‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 267 sur 551 · FONTE · texte numérisé non relu

FONTE

Il n'y a point d'ancienne fable, de vieille absurdité que quelque imbécile no renouvelle, et mémr avec une hauteur de inaitre, powr peu que ces rêveries antiques aient été autorisées par quelque auteur ou classique ou théologien.

I.yrophron (autant qu'il m'en souvient) rapportr qu'une horde de voleurs, qui avait été in justement condamnée en i.Uiiopie j;ar ,c roi ctisan à perdre le nez et les oreilles, s'enfuît jusqu'aux cataractes du Nil, et de là pénétra jusqu'au désert de Sable, dan* lequel elle bâtit enfin le temple de Jupiter-.Ammon.

Lycophron, et après lui Théopompe, raconte que ces brigands réduits à la plus extrême misère , n'a v an! ni sandales, ni habits, ni meubles, ni paiu, s'avihéi imu d'élever une statue d'or fi un dieu d'Egypte. Oi' statue fut commandée le soir et faite pendant la nui'. Un membre de l'université, qni est fort attaché .1 Lycopbron et aux voleurs éthiopiens, prétend qu* rien n'était plus ordinaire dans la vénérable antiquité que de jeter en fonte une statue d or en une nuit, d.

BOfi

In réduire ensuite en poudre impalpable en la jelam dans le feu, et de la faire avaler à tout un peuple.

Mais où ces pauvres gens qui n'avaient point de chausses avaient ils trouvé tant d or? — Comment . monsieur, dit le savant, oubliez- vous qu'ils avaient volé de quoi acheter toute l'Afrique, et que les pendans d'oreille de leurs filles valaient seuls neuf millions cinq cent mille livres au cours de ce jour?

D'accord; mais il faut une «ranJe préparation pour fondre une statue; M. Le Moine a employé plus de deux ans à faire relie de Louis XV.

Oh ! notre Jupiter Ammon était haut de trois pieds tout au plus. Allez-vous-en chez un potier d'étain, nvous fera-t-il pas six assiettes en un seul jour?

Monsieur, une statue de Jupiter est pins difficile à filtre que des assiettes d'élain, et je doute même beaucoup que vos voleurs eussent de quoi fondre aussi vite des assiettes, quelque habiles larrons qu'ils aient été. Il n'est pas vraisemblable qu'ils eussent avec eux l'aMîrail nécessaire à nn potier; ils devaient commencer par avoir de la farine. Je respecte fort r.ycopliron; mais ce profond Grec et se commentateurs encore plus creux que lui, connaissent si peu les arts, ils sont si snvans dans tout ce qui est inutile, si ignorai)» dans tout en qui concerne les besoins île la vie, !e»rhosesd'usage, les professions, les métiers, les travaux journaliers, que nous prendrons cette occasion de leur apprendre comment ou jette en l'onîe une figure de métal. Ils ne trouveront cette op 'rationjii t'ans Lycophron, ni dans Manéthon, ni

daus Artap n , ni dans la Somme de saint Thomas, i*. fJn fait un modèle de terre grasse.

a». On couvre ce modèle d'un moule en plâtre, en ajustant les fragmens de plâtre les uns aux autres.

3». Il faut enlever par parties le moule de plâtre de dessus le modèle de terre.

4°. Ou rajuste le moule de plâtre encore par parlies, et on met ce moule à la place du modèle de terre.

5". Ce moule de plâtre étant devenu une espèce de modèle, on jette en dedans de la cire foudue, reçue aussi p .r parties : elle entre dans tous les creux de ce moule.

(>•>. On a grand soin que cotte cire soit partout de l'épaisseur qu'on veut donner au métal dont la statue sera faite.

;». On place ce moule on modèle dans an creux qu'on appelle f>s r, laquelle doit être à peu près d:i double plus profonde que la %ure que 1 on doit jeter eu fonte.

8". Il faut poser ce moule dans ce creu\ sur une grille de fer, élevée de dix -huit pouces pour une figure de trois pieds, et établir celle gri le sur un massif.

<)". Assujettir fortement sur cette grille des barres de fer, droites ou penchées, Melon que la figure l'exige, lesquelles barres d- 1er s'uppi-tirhent de la cire d'environ six lignes.

I o". Lnlnurrr chaque barre de fer de fil d'archal , de sorte que tout le vide soit rempli de lil de fer.

i i*. Itcmplir de plâtre el de briques pilés tout le f ide qui est entre les barres et la cire de la figure ;

comme aussi le vide qui est entre cette grille et le massif de brique qui la soutient , et c'est ce qui s'appelle te noyau.

ta". Quand tout cela tst bien refroidi, l'artiste enlève le moule de plâtre qui couvre la cire, laquelle cire reste, est réparée a la main, et devient alors le modèle de la figure; et ce modèle est soutenu par l'armature de fer et par le noyau dont on a parle.

i3 . Quand ces préparations sont achevées, ou entoure ce modèle de bâtons perpendiculaires de cire, dont les uns s'appellent des ). K, et les autres des ci'cnt*. Ces p»ts el ces évents descendent plus ha >> d'un pied que la ligure, et s'élèvent aussi plus qu'ellv, de manière qu? les évents sont plus hauts que les jet». Ces jets sont entre -coupés par d'autres petits rouleaux de cire qu'on appelle fourni" wnr.v . placés eu diagonale de bas en haut entre les jets et le modcU auquel ils sont attachés. Nous verrons au numéro i de quel usage sont ces bâtons de cire.

rf\ On passe sur le modèle, sur les évents, et sur les jets, quarante à cinquante couches d'une eau grasse qui est sortie de la composition d'une terre rouge, et de fiente de cheval macérée pendant une année entière, et ces couches durcies forment une enveloppe d'un quart de pouce.

1 5". Le modèle, les évents et les jets ainsi disposés, on entoure le tout d'une enveloppe composée de czttc terre, de sable rouge, de bourre, et de cette fiente de rhcval qui a été bien macérée, le tout pétri dans cette eau grasse. Cet enduit forme uue pâte molle; mais solide et désistant au feu

16°. On bâtit tout autour du modèle un mur de maçonnerie ou de brique, et entre le modèle et le mur on laisse en bas l'espace d'un cendrier d'une profondour proportionnée a la figure.

1 7". Ce cendrier est garni de barres de fer en grillade. Sur ce grillage on pose de petites bûches de bois que l'on allume, ce qui forme un feu tout autour du moule, et qui fait fondre ces bâtons de cire tout couverts de couches d'eau grasse, et de la pâte dont nous avons parlé numéros i.{ cl t'j; alors, la cire élaut fondue, il reste les tuyaux de teite patc sofide, dont les uns sont les jets, et les autres les évents et les fournisseurs. C'est parles jets et les fournisseurs que le mé.'al fondu eu:rcra, et c'est par les évents que l'air sortant empochera la matière enflammée de tout détruire.

i8*. Après toutes ces dispositions, on fait fondre sur le bord de la fosse le métal dont on doit former la s'atuc. Si c'est du bronze, on se sert du fourneau de briques doubles; si c'est de l'or on se sert de plusieurs crcireU: lorsque la matière est liquéfiée par l'ai :iou du feu, on la laisse rouler p*r un canal dans l i fosse préparée. Si malhcurcus-mcnl elle rencontre des bulles d air ou de I humidité, tout est détruit avei tr..cus, et il faut recommencer plusieurs fois.

i f)". Ce fleuve de feu, qui est descendu au creux de la fosse, refonte par les jets et par les fournisseur:;, antre dans le moule, et en remplit les creux. Ces jct>. ces fournisseurs el les « vents ne sont plus que des • uvaux formés par ces quantité Ou cinquante couches de l'eau grasse, et de ce te pale don» on les a souvent .

enduits avec beaucoup d'art et de patience, et c'est par ces branches que le métal liquéfié et ardent vient se loger dans lu statue.

ao '. Quand le inétal est bien refroidi , on relire le tout. Ce n'est qu'une masse assez, informe dont il faut enlever toutes les aspérités, et qu'on répare avec divers ins rumens.

J'omets beaucoup d'autres préparations que messieurs les encyclopédistes, et surtout M. Diderot, ont expliquées Lien mieux que je ne pourrais faire, dans 1-ur ouvrage qui doit éterniser tous les arts avec leur gloire. Niais, pour avoir une idée nette des procédés de cet an, il f.iut voir opérer. Il eu est ainsi dans tous les arts, depuis le Lonuctier jusqu'au diamantaire. •Limais personne n'apprit dans un livre ni à faire des li.is au mérier, ni à brillantcr des diamans, ni à (aire des tapisseries de hauîe- liée. Les arts et métiers ne s' apprennent que par l'exemple et le travail.

A vait: eu le dessein de faire é'ever une petite statue > ijueslre du roi eu bronze, dans une ville qu'où bâtit a une extrémité du royaume, je demandai, il n'y a pas long temps, au l'bidias d<: la France , à M.Pigal, combien il faudrait de temps pour faire seulement le clieva de trois pieds de haut; il répondit par écrit: /. demande six uvU au iwins. J'ai sa déclaration datée du .3 juin 1 770.

M.Guéw e, ancien professcitrducolIégcduPlcssis, qui en sait sans doute plus que M. l'igal sur l'art de jeter des ligures en fonte , a écrit contre ces vérités dans un livre intitulé, tttlre\ de quelque* Juif* portugais et allemands, avec ;/**< réflexions critique* t cl un petit commentaire extrait d'un pi m grand. A t ai i , chez Laurent l'raull, 1769, 'air annulation et />n filège du mi.

Ces lettres ont été écrites sous le nom de messieurs les Juifs Joseph Ben Jonathan, Aaron Mathataï, et David VViiikcr.

Ce professeur, secrétaire de trois Juifs, dit dan; sa lettre seconde : « Luirez seulement , monsieur , chez le premier fondeur: je vousrépondsquc, si vous lui fournissez les matières dont il pourrait avoir besoin , que vous le pressiez et que vous le payiez, bien, il vous fera un pareil ouvrage en moins d'une .semaine. i\ous n'avons pas cherche long-temps, et nous en avons trouvé deu\ qui uc demandaient que trois jours. Il y a déjà loiu de trois jours à trois mois, M nous ne doutons pas que, *• /ous cherchez bien, vous pourrez en trouver qui le feront encore plus prompleuient. »

M. le professeur secrétaire des Juifs n'a consulté apparemiucut que des fondeurs d'assiettes d'étain ou d'autres petits ouvrages qui se jettent en sabîe. S il f êtait adressé à M. l'igal o a M. Le Moine, il aurait ma peu changé d avis.

Cesl avec la iiiéiuc connaissance des arts que ce monsieur prétend que de réduire l'or en poudre, en le bi';ilant pour .c rendre potable et le faire avaler a toute une uaiiou, est la chose du monde la plus aisée et la plus ordinaire en chimie. \ oila connue il s'expnuie.

« Cette possibilité de rendre l'or potable a été rép '.éc ceut fois depuis iubai et Séiiac, dans les ou-

vrages et dans les 1-çons de vos plus célèbres chimistes, d'un Baron , d'un Marquer, etc. ; tons sont d'accord sur ce point. Nous n avons actuellement sous les yeux «pic la nouvelle édition de la chimie de Le Fcvrc. Il l'enseigne comme tous les autres, et il ajoute que rien n'est plus certain , et qu'où ne peut plus avoir la-dessus le moindre doute.

« Qu'en pense/. -vous , monsieur? le témoignage de ces babiles gens ne vaut-il pas bien relui de vos critiques? Et de quoi s'avisent aussi ces ircii concis? ils ne savent pas de chimie , et ils se mêlent d'eu parler; ils auraient pu s épargner ce ridicule.

« Mais vous, monsieur, q'ia'id voue transcriviez celte futile objection, ignoriez -vous eue le dernier chimiste serait en état de la réfatar? La chimie n'est pas voire fort , ou le voit bien : aussi la bile de lionelle s'écliaudo, ses yeux s'allument et son dépii éclate , lorsqu'il lit par hasard ce que vous rn dites en quelques endroits de vos ouvrages. Faites îles vers, mouleur, et laissez. I.'i l'arl des l'otl et des MrrgralT.

« Voil.i doue !a principale objection de vos écrivains, celte qu'ils avançaient avec le pl - s de coniiincc, pleinement détruite. »

Je ne sais si M. le secrétaire de la synagogue se connaît en vers, mais assurément il ne se connaît pas en or. J'ignore si M. Rouelle se met en col» re quand 0:1 n'est pas de son opinion, mais je ne me mettrai pas en colère contre M. le secrétaire; je lui dirai avec ma tolérance ordinaire, dont je ferai 'oùjours profession , que je ne le prierai jamais de nie servir de secrétaire, attendu qu i! f.«it parler ses maîtres , MM. Joseph, Mathataï et David W.nker, en francs iguorans (*).

Il s'agissait de savoir si on peut , sans miracle , fondre uuc ligure d'or dans une seule nuit , et réduire cette figure en poudre le lendemain, en la jetant dans le feu. Or, M. le secrétaire, il faut que vous sachiez, vous et maître Aliborwn, votre digne panégyriste, qu il est impossible de pulvériser 1 or en le jetant au feu; l'extrême violence du feu le liquéfie, mais ne le calcine point.

Cest de quoi il est question, M. le secrétaire, j'ai souvent réduit de l'or eu paie avec du mercure , je l'ai dissous avec de l eau régale , mais je u<- l'ai jamais calciné eu le brûlant. Si on vous a dit que M. Houelle calcine de l'or au feu, on s'd»t moque de vous; ou Lieu ou vous a dit une sottise que vous ne deviez, pas répéter, non plus que toutes celles que vous transcrivez sur l'or potable.

L'or potable est une cbarlatanerie; c'est une friponnerie d'imposteur qui trompe le peuple : il y en a de plusieurs espèces. Ceux qui veudeut leur or potable a des imbéciles ne fout pas entrer deux grains d'or dans leur liqueur; ou, s'ils en mettent un peu, ils l'oat dissous dans de l'eau régale, et ils vous jurent que c'est de l'or poiable sans acide; ils dépoui lent I or autant qu'ils le peuvent de son eau régale , ils la chargent d huile de romarin. Ces préparations sont tres-dungercuses ; ce sont de véritables poisons, et ceux qui en vendent iiiérilcn d être réprimés.

(•} l'oycs l'article Jur.

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Voilà, monsieur, ce que c'est que volrc or potable, dont vous parlez, un peu au hasard, ainsi que de lout le reste.

Cet article est un peu vif, mais il est vrai et utile. Il faut confondre quelquefois l'ignorance orgueilleuse de ces gens qui croient pouvoir parler de tous les arts, parce qu'ils ont lu quelques ligues de saint Augustin (i).

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