‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 217 sur 551 · ICI. HU · texte numérisé non relu

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Cicéron, Senèque en parlent de même en vingt endroits. Le grand empereur Marc-Aurèlc raisonne encore pins philosophiquement qu'eux tous (-. ). « Celui qui craiul la mort, craint ou d'élrc privé de tous sens, ou d'éprouver d'autres sensations. Mais, si tu n'as plus tes sens, tu ne seras plus sujet a aucune peine, à aucune misère. Si tu as des sens d une autre espèce, lu seras une autre créature. »

11 n'y avait pas un mot a répondre à ce raisonnement dans la philosophie profane. Cependant, par la contradiction attachée à l'espèce humaine , et qui semble faire la base de notre nature, dans le temps môme que Cicéron disait publiquement : « Il n'y a point de vieille femme qui croie ces inepties, » Lucrèce avouait que ces idées lésaient une grande impression sur les esprits ; il vieot , dit-il , pour les détruire.

. . . Si eertum fi net» tut vidèrent Mrumnai um nommer, aliquil raliont vêlèrent Relligionibus atque nunis obustere valum. Nune ratio nulla est reslandi, nuUt facultés; £ternat queniam pontet >'n morte ùmenium.

I Licrrr., t. r. 108 et srq. J

Si l'on voyait du moins un terme i son malheur, On soutiendrait sa peine . on combattrait l'erreur On pourrait supporter le fa'd-an de la rie; Mais d'un plus grand supplice elle est, dit-on, suivie; Après de tristes jour* on orxint l'Itérait*.

fi était donc vrai que parmi lis deruiers du peuple, les tins riaient de I enfer, les autres en tremblaient. Les uns regardaient Cerbère, les Furies et Pluton, comme des fables ridicules; les autres ne cessaient de porter des offrandes anx dieux infernaux. Cétait tout comme chez nous.

Et quoeumque tamtn miter i venin , | Et nigiat mariant perude», et Manibu' dtVts inftriat m llunt, niulidouc in rebut acerbis Acriùs adrnillunt animai ad reUigionem,

(Lccaer.,lll,v.5i. 54 )

Ils conjurent ce» dieux qu'ont forgés 00s caprice» ; Ils fatiguent Pluton de durs vains sacrifices ; Le sang d'un b lier noir coule mjus leurs couteaux; Plus ils sont mal! cureux, et plus il» sont dévots.

Plusieurs philosophes qui ne croyaient pas aux Cibles des enfers, voulaient que U populace fui contenue par cette croyance. Tel fut Timéc de Locrcs, tel fut le politique historien Polybc. « L'enfer, dit-il, est inutile aux sages, mais nécessaire à la populace it.seiisëc. »

Il est assci connu que la loi du Pentatctiquc n'anuonea jamais un enfer (' ). Tous les hommes étaient

[a) Lit. Vlll.n'Ga.

;h) Pans le niction.icirc encyclopédique . l'auteur de l'aruclo tl.t*.U>p,i<pie Enfer semble sr méprendre étrangement en aUn» k- Druu.ix.nome, au chap. XXXII. v. ai et suivans; il n'y e*t pA plus question d enier que .le mariage et de d»nsr. Ou fa.it parler Dieu ainsi : « Ils m ont provoqué dan» celui qui n'était pa» leur dieu, .t ils m'ont irrite dans leurs vanités; et moi je le. provoquerai dans celui qui nV»t pas mon peuple, et j* Ve» irriterai dans une nation folle. — Un (eu s est allumé dan» ma tireur, et il brûlera jusqu'au Wd du souterrain . et il dévorer» la terre avec ses Kermr», et il briller» les racine» de» monl.fci>~. j accnmul r i le» :r.:u\x sar cm: je viderni sur eux ***

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plongés 4«ns ce chaos de contradiction* et d'incertitudes quand Jésus -Christ vint au monde. 11 confirma la doetnne ancienne de l'enfer; non pas la doctrine des poètes païens t non pas colle des prêtres égyptiens; mais celle qu'adopta le christianisme) à laquelle il faut que tout cède, il annonça un royaume qui allait venir et un enfer qui n'aurait poiut de fin.

Il dit expressément à Capharnaum en Galilée (i ) : r n Quiconque appellera son fr'.re Raca sera condamné par le sanhédriu; mais celui jui l'appellera ;«iu sera coudaoïué au jckenei kinnoéi, çuiieiiuc «lu leu. u

Cela prouve deux choses, premièrement que Jésus- Christ ne voulait pas qu'oo dit d«s iujun r ; car il u'apparlciM.it qu'à lui, comme inailrc, d an ne Ici les prévaricateurs pharisiens race ,(<: vij, r< .

Second ouicnl , que ceux qui disent des injures à leur prochain méritent l'.-nfer; car la gehenna du feu était dans la vallée d'ilinuon , où l'on brillait autrefois des victimes a .Moioch ; et cette gebenna figure le feu d'enfer.

U dit ailleurs ( ') : « Si quelqu'un sert d'acboppemeut aux faibles qui croient en moi , il vaudrait mieux qu'on lui mil au cou une meule usinaire, et qu'on le jetât dans la mer.

« Et si ta main te fait achoppement, coupe-la; il est bon pour toi d'entrer manchot dans la vie, plutôt que d aller daus la gehenna du feu inoxtinguible , où le ver ne meurt point , et où le feu ne s'éteint poiut.

« Et si Ion pied te fait achoppement , coupe ton pied ; il est bon i entrer toiteu- dans la vie éternelle, plutôt que d être jeté avec tes deux pieds dans la gehenna inextinguible, o^i le ver ne meurt point, et où le feu ne s'éleint point.

« El si ion œil »e fait achoppement, arrache ton oeil* il vaut mieux cntrsr borgne dans le royaume de Dieu que dYlrc jeté avec tes deu» yeux dans la gehenna du feu, où lever ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.

« Car chacun sera salé par le feu, et toute victime sera salée par le sel.

« Le sel est bon; que, si le se! s'affadit, avec quoi

salcrcz-vous?

« Vous avez dans vous le sel -t conserve* la paix parmi vous, u

Il di! ailleurs, sur le chemin de Jérusalem (r) : u Quand le père de famille sera entré et aura fermé la poric, vous resterez dehors, et vous heurterez., di-

fl cl es: je Ifs fer.ii mourir d f.iim ; le» oiv.-nm le- de»oreront due m .mire :••■■> re; j enrerrat loulre eu» l<* dei.l» «tes 1 êtes «m- l i iiirinr «I » leplile» et de» >< i|h ns l.e ghiitr Us dr»:i»ln i «u.lrlii.t». il In fr.ixcui au dedans, eux et le» (.'-'".ons, a les fit.:*, et le* cuba» à lu mamelle. a>ec les vieillud». u

Y a I il 1 1 . » il \uu* pluil, rien qui iLm^im' le» cli.'.liiiien* aj'iés li mort.' De» herbes sacliis, «tes ikt|«ii> qui n.«r. e .1 , o«-» liil«-« CI <K-> eiiuns iiuoii lu - l'.s>eiiib'eiil-il* ù I eulei l >«» il | as h>iutu\ «le ir*i|uer un p^iswigr (mur y lr.<u\ei ee <| u n •> «ni p«».' si Uuteur inl irumu* . ou lui jmiuooiic; s'il a voulu «rviiipci . il r>i n e cueille.

(ci Matthieu. cJnu. Y, v. ai.

(i) M ire. ci.i.jj. IX. ». 4 i cl suir.

«y) Lac, chip. y.Ut, ». lj et nu».

sant : Maître, ouvrez-nous; et, en répondant, il vous dira : AVcio vos , d'où étes-vous ? Et alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé et bu avec toi ; et tu as enseigné dans nos carrefours; et il tous répondra : Xc cio «>.<, d'où étes-vous? ouvriers d'iuiqoilés! Et il y aura pleurs et grincement de dents qaaod tous verrez Aorabasn , isaac, Jacob et tons les prophètes, et que vous serez chassés dehors, m

Malgré les autres déclarations positives émanées du Sauveur du goure humain, qui assurent la damnation éternelle de quiconova ne aéra pas de notre église, Origènc cl qutdqv.'S mitre» n'ont pas cru l'éteruité des peines.

Les sociniens les rejettent , mais ils sont bon du giron. Les luthériens et les calvinistes, quoique égarés hors du giron , admettent un enfer sans fin.

Dès que les hommes vécurent en société, ils darent s'apciccvoir que plusieurs coupables échappaient 4 la sévérité des lois; ils punissaient les crimes publics; il fallut éublir «n frein pour les crimes secrets; la religion seule pouvait être ce froin. Le* Persans, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs, imaginèrent des punitions après la tu*; et de tons les peuples anciens que nous connaissons, les Juifs, comme nous l'avons déjà observé, furent les seuls qui n'admirent que des chàtimous temporels. ïl est ridicule de croire ou de feindre de croire, sur quelques passages très-obsenrs, que l'enfer émit admis par les anciennes lois dm Juifs, par leur Lévitique , par leur Déealoguc, quand l'auteur do ces lois ne dit pas un seul mot qui puisse avoir le moindre rapport avee tes chStimcns de la vie future. On serait en droit de dise an rédacteur du Pentateuque :Vous êtes un homme iuconséquent et sans probité, comme «ans raison, très-indigne du nom de législateur que vous vous arrogez. Quoi ! vous connaissez un dogme aussi réprimaut, aussi nécessaire au peuple que celui de l'enfer, et vous ne launoncez pas expressément! et, tandis qu'il est admis chez toutes les nations qui vous environnent, vous vous contentez de luisser deviner os dogme par qucl«|ucs commentateurs qui viendront quatre mille ans après vous, et qui donneront la torture à quelques-unes de vos paroles pour y trouver ce que vous u'avez pas dit? On vous êtes un ignorant, qM! ne savez pas que celte créance était universelle en F^vpte, en Chaldéc, en Perse; on vous êtes un homme très mal avisé, si, étanl instruit de ce dogme, vous n en ave/, pas fait la base de votre re'it-ion.

Les auteurs des lois juives pourraient tout au plus répondre : ÏVitis avouons que nous sD uim-s excessivement i^uorans; que nous avons a;ipris .i crire for* !i lard; que notre peuple était une horde sauvage et ]: birl are, <|in «le notre aveu erra près d'un demi-siècle j. dans des di'.serts impratic ables , qu'elle usurpa enfin un petit pays par les rapines les plus odieuses, et par 1rs ennui.. » les plnsdéles ablesdont j.niiais i'histoire ! ait fa'i mention. Nous u avions aueun commerce avec U-s nations pol o es; comment voulez-vous que nous pussions v nous les plus terrestre* des hommes) invent r un système tout spirituel?

^us ne nous servions du m«' qui répond nome. que pour si^nilier la tue; nous ne conuumes notre

Dieu et ses ministres, ses anges, que comme des êtres corporels; la distinction de l'Ame et du corps, l'idée d'une vie après la mort, ne peuvent être que le fruit d'eue longue méditation et d'une philosophie trèsnue. Demandes aux Hollcntots et aux Nègres, qui habitent un pays cent fois plus «tendu que le nôtre, s'ils connaissent la vie à venir? Nous avons eru foire assez de persuader à notre peuple que- Dieu punissait tes malfaiteurs jusqu'à la qualrieiuc grnération, soit par la lèpre, soit par des morts subites , soit par la perte du peu de bien qu on pouvait posséder.

On répliquerait à cette apologie : Vous ave» inventé un système dont le Accule saute aux yeux ; car le malfaiteur qui se poruil bira, et dont la fade vous. ^

L'apologiste de la loi judaïque répondrait alors : Vous vous trompez ; car, pour uo criminel qui raisonnai juste, il y en avait cent qui ut raisonnaient point do tout. Celui qui, ayant commis un cr;me, ne se sentait puni ni daus son corps , ni dans celui de son fil», craignait pour son petit-fils. De plus, /il n'avait pas aujourd'hui quelque ulcère puant, auquel nous étions très- sujets, il en éprouvait dans le eourr de quelques années: il y a toujours des malheurs dans une famille, et nous fesions aisément accroire que ces malheurs étaient envoyés pur une main divine, vengeresse des hautes secrètes.

Il serait aisé de répliquer à cette réponse, et de dire : Votre excuse ne vaut rien , car il a/rive tous les murs que de très- honnêtes gtna perdent la santé et Isurs biens; et s il n'y a point de famille * laquelle il ne soit arrivé des malheurs, si ces malheurs sont des ebatimensde Dieu, toute» vos familles étaient donc des familles de fripons.

Le prêtre juif pourrait réplîqitet encore; il dirait qu'il y a des malheurs attachés k la nature humaine, et d'autres qui sont envoyés expressément de Dieu. Mais on ferait voir à ce raisonneur combien il est ridicule de penser que la Bèvre et la grêle sont tantôt ■ne punition divine, tantôt un effet naturel.

Enfin, les pharisiens et les esséniens, chez les Juifs, admirent la créance d'un enfer à leur mode : ce dogme avait déjà passé des Grecs aux Romains et fut adop'é parles chrétiens.

Plusieurs p<rcs de l'élise ne crurent point les peines éternelles; il leur paraissait absurde de brider pendant toute l'éternité un pauvre homme pour avoir ro\r une chèvre. Virgile a beau dire, dans son sixième chant de l'Enéide ( vers 6 1 7 et 'î 1 H ) ,

..... StJtt xcr»

infelix Tl.aetu.

il prétend eu vaiu que Thésée est assis pour jamais

D'autres croyaient que Thésée est hu h<xu& qui n'est point iiiws eu eufer, et qu'il est daus le» Ckuups-

%sées.

11 n'y a pas long-temps qu'un théologien ealviuis c nommé iVtit-l'terro, petcha et écrivit «use les dainn s auraient un jour leur grâce. Les autres mi- Btslrcs lui dirent qu'ils n'en voulaient point. La dis-

II pute s'échaufTa; on prétend que le roi, leursouve- I rain , leur manda que, puisqu'ils voulaient être damnés sans retour, il le trouvait très-bon, et qu'il y donnait les mains. Les damnés de l'église de Ncuchàtel déposèrent le pauvre Petit- Pierre, qui avait pris l'enfer pour le purgatoire. On a écrit que l'un d'eux lui dit : Mon ami, je ne crois pas plus à l'enfer éternel que vous; mais sachez qu'il est bou que votre servante, votre tailleur, et surtout votre procureur, y croient.

J'ajouterai, pour Villu lrulion de ce passage, une petite exhortation aux philosophes qui nient tout » plat l'enfer dans leurs écrits. Je leur dirai : .Mcs- | sieurs, lions ne passons pas notre vie avec décroît Atlicus, Catou, Marc-Aurèlc, Epictctc, le chancelier de l'Hospital, la tëothe-lc-Vaycr, Dcs-Ivctaux , René Descartes, Newton, Locke, ni avec le respectable Bayle, qui était si au-dessus de la fortune; ni avec le trop vertueux incrédule Spinosa, qui, n'ayant rien , rendit aux eufans du grand pensionnaire de YVitt une pension de trois cents florins que lui fesait le grand de \\ itt , dont les Hollandais mandèrent le cœur, quoiqu'il n'y eût rien à gagner en le mangeant. Tous ceux a qui nous avons à faire ne sout pas des Dcs-Barreaux , qui payait à des plaideurs !a valeur de leur procès qu'il avait oublié de rapporter. Toutes les femmes ne sont pas des Ninon l'Enclos, qui gardait les dépôts si religieusement, tandis que les plus graves personnages les violaient. En un mot, Messieurs, tn«rt le monde n'est pas philosophe.

Nous avons allairc à force fripons qui ont peu réfléchi, à une foule de petites gens, brutaux, ivrognes, voleurs. Prêchez-leur, si vous voulez, qu'il n'y a point d'enfer, et que l'Ame est mortelle. Pour moi, j* leur crierai dans les oreilles qu'ils seront damnés s'ils me volent : j'imiterai ce curé de campagne qui , ayant été outrageusement volé par ses ouailles, leur dit • son prône : Je ne sais à quoi pensait Jésus-Christ de mourir pour des canailles comme vous.

C'est un excellent livre pour les sots que le Pédagogue chrétien , composé par le révérend père d Ou>treuian,de la compagnie de Jésus, et augmente par révérend Coulon , curé de Ville-Juif-lés-Paris. Non» avons, dieu merci, cinquante et une édition* ùc e* livre , dans lequel il n'y a pas une page où l'on trouvr une ombre de sens commun.

Frère Outrcman affirme (page 1 5^, édition !n-4*) qu'un ministre d état de la reine Elisabeth , >io*niné hb.tron de llonsdcn, qui n'a jamais existé, prédit au secrétaire d'état Cécit et a six autres conseillers dVtnt qu'ils seraient damnés et lui aussi; ce qui arriva et qui arrive .1 tout hérétique. Il est probable que Cécil et les autres conseillers n'en crurent point le baron de llonsdcn; mais, si ce prétendu baron sYtaît adressé a six bourgeois, ils auraient pu le croire.

Aujourd'hui qu'aucun bourgeois de 1-ondres ur croît a l'enfer, comment fout -il sy prendre? quel frein aurons-nous? celui de I honneur, celui des lois, celui mémo de la Divinité, qui veut sans doute que Ion soit juste, soit qu'il y ait un citfcr, soit qu'il nj en ait point.

OICTIOMNAIKE

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