‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 254 sur 551 · FECOND · texte numérisé non relu

FECOND

Fécond est le synonyme de fertile, quand il s'agit de la culture des terres. On peut dire également im terrain fécond et fertile, fertiliser et féconder un champ.

La maxime, qu'il sry a point de synonymes, veut dire seulcmenl qu'on ue pent se servir dans toutes les occasions des mêmes mots : ainsi, une femelle, de quelque espèce qu'elle soit, n'est point fertile, elle est féconde.

Ou féconde des œufs, on ne les fertilise pas; la nature n'est pas fertile, elle est féconde. Ces deux expressions sont quelquefois également employées au figuré et au propre : nn esprit est fertile ou fécoud en grandes idées.

Cependant les nuances sont si délicates , qu'on dit un orateur fécond et non pas nn orateur fertile , fécondité et non fertilité de paroles; cette méthode, ce principe , ce sujet est A W grande fécondité et non pas d'une grande fertilité; U raison en est qu'un principe, un sujet, une méthode, produisant des idées qui naissent les unes des antres, comme des êtres successivement enfantés; ce qui a rapporta la génération.

(Bonxarj, MUre II , t. 77.) Le mot fertile est là bien placé, parce que cotte plume s'exerçait, se répandait sur toutes sortes do sujets.

Le mot fécond convient pins an génie qu'a k pluma.

H y a des temps féconds en crimes, et non pas fes»

tfles en crimes.

L'usage enseigne toutes ces petites différences.

FELIC11É.

Des différent usages de ce terme.

Félicité est l'état permanent , du moins pour quelque temps, d'une âme contente; et cet état est bien rare.

Le bonheur vienl du dt hors; c'est originairement une bonne heure : un bonheur vient, on a un bonheur; mais on oie peut dire ; il m'c-1 tenu une (< licite , j'ai eu iuic félicite; n quand on dit, cet homme jouit d'une félicité parfaite, «ne alors n'est pas pris numériquement, cl signifie jenlcmcut qu'on croit que sa félicité est parfaite.

Ou peut avoir un bonheur sans Ctrc heureux : un homme a eu le bonheur d'échapper à un piége, et n'en est quelquefois que plus rral>>eurcu\ ; on ne peut pas dire de lui qu'il a éprouvé !c fClIc'ié.

Il y a cucore une différence cr.de un bonheur et le bonheur, différence que le n.ti filicilé n'admet point.

PHULOSOPHIQUF,

Uq. bonheur est un ^véhément heureux : le bonheur pris iodécisivement signifie une suite de ces

Lo plaisir est un scuiimcnt agréable et passager : le bonheur, considéré comme sentiment, est une suit* de plaisirs; In prospérité, une suite < événement.; In félicité, une jorissane prospérité.

L'autour dos Synonymes dit que « le bonheur est pour les riches, la filiale" pour les sages, la béatitude pour les pauvres d'esprit ; » mais le bonheur paiait plutôt le partage des riches qu'il ue l'est en

i parle plus qu'on

Ce mot ne se dit guère en prose an pluriel, par la raison que c'est un état de l'âme, comme tranquillité , sagesse, repos; cependant In poésie, qui s'élève audessus de la prose , permet qu'on dise dans Polyeucte i

Ou Iran félicité, doivent être infinie*

iAtlc IV.ictosY.) Qat vo» Hoti'j.i'il m prat, soient parfait*»!

(Zaïre, »cte 1 , ic<-i.e L)

Los note, en passant du substantif au verbe, ont rarement la mime signification, ttiiciicr, qu'on employa au lieu de graluler, ne veut oas ùire rendre heureux ; il no dit pas mémo se réjouir a.oc quelqu'un de sa (dlicitc : il veut dire simplement faire compliment sur un succès , sur un événement agréable ; il a pris la place de gratuler, parce qu'il est d'une prononciation plus douce et plusi

Physique et

£5 général elle est bien moins forte que 1 uuhhuv, moins grande, moins capable de longs travaux ; son sang est plus aqueux, sa chair moins compacte, ses cheveux plus longs, ses membres plus arrondis, les bras moins musculeuz, la bouche plus petite, les fessas plus relevées, les hanches plus écartées, le ventre plus large. Ces caractères distinguent les femmes dans toute la terre, ebex toutes les espèces, depuis la Lapon je jusqu'à la côte de Guinée, en Amérique comme à la Chine.

Plutarqiic, dans son troisième livit des Propos de table , prétend que le viu ne les enivve pas aussi aisément que les hommes; et voici la raison qu'il apporte de co qui n'est pas vrai. Je me sers de la traduction d'Amvol.

h Le tempérament des femmes est fort humide; ce qui leur rend la ebarnurc ainsi molle, lissée et luisante, avec leurs purgations menstruelle». Quand donc le vin vient à tomber dans une si jiande bumîd t ', alors, se trouvant vaincu, il pcid '.a couljur et sa force, et devient décoloré et éveux ; et en peut-on tirer quelque chose des paroles roi" mes d'Aristotc : car il di: que ceux qui I oivont à grands traits sans reprendre haleine, que les anciens appelaient mun ixci»i , ne s'enivrent pas si facilement , parce qui le vin ne leur demeure dedans le corps ; ains étant p-nssé el poussé a force, il passe tout outre a travers. Or le plus comiiiunrmcn-. nous voyons que les fournies )»>i~

et si est vraisemblable qui leurs corps , à U

cause de la continuelle attraction des humour* nui se fait par contre-bas pour leurs purgations mensinfller., est plein de plusieurs conduits, et percé de nlu'iew» tuyaux et éohevaux esquels le vin venants 'ember en sort vitement et facilement sans se pouvoir attacher aux parties nobles et principales, lesqucïlc* étant troublées, l'ivresse s'en ensuit. »

Cette physique est tout-à-fait digne des anciens.

Les femmes vivent uu peu plus que les hommes , c'est-à-dire, qu'en une génération on trouve olus dn vieilles que de vieillards. C'est ce qu'ont pu observer en Europe tous ceux qui ont fait des relevés exacts des naissances et des morts. Il est à croire qu'il en est ainsi dans l'Asie et chez, les négresses, les rouges, les cendrées, comme chet les blanche*. A«t«/« c»< .'ruiner sibi caasona.

Mous avons rapporté ailleurs un extrait d'un Journal de la Chine, qui porte qu'eu l'année ija5 la femme de l'empereur ïontebin ayant fait des libéralités aux pauvres femmes ùe la Chine qui passaient soixante et dix ans (a) , on compta dans la seule pro vince de Kanton, parmi cclics qui reçurent ces présens, 98,3a! femmes de soixante et dix ans passés, 40,893 âgées de plus de quatre-vingts sur , et 3,{53 d'environ cent années. Cciu qui aiment les causes finales disent que la nature leur accorde une plus longue vie qu'aux hommes pour 1rs récompenser de la peine qu'elles prennent de porter uenf mois des enfans, de les mettre au monde et de le* nourrir. Il n'est pas à croire que la nature donne des récompenses; mais il est probable que, le sang des femmes é tant pl us doux , leurs fibres s'end ur fissent moi ns v ite.

Aucun analomiste, aucun physicien n'a jamais pu connaître la manière dont elles conçoivent. Sanchez a eu beau assurer, Mariam et Spiriium sancium aniline semen in cof)ulalionct et ex seminc atnboru.ui n<tr tum eue Jauni, cette abominable impertinence de Sancbez, d'ailleurs très-savant , n'est adoptée aujourd'hui par aucun naturaliste.

Les émissions périodiques de saug qui affaiblissent toujours les femmes pendant cette époque, les maladies qui naissent de la suppression, les temps de grossesse, la nécessité d'alaiter les enfans et de veilles continuellement sur eux, la délicatesse de leurs membres, les reudciit peu propres aux fatigues de la guerre et à la turuuf des combats. 11 est vrai, comme nous l'avous dit, qu'on s \u dans tous les temps et presque dans iOuj Us |«y*> des femmes a qui la nature donna uu coursge et des force» extraordinaire», qui combattirent avec les hommes, qui soutinrent de prodigieux travaux; n.ais, aprei tout, ces exemples sont rarcr. Nous .-vav cyons a l'*r.iclc Am a/om s.

Le physique >ou»truc toujours le moral. Les femmes étant plus éaii'lc* du corpî que nous, avant plus d adresse daus k irs doigts beaucoup plus souples <jue les nôtres : ne pouvait quère (ratai. 1er aux ouvrages pi'uihlc* de U maçonnerie', de la charpente, de la métal. urgic, de la charrue; étant nécessairement chargées des petits travaux plus U';;crs de l'intérieur de la maison, et surtout du soin 'le.' enfans; menant une vie plus sédentaire : elles doivent avoir

(4.1 l.rtlic II ) i i>ll;Ull«r du jàuilC CoilatiHUin an Sontitt, u,\ u mitnir mûrit

DICTIOMAIRE

plus de douceur dans le caractère que ta race masculine ; elles doivent moins connaître les grands crimes. Et cela est si vrai que, dans tous Ici pays polices, il f a toujours cinquante hommes au moins d'exécutés a mort contre une seule femme.

Moutcsquicu , dans son Esprit des lois (b) , en promenant de parler de la condition des femmes dans lesdivers gouvcnicmcns, avance que « cbet les Grecs tes femmes n'étaient pas regardées comme dignes d'avoir part au véritable amour, et que l'amotir n'avait chez eux qu'une forme qu'on n'ose dire. » U cite Plut arque pour son garant.

C'est une méprise qui n'est guè<c pardonnable qu'à an esprit tel que Moutcsquicu, toujours entraîné par la rapidité de ses idées, souvent incohérentes.

Plutarquc , daus son chapitre ue V Amour, introduit plusieurs interlocuteurs. Et lui-même , sous le nom de Daphncus, réfute avec la plus grande force les discours que tient Protagènc en faveur de la débauche des garçons.

Ccst dans ce même dialogue qu'il va jusqu'à dire qu'il y a dans l'amour des femmef. quelque chose de divin. 11 compare cet amour au so'cil qui anime la nature. Il met le plus grand boudeur dans l'amour conjugal, cl il finit par le magnifwue éloge de la vertu d'Epponine. Cette mémorable aventure s'était passée sous les yeux mêmes de Plutarquc, qui vécut quelque temps dans la maison de Vcspasien. Cette héroïne, apprenant que son mari Sabinus , vaincu par les troupes de l'empereur , s'était caché dans une profonde caverne entre la Franche-Comté et la Champagne, s'y enferma seule avec lui, le servit, le nourrit pendant plusieurs années, en eut des eofnns. Enfin, étant prise avec son mari et présentée a Vcspasien, étonné de la grandeur de son courage, elle lui dit : « J'ai vécu plus heureuse sous la terre dans les ténèbres que toi à la lumière du soleil au faite de la puissance. » Plutarquc affirme doue précisément le contraire de ce que Montesquieu lui fait dire ; il s'énonce même en faveur des femmes avec un enthousiasme très-touchant.

Il n'est pas étonnant qu'eu tout pays l'homme se soit rendu Je maître de la femme, tout étant fondé sur la force. Il a d'ordinaire beaucoup de supériorité par ceilc du corps et même de l'esprit.

On a vu des femmes très- savantes comme il en fut de guerrières; mais il n'j en u jamais eu d'inventrices.

L'esprit de jociélé et d'agrément est communément leur parlige. Il semble généralement parlant qu'elles soient faites pour adoucir les mœurs des hommes.

Dans aucune république elles n'eurent jamais la moindre part au gouvernement ; elles n'ont jamais régné dans les empires purement électifs; mais elles régnent dans presque tous les royaumes hiVditaires de l'Europe, en Espagne, a Naples, en Angleterre, dans plusieurs états du ftrd , dans plusi urs grands fiefs qu'on nomme cmiinn .

I.:i coutume qu'on appelle / •/ aliqtir les a exclues du royaume de France; el ce n'est pas, comme le dit Miserai, qu'elles fussent incapaMes de gouverner,

'h) Ti». VI! f X. V«ytt l'»nirlr Au«<i n. tlutu V|uH on » ii,U iiidirpit? cri !>• 1 ►■'•<« •.

puisqu'on (cura pre«qar toujours accordé (a régence.

Ou prétend que le cardinal Matarin avouait que plusieurs femmes étaient dignes de régir un royaume , et qu'il ajoutait qu'il était toujours a craiudre qu'elles ne se laissassent subjuguer /wr da amans incapables de gouverner douze poule* . Cependant Isabelle en Castille, Elisabeth en Angleterre, Marie » Thérèse en Hongrie, ont bi«»n démenti ce prétendu bon mot attribué au cardinal Maurin. Et aujourdbui nous voyous dans le nord une législatrice aussi respectée que le souverain de la Grèce, de l'Asie Mineure, de la Syrie et de l'Egypte , est peu estimé.

L'ignorance a prétendu long temps que les femmes sont esclaves pendant leur vie chet les mabomélans , et qu'après leur mort elles n'entrent point dans le paradis. Ce sont deux grandes erreurs, telles qu'on en a débité toujours sur le mahométisme. Les épouses ne sont point du tout esclaves. Le sura ou chapitre IV du Koran leur assigne un douarc. Une fille doit avoir la moitié du bien dout hérite son frère. S'il n'y a que des filles, elles partagent entre elles les deux tiers de la succession , et le reste appartient aux parens du mort; chacune des deux ligner en aura la sixième partie; et la mère du mort a aussi un droit dans la succession. Les épouses sont si peu esclaves qu'elles ont permission de demander le divorce, qui leur est accordé quand leurs plaintes sont jugées légitimes.

Il n'est pas permis eux musulmans d épouser leur belle- sœur, leur nièce, hur sœur de lait, leur bellefille élevée sous la garde de leur femme. Il n'est pas permis d'épouser les deux sœurs. En cclt ils sont bien plus sévères que les chrétiens, qui tous les jours achètent à Rome le droit de contracter de tels mariages qu'ils pourraient faire gratis.

Polygamie.

Mahomet a réduit le nombre illimité des épouses à quatre. Mais, comme il faut être extrêmement riehe pour entretenir quatre femmes selon leur condition, il n'y a que les plus grands seigneurs qui puissent user d'un le! privilège. Ainsi la pluralité des femmes ne fait point aux étals musulmans le tort que nous leur reprochons si souvent, et ne les dépeuple pu comme on le répète tous les jours dans laul de livres écrits au hasard.

Les Juifs , par un ancien usage établi selon leurs livres depuis Lantech , ont toujours eu la liberté d'avoir a la fois plusieurs femmes. David en eut dix-huit; et c'est depuis ce temps que les rabbins déterminèrent a ce nombre la polygamie des rois, quoiqu'il soit dit que Salomon en eut jusqu'à sept cen s.

Les inalioméians n'accordent pas publiquement aujourd'hui aux Juifs la pluralité dos femmes; ils ne les croient pas dignes de ce! avantage; mais l'argent, toujours plus fort que la loi, donne quelquefois, en oncnl et eu Afrique, aux Juifs qui sont riches, h permission que la loi leur » -fuse.

On a rapporté sérieusement que Lélius Cinna, tribun du peuple, publia, 4 près la mort de César, que ce dictateur avait voulu promulguer une loi qui donnait aux femmes le droit de prendre au'aut de maris quelles voudraient. Quel homme sensé ne voit que c est la un coule pop.ilairc et ridicule, invente

rendre César odieux ? Il ressemble à cet antre conte qu'un sénateur romain avait propose en plein sénat, de donner permission à César de coucher avec toutes les femmes qu'il voudrait; de pareilles inepties déshonorent l'histoire et font tort à l'esprit de ceux qui les croient. Il est triste que Montesquieu ait ajouté toi a cette fable.

Il n en est pas de même de l'empereur Valcntinien I qui , se disant chrétien, épousa Justine du vivant de Severa sa première femme, mère de l'empereur Gratien. Il était assez riche pour entretenir plusieurs femmes.

Dans ta première race des rois francs, Contran, Chérébert , Sigibcrt , Cbilpéric , eurent plusieurs femmes à la fois. Contran eut dans son palais Vénérande , Mcrcalrudc , et Ostrcgilc , reconnues pour femmes légitimes. Chérébert eut McroQèdc, Marcovèse et Théodogilc.

Il est difficile de concevoir comment l'ex -jésuite Nonotte a pu, dans son ignorance, pousser la hardiesse jusqu'à nier ces faits, jusqu'à dire que les rois de cette première race n'usèrent point de la polygamie, et jusqu'à défigurer dans 'in libelle en deux volumes plus de cent vérités historiques, avec la confiance d'un régent qui dicte des leçons dans un collège? Des livres dans ce goût ne laissent pas de se vendre quelque temps dans les provinces où les jésuites ont encore un parti ; ils séduisent quelques personnes peu ins' rui.es.

Le p-"Tc Daniel , plus savant, plus judicieux, avoue la polygamie des rois francs sans aucune difficulté; il ne nie pas les trois femmes de Dagobcrt I ; il dit expressément que Théodcbcrt épousa Deuterio , quoiqu'il eût une autre femme nommée Visigalde , et quoique Dcuterie eût un mari. 11 ajoute qu'en cela il imita son oncle Clotaire, lequel épousa la veuve de Clodomir son frère , quoiqu il eût déjà trois

Tous les historiens font les mômes aveux. Comment, après tous ces témoignages, souffrir l'impudence d'un ignorant qui parle en maître, et qui ose dire, en débitant de si énormes sottises, que c'est pour la défense de la religion , comme s'il s'agissait, dans un point d histoire, Je noire religion vénérable et sacrée, que des calomniateurs méprisables font servir à leurs ineptes impostures!

*)e la polygamie permis? par qvclqucs papes et par quelques réformateur*.,

L'aise de Fleuri, auteur «le l'Histoire1 ecclésiastique, rend plus de justice a la vérité dans tout ce <pii concerne les lois et les usages de l églisc. Il avoue ■\hk Donifacc, apôtre de la Basse- Vlemagnc, ayant consulté l'an yxli le pape Grégoire M, pour savoir «n quels cas un mari peut avoir deux fainmcs; Grc- 4,ire II lui n' pondit, le aa novembre de la même inm'c, ces propres mo s : « >i une femme e»t alla- 4ju."c d une malad c qui la rende peu propre au de voir conjugal, le mari peut se marier à une autre : mais il doit donucr a la femme malad» les secours u'cessaircs. »> Ce îe diï'sion parait conforme ? la ra'sou et a la politique; elle favorise la population qH< est l objet du mariage.

Mais ce qui ne parait ni scion la raisou , ni selon la politique, ni selon la nature, c'est la loi qui porte qu'une femme séparée de corps et de bien de son mari ne peut avoir un autre époux , ni le mari prendre une autre femme. 11 est évident que voilà une race perdue pour la peuplade, et que, si cet époux et cette épouse séparés ont tous deux un tempérament indomptable, ils sont nécessairement exposés et forcés à des péchés continuels dont les législateurs doivent être responsables devant Dieu , si

Les décrétâtes des papes n'ont pas toujours en pour objet ce qui est convenable au bien des états et à celui des particuliers. Cette même décrétalo du pape Grégoire II , qui permet en certains cas la bigamie, prive a jamais de la société conjugale les garçons et les filles que leurs parens auront voues â l'église dans leur plus tendre e>if.<ncc. Cette loi semble aussi barbare qu injuste; c'est anéantir à la fois des familles; c'est forcer la volonté des hommes avant qu'ils aient nue volouté; c'est rendre à jamais les eufaus esclaves d'un vœu quils n'ont point toit; c'est détruire la liberté naturelle; c'est offenser Dieu et le genre humain.

La polygamie de Philippe, landgrave de liesse, dans la communion luthérienne en 1 53<>, est assez publique. J'ai connu uu des souverains dans l'empire d'Allemagne, dont le père, ayant épouse une luthcrieunc, eut permission du pape de se marier à une catholique, et qui garda ses deux femmes.

Il est publie en Angleterre, et on voudrait le nier en vain, que le chancelier Cowpcr épousa deux femmes qui vécurent ensemble dans sa maison avec une concorde singulière qui fit honneur à tous trois. Plusieurs curieux ont encore le petit livre qu'il composa en faveur de la polygamie. .

11 faut se défier des auteurs qui rapportent que dans quelques pays les lois permettent aux femmes d'avoir plusieurs maris. Les hommes qui partout ont fait les lois, sont nés avec trop d'amour propre, sont trop jaloux de leur autorité, ont communément un tempérament trop ardent en comparaison de celui des femmes, pour avoir imaginé une telle jurisprudence. Ce qui n'est pas conforme au train ordinaire de la nature est rarement vrai. Mais ce qui est tort ordinaire, surtout dans les anciens voyageurs, c'est d'avoir pris un abus pour une loi.

L'auteur de I Lspril des lois prétend (< ) que sur la côte du Malabar, dans la caste des Naircs, les hommes ne peuvent avoir qu'une femme, et qu'une femme au contraire peut avoir plusieurs maris; il cite des auteurs suspects, et surtout Pirard. On ne devrait parler de ces coiHuracs élraiigesuu'cr cas qu'on eût été longtemps témoin oculaire. Si on en fait mention, ce doit être en doutant; mais quel est l'esprit vif qui sache douter.

« La lubricité des femmes, di:-il ( '), est si grande à Palane, que les boiniues sont contraints de .se faire ci-rtaïues garnitures pour se mrttrc a l'abri de leurs ciHreprises. »

Le présidcntdc Montesquieu n'alla jamais i l'aiane. M. Lin ne! ne re;t arque-t-il pas très- jwlic icu<a-iucul

<e) IJr. X W . cl—i». \ . — ;i J. , clap X.

que ceux qui imprimèrent ce conte étaient de* voyageur» qui se trompaient ou qui voulaient se raoquarde leura lecteurs? Soyons justes, aimons terrai, ne i laissons pas séduira, jugeons- par le* choses par les noms.

Suite des réflexions sur la polygamie.

Il semble que le pouvoir et non la convention ait (ait toutes les lois, surtout en orient. Cest là qu'on ▼oit les premiers esclaves , les premiers eunuques , le trésor du prince composé de ce qu'on a pris au peuple.

Qui peut vêtir, nourrirct amuser plusieurs femmes, les a dans sa ménagerie, et leur commande despotiquement.

Bcn-Aboul-Kiba, dans son Miroir des fidèles, rapporte qu'un des vitirs du grand Soliman tint ce discours à un agent du grand Charles-Quint :

« Chien de chrétien , pour qui j'ai d'ailleurs une estime toute paiticulièrc, peux-tu bien me reprocher d'avoir quatre femmes selon nos saintes lois, tandis que tu vides douze quartcaux par ai , et que je ne bois pas un verre de vin ? Quel bien fuis-tu au monde eu passant plus d'heures à table que je n'en passe au lit? Je peux donner quatre en fans chaque année pour le service de mon auguste maître; a neinc en peux-la fournir un. Et qu'est-ce que l'enfant d'un ivrogne? Sa cervelle sera offusquée par les vapeurs du vin qu'aura bu son père. Que veux-tu d'ailleurs que je devienne, quand deux de mes femmes sont en couche? ne fautil pas que j'en serve deux autres, ainsi que ma loi me le commande? que deviens-tu, quel rôle joues-tu dans les derniers mois de la grossesse de ton unique femme, et pendant ses couches, et pendant ses maladie" ? 11 faut que tu restes dans une oisiveté honteuse, ou que tu cherches une autre femme. Te voilà nécessairement entre deux péchés mortels, qui te feront tomber tout raide, après ta mort, du pont aigu an Ibnd de l'enfer.

« Je suppose que dans nos guerres contre les chiens de chrétiens tious perdions cent mille soldats, voilà près de cent mille fille* à pourvoir. N'est-ce pas aux riches à prendre soin d'elles? Malheur à tout musulman assez tiède pour ne pas donner retraite cher lui à quatre jolies filles c* qualité de ses légitimes épouses, et pour ne pas les traiter scion leurs mérites!

a Coin ment J j.io sont faits dans Ion pays la trompette du jour, 3aa tu appelles c<>q; l'honnête bélier, prince des troupeaux; le taureau, .«onverain des v«cbes? chacun d'eux i.'j-l-il pn& son serait? Il te sied bien vraiment de me reprocher mes quatre femmes, tandis que notre grand prorhttt en a eu dix-huit, David le juif autant, et Sa>oinci> le juif sept cents de compte fût , avec •roi.' rrntt concubines! tu vois combien je suis modeste. Cesse de reprocher la gourmandise à un saqe qui fait de si médiocres repas. J» te permets de boire ; permets-moi d'aimer. Tu changes de vins, sou 'lie une je change de femmes. Que chacun laisse vivre les autres ? la mode de leur pays. Ton chapeau n'est poi-'l fini pour donner des lois à mon turban. Ta fraise e' icr petit manteau ne doivent point commander a mon doliman. Achève de prendre

ton café aveo moi , et. va-t'en caresser tOo

puisque- tu es -éduit L elle seule. »

Réponse de l'Allemand.

«dura de musulman, pour qui je conserve un» ▼ éuémtion profonde, avant d'achever mon café, je veux confondre tes propos. Qui possède quatre femmes possède quatre harpies, toujours prêtes à se calomnier, à se nuire, à se battre. Le logis est l'antrede la Discorde, aucune d'elles ne peut l'aimer. Chacune n'a qu'un quart de ta personne, et ne pourrait tout au plus te donner que le quart de son coeur. Aucune no peut le rendre la vie agréable, ce sont des prisonnières qui, n'ayant jamais rien vu, n'ont rien aV te dire; elles oc connaissent que toi, par conséquent tu les ennuies. Tu es leur maître absolu , donc elles te haissent. Tu es obligé de les (aire garder par un eunuque qui leur denne le fouet quand elles ont fait trop de bruit. Tu oses te comparer a un coq ! mate jamais un coq n'a fait fouetter ses poules par un chapon. Prends tes exemples cbee les animaux , ressemble- leur tant que tn voudras. Moi je veux aimer en homme; je veux donner tout mon cœur et qu'on me donne le sien* Je rendrai compte de cet entretien ce soir à ma femme , et t'espère qu'elle en sera content*. A l'égard du vin que tu me reproches, apprends que, s'il est mal d'sn boire en Arabie, c'est

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