MMNMK, neinpfeha pas l'église de fa ire i«- |>rogei-s qwe 'bieu lui destinait. "Les ehr*'lieiis HH/ brerent d'abord leurs mjfltim dans des maisons V tirées, dai»s des eavea, pendant la nuit; dcda<«i«» vint le litre xlc Iwifurfacr t , selon M iuut ius r é rix .'Ph •• Ion les appelle jye.'Kcav. Leurs noms les plus cou» m un s , dans les quatre premiers sièelos cher, les ger* tils, étaient ecux de galilécns e? de ua/.aréens; ma» celui de chrétiens a prévalu sur tous les autres.

rent établi»

Mi la hiérarchie, ui les usages ne fi tout d'un coup; les temps apostoliques furent differens des temps qui les suivireut.

La messe, qui se célèbre au matin, était la cène qu'on fesait le soir; ces usages changèrent à mesure que l'église se fortifia. Une société plus étendue exigea plus do règlemens, et la prudence des pasteurs se conforma aux temps et aux lieu».

Saint Jérôme et Eusèbc rapportent que, quand les églises reçurent une forme, on y distingua peu à peu ciuq ordres diflerens : les surveillans, episcopoï , d'où sont venus les evéques; les auciens de le société, presbyteroif les prêtres; Jiaronoï, les servans ou diacres; les pistai, croyan*, inities, c est-à-dire, les baptisés, qui avaient part aux soupers des agapes, les catéchumènes, qui atteudaient le baptême, et les énergumènes, qui attendaient qu'on les délivrât du démon. Aucun, dans ces cinq ordres, ne portail d'habit différent des autres; aucun n'était contraint au célibat, témoin le livre de Tertullicu dédié à sa femme, téin l'exemple des apôtres. Aucune représentation, peinture, soit en sculpture, dans leurs assemblées , pendant les deux premiers siècles ; point d'autels , encore moins de cierges , d'encens et d'eau lustrale. Les chrétiens cachaient soigneusement leurs livre» aux gentils : ils ne les confiaient qu'aux initiés; il n'était pas même permis aux catéchumènes de rél'Oraison <

chasser les diables donné à l'église.

Ce qui distinguait le plus les chrétiens, et ce qui a duré jusqu'à nos derniers temps, était le pouvoir de chasser les diables avec le si^c de la croix. Origènc dans son traité contre Cclse, avoue, au nombre t33, qu'Antinous, divinii'' par l'empereur Adrien, fesait des miracles en Egypte par la force des charmes et des prestiges; mai* il dit que les diables sortent du corps des possédés à la prononciation du seul nom de Jésus.

Tcrtullien va plus loin, et, du fend de l'Afrique où il était, il dit dans son Apologétique, au chapitre XX 111 : u Si vos dieux ne confessent pas qu'ils sont des diables à la préseuce d'uc vrai chrétien, nous voulons bien que vous répandiez le sang de ce chrétien. Y a-t-il une démonstration plus claire? w

En efTet, Jésus-Orisl envoya ses apôtres pour

chasser les démons. Les JuiCs avaient aussi do son

temps le don de les chasser; car, lorsque Jésus eut

délivré des possédés et eut envoyé les diables dans

les corps d'un troupeau de mille cochons, et qu'il

eut opéré d'autres guérisous pareilles, les pharisiens

dirent : U chasse les démons par la puissance de Bcl-

zébutb. « Si c'est par Uclzébulh que je les chasse,

répondit Jésus, par qui vos fds les chassent-ils?»

Il est incontestable que les Juifs se vantaient de ce

pouvoir : ils avuent des exorcistes et des exorcismes.

On invoquait le uom de Dieu, du Jacob ol d'Abraham.

On mettait des herbes consacrées dans le nez des démoniaques. (Josephc rapporte une partie de cet

cérémonies.) Ce pouvoir sur les diables, que les Juifs ont perdu, fut transmis aux chrétiens, qui semblent aussi l'avoir perdu depuis quelque temps.

Dans le pouvoir de chasser les démons était compris celui de détruire les opérations de la magie ; car ht magie fut toujours en vigueur citez toutes les nations. Tous les pères de l'église rendent témoignage à la magie. Saint Justin avoue dans son Apologétique, au livre M, qu'on évoque souvent les Ames des morts, et il en tire un argument en faveur de l'immortalité de l'Ime. Laetancc, au livre VII de ses Institutions divines, dit « que, si on osait nier l'existence des âmes après la mort, le magicien vous en convaincrait bientôt en les fesant paraître. Irénée, Clément Alexandrin, Tcrtullien, l'évéque Cypricn, tcus affirment la même chose. Il est vrai qu'aujourd hui tout est changé et qu'il n'y a pas plus de magiciens que de démoniaques. Mais Dieu est le maître d'avertir les hommes par des prodiges dans certains temps , et de les faire cesser dans d'autres.

Des martyrs de l'église.

Quand les sociétés chrétiennes devinrent tin peu nombreuses, et que plusieurs s'élevèrent contre le culte de l'empire romain , les magistrats sévirent contre elles , et les peuples surtout les persécutèrent. On ne persécutait point les Juifs qui avaient des privilèges particuliers, et qui se renfermaient dans leurs synagogues ; on leur permettait l'exercice de leur religion , comme on fait encore aujourd'hui à Rome; on souffrait tous les cultes divers répandus danl l'empire, quoique le sénat ne les adoptit pas.

Mais les chrétiens se déclarant ennemis de ton* ces cultes , et surtout de celui de l'empire , furent exposés plusieurs fois à ces cruelles éprenves.

Un des premiers et des plus célèbres martyrs, fut Ignace évêque d'Autiochc, con lamné par l'empereur Trajan lui-même, alors en Asie, envoyé par ses ordres à Rome, pour être experé aux bêtes, dans un temps où l'on ne massacrait point n Rn ne les autres chrétiens. On ne sait point précisément de quoi il était accusé auprès de cet emrcrcur renommé d aillenrs pour sa clémence ; il fallait que saint Ignace eût de bien violons cunemis. Quoi qu'il en soit, I histoire de son martyre rapporte qu'on lui trouva le nom de Jesus-Cbrist gravé znr le coeur en caractères d'or; et c'est de là que les chrétiens prirent en quelques endroits le nom de Théophorcs, qu'Ignace s'était donné à lui-même.

On nous a conservé une lettre de lui ( '), par laquelle il prie les évéqtics et les chrétiens de ne point s'opposer à son martyre; soit que dès lors les chrétiens fussent assez puissans pour le délivrer, soit que parmi eux quelques-uns eussent assez de crédit pour obtenir sa grâce. Ce qui est encore très-remarquable, cest qu'on souffrit que les chrétiens de Rome vinssent au-devant do lui, quand il fut amené dans cette capi

(«0 u»p™, «eue lettre est

PHaosopi

Ule; ce qui prouverait évidemment qu'on punissait . «n lai la personne et non pas la secte.

Les persécutions ne fur»nt pas continuées. Origène, dans son livre III c-jutre Celse, dit : « On peut compter facilement les chrétiens qui sont morts pour leur religion, parce qu'il en est mort peu, et seule» ment de temps en temps, et par intervalle. »

Dieu eut un si grand soin de son église, que, maigre" ses ennemis, il fit en sorte qu'elle tînt cinq conciles dans le premier siècle , seize dans le second , et trente dans le troisième; c'est-à-dire, des assemblées secrètes et tolérées. Ces assemblées furent quelquefois défendues , quand la fausre prudence des magistrats craignit qu'elles ne devinssent tumultueuses. U nous est resté peu de procès verbaux des proconsuls 41 des préteurr qr»i condamnèrent les chrétiens à mort. Ce serait les seuls actes sur lesquels on pot coustater les accusations portées contre eux et leurs supplices.

Nous avons nn fragment de Dcnys d'Alexandrie, dans lequel il rapporte l'extrait du greffe d'un proconsul d'Egypte, sous l'empereur Valérien ; le voici.

« Denys, Fauste, Maxime, Marcel et Chéremon , ayant été introduits à l'audience , le préfet Emilien leur a dit : Vous avez pu connaître par les entretiens que j'ai eus avec vous, et par tout co que je vous ai écrit, combien nos princes ont témoigné de bonté a votre égard; je veux bien encore vous le redire : ils abat dépendre votre conservation et votre salut de vous-mêmes , et votre destinée est entre vos mains. Os ne demandent de vous qu'une seule ebose, que la raison exige île toute personuc raisonnable; c'est que I tous adoriez les dieux protecteurs de leur empire , et que vous abandonniez cet autre culte si contraire â la uaturc et au bon sens. »

Denys a répondu : « Chacun n'a pas les mêmes dieux, et chacun adore ceux qu'il croit l'être véritablement. »

Le préfet Rmilien reprit • « Je vois bien que vous êtes des ingrats, qui abusez des bontés que les empe> reurs ont pour vous. Hé bien , vous ne demeurerez pas davantage dans cette ville, et je vous envoie à Cephro, dans le fond de la Lybie; ce sera là le lieu de votre bannissement, salon l'ordre que j'en ai reçu de nos empereurs : au reste , ne pensez pas y tenir vos assemblées , ni a"cr faire vos prières dans ces lieux qne vous nommez des cimetières; cela vous est absolument défendu, je ne le permettrai à personne.»

Rien ne porte p!rs 1er caractères de vérité que ce procès verbal. On voit par là qu'il y avait des temps où les assemblées étaient prohibées. C'est ainsi qu'en France il est défendn ?ux calvinistes de s'assembler; on a même quelquefois frit pendre et rouer des ministres ou prédicans , qui tenaient des assemblées malgré les lois; et depuis i 74*» il y en a en six de pendus. Cest ainsi qu'en Angleterre et en Irlande les assemblées sont défendues aux catholiques romains; «t il y a eu des occasions où les délinquans ont été condamnés à la mort.

Malgré ces défenses portées par les lois romaines, Dieu inspira à plusieurs empereurs de l'indulgence pour les chrétiens. Dioctétien même, qui passe chez lu ignorans poui un persécuteur, Dioctétien, dont

HTQUE. 405

la première année de règne est encore l'époque d.i Père des martyrs, fut pendant plus de dix-huit ans le protecteur déclaré du christianisme, au point que plusieurs chrétiens eurent des charges principales auprès de sa personne. Il épousa même une chrétienne, il souffrit que dans Nicomédic, sa résidence, il y eût une superbe église élevée vis-à-vis son palais.

Le césar Galérius ayant malheureusement été prévenu contre les chrétiens, dont il croyait avoir à s» plaindre, engagea Dioctétien A faire détruire la cathédrale de Nicomédic. Un chrétien plus zélé que sage mit en pièces l'édit de l'empereur, et de là vint cette persécution si fumeuse , dan; laquelle il y cul plus de deux cents personnes exécutées à mort dans le u pire romain , sans compter ceux que la fureur du petit peuple , toujours fanatique et toujours barbare , fit périr contre les formes juridiques.

II y eut en divers temps uu si grand nombre de martyrs qu'il faut bien se donucr de garde d'ébranler la vérité de l'histoire de ces véritables confesseurs de notre sainte religion , par un mélange dangereux de fables et de faux martyrs.

Le bénédictin do m Ruinait, par exemple, homme d'ailleurs aussi instruit qu'estimable et zélé , aurait dû choisir avec plus de discrétion ses Actes sincères. Ce n'est pas assez qu'un manuscrit soit tiré de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, ou d'un couvent de célestius de Paris , conforme à un manuscrit des feuillans, pour que cet acte soit authentique; il faut que cet acte soit ancien , écrit par des contemporains, et qu'il porte d'ailleurs tous les caiactcresde la vérité.

Il aurait pu se pas r de rapporter l'aventure du jeune Romanus, arrivée en 3o3. Ce jeune Romain avait obtenu son pardon de Dioctétien dans Anlioche. Cependant il dit que h jii«c A.scl''r>iade le coudamna à être brûlé. DcsJuifr prvscns à ce spectacle se moquèrent du jeune saijt Romanus, cl reprochèrent aUx chrétiens que leur Dieu les laissait brûler, lui qui avait délivré Sidnc, Miac et ALdcnago, de la fournaise; qu'aussitôt il s'éleva , dans ic temps le plus serein, un orage qui éteignit le feu; qu'alors le juge ordonna qu'on coupiit la langue au ji*uuc Romanus ; que le premier médecin de I empereur, se trouvant là, fit officieusement la fonction de bourreau c: lui coupa la langue daus la racine; qu'aussitôt le jeune homme, qui était bègue auparavant , parla avec beaucoup de liberté; que l'empereur fut étonné que l'on parlât si bien sans langue; que le médecin, pour réitérer cette expérience, coupa snr-lc-champ la langue à un passant, lequel mourut subitement. ,<

Euscbe, dont le bénédictin Ruinart a tiré ce conte, devait respecter assez les vrais miracles opérés dans l'ancien et dans le nouveau Testament ( lesquels personne ne doutera jamais) pour ne pas leur associer des histoires si suspectes, lesquelles pourraient scandaliser les faibles.

Cette dernière persécution ne s'< io:idil pas dan* tout l'empire. H y avait alors en \ngleterr- quelque christianisme qui s'éclipsa bieuir'»: rntur reparaître ensuite sous les rois saxons. Les Gaules méridionales

«t l'Espagne étaient remplies de chrétiens. Le césai Constance-Chlore les protégea beaucoup dans toutes ses provinces. 11 avail une concubino cjui était chre-. tionue , c'est la mère de Constantin , connue sous le nom de sainic Hélène; cai il n'y eut jamais de mariage avéré entre elle cl lu: ; il la renvoya même dos l'an 3Q.2, quand il épousa la fille de Maximilicu-llcrculcj mats clic avait conservé sur lui beaucoup d'ascendant, cl lui avait inspiré uue grande afbction pour notre sain;c religion.

De l'établissement de t église sous Constantin.

La divine Providence préparait ainsi , par des voies qui semblent hunainc», le triomphe de son église.

Constance-Chlore moun.t en 3o(i a Vorek en AnglcJcrre, dans un temps of. les enfa.is qu'il avait de la fille d'un césar étaient en bas âge, et ne pouvaient prelemlrc à l'empire. Constantin eut la conlî inec de se faire éîirc à Yorrk par cinq ou six mille soldats allemands, eiuloîs et au-lais pour la plupart. Il n'y avail pas d'apparence que celte élection , faite .sans lé consentement de Rome, du sénat et des armées, pût prévaloir; mais Dieu lui donna la vicîoirc sur Matentrus, élu n Rnnlc, et le délivra enfin de tous ses collègues. On ne peul dissimuler quil ne se rendit d'abord indigne des fuveors du ciel parte mco.-.ied» tous ses proebe» , et enfin de ;a Lmmc et do son M».

Oh peut douter de ce que /xwinio rapporte a c4 sujet. Il dit que Constantin, agité du remords après Uni de crimes , detuaiula aux pontifes de l'empire s' l y avait quelque e\p aliou |>our lui, et qu'ils lui dirent qu'ils n en connaissaient pis. il est bien \rai qu'il uj en avait point eu pour Néron , et qu'il n'avait osé assister aux sacrés mystères en Cri-ce. Cependant les tauroboles étaient eu a sage , et il est bien difficile de croire qu'un empereur tout-puissant n'ait pu trouver un prêtre qui t oui ni lui :nvorder des sacrifiées expiatoires. Peut-être même est -il moiuc croyable que Constantin, occupé de lu (.-lierre, de son ainbiliou, de ses projets et environné Je flatteurs, ait eu \s temps d avoir des remords. Zoïitnc ajoute qu'un prêtre égvptien, aimé d'Espagne, qui avait acr es à sa porte, lui promit l'expir'.iou de tous ses crimes dans la religion chrétienne. On a soupçonné que es prêtre était O/ius, c'véquc de Girdouo.

Quoi qu il en soit, Dieu réserva Constantin pour l'éclairer et pour en fore le protecteur de l'église : ce prince fil bâtir la ville de Censtanlinoplif , qui devint le centre de l'empire rl de la religion chrétienne. Alors 1 église prit une forme auguste. Et il est a croire que, lavé pur son haplême et repentant a sa mort, il obtint miséricorde, quoiqu'il soit mort arien. Il serait bien dur que tous les partisans des deu\ cvèques Eufëbc.i eussent été damnés.

Des l'an 3t J, avant que Constantin résidât dans sa nouvelle ville, ceux qui avaient persécuté les chrétiens furent punis par c0\ de leurs cruautés. Les chrétiens jetèrent la femme de Maximien dans 10rotite; ils égorgèrent tous ses pareos; ds massacrèrent dans l'Egypte et dans la Palestine les magistrats qui s'étaient le plus déclarés contre le christianisme. La veure et 1. fille de Dioctétien, séUnt cachées à

Thessaloniquc , furent reconnues, et leurs corps jeté»

à la mer. 11 eut été à souhaiter que les chrétien» i moins écoulé l'esprit de vengeance;

«en,

qui

punit selon sa justice, voulut que le* mains des chrétiens fussent teintes du sang de leurs persécuteurs , sitôt que ces chrétiens furent en liberté d'agir.

Constantin convoqua, assembla dans Nicce, viaà-vis de Conslanliuople, le premier concile œcuménique, auquel présida Ozius. On y décida la grande question qui agitait i'égtùe, touchant la divinité de Jésus-Christ (*).

On sait assec comment léglse, avant combattu trois cents ans coutre les rites de l'empire remain, conibattil ensuite contre elle-même , et fut toujours militante cl tiiompbautc.

Dans la suite des temps, l'église grecque presque tout entière , et toute l'église d'Afrique devinrent esclaves sous les Arabes, et ensuite sous les Turcs, qui élevèrent la religion mahométanc sur les ruines de la chrétienne. L'église romaine subsista, mais toujours souillée de sang par plus de six cents ans de discoïde entre l'empire d'occident cl le sacerdoce. Ces querelles mêmes la rendirent très-puissante. Les évéques, I es a bhése il Allemagne, se firent tons priuecs, ot les papes acquirent peu a peu la domination absolue dans Rome cl dan* uu pays considérable. Aieai Dieu éprouva sou église par les humi ialiotu, par lu troubles, par les crimes et par la splendeur.

Celte église latine perdit au tahiimm siècle la moitié de P Allemagne , le Danemarck , la Suéde, l'Angle* terre , l'Ecosse , l'Irlande , la meilleure partie de Je Suisse, le Hollande; elle m gagné p'u* de terrain en Amérique par 1m c%uqu£tce des Espagnol* qn'elle n'en a perdu en Europe ; mais avec plus de territoire elle a hion moins de »ujot».

La Providence divine semblait destiner le Japon, Siam , l'Inde cl la Chine à se ranger sous l'obéissance du pape pour le récompenser do l'Asie Mineure, de la Syrie , de la Grèce, de l'Egypte, de l'Afrique, de la Ruwie ot des autres états purins dout nous avons parlé. Saiut François Xavier, qui porta le saint évangile aax Indes Orientales et au Japon, quand lea Portugais/ allèrent chercher des marchandise», ût ua très-grand nombre de miracles, tous attestés par le» RR. PP. jésuite»; quelques-uns discul qu H ressuscita neuf morts; mais le R. P. RiLadaaoiin, dausaa Fleur des saùiU,«c borne a dire qui! n'en rossusciU que quatre; c'est bien astet. La Providence voulut qn'eo me u» do coût aimées d y cul des millier» de catholique» romains dans les îles du J?pou, Mai» le soma son ivraie au milieu du bon g à ce qu'on croit , Cornière nt une coujunaliou autvie d'une guerre civile, daus laqucll» ton* les chrétiens furent exterminés eu t«3H. Alors la imtio» terme aes ports a toes Je* étnagers, arcepté au» Hollandais qu'on regardait comme des irarebands, et non pas comme des chrétiens, et qui furent d'abord obl^é* de marcher sur le croix pour ohteuir la permimion de vendre leurs denrées dans la prison où i ferma lorsqu ils abordent a Nangazaki

{*) Voyei Anujiaarx, CansruauMc et

La religion catholique, apostolique et romaine, fut proscrite à la Chine dans uos derniers temps , mail d une manière moins crue. le. Lti UH. PI», jésuites n'avaient pas à la vérité" ressuscité des morts à la cour de Pékin, ils s'étaient contentés d enseigner l'astronomie, de fondra dn canon, et d'être mandarins. Leurs malheureuses disputes avec lesdomii.icaius et d'autres scandalisèrent a tel point I; grand empereur Yontcutn, que ce prince, qui était la Justice et la bonté mfttnc, fut assez aveugfe pour ne plus permettre qtf'ou enseignât notre sainte religion, dans laquelle nos missionnaires ne s'accordaient pas. Il les ebassa avec une bonté paternelle, leur fournissant des subsistantes et des voilures jusqu'au* confins de son empire.

Toute l'Asie, toute l'Afrique, la moWéde fEurop», tout ce qui appartient aux Anglais, a«ix Hollandais, dans l'Amérique, toutes '.es bordes amérieaiaer non domptfcs, toutes las terres australes, qui s*nt une cinquième partie du globe, sont 'emmirées la proie du démon pour véri6cr cette sainte r»n>\* : Il y a kenucmy d'appelés , mais peu d'élus. ( Matth. XX 16. )

Dfi la signification du mot église. Portrait de V église primitive. Végénèralion. Examen des Mciejej qui ont voulu rétablir l'église primitif, *i particulièrement des prùuiiifr appelés

Ca mot grec signifiait chez les Grecs tissctnblct ilu peuple. Qunud on traduisit les livres hébreu* au grec» it ayoagogue par église, et on se serviLidu )«te*»pfmr<cxpriuu>r ht,»«ei<té.ftmv, la cwujrtautUn fivltUqtte, VataemJtlce juive, te peuple jaUf. Ai km il est dit dam les Nombre* (r) t «Pourquoi a vea-vous aaaué l'èglUe dans le désert?» et dans le Deutéronome ( ) : « l 'mnnqilr , le hloabitc , l'Ammonite n'outreront pas dans l'église; les Idumécns, IcsÊgyptieus n'autreront dans 1,'figUse qu'à la troisième génération,, »

J iitus-Cbiistdit,daws *aiaj Matthieu (</) : u Si votre frère a péxhé cotUrcffOMS (^ajiu>aflflujsé), repreusxlo entre vous et M.P«q^,.«wan<& tavec vous un ou dent témniuSyaunqucAOAUa'é^Inkcusnpar Ja bouche de 4«ux ou Unis Jtoqin*; cA» >;il sut les écoute pas, plaigaca-vous a l'assemblée du neu pic, à l'église : et, s'il n'écoule pas l'église, qu'il vit couiur.- un gentil, ou un recoveur des deniers publics. Je vous dis, ainsi ♦oit-il, en vérité, tout ce que vous aurez lié sur terre sera lié au ciel ; et ce que vous aurez, délié sur terre sera délié au ciel. » ( Allusion aux clefs des portes dont on liait cl déliait la courroie.)

11 s'agit ici de deu\ hommes dont l'un a offensé l'autre et persiste. On uc pouvait le faire comparaître dans l'assemblée , dans l'église chrétienne, il n'y eu avait point encore ; ou n» pouvait faire juger cet bomme dont son compagnon .an .plaignait, par un évoque cl par les pritans'qui n'asiMaienl pas encore; de plus, ni les prêtres juifs, ni les préires chrétiens oc furent jamais jugcsdesquerelleaentre particuliers;

c'était une affaire da pojice. Las évéques ne devinrent

jugea que vans le temps de Yatenrinien 141.

(«) Cï. vp. XX , ». 4. — (/) Catp. XXIII , v. i , a , 3. (5) Cli «p. XVI1L

sacré de eut évangile tait parler ici note* Seigneur

par anticipation , qnc c'est une allégorie , une prédic<

fermé* «a^taU». * *'

Sel don fuit onc remarque importante sur ce pas-

aa^e^'.); «'cet qu'où u'exonaanuiuiau point chez laa Juifs les publicaius, les receveurs dcsaWotcrs rorauu. Ly petit peuple pouvait les detestcj ; ruai*, étaut des officiers nécessaires, nommés par le prince, il n'était jamais tombé dans la tcïo de personne de vouloir les séparer de l' is cntùl< r. Les Juifs étaient alors sous la dooùuaaioa 4» proconsul da Syrie , qui étendait sa juridiction junui'aux coiiliosde la Gahlée et jusque dans l'île do Chypre, où il avait des vicc-geVei|s. U aurait été JUi s-iinprudeilt do marquer publiquement son luirntnr pour ies ofueiers légaux du proconsul. L'iujustice même eut étf jointe a l'imprudcme ;,caj los chevaliers romains fermiers du domaine public, les receveurs de l'urgent du César, étaient autorité» pur les lois.

Sdnt Augustin, dans son sermon LXXXI, peut fournir des réflexions pour l'intelligence de ce passade. Il parle de ceux qui gardcul leur haine, qui ne vculeut point, pardonne*-.

1 laminant publifnum. I.ipu (Hum inlêrrd ; $tA ut i*sic allujti , ividt : nam injUé' > vwcmI*

ditminpit ;ni'ù><i. Qnum autent cerrtxeritel oontariuvtiit cum frntre lue, #>L>iti tuut in i^rri

u Vous regardez votro frère comme «c'est lavoir lié sur la terre. Mais voyez si voua le a liez justement : car la justice rompt les liens in- « justes. Mais si .vous avez corrigé votre frère, ai « vous vous êtes accordé avec lui, voua l avez délié « sur la teirc. »

U semble, pat la manière dont saint Augustin mW pliquc , que I offensé ait tait mettre I offenseur en prison, et qu'on doive entoudroque, s'il ost jute dans los liens sur la terre , il est aussi dans les 'ieus célestes ; mais que} si I offensé est inexorable, il devient lié luimême. Il n'est point question de l'église dans l'explication do saint Augustin; il ne s'agit que de pardon ner ou de ne pardonner pas une injure. Saint Augustin ne parle point ici du droit sacerdotal de remettre les pechés de la part de Dieu. C est un droit reconnu ailleurs, un droit dérivé dusacrciaonl de lu confession. Saint Augustin, tout profond qu'il est dans les types et dans les allégories, ne regarde pas ce fameux passage comme une allusion a l'absolution donnée ou refusée par les ministres de 1 église catholique romaine dans le sacrement de péuileuce.

Vu nom d'église dans les sociétés chrétienne*.

O.vue reconnaît dans plusieurs étais chrétiens qn* quatre églises,, la grecque, la romaine, la iulbérioune, la réformée ou cah ini.lc. Il en est ainsi eu Ai'.envagwo; les primitifs ou quakers, les anabaptistes, les sommeils, les inemnouisles, les piélistes, les inoraves, le*

(*) fn SinedriU llebiaorum , MU. II.

4oè

lui f§, et autres, ne forment point d'église. La religion juive a conservé le titre de synagogue. Les sectes Chrétiennes qui sont tolérées n'ont que des assemblées secrètes, des conventictdes ; il en est de me me à Londres.

On ne reconnaît l'église catnolique ni en Saède, ni en Danemarck, ni dans les parties septentrionales de l'Allemagne, ni en Hollande, ni dans les trois quarts de la Suisse, ni dans les trois royaumes de la

De la primitive église, et de ceux qui ont cru la rétablir.

Les Juifs , ainsi que tous les peuples de Syrie , furent divisés en plusieurs petites congrégations religieuses, comme nous l'avons vu : toutes tendaiont à une perfection mystique.

Un rayon plus pur de lumière anima les disciples de saint Jean , qui subsistent encore vers Mosul. Enfin viut sur la terre le fils de Dieu annoucé par saiat Jean. Ses disciples furent constamment tous égaux. Jésus leur avait dit expressément (i) : a II n'y aura parmi vous ni premier ni dernier... Je suis veuu pour servir et non pour être servi . . . Celui qui voudra être le maître des autres les servira. »

Une preuve d'égalité, c'est que les chrétiens, dans les commciicemcns, ne prirent d'autre nom que celui de (rires. Ils s'assemblaient et attendaient l'esprit; ils prophétisaient quand ils étaient inspirés. Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, leur dit ( ): « Si dans votre assemblée chacun de vous a le don du cantique, celui de la doctrine, celui de l'apocalypse, celui des langues, celui d'interpréter, que tout soit à l'édification. Si quclqu'uu parle de la langue comme deux ou trois, et par parties, qu'il y on ait un qui interprète.

« Que deux ou trois prophètes parlent , que les autres jugent; et que îi quelque chose est révélé à an autre , que le premier se taise ; car vous pouvez, tous prophétiser chacun » part, afin que tous apprennent et que tous exhortent; l'esprit de prophétie est soumis aux prophètes : car le Seigneur est un Dieu de paix Ainsi donc, mes frères, ayez, tous l'émulation de prophétiser, et n'empêchez point de parler des langues. »

J'ai traduit mol à mot, par respect pour le texte et pour ne point enlrcr dans des disputes de mots.

Saint Paul , dans la même épitre, convient ( ) que les femmes peuvent prophétiser , quoiqu'il leur défende au chapilrc XIV de parler dans les assemblées. « Toute femme, dit-il, priant ou prophétisant sans avoir uu voile sur la tct«>, souille sa tête : car c'est comme si elle était chauve. »

Il est clair par tous ces passages , et par beaucoup d'autres, que les premiers chrétiens étaient tous égaux, non-seulement comme frères en Jésus-Christ, mais comme également partagés. L'esprit se communiquait également à eux ; ils parlaient également

diverses langues; Us avaient également le don dt

prophétiser , sans distinction de rang , ni d'âge , ni de sexe.

Les apôtres qui enseignaient les néophytes avaient sans doute sur eux celte prééminence naturelle que lo précepteur a sur l'écolier; mais de juridiction, de puissance temporelle, de ce qu'on appelle honneurs dans le monde, de distinction dans l'habillement, de marque de supériorité , ils n'en avaient assurément aucune, ni ceux qui leur succédèrent. Us possédaient uue autre grandeur bien différente, celle de la persuasion.

Les frères mettaient leur argent en commun (m). Ce furent eux-mêmes qui choisirent sept d'entre eux pour avoir soin des tables et de pourvoir aux nécessités communes. Ils élurent dans Jérusalem même ceux que uous nommous Etienne, Philippe, Proocre, Nicanor , Timon , Parmcnas et Nicolas. Ce qu'on peut remarquer, c'est que parmi ces sept élus par la communauté juive, il y a six Grecs.

Après les apôtres, on ne trouve aucun exemple d'un chrétien qui ait eu sur les autres chrétiens d'autre pouvoir que celui d'enseigner, d'exhorter, de chasser les démons du corps des éiicrgumèncs, de faire des miracles. Tout est spirituel ; rien ne se ressent des pompes du monde. Ce n'est guère que dan» le troisième sièclo que l'esprit d'orgueil, de vanité, d'intérêt, se manifesta de tous côtés chei les fidèles.

Les agapes étaient déjà de grands festins; on leur reprochait le luxe et la bonne chère. Tertullicn l'avoue (m). « Oui, dit-il, nous lésons grande chère; mais dans les mystères d'Athènes et d'Egypte ne faiton pas bonne chère aussi ? Quelque dépense que noua fassions, elle est mile et pieuse, puisque le» pauvres en profitent. » Quat»tiscun4fue sumptibus ctnsttt. lucrum est pietalis, uquidcm inspes refrigerio isto ru-

Dans ce temps-là même, des sociétés de chrétien* qui osaient se dire plus parfaites que les autres, les monta nistes, par exemple, qui se vantaient de tant de prophéties et d'une morale si austère, qui résidaient les secondes noces comme des adultères et h fuite de la persécution comme une apostasie, qui avaient si publiquement des convulsions sacrées et des extases, qui prétendaient parler à Dieu face à face, furent convaincus, à ce qu'on pré'cud, de m* 1er le sang d'un enfant d'un an au pain de l'eucharistie. Ils attirèrent sur les véritables chrétiens ce cruel reproche qui les exposa aux persécutions.

Voici comme ils s'y prenaient, «Ion saint Augustin ( ) ; ils piquaient avec des épingles tout le corps de l'enfant, ils pétrissaient la farine avec ce sang et en fesaient un pain; s'il en mourai', ils l'honoraient

{0 tUuli., chnp. XX ; et Marc, c!up. IX et X,

ffc) Clup. XIV. w a(" ^ »iù\. ./} rfnp. XI. v. 5.

>, que le»

pères ne cessaient de s'en plaindre. Ecoutez saint

(m) AcSoa dea apoO*«. cJ ap. VX

(n) Tertullien, ebap. XXXIX.

(o) Au^iittin, D* Umrmibmt. Hmrm. XXVL

Cyprîcn dans son livre des Tombés (/•) : « Chaque prêtre, dit-il, court après les biens et les honneurs «vec une fureur insatiable. Les évéques sont sans religion, les femmes sans pudeur; la friponnerie régne; on jure, on se parjure; les auimosités divisent les chrétiens; les évêques abandonnent les chaires pour eouiir aux foires <n pour s'enrichir par le négoce ; enfin nous nous plaisons a nous seuls et nous déplaisons à tout' le monde. »

Avant ces scandales, le prêtre Novatien en avait donné un bicu funeste aux fidèles de lloinu : il fut le premier antipape. L'episcopal te Koiue, <juoi<|uc secret et exposé à la persécutior , était un objet d'ambition et d'avarice par les grandes coutribulions des chrétiens et par l'autorité de la place.

Ne répétons point ici ce qui est déposé dans tant d'archives, ce qu'on entend tous les jours dans la bouche des personnes instruites; ce nombre prodigieux de schismes et de gue res; six c«ïnts années de querelles sanglantes entre l empire et le sacerdoce; l'argent des nations coulant par mille canaux , tantôt à Rome, tantôt dans Avignon lorsque les papes y fixèrent leur séjour pendant soixante et douze ans; le sang coulant dans toute l'Europe soit pour l'intérêt d'une tiare, si inconnue à Jésus-Christ, soit pour des questions inintelligibles dont il n'a jamais été parlé. Notre religion u'en est pas moins vraie, moins sacrée, moins divine, pour avoir été souillée si long-lcmpi dans le crime et plongée daus le carnage.

Quand la fureur de dominer, celte terrible passion du coeur humain, fut parvenue à son dernier excès, lorsque le moiuc llildebrand (*), élu coiitrc les lois évéque de Rome, arracha cette capitale aux empereurs et défendit à lou£ les évoques d'occident de porter l'ancien nom de pape pour se l'attribuer a lui seul ; lorsque les évêqtics d'Allemagne à son exemple se rendirent souverains, que tous ceux de France et d'Angleterre tâchèrent d'en faire autant, il s'éleva, depuis ces temps aflrcux jusqu'à nos jours, des sociétés chrétiennes qui, sous cent noms différens, voulurent rétablir l'égalité primitive lans le christianisme.

Mais ce qui avait été praticable daus une petite société cachée au monde ne l 'i?it plus dans de grands royaumes. L'église militante et triomphante ne pouvait plus être l'église ignorée et humble. Les évi'qucs, les grandes cominunarté.* monastiques riches et puissiiitcs, se réunissant soui les étendards du ponlilie de la Rome nouvelle, combattirent alors pro ori< et pro focis , pour leurs autels et pour leurs foyers. Croisades, armées, sièges, batailles, rapines, i, assassinats par la main des bourreaux , aspar la main des prêtres dc.« deux partis, poisons, dévastations par le fer <*t la flamme, tout fut employé pour soutenir e: pour bumil*c la nouvelle administration ecclésiastique; et le berceau de la primitive église fut tellement caché sous les flots de sang et sous les ossemens de morts, qu'on put à peine le

(p) Voytt les Ofcuvrf» cic »>h l ' yprèo . cl THut. cédés. 4e . ioom II. page i68,édit>«lB-ia, t?i5.

nurégoim VIL

nier, mil.

Les guerres religieuses et civiles de la Grande- Bretagne ayant désolé l'Angleterre, l'Ecosse et (Irlande , dans le règne infortuné de Charles I , Guillaume Pcnn, fils d'un vice-amiral, résolut daller rétablir ce qu'il appelait la primitive rgli'e, sur les rivages do l'Amérique septentrionale, dans un climat doux qui lui parut f.iit pour ses mœurs. Sa secte était nommée celle des ti<u,blrun; dénomination ridicule, mais qu'ils méritaient par les trcmblemcns de corps qu'ils affectaient eu prêchant, et par un nasilloniienient qui ne fut daus l'église romaine que le partage d'une espèce de moines appelés tapucint. Mais on peut en parlant du ne/, et eu se secouant, être doux, frugal, modeste, juste, charitable. Personne ne nie que cette société de primitifs ne donnit l'exemple de toutes ces vertus.

I eiin voyait que les évêques anglicans et les presbytériens avaient été la cause d'une guerre affreuse pour nu surplis, des manches de linon et une liturgie; il ne voulut ni liturgie, ni I non, ni surplis. Les apôtres n'en avaient point. Jésus-Christ n'avait baptisé personne; les associés de Pcnn ne voulurcut point être baptisés.

Les premiers Gdélcs étaient égaux ; ces nouveaux venus prétendirent l'être autant qu'il est possible. Les premiers disciples reçurent l'esprit et parlaient dans l'assemblée; ils navaicut ni autels, ni temples, ni ornemens, ni cierges, ni encens, ni cérémonies : Pcnn et les siens se flattèrent de recevoir l'esprit, et renoncèrent à toute cérémonie, a tout appareil. La charité était précieuse aux disciples du Sauveur : ceux de Pcnn firent une bourse commune pour secourir les pauvres. Ainsi ces imitateurs des esséuicus et des premiers chrétiens, quoique errans daus les dogmes et dans les rites, étaient pour toutes les autres sociétés chrétiennes un modèle étonnant de morale et de police.

Enfin cet homme singulier alla s'établir avec cinq ceuts des siens dans le canton alors le plus sauvage de l'Amérique. I.a reine Christine de Suède avait voulu y fonder une colonie qui n'avait pa» réussi; les primitifs de Pcnn curent plus de succès

C'était sur les bords de la rivière Delawarc, vers le quatrième degré. Cette contrée n'appartenait au roi d'Angleterre que parce qu'elle n'était réclamé* alors par personne, cl que les peuples nommées par nous •nu*'atje\, qui auraient pu la cultiver, avaient toujours demeuré assez loin dans l'épaisseur des forcis. Si l'Angleterre n'avait eu ce pays que par droit de conquête , Pcnn et ses primitifs auraient eu en horreur un tel asile. Ils ne regardaient ce prétendu droit de conquête que comme une violation du droit de la uaturc et comme uue rapine.

Le roi Charles 11 déclara Penu souverain de tout ce pays désert, par laetc le plus authentique du 4 mars 1681. Pcnn, dès l'année suivante, y promulgua ses lois. La première fut la liberté civile entière, de sorte que chaque colon, possédant cinquante acres de terre, était membre de la législation; la seconde, une défense expresse aux avocats et aux pro-

eureurs de prendre jamais dargeat; 1* • troisième , l'admission de toutes les religions, et la permission moitié a chaque habitant d'adorer Dieu dans sa maison , sans assister jamais à aucun culte public.

Voici celte loi telle qu'elle est portée.

« La liberté de conscience élant un droit que tous les hommes o.u reçu de la nature avec l'ciislcnce, et que tous les g.ns paisibles doivent maintenir, il est fermement •'f.*bli .pic personne ne sera forcé d'assister à aucun exercise public de r>li«iou.

« Mais il est v-xprc*s< mcnl donné plein po JVoLr à clincun de faire librement l'exercice public ou privé de a, religion , s ins qu'on puisse y apporter aucun trouble ni empêchement sous aucun prétexte; pourvu qu'il fasse profession de foi en un seul Dieu éternel , tou'.-puissatit, orateur, conservateur, gouverneur de l'univers, et i[u'il remplisse tous 'es devoirs de la société civile, auxquels ou est o ligé envers ses compatriotes. »

Cette loi est encore plus indulgente, plus humaine que colle qui fut donnée aux peuples de la Caroline par Locke , le Platon de l'Angleterre , si supérieur au Platon de la Grèce. Locke n'a permis d'autres religions publiques que Celles qui seraient approuvées par sept pi res de famille. C'est une autre sorte de sagesse que celle de Pcnn.

Mais ce qui est pour jamais honorable pour ces deux législateurs, et ce qui doit servir d'exemple éternel au genre humain , c'est que cette liberté de conscience n'a pas causé le moindre trouble. Ou dirait nu contraire que Dieu a répandu ses bénédictions les plus seiisilm-s sur la colonie de la Pcitsilvanic. EU'* était de cinq cents personnes en 16*82 ; et en moins d'un siècle elle s'est accrue jusqu'à près de trois cent mille; c'est la proportion de cent cinquante à un. La moi'ié des colons est de la religion primitive; vingt autres religions composent l'autre moitié. II y a dnn/.c beaux temples dans Philadelphie, et d'ailleurs chaque maison est un temple. Cette ville a mérité son ■om d'mii'i" {r,i'rin,-V<\ Sept autres villes et mille bourgades fleurissent sous cette loi de concorde. Trois cents vaisseaux partent d i port tous les ans.

Ce» établissement, qui semble mériter une durée éternelle , fut sur le point de périr dans la funeste gnerrede 175.1, quand d'un colé les Français avec feins alliés sauvages, et les XiiL'lais avjc les leurs, commencèrent par se disputer quelques glaçons de rAeadic.

Les primitifs, fidèles à leur christianisme pacifique, ne voulurent poin: prendre le? a»-nies. Des sauvages tuèrent quelques-uns de leurs colons sur la frontière. Les primitifs n'usèrent point de représailles; ils refusèrent même long-temps de payer des troupes; ils dirent au général angUi? ces propres paroles : m Les hommes sont des morceaux d'argile qui se brisent les uns contre les autres; pourquoi les aiderions-nous à se briser? »

Enfin, dans l'assemblée générale par qui tout se rigle les autres religions remportèrent ; on leva tics milices, les primitifs contribuèrent , mais ils ne s'armèrent point. Ils obtinrent ce qu'ils s'étaient proposé, la pais avec leurs voisins. Ces prétendu* sauvage*

leur dirent : a Envoyez- nous quelque descendant dé grand Pcnn, qui ne nous trompa jamais, nous traite» rons avec lui. » On leur députa un petit-fil* de ce grand homme, et la paix fui conclue.

Plusieurs primitifs avaient des esclaves nègres pour cultiver leurs terres; mars ils ont été douteux d'avoir en cela imité les aiuits chrétiens ; ils ont donné la liberté à leurs esclaves en 1769.

Toutes les autres colonies les imitent aujourd'hui daus la liberté de conscierre; et, quoiqu'il y ait des presbytériens et des g<?n« de la haute église, personne n'est géné dans sa croyance. C'est ce qui a> égalé le pouvoir des Anglais eu Amérique ■ la puissance espagnole qui possède l'or et l'argent. Il y aurait un moyen siïr d'énerver toutes les rolouics airglaises, ce serait d'y établir l'iuquisitiou.

,V. H. L'exemple des primitifs nommés qnafeers a produit daus la Pcnsilvanie nue société nouvelle dins un canton qu'elle appelle Eufrate; c'est la secte des> dunkards, ou des dnmplers, beaucoup pins détachée du monde que celle de Pcnn, espèce de rtlrgieux hospitaliers, tous Têtus uniformément : elle ne permet pas aux mariés d'habiter la ville dtufrate; ils vivent à la caui pagne qu' Is cultivent. Le trésorpublic fournit à tous leurs besoins dans les disettes: Ce'.tc société n'administre le baptême qu'aux adultes} elle rejette le péché originel comme une impiété, et* l'éternité des peines comme une barbarie. Leur vie* pure ne leur laisse pas imaginer que Dieu pnisselotn*' menter ses créatures cruellement et éternellement. Egarés dans un coin du Nouveau - Monde , loin du tronpeau de l'église catholique, ils sont jusqu'à pressent, malgré ectto malheureuse erreur, les plus justes et les plus inimitables des hommes.

Querelle, entre ï église grecque ec la Uriner dan*

Les gens de bien gémissent, depuis environ quatorze siècles, que les deux églises grecque et latine aient été toujours rivales, et q«e la robe de Jésu»- Christ qui était sans couture ii» '»é toujours déchirée/ Cette division est bien naturelb. Rome rt Constantinoplc se baissent; quand les maîtres se délestent, leurs aumôniers ne s'aiment pas. Les deyx communions se disputaient la supériorité de h langue, l'antiquité des sièges, la science, l'éloquence., le pouvoir.

11 est vrai que les Grecs eurent Ions -temps tout l'avantage; ils se vantaient d'avoir été les m-wlrr* des Latins, cl tic leur avoir tout enseigné î /.es évangile* furent écrits en grec. Il n'y avait pas un dogme, ironie, nu mystère, un usage qui ne fin gt;-<r ; depuis I* mot de <j:/rar jusqu'au mot d" '.-rr: ! Y , ton» était! g'ei-. On ne connut de pires de l'église qiic'parmi le-> Greci jusqu'à saint Jérôme qui même 11 'c'ait p*s Ro-arain, puisqu'il était de Dahnatie. Saint Auguvtrn . qui suivit de 1 près saint Jèréunc, était Africain. Le* sept grands conciles wciiméiiiqtics furent tenus dan* des villes g'.ccqucs; les évrqucs de Home n'y parareni jamais, parce quiJs ne savaient que leur lalin,, qui même était déjà très-corrompu.

L'inimitié entre Rome cl Constantinoplc éclata dès

•l'a» 45a an concile de Chalcédoinc, assemblé pour

personnes avec une ualurc. On y

décida cjuc l'église de CoiLstaniuroplo était en tout •égale à celle de Home pour les honneur», et le patriarche de l'one égal eu tout au patriarche de l'autre. Le pape saint Léon aouacriVil eux deux natures; nais •ai lui au ses successeurs ut souscrivirent a l égalité.

ts sesic dispute de rang et de ioeaoe ou allait directement centre les paroles 4* Jcse«-> Christ rapportées dans l'Évangile : //n'y aura puenu *>oui «i premier ni dcrttrr. Les saints sont ternis, mais l'orgueil se glisse partout : le mémo esprit sait ccumer de colère le fdsd'iir maçon deiweau évéqued un village, quand on ne l'appelle pa* wtKiifmcMi (*), a brouillé l'-inivcrs chrétien.

Les Romains furent toujours moins drsputeurs , moins subtils que les Grecs; mais :ls Turent bien plus poiili<|ucs. Les évéques d'orient eu argumentant deux.-urerent sujets; celui de riome sans atgumeus sut 'établir enûii sou pouvoir sur les ruines de l'empire i d'occident. Et on pouvait dire des papes ce que Virjgile dit des Scipions ot des Césars :

Homanos rtmm de mina génie m que loqatmn.

(Vibi.. sF.ntuL, 1, atso*.)

Vers digne de Virgile, rendu comiqoeraent par un

de nos vieux traducteurs.

Tous cens de robe et seevtTMM dm rois.

La haine devint une scission dn tr-mps de PrWItrs, p»pa ou surveillant de l'église buenliue, et Nicolaal,

pjpa ou surveillant de l'église romaine. Comtno malheureusement il n'y eut presque jamais de querelle ecclésiastique sans ridicule, il arriva que le combat

r en nuques; Ignace et Pholms, qui se disputaient la

chaire do Conslantinoplc , aaiont tous deux chaponnés. Cette mutilation leur interdisant la vraie patersstté , ils ne pouvaient être que ocres de l'églic

Ou dit que les châtrés sont trasassiers, malins, tntrigaus. 1 g ira ce et l'bolius troublèrent toute la cou.* grecque.

Le latin Nicolas I ayant pris le parti d'Ignace , Pbnlius di'clara ce pape hérétique, attendu qu'il admettait la procession du souille de Dieu, du Saint- Esprit, par le Pu e cl parle 1 ils, contre ia décision unanime de toute l églt»», qui ne i avait fait procéder que du Père.

Outre celte procession héroïque . Nicolas mangeait et fesail manger des œufs et du fromage en calcine. Erilin, pour comble d'infidrlilc, le pape romain se fesait raser la barbe ; ce qui était eue apostasie manifeste aux y eut des papa* grées, vu que Moisi-, U-f patriarches et Jésus -Christ étaient toujours peint?, barbus par les peintres j<rees et latins.

Lorsqu'en 870, le patriarche 1 ho* lus fut rétabli dans son aiéjte par le Uui.ii.me nom lie weonmtiiiquc grec, composé de quatre cents évAqucs, dont trois cents 1 avaicntcondamnédanslccoiicrleeeriiinéniquc pn cèdent, alo * le pupe Juan Mil le reconnu* pour i àtrereu Lieux légale envoyés par iui à ce concile se

i') Cionl.év.qned'Anaeti

iaignareat à lYglise grecque , déclarèrent Judas qui conque dirait que le Saint -fcsprii procède du Pèreet du Fils. Maie, ayant persisté «Uns 1 usage de se raser le menton ot de manger des osais eo carême, bas deux

Le schisme fut entièrement con sommé l'an io53 et io54, lorsque Michel Ceiularius, patriarche -de Ceestaulinople, ceudemu-t publiquement l'évêque de Rome Léou IX «t tous les Latins, ajoutant à tous les reproches de Pholias, qu'ils osaient se servir de pain aiyme dans rcucharistie «outre la pratique des apôtres; qu'ils cominctlaieut le crime de manger du boudin et de tordre le cou aux pigeons au lieu de le leur couper pour les cuite. On ferma laatcs les églises latines dan» 1 empire grec, et on défendit tout commerça avec quiconque mangeait du boudin.

Le pape Léon IX négocia sérieusement eettia flaire rvec l'empereur Constantin Monomaqne, et obtint quelques adoucissemens.C était précisément le t -mps o'i ces célèbres gentilshommes normands, «nr.ms de Tancrède de llautcvillc , se moquant du pape et de l'empereur grec, prenaient tout ce qu'ils pouvaient dan» la Pouilic et dans la Calabrc, et mangeaient du boudin clïionlémcnt. L'empereur grec favorisa le pape autant qu'il put; maïs rien ne réconcilia les Grecs avec nos Latins. Les Grecs regardaient leurs adversaires comme des barbares qui ne savaient pas uu mal du grec.

L'irruption des croisés sous prétexte de délivrer les saints lieux , et duras le fond pour s'emparer de Constantinople , acheva de rendre les homairu

Mais la puissance de l'église latine augmenta tous les jours, el les Grecs furent enfin conquis peu à peu par les Turcs. Les papes étaient ucpnis long-temps de puissans et riches souverains; toute l'église grecque fut esclave depuis Mahomet II, excepté la RUs~ s u, qui était alors un pays barbare, et dont I église n'était pas comptée.

Ouiconque est un peu instrwt des a flaires >du Lavant , sait que le sultan confère le pati i»rcnt drs Grecs par la crosse et par l'anneau, tans crainte d e tre cxeoromuuié, comusc le fureart les CmtveRrar* allemands par les papes pour cette céréincn-iV.

L»t*n est-il vrai que I èqltsc de Stamboul a rosMrarc an apparence Lu liberté dvlire sou archevrque , mais elle m élit que celui qui est indique par la l'otUootu» uta-nr. Cette p ace conte à présent environ quetet-mii^I mille Iruacs, qu'il faut que l'élu mpritiine sur Jus tm-cs. S il se trouve quelque clinncinu ancrtdtrV qui o'iie plus d'urgent au grand-visir, on dépostirde retauiiiiftreton donne la place nu dernier eudiér» seur. pn'ciséiiicnt comme rViaroxia nt 1 bredorn donnaient If îiû»e de liome dans le disiéilio siccfe. Sile patriarche lilukih-r ré.i.ir-, on lui dorme ciimUjnt* coup* de bâton sur la - I.u.Il- des pieds ol on l'esisr Qtie.qaefois en lui coupe la tf te, comme il arriv» au patriarche Lucas Cyrille, en tC3fl.

Le grand-turc donne ainsi tous fes i

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