‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 231 sur 551 · ESPACE · texte numérisé non relu

ESPACE

Qu'est-ce que l'espace! il n'y a point d'espace , point de fuie, disait Leibnitx, après avoir admit U

DIOT. rue

vide; mais, quand il l'admettait, il n'était pas encore brouillé avec Newton. Il ne lui disputait pas encore le calcul des fluxions, dont Newton était 1 iuvcnleur. Quand leur dispute eut éclaté, il n'y cul plus de vide, plus d'espace pour Lcibnitz.

Heureusement, quelque chose que disent les philosophes sur ces questions iusolubles, que l'on soit pour Ëpicurc, pour Gassendi, pour Newton, ou pour Descartes et Kohaut, les règles du mouvement seront toujours les m»' mes. Tous les arts mécaniques seront exercés, soit dans l'espace pur, soit dans l'espace matériel,

Que Roliout vainement «ïelie pour concevoir Gomment, tout étant plein, tout 1 pu se mouron-, ( BoitEAt , ép. V, t. 3 1 3a.)

cela n'empêchera pas que nos vaisseaux n'aillent aux Indes , et que tous les mouvemens ne s'exécutent avec règu arité, tandis que Kohaut séchera. L'espace pur, dites vous, ne peut cire ni matière, ni esprit. Or il n'y a dans le monde que matière et esprit, donc il n'y a point d'espace.

Eh ! messieurs, »|ui nous a dit qu'il n'y a que ma tière et esprit, a nous <jui connaissons si imparfaitement l'un et l'autre ? Voilà une plaisante décision : « Il ne peut être dans la nature ipie deux choses, lesquelles nous 11c connaissons pas. » Du moins Montczumc raisonnait plus juste daus la tragédie anglaise de Drydcn : «< Que veuez-vous me dire su nom de l'empereur Charles-Quint ? il n'y a que deux empereurs dans le monde, celui du Pérou et moi. » Montezume parlait de deux choses qu'il connaissait; mii« nous autres nous parlons de deux choses dont 11011* n'avons aucune idée nette.

Nous sommes de plaisans atomes. Nous feson» Dieu un esprit à la mode du nôtre, bit parce que nous appelons esprit la faculté que l'Etre suprême , universel, éternel, tout - puissant , nous a donnée de combiner quelques idées dans notre petit cerveau , large de six doigts tout au plus, nous nous imaginons que Dieu est un esprit de celle même sorte. (Tou jours Dieu à notre image, lionnes gens!)

Mais s'il y avait des millions d'êtres qui fussent tout autre chose que notre matière, dont uous ne conna ssons que les apparences, el tout autre chose que no rc esprit, notre souille idéal , dont nous ne savons précisément 1 icu du tout ? et qui pourra m'assurer que ces millions d'êtres n'existent pas ? et qupourra soup ouner que Dieu, démontré existant par ses effets, n'est pas éminemment différent de tons ces êtres-là, el que l'espace n'csl pas un de c^s ê'rcs?

Nous sommes bieu loin de dire a /ce Lucrèce (I .

Ertfo-, pntitT in«n< et corpora , tertio per te A" ut ta potes! rerunt in numéro sutura r*/in<jui.

Hors la corps et le vida il n'est rien dans la monde.

Mais oserons-nous croire avec lui que l'espac infini existe?

A-t-on jamais pu répondre k son argument? « Lancez une H» chc des bornes du monde , tombcra-t-ellc dans le rien ? dans le néant ? »

Clarkc, qui parlait au nom de Newton, prétend

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que l'espace a Jcs propretés, qu'il en Herutu, qu'il en

mcfhrnble, donc il eriifc. Mai» si on lui répond qu'on met quelque chose la jù il n'y avait rien, que répli qucroiit Newton cl Chrke?

Newton regat de l'espace comme le 'entorinm de Dieu. J'ai rrti entendre ce grand mot autrefois, car jetais jeune; à présent je ne ltnlcr.il, pas plus que se» explications de l' Apocalypse. L'espace cnioiium de Dieu , l'organo intérieur do Dieu ; je m'y perds et lu; aussi.

Il erui , au rapport de Locke ( •), qr'on pouvait expliquer la création, eu supposml <|iie D'en, par un acte de sa volonté et de son pouvoir, avsj't rendu l'espace impénétrable. Il est triste q» un génie tel qui Newton ail dit des choses si inintelligible

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