‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 248 sur 551 · DICTIONS AIRE · texte numérisé non relu

DICTIONS AIRE

culicr, rendent eu pou de temps le vertige général. C'est assez d'uu seul peuple enchante a la suite de quelques imposteurs, la séduction multipliera les prodiges, et voilà tout le monde à jamais égaré. L'esprit humain une fois sorti des routes lumineuses de la nature , n'y rentre plus ; il erre autour de la vérité sans en rencontrer autre chose que des lueurs qui, se mêlant aux fausses clartés dontl? snpcrstition l'environne, achèvent de l'enfoncer dans les ténèbres.

11 est affreux de voir comment l'opinion d'apaiser le ciel par le massacre, une fois introduite, s'est universellement répandue dans presque toutes les religions; et combien on a multiplié les raisons de ce sacrifice, afin que personne m« pût échapper au couteau. Tantôt ce sont, des ennrrois qu'il faut immoler à Mars exterminateur; les Scythes égorgent à ses autels le centième de leurs prisonniers; et, par cet usage de la victoire, on peut juger de la justice de la guerre : aussi étiez d'autres peuples ne la fesait-on que pour ■voir de quoi fournir aux sacrifices; de sorte qu'ayant d'abord été institues , ce semble , pour en expier les horreurs, ils servirent enfin à les justifier.

Tantôt ce sont des hommes justes qu'un Dieu barbare demande pour victimes : les Gcics se disputent l'honneur d'aller porter à Zamolxis les vœux de la patrie. Celui qu'un heureux sort devine au sacrifie» est lancé à force de bras sur des javelots dressés : s'il reçoit un coup morte! en tombant sur les piques, c'est de bon augure pour le succès de la négociation et pour le mérite du député ; mais, s'il survit à sa blessure, c'est un méchant dont le dieu n'a point affaire.

Tantôt ce sont des enf.ius a .jui les dieux redemandent une vie qu'ils viennent de leur donner; justice affamée du sang de l'innocence, dit Montaigne. Tantôt c'est le sang le plus cher : les Carthaginois immolent leurs propres fils à Sa'urne , comme si le temps ne les dévorait pas assez tôt. Tantôt c'est le sang le plus beau : celte même Ameï'ris qui avait fait enfouir douze hommes vivans dans la terre, pour obtenir de Plulou, par celte offrande, une plus longue vie; celte A mes! ri s sacrifie encore à cette insatiable divinité quatorze jeunes enf.ins des premières maisons de la Perse, parce que les sacrificateurs ont toujours fait entendre aux hommes qu'ils devaient offrir a l'autel ce qu'ils avaient de pins précieux. Cest sur ce principe que chez quelques nations on immo lait les premiers nés, et que chez d'autres on les rachetait par des offrandes plus utiles aux ministres du sacrifice. Cest ce qui autorisa sans doute en Europe la pratique de quelques siècles, de vouer les enfans •u célibat dès l'âge de cinq ans, et d'emprisonner dans le cloître les frères du prince héritier, comme on les égorge en Asie.

Tantôt c'est le sang le pins pur : n'y a-t-il pas des Indiens qui exercent l'hospitalité envers tous les hommes, et qui se font un mérite de luer tout étranger vertueux et savant qui passera chez eux , afin que ses vertus et ses talens leur demeurent? Tantôt cest le 5.ang le plus sacre : chez la plupart des idolâtres, ce sont les prêtres qui font la fonction des bourreaux a 1 autel ; cl chez les Sibériens ou tue les prêtres pour les envoyer prier daus l'autre monde à l'intention du peuple.

Mais voici d'autres fureurs et d'autres spectacles. Toute l'Europe passe en Asie par un chemin inondé du sang des Juifs , qui s'égorgent de leurs propre» mains pour ne pas tomber sous le fer de leurs ennemis. Cette épidémie dépeuple la moitié du monde habité; rois, pontifes, femmes, enfans et vieillards , i tout cède au vertige sacré, qui fait égorger pendant Il deux siècles des nations innombrables sur le tombeau d'un Dieu de paix. C'est alors qu'on vit des oracles menteurs, des ermites guerriers; les monarques dans I les chaires, et les prélats dans les camps; tous les états se perdent dans une populace insensée; les mon tagnes et les mers franchies ; de légitimes possessions abandonnées pour voler à des conquêtes qui u'étaient plus la terre promise; les mœurs se corrompre sous un ciel étranger; des princes, après avoir dépouillé l! leurs royaumes pour racheter un pays qui ne leur avait jamais appartenu , achever de les ruiner pour lenr rançon personnelle ; des milliers de soldats égarés sous plusieurs chefs , n'en reconnaître aucun . hâter leur défaite par la défection , et cette maladie ne finir que pour faire place a une contagion encore plus horrible.

Le même esprit de fanatisme entretenait la fureur des conquêtes éloignées : à peine l'Europe avait réparé ses pertes , que la découverte d'un nouveau monde hâta la ruine du nôtre. A ce terrible mot : Allez cl forcez, l'Amérique fut désolée et ses habitans exterminés; l'Afrique et l'Europe s'épuisèrent en vain pour la repeupler; le poison de l'or et du plaisir ayant énervé l'espèce, le monde se trouva désert, et fut menacé de le devenir tous les jours davautage par ; les guerres continuelles qu'alluma sur notre contij neut 1 ambition de $\?lendrc dans ces îles étrangères. Comptons maintenant les milliers d'esclaves que le fanatisme a faits, soit en Asfa, où l'incirconcision |i était une lâche d'infamie; soit er- Afrique , où le nom i { chrétien était un crime ; soit en Amérique , où le prétexte du baptûmc étouff* l'hnmam'té. Comptons les , milliers d'hommes que l'on a vus périr, ou sur les . cchafauds dans les siècles de persécution, ou dans •| les guerres civiles par la main de leurs concitoyens, I . <iu de leurs propres mains par des macérations excèss \cs. Parcourons la surface de la terre , et après avoir vu d'un coup d'œil tant d'étendards déployés au nom de la religion , en Espagne contre les Maures, ! en France contre les Turcs, en Hongrie contre les | Tar:ares ; tant d'ordres militaires fondés pour convertir les infidèles à coups dVpéc, s'erJr'égorget au f pied de l'autel qu'ils devaient défendre : détournons nos regards de ce tribunal affreux élevé sur les corps des innocens et des malheureux, pour juger les vivans comme Dieu jugera les morts, mais avec une balance bien différente.

En un mot, loutes les horreurs de quinze siècles renouvelées plusieurs fois dans un seul , des peuples sans défense égorgés aux pieds des autels, des rois poignardés ou empoisonnes, un vaste état réduit à moitié par ses propres citoyens, la nation la plus belliqueuse et la plus pacifique divisec d'avec ellemême, le glaive lire entre le fils et le pere, des usurpateurs, des tyrans, des bourreai.*, des parricides et des sacrilèges, violant toutes les conventions di-

vines et humaines par l'esprit de religion; toi!» l'histoire du fanatisme (i)

, SECTION ir.

Si cette expression tient encore à son origine, ce n'est que par un Glet bien mince.

Fauaticus était un titre honorable; il signifiait der- >rrva*t ou bienfaiteur d'un temple. Les antiquaires, comme dit le Dictionnaire de Trévoux , ont retrouvé des inscriptions dans lesquelles des Romains considérables prenaient ce titre de (<tnaticw.

Dans la harangue de Cicéron pm domo sua, il y a ttu passage où le mot (itiu/licut me parait difficile à expliquer. Le séditieux fct débauché Clodius , qui avait fait exiler Cicéron pour avoir sauvé la république, uon-sculemcnt avait pillé et démoli les maisons d» ce grand homme ; mais , afiu que Cicéron ne pût jamais rentrer dans sa maison de Rome, il en avait consacré le terrain, et les prêtres y avaient bâti uu temple à la Liberté, ou plutôt à I Esclavage, dans lequel César, Pompée, Crassus et Clodius tenaient alors la république : tant la religion dans tous les temps a servi à persécuter les grands hommes!

Lorsqu'cnfin, dans un tcmpv plus heureux, Cicéron fut rappelé , il plnida devant le peuple pour obtenir que le terrain de sa maison lui fut rendu , et qu'on la rebâtit aux frais du peuple romain. Voici comme il .«/exprime dans son plaidoyer contre Clodius. (Oralia pra dvmi} -im , cap. XL.)

e, adipicitc, pontipea, homintm rtUgionm, cf.... , modum qutmiam tm rt\i$wnit : nimiàm eut iufion ejxutere. Quii libi fteccuc fui» anili $uptrttiiiont, homo fanatice, tacrif.cium, <fuod alitnm domipertt, in-

viicrt?

Le mot (rtnalian signific-t-il en cette place, insensé fauatique, impitoyable fanatique, abominable fanatique, comme on l'entend aujourd hui ? ou bien ftignilic-l-il pieux, consécratcur, homme religieux, dévot zélateur des temples? ce mot est-il ici une injure ou une louange ironique ? je n'en sais pas assez pour décider , mais je vais traduire.

« Regardez, pontifes, regardez cet homme religieux ; avertissez-le que la religion rar'me a ses

borucs, qu'il ne faut pas être si scrupuleux. Quel besoin, vous consécratviir, vous fanatique, quel besoin ave/.- vous de recourir à des superstitions de vieille pour assister à uu sacrifice qui se fcsail dans une mai sou étrangère? »

Cicéron fait ici allusion aux mystères de la bonne déesse que Clodius avait profanés en se glissant déguisé en femme avec une vieille , pour entrer dans la maison de César et pour y coucher avec sa femme : c'est donc ici évidemment une ironie.

Cicéron appelle Clodius homme religieux ; l'ironie doit doue être soutenue dans tout sou passage. Il se M?rl de termes honorables pour mieux faire sentir la honte de Clodius. Il me parait donc qu'il emploie le mol iuimliaur comme nu mol honorable, comme un

i) Cet article mi lin- mot pour mrt àe V.irùch F,tnatitmt de l'Eut) rlnprilir, par M. IVlrjre; M. Je Voluirc lia fui* ici que l\.W;rr et le mettre d-ms un autre oijre.

Vit

mot qui emporte avec lui l'idée de consécratcur, de pieux, de zélé desservant «l'un temple.

On put depuis donner is nom à ceux qui se crurent inspirés par les dieux.

Im dieux a leur interprète

Ont fait un étrange don ;

5e peut-cm être prophète '* ,

Son* qu'on perde la raison ?

Le même Dictionnaire de Trévoux dit que les anciennes chroniques de France appellent Clovis lunatique et païen. Le lecteur désirerait qu'on nous eût désigné ces chroniques. Je n'ai point trouvé cette épithète de Clovis dans le peu de livresque j'ai vers le mont Krapak où je demeure.

On entend aujourd'hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C'est une maladie de l'esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s'échauffe rarement en lisant ; car alors on peut avoir le sens rassis. Mais, quand un homme ardent et d'une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont eu feu, et ce feu se communique ; ses tous, ses gestes, ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il cric : Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n'est qu'humain; combattez les combats du Seigneur : et on va combattre.

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère.

Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances; il pourra bientôt tuer pour l'amou.' de Dieu.

Barthélcmi Diaz fut un fanatique proies. Il avait à Nuremberg un frère Jean Diaz, qui n'était encore qu'enthousiaste luthérien, vivement convaincu que le pape est l'antccbrist , ayant le signe de la bête. Dartliêlemî , encore plus vivement persuadé que le pape est Dieu en terre , par' de Rome pour aller convertir ou tuer son frère; il l'assassine; voila du parfait : cl nous avons ailleurs rendu justice à ce Diaz.

Polycuctc, qui va au temple, dans un jour de solennité , renverser et casser les statues et les orne-

mens

, est uu fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assass ns du duc François de de Guise, do Guillaume, prince d'Orange, du roi Henri III , du roi Henri IV, et de tant d'autres, étaient des cncrgumcncs malades de la même rage que Diaz.

Le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris, qui coururent assassiner, égorger, je erpar les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemi, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe. Guyon, Pa'ouillet, Chaudon, Nono te, l'ex-jésuitc Pautian, ne sont que des f.inaliqucsdu coin de la rue, des misérables a qui on ne prend pas garde. Mais un jour de Saim-Rarthélcini ils feraient de grandes choses.

Il y a des fanatiques de sang-froid; ce sont ks juges qui condamnent à la mort ceux qui n'ont d'autre crime que de tic pas peiis-r comme eux, et

^ «ju'il but s'en prendre.

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ces juges-la sont d'autant plus coupables , d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain , que , n'étant pas dans un accès de fureur comme lot Clament , les Chatcl , les Ravaillac , les Damiens , t il semble qu'ils pourraient écouter la raison.

Il n'est d'autre rcmcdc à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire , se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse préseut à l'esprit l'exemple d'Aod, qui assassine le roi Eglon; de Judith, qui coupe la tête d Ilolophcrnc, en couchant avec lui; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag; du prêtre Joad, qui assassine sa rciuc à la poric-aux-cbevaux , etc. , etc. , etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'antiquité , sont abominables dans le temps présent : ils puisent leurs fureurs dans la religion môme qui les condamne.

Les lois sont encore très-impuissantes contre ces accès de rage; c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est -H- dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aim. mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant 7

Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaflrcs qui , en parlant des miracles de saint Paris, s'échauffaient par degrés parmi eux; leurs veux s'enflammaient, tout leur corps tremblait, la fureur défigurait leur visage et ils auraient tué quiconque les eût contredits.

Oui, je les ai vas ces convnlsionnaires, je les ai vus tordro leurs membres et écumer. Ils criaient : Il faut du uing. lia sont parvenus a faire assassiner leur roi par un laquais, et ils ont fini par ne crier que contre les philosophes.

Ce sont presque toujeurs les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui fesait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner loua ceux qu'il leur nommerait. Il n'y a eu qu'une seule religion dans le monde qui n'ail pas été souillée par le fanatisme , c'est celle des lettrés de la Chine. Les scclcs des philosophes étaient uon- seulement exemptes de cetli: peste, mais elles en étaient le remède. Car l'effet de la philosophie est de tendre l'amc tranquille; et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si noire sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale . c'eit a la folie des hommes

Il le reçut pour «on talat ,

Il t'en servit pour un dommage.

(BxarAro, •V^wrJeStW.) '

SECTION III

Lks fanatiques ne cr>ntb*Uent pas toujours /<?. <■<>»bals du Seigneur; ils n'assassinent pas toujours des fois et des princes. H y a parmi eux des tigres, nuis on y voit encore plus de renards.

Quel tissu de fourberies, de calomnies, de larcins, tramé par les fanatiques de la cour de Rome contre les fanatiques de la cour de Calvin; des jésuites contre les jansénistes et vicissim / et si vons remontes -pie s haut, 1 histoire ecclésiastique , qui est l'école des* vertus, est aussi celle des scélératesses employée» par toutes les sectes les unes contre les autres. Elles

il faut incendier les villes et les bourgs de leurs adversaires, égorger les habitans, les condamner aax supplices , soit quand il faut amplement tromper, s'enrichir et dominer. Le même fanatisme les aveugle; elles croient bien faire : tout fiinatiqac est fripon eu conscience, comme il est meurtrier «le bonne foi ponr

Lisez, si vons pouvez, les cinq ou six mille vode reproches que les jansénistes et les molise sont faits pendant cent ans sur leurs friponneries , et voyez si Scapin et Trivelin en approchent (i).

Une des bonnes friponneries thtologiquos qu'on ait faites est, à mon gré, celle d'un petit évéqae (os nous assure dans la relation que c'était un évêqu* biscayen; nous trouverons bien un jour son nom et son éveebe); son diocèse était partie en Biscaye, et partie en France.

11 y avait dans la partie de France une paroisse qui fut habitée autrefois par quelques Maures de Maroc. Le seigneur de la paroisse n'est point mahométau; il est très- bon catholique comme tout l'univers doit l'être, attendu que le mot catholique veui dire universel.

M. l'évèquc soupçonna ce pauvre seigneur, qui n'était occupé qu'à faire du bien, d'avoir eu de mauvaises pensées, de mauvais seutimerts dans le fond de son crjsur, je ne sais quoi qui sentait l'hérésie. 11 l'aeousa même d'avoir dit en plaisantant qu'il y avait d'honnêtes gens à Maroc comme eu Biscaye, et qu'on nonne ic Marocain pouvait à tou'.e force n'être pas le mortd ennemi de l'Être suprême, qui est le père de tous les hommes.

Notre fanatique écrivit une grande lettre an roi ds France , seigneur snzerain de ce pauvre petit seigneur de paraisse. Il pria dans sa lettre le seigneur suzerain de transférer le manoir de cette ouaille infidèle en Bassc-Bic agne ou en Bavse-Nor nandic, selon le boa plaisir de sa majesté, afin qu'il n infectai plus les basques de ses mauvaises plaisanteries.

(i ) O qui sait • rapport i la querelle de Biord. éreque «»'*«" aeey, avec l'auteur, «le laquelle il est pari** dan» le ComnaataaM hiMorlijoe; dans ta Cormpondaoee genén'a, année 1764* et ailleurs. ( Voyt% encan ci-après, arUck Çsscxiu.)

Le roi de France et son conseil il

comme de raison , de cet extravagant.

Noire pasteur biscayen- ayant appris quelque temps après que ta brebis française était naïade, défendit ans portes-Dieu du caulon do la communier, A moins qu'elle ne donnât un billet de confession par lequel il dosait apparaître que le mourant n'était point circoncis; qu'il coadamnak de tout son eceUr l'hérésie ■le Mahomet, et toute autre hérésie-dans ce goût, comme le calvinisme et le jansénisme , eï qu'il pensait pu tout comme lui, cvêque biscayen.

Lea billets de confession étaient alors fort à la mode. Le mourant fit venir «hez lui son curé, qui ctait un ivrogne imbécile, et le menaça de le faire pendre par le parlement de Bordeaux , s'il uc lui donnait pas tout à l'heure le viatique, dont lui mourant se sentait un extrême besoin. Le curé eut peur, il administra mon homme, lequel, après la cérémonie, déclara, hautement devant témoins, que le pasteur biscayen l'avait faussement accusé auprès du roi d'avoir goût pour la religion musulmane; qu'il était bon chrétien, et que le biscayen émit un calomniateur. Il signa cet écrit par-devant notaire; tout fui en règle ; il s'en porta mieux , et le repos de la bonne conscience le guérit bientôt entièrement.

Le petit biscayen , oulré qu'un vieux moribond s« fut moqué de lui , résolut de s'en venger; et voici comme il s'y prit.

Il fît fabriquer en son patois, au bout de quinze jours, une prétendue profession do foi que le curé prétendit avoir entendue. On la fit signer par le cure et par trois ou quatre paysans qui n'avalant point assisté à la cérémonie Ensuite on fit contrôler cet acte de firassuirci, comme si ce contrôle l'avait rendu au-

Un acte non signé par la partie seule intéressée , un acte signé par des inconnus, quinze jours après l'événement, un acte désavoué par les témoins véritables1, était visiblement nn crime de faux ; et comme il s'agissait de matière de foi, ce crime menait visiblement le curé et ses faut témoins aux galères dans ce- monde , et en enfer dans l'autre.

Le petit seigneur châtelain , qui était goguenard et point méchant , eut pitié de Mme et du corps de ces misérables ; il ne voulut point les traduire devant la justice humaine, et se contenta de les traduire en ridicule. Mais il a déclaré que, dè* qu'il serait mort, il se-donneraft le plaisirde fit ire imprimer toute cette manœuvre deson biscayen avec les preuves pour amuser le petit nombre de lecteurs qui aiment ces anecdotes, et point du tout pour instruire l'univers. Car il y a tant d'auteurs qui parlent à l'univers, qui s'imaginent rendre I univers attentif, qui croient l'univers occupé d'eux, que celui-ci ne croit pas être lu d'une douzaine de personnes dans I' univers entier. Revenons

Cest eette rago de prosélytisme , cette furenr d'amener les autres a boire de son vin, ni>i tmena le jésuite Castel et le jésuite Houth auprès du célèbre Montesquieu lorsqu'il so mourait. Ces c'eux énergumencs voulaient se vanter de lai' «voir persuadé lea lut rition et do la grâce «offrante: Nous

•tu. la fond une

bonne âme; il aimait fort la compagnie de Jésus. Nous avons ou un peu de peine à le faire convenir de certaines vérités fondamentales; mais, comme dans ces raomens-la on a toujours l'esprit plus net noua l'avons bientôt convaincu.

Ce fanatisme de convertisseur est si fort que le moine le plus débauché quitterait sa maîtresse pour aller convertir une iinie au bout de la ville.

Nous avons vu le père Poisson, cordelter à Paris, qui rnina son couvent pour payer ses filles de joie, et qui fut enfermé pour ses mœurs dépravées; c'était un des prédicateurs de Paris les plus courns, et un des convertisseurs les plus acharnés.

Tel était le célèbre curé de Versailles Fantîn. Cette liste pourrait être longue , mais il ne faut pas révéler les fredaines de certaines personnes instituées en certaines places. Vous savez ce qui arriva a Chatn pour avoir révélé 1.1 turpitude de sou père ; il devint noir comme du charbon.

Prions Dieu seulement, en nous levant et en nous couchant, qu'il nous délivre des fanatiques, les pèlerins de la Mecque prient Dieu de point i contrer de visages triste* sur leur chemin.

SECIJ0N IV.

Lodlow, enthousiaste de la liberté plutôt que fanatique de religion, ce brave homme qui avait plus de haine pour Cromwcll que pour Charles I, rapporte que les milices du parlement étaient toujours battues par les troupes du roi , dans le commencement do la guerre civile; comme le régiment des pcrtos-cochèrcs ne tenait pas du temps de la fronde centre le grand Condé. Cromwcll dit au général Fairfax t Comment voulez- vous que des portes -faix do Londres, et des garçons de boutique indisciplinés, résistent a une noblesse animée par le fantôme de ''honneur? présentons - leur un plus graud fantôme, 'c fanatisme. Nos ennemis ne combattent que pour le rcî, persuadons à nos gens qu'ils font la guerre pour Dieu.

Donnez-moi une patcutc, je vais lever un régiment de frères meurtriers, et je vous réponds que j'en ferai des fanatiques invincibles.

Il n'y manqua pas, il composa son régiment des frères rouges, de fous mélancoliques; il en fit de» tigres obéissans. Mahomet u'avait pas été mieux servi par ses soldats.

Mais, pour inspirer ce fanatisme, il faut que IV .prit du temps vous seconde. Un parlement de t rance essaierait en vain aujourd'hui do lever un régiment du portes-coebères ; il n'ameuterait pas seulement dis femmes de la balle.

Il n'appartient qu'aux plus habiles de faire des fanatiques et de les conduire ; mais ce n'est pas assez d'être fourbe et hardi, nous avons déjà vu que tout dépend de venir au monde a propos.

SECTION v.

La géométrie ne rend donc nos toujours l'esprit juste. Dans quel précipice uc «ombe-t-on pas encore avec ces lisières de la raison? I.'r fameux protestant (*), que I on comptait entre Us premiers mathé-

fJFatic

maticiens de nos Jours, cl qui marchait sur les traces des Ncwlou, des Lcibuilz, d-js Bernouilli, s'avisa, au coinmcucciiicut de ce siècle, de tirer des corollaires assez, singuliers. Il est dit qu'avec un grain de foi on transportera des montagnes; et lui, par une analyse toute géométrique, se dit à lui-même : J'ai beaucoup de grains de foi, donc je ferai plus que transporter des montagnes. Ce fut lui qu'on vit à Londres eu 1707, accompagné de quelques sa vans, et mémo de sa vans qui avaient de l'esprit, annoncer publiquement qu'ils ressusciteraient un mort dans tel cimetière que l'on voudrait. Leurs raisonnemens étaient toujours conduits par la synthèse. Ils disaient : Les vrais disciples doivent faire des miracles: nous sommes les vrais disciples, nous ferons donc tout ce qu il nous plaira. De simples saints de l'église romaine, qui n'étaient point géomètres, ont ressuscité beaucoup d honnêtes gons; donc, à plus forte raison, nous qui avons réformé les réformés, nous ressusciterons qui nous voudrons.

Il n'y a rien à répliquer à ces arguincns; ils sont dans la meilleure forme du monde. \ oil.i ce qui a inondé l'antiquité de prodiges; voilà pourquoi les temples d'Ksculapca Epidaurc,et dansd'aulres villes, étaient pleins dVr rotu: les voûtes étaient ornées de cuisses redressées, de bras remis, de petits cnfitns d'argent ; tout était miracle.

Enfin le fameux protestant géomètre dont je parle était de si bonne foi , il assura si positivement qu'il ressusciterait les morts, et cette proposition plausible fit tant d impression sur le peuple, que la reiue Anne fut obligée de lui donner un jour, une heure et un cimetière à sou choix pour faire son miracle loyalement cl en présence de la justice. Le sa<nt géomètre choisit I église cathédrale de Saint-Paul pour faire sa démonstration : le peuple se rangea en haie, des soldats furent placés pour contenir les vivans et les morts dans lu respect; les magistrats prirent leurs places ; le greflicr écrivit tout sur les registres publics; on ue peut trop constater les nouveaux miracles. On déterra un corps au choix da saint; il pria, «I se jeta à genoux, il fit de très-pieuses contorsions; ses compagnons l'imitèrent; le mort ne donna aucun signe de vie ; on le reporta dans son trou, et on punit légèrement le ressuscitcur et ses adhérons. J'ai vu depuis un de ces pauvres gens; il m'a avoué qu'un d'eux était en péché véuicl, et que le mort en pâtit, •ans quoi la résurrection était infaillible.

S'il était permis de révéler la turpitude de gens à qui l'on doit le plus siucèrc respect, je dirais ici que Newton, le grand Newton, a trouvé dans l'Apocalypse que le pape est l'antccbrist , et bien d'au'res choses de celte nature; je dirais qu'il était arien très-sérieusement. Je sais que cet écart de Newton est à celui de mon autre géomètre comme l'unité est à l'infini : il n'y a point de comparaison a faire. Mais quelle pauvre espèce que le gciire huinuiu, si le graud Newton a cru trouver dans l'Apocalypse l'histoire présente de l Kuiopc!

Il semble que la superstition soit une maladie >'pi démique , dont les «mes les plus fortes ne sont pas toujours exemples. II y a en Turquie des gens de très -bon sens qui se feraient empaler pour certains

scniimeus d'Abul>eker. Ces principes une fois: admis . ils raisonnent trés-conséquemmcnl; Ic6 nar anciens r les radaristes, les jabaristes, se damnent chez ou» réciproquement avec des argumens très-subtils > il* tirent tous des conséquences plausibles, mais ils n'oseul jamais examiner les principes.

Quelqu'un répand dans le monde' qu'il y a un géant haut de soixante et dix pieds; bientôt après tous les docteurs examinent de quelle couleur doivent être ses cheveux, de quelle grandeur est pouce, quelles dimensious ont ses ongles : o on cabale, on se bat; ceux qui soutiennent que le petit doigt du géant n'a que quinze lignes de dia» mètre, fout brûler ceux qui attiraient que le petit doigt a un pied d'épaisseur. Mais, messieurs, votre géant existc-t-il , dit modestement un passant ? Quel doute horrible! s'écrient tous ces disputai»; quel blasphème! quelle absurdité! Alors il font tous une petite trêve pour lapider le passant, et après l'avoir assassiné en cérémonie, de la manière la plus édifiante, ils se battent entre eux comme de coutume, au sujet du petit doigt et des ongles.

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