AMAZONES
On a vu souvent des femmes vigoureuses et hardies combattre comme les hommes; l'histoire en fait mention; car sans compter une Sémiramis, une Tomiris, une Pcnthésiléc , qui sont peut-être fabuleuses , il est certain qu'il y avait beaucoup de femmes dans les armées des premiers califes.
C'était surtout dans la tribu des Homérites un« espèce de loi dictée par l'amour et par le courage, que les épouses secourussent et vengeassent leurs maris, et les mères leurs enfans dans les batailles.
Lorsque le célèbre capitaine Dérar combattait en Syrie contre les généraux de l'empereur Héraclius , tla temps du calife Abubéker successeur de Mahomet , fiierre qui commandait dans Damas avait prL dans ses courses plusieurs musulmanes avec quelque butin, il les conduisait â Damas; parmi ces captives «"tait la sœur de Dérar lui-même. L'histoire arabe d'Al- ▼akedi , traduite par Okley , dit qu'elle était parfaitemont belle , et que Pierre en devint épris ; il la ménageait dans la route, et épargnait de trop longurs traites à ses prisonnières. Elles campaient dans une vaste plaine sous des tentes gardées par des troupes un peu éloignées. Caulah (c'était le nom de cette sœur de Dérar) propose à une de ses compagnes , nommée Oserra , de se soustraire à la captivité; elle lui persuade de mourir plutôt que d'être les victimes de la lubricité des chrétiens; le même enthousiasme musulman saisit toutes ces femmes; elles s'arment des piquets ferrés de leurs tentes, de leurs couteaux , espèces de poignards qu'elles portent a la ceinture; et forment un cercle , comme les vaches se serrent en rond les unes contre les autres , et présentent leurs cornes aux loups qui les attaquent. Pierre ne fit d'abord qu'en rire ; il avance vers ces femmes ; il est reçu à grands coups de bâtons ferrés ; il balance longtemps à user de la force; enfin il s'y résout, et les sabres étaient déjà tirés, lorsque Dérar arrive, met les Grecs en fuite, délivre sa sœur et toutes les captives.
BICT. PHIL.
Rien ne ressemble plus 4 ces temps qu'on nomme héroïques . chantés par Homère ; ce sont les mêmes combats singuliers à la tête des armées, les combattans se parlent souvent asscr. long- temps avant que d'en venir aux mains; et c'est ce qui justifie Homère sans doute.
Thomas gouverneur de Syrie , gendre d'Héraclius, attaque Scrgiabil dans une sortie de Damas ; il fait d'abord une prière a Jésus-Çhrist : « Injuste agresseur, dit-il ensuite à Scrgiabil, tu ne résisteras pas à Jésus mon Dieu , qui combattra pour les vengeurs de sa religion.
« Tu profères un mensonge impie, lui répond Scrgiabil; Jésus n'est pas plus grand devant Dieu qu'Adam : Dieu l'a tiré de la poussière : il lui a donné la vie comme à un autre homme : et , après l'avoir laisse quelque temps sur la terre , il l'a enlevé au ciel (<i). »
Après de tels discours le combat commence ; Thomas tire une flèche qui va blesser le jeune Aban, fils de Saib , à côté du vaillant Scrgiabil ; Aban tombe et expire , la nouvelle en vole à sa jeune épouse qui n'était unie à lui que depuis quelques jours. Elle ne pleure point , elle ne jette point de cris ; mais elle court sur le champ de bataille , le carquois sur l'épaule et deux flèches dans les mains; de la première qu'elle tire, elle jette par terre le porte-étendard des chrétiens ; les Arabes s'en saisissent en criant allah
achar; de la seconde elle perce un œil de Thomas qui se retire tout sanglant dans la ville.
L'histoire arabe est pleine de ces exemples; mais elle ne dit point que ces femmes guerrières se brûlassent le téton droit pour mieux tirer de l'arc , encore moins qu'elles vécussent sans hommes; au contraire , elles s'exposaient dans les combats pour leurs maris ou pour leurs amans, et de cela même on doit conclure que, loin de faire des reproches à l'Arioste et au Tasse d'avoir introduit tant d'amantes guerrières dans leurs poèmes, on doit les louer d'avoir peint des mœurs vraies et intéressantes.
Il y eut en effet, du temps de la folie des croisades, des femmes chrétiennes qui partagèrent avec leurs maris les fatigues et les dangers : cet enthousiasme fut porté au point que les Génoises entreprirent de se croiser, et d'aller former eu Palestine des bataillons de jupes et de cornettes , elles en firent un vœu dont elles furent relevées par un pape plus sage qu'elles.
Marguerite d'Anjou, femme de Tin fortuné Henri VI, roi d'Angleterre, donna dans une guerre plus justedes marques d'une valeur héroïque; elle combattit ellemême dans dix batailles pour délivrer son mari. L'his-
1 toire, n'a point d'exemple avéré d'un courage plus grand et plus constant dans une femme.
Elle avait été précédée par la célèbre comtesse de Montfort, en Bretagne. « Cette princesse, dit d'Argentré, était vertueuse outre tout le naturel de son
i sexe; vaillante de sa personne autant que nul homme: elle montait à cheval, elle le maniait mieux que nul
(a) C'e»t U croyance des makome'tnn». ta doctrine des chré. tieus Imilklicni avait depuis lonR-trmp* cour» en Aiuliir. Le» hasilidien» disaient que Jésus-Christ n'avait ps été crucifié.
écuyer; elle combattait à. la. main ; elle courait, donnait parmi une troupe d'hommes d'armes comme le plus vaillant capitaine ; elle combattait par mer et par terre tout de même assurance, etc. »
On la voyait parcourir , l'épée à la main , ses états envahis par son compétiteur Charles de Blois. NonscMlcment elle soutint deux assauts sur la brèche d'Henucbon , armée de pied en cap, mais clic fondit sur le camp des ennemis , suivie de cinq«cnts nommes , y mit le feu, et le réduisit en cendres.
Les exploits de Jeanne d'Arc , si connue sous le nom de la Puccllt d'Orléans , sont moins étonnans 4uc ceux de Marguerite d'Anjou et do la comtesse de Montfort. Ces deux princesses ayant été élevées dans la mollesse des cours, et Jeanne d'Arc daus le rude exercice des travaux de la campagne , il était plus singulier et plus bean de quitter sa cour que sa chaumière pour les combats.
L'héroïne qui défeudit Beauvais est peut-être supérieure à celle qui fil lever le siège d'Orléans; elle combattit tout aussi bien, et ne se vanta ni d'être pu-
ar-
cclle, ni d'être inspirée. Ce fut en i4;a, quand I mée bourguignonne assiégeait Beauvais , que Jeanne Hachette , à la tète de plusieurs femmes , soutint long- temps un assaut , arracha l'étendard qu'un officier des ennemis allait arborer sur la brècbc, jeta le porte-étendard dans le fosse, et donna le temps aux troupes du roi d'arriver pour secourir la ville. Ses descendais ont été exemptés de la taille ; ftiblc et bonteusc récompense ! Les femmes et les filles de Beauvais sont plus flattées d'avoir le pas sur les hommes à la procession le jour de l'anniversaire. Toute marque publique d'honneur encourage le mérite , ot l'exemption de la taille n'est qu'une preuve qu'on doit être assujetti à cette servitude par le malheur de sa naissance.
Mademoiselle de la Charsc, de la maison de la Tour du Pin-Gouvernct, se mil, en 169a, à la téte des communes en Dauphiné , et «poussa les barbets qui fesaient une irruption. Le roi lui donna une pension comme à un brave officier. L'ordre militaire de Saint-Louis n'était pas encore institué.
11 n'est presque point de nation qui ne se glorifie d'avoir de pareilles héroïnes; le nombre n'en est pas grand , la nature semble avoir donné aux femmes une autre destination. On a vu , mais rarement , des femmes s'enrôler parmi les soldats. En un mot , chaque peuple a eu des guerrières : mais le royaume des Amazones sur les bords du Tlicrmodon n'est qu'une fiction poétique, comme presque tout ce que l'antiquité raconte.