‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 266 sur 551 · FOLIE · texte numérisé non relu

FOLIE

Qu'est-ce que la folie ? c'est d'avoir des pensée* incohérentes et la conduite de même. Le plus sage des hommes veut-il connaître la folie? qu'il réflé-

chisse sur la marche de ses idée» pendant ses rêves. S'il a une digestiou laborieuse dans la nuit, mille idées incohérentes l'agitent ; il semble que la nature nous puuisse d avoir priî trop d'alirooiH , ou d'en avoir f.tit un mauvais choix en nous donnant des peu sées; car on ne pense ^.utre en dormant que dan* une mauvaise digestion. Le* rêves inquiet» sont réel lemeut une folie passagère.

La folie pendant la veille est de même une maladie qui empêche un bomine nécessairement de penser et d'agir comme les autres. Ne pouvant gérer «on bien, on l'interdit; ne pouvant avoir de? idées convenables r la société, on l'en exclut ; s'il est dangereux , on lenferme; s'il est furieux, on Je Wc. Quelquefois on le guérit par les bains, par la taiguée, par le régime.

Cet homme n'est point privé d'idées; il en a comme tous les autres hommes pendant la veille, et souvent quand il dort. Un peut demander comment son Ame spirituelle, immortelle, logée dans sou cerveau , recevant par les sens toutes les idées très-nettes et trèsdistinctes, n'en porte cependant jamais un jugement sain. Elle voit les objets comme l'âme d'Aristoie et de Çlalon , de Locke et de Newton les voyait ; elle entend les mêmes sous, elle a le même Sens du toucher; comment donc, recevaut les perceptions que les plus sages éprouvent, en fait-elle un assemblage extravagant sans pouvoir s'en dispenser?

Si cette stibslaucc simple et éternelle a pour ses actions les mômes instrumens qu'ont les âmes des cerveaux les plus sages, elle doit raisonner comme eux. Qui peut l'en empêcher? Je conçois luen a loulc force que si mon fou voit du rouge, et les sages du bleu; si, quand les sages entendent de la musique, mon fou entend le braiment d'un âne; si, quand ils sont au sermon, mon fou croit être a la comédie; si , quand ils entendent oui, il entend non; alors sou finie doit penser au rebours des autres. Mais mon fou

a les mêmes perccp'ious qu'eux ; il n'y a nulle raison apparente pour laquelle son «me, ayant reçu par ses sens tous ses outils, ne peut en faire d usage. El e est pure, dit-on, elle n'est sujette par elle-même a au cune iniirmite; la voila pourvue de tous les secours nt eessaircs : quelque chose qui se pi ssv dans son corps, iteu ue peut changer son essence; cependant on la mène dans m»h étui aux petites- mai; ons.

Cet e n'iliMoii peut f.tire soupçonner que la fn- Juî é do penser, doume du Dieu a l'bcmni", est sujet'? au d< rangement connue le* au'rcs sens. Un fou est un malade lioul le rerveau piitil, comme le goutteux est un malade qui soutire an* pieds et aux mains; d pensait par le cerveau, comme il marchait avec les pieds, »ans r en counaitre ni d» son pouvoir incompréhensible de marcher, ni de son pouvoir non moins incompréhensible de penser. On a la goût c au cerveau comme aux pieds. En->n, après mille rai- Soiiiicmciis, il n'y a pcut-i Ire que la foi seule qui puisse nous convaincre qu'une substance «impie et imiua < -ieilc puisse « Ire malade.

i.eî dooes ou les docteurs diront au fou : Mon ami, quoique tu aies perdu le sons commun, ton âme «i aussi spuriiueUe^auaci pure, aussi immortelle que

la nôtre; mais notre aine est bien logée, il la tienne l'est mal; les fenêtres de la maison sont bouchées pour elle; l'air lui manque, elle étoullc. Le fou, dans ses bons momens, leur r< poudrait : Mes amis, vous supposes a \otre ordinaire ce qui esl en question Me* fenêtres sont aussi-bien ouvertes que les vôtres , puisque je vois les mêmes objets, et que j entends les mêmes paroles : il faut donc néccssaiivuienl que mou âme tasse un mauvais u age- de ses sens , ou |ue mou âme ne soit elle-même qu un sens vicie, une qualité dépravée. Lu un mot, ou u.un àmc est tuile par ellemême, ou je n'ai point d ame.

Un des docteurs pourra répondre ; Mon confivrc. Dieu a créé peut-être des âmes folles, comme il .1 créé des âmes sages. Le fou répliquera : .'Si je croy ais ce que vous me dites, je sera»* encore plus fou que je ne suis. De grâce, vous qui en save* tant, dius-moi pourquoi je suis fou.

Si les docteurs ont encore un peu de sens, ils lui répondront : Je n'en sais rien. Ils ne comprendront pas mieux pourquoi uue cervelle a des idées régulières et suivies. Ils se croiront sages , et ils seront aussi fous que lui.

Si le fon a un bon moment, il leur dira : Pauvres DorLeLsqui ne pouvez connaître ni la cause de mon liai, ui le guérir, tremble* de devenir entièrement semblables à moi, et même de me surpasser. Vous n'êtes pas de meilleure maison que le roi de France Charles VI , le roi d'Angleterre Henri VI , et l'empereur Veucoslas, qui perdirent la faculté de raisonner dan» le nu nie siècle. \ous n'avez pas plus d esprit que Biaise Pascal, Jacques Abadie et •touathau Swift, qui sont tons trois morts fous. Du moins le dernier fonda pour nous un hôpital. Voulcx-vou* que j'aàllr vous y retenir une place ?

A . IL Je suis fâché pour Hippocrate qu'il ait prescrit le sang d «non pour U folie , et encore plus fâché que le Manuel des dames dise qu'on giu-rit la folie eu prenant la gale. Voilà de plaisantes recettes; eues paraissent inventées par les malades.

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