AME
SECTION PREMIÈRE
C'est un terme vague, indéterminé, qui exprime un principe inconnu d'efTets connus que nons sentons en nous. Ce mot âme répond à IVirt/mn des Latins, au mivfut des Grecs, au terme dont se sont servies toutes les nations pour exprimer ce qu'elle» n'entendaient pas mieux que nous.
Dans le sens propre et littéral du latiu et des Un-
gues qui en sont dérivées il signine<XfuLa«tei£.Ainst
fois des piaules, .pour signifier Leur principe de végétation «td» vie. On n'a jamais ou, en prononçant ce mot , qu'une idée confuse r comme lorsqu'il , est, dit dans la Genèse : Kfiieu.seui8a.au visage de 1 nomme un souffle de vie , et. il devint, lue v i vante ;i et Vàmo des. animaux est dans le sang;, et no tac1.pe4m.nron âme, etc. »
Ainsi l'âme était prisa en général. pour l'origine cl la causa de la vie, pour la viemêne. C'a si pourquoi toutes les nations. connues. imaginèrent long- temps que tout mourait avec le corps. Si on peut démêler quelque chose dsnsle chaos desbismires, anciennes, il semble qu'au moins les Egyptiens, furent les: premiers qui distinguèrent l intelugeoee et Mme 1 et les Grecs apprirent d'eux à distinguer, leur, natvs , leur pneuma, leur m». Les Latins, à leur exemple,, distinguèrent animai et anima; et nous, enfin, nous avons aussi eu notre date et notée entendement. Meis ce qui est le principe de notre vie, ce qui estie principe de nos pensées, sout-ce deux eboscs différentes? est-ce le même être ?Cc qui nous fait digérer et ce qui nousdonnedes sensations etdcla mémoire, ressemblet— il à ce qui est dans le* animaux la cause de la digestion et la cause de leurs sensations etde leur mémoire ?
Voilà l'éternel objet des disputes des hommes ; je dis l'éternel objet; car, n'ayant pointas notion primitive dont nous puissions descendra dans cet examen, nous ne pouvons que rester à jamais dans un labyrinthe de doutes et de faibles conjectures.
Nous u'avons pas le moindre degré où nous puissions poser le pied pour, arriver à. la plus légère connaissance de ce qui nous fait vivre et de ce qui nous fait penser. Comment en aurions~irous7.il faudrait avoir vu la vie et la pensée entrer dans un. corps. Un père sait-il comment il a produit son ûls ? une, mère sait-elle comment cUe l'a conçu? Quelqu'un eM-il jamais pu deviner comment il agit,. comment il veille, et comment il dort ? Quelqu'un saùvil comment ses membres obéissent à sa volonté ? a-t+U découvert par quel art des idées se tracent dans son cerveau et en sortent à sou commandement ? Faibles automates mus par la main invisible qui nous dirige sur cette scène du monde, qui de nous a pu apercevoir le. fil qui nous conduit?
Nous osons mettre en question si l'âme intelligente est esprit ou matière ; si elle est créec.aveot nous ; si elle sort du néant dans notre naissance ; si , après nous avoir animés un jour sur la terre, elle vit après nous dans l'éternité. Ces questions paraissent sublimes : que sont-elles? des questions d'aveugles qui disent à d'autres aveugles : Qu'est-ce que la lumière?
Quaud nous voulons connaître grossièrement un morceau de métal, nous le mettons au feu dans un creuset. Mais avons-nous un creuset pour y mettre l'âme? Elle est esprit, dit l'un. Mais qu'est-ce qu'esprit ? personne assurément n'en sait rien; c'est un mot si vide de sens, qu'on esl obligé de dire ce que l'esprit n'est pas, ne pouvant dire ce qu'il est. L'fimo est matière, dit l'autre. Mais qu'est-ce que matière? nous [ n'en connaissons que quelques apparences et qucl-
si
eues propriétés; et «une de ces-propriétés, nulle de ces apparences ne parsât avoir Je moitidw rapport avec la pensée.
Cest quelque chose de distinct de la matière, dites-vous. Mai* quelle preuve ieu asez-vou».? Est-ce parce que la matière est divisible et figurable, et que la pensée ne Test pas? Mais qui vous a dit que les prcuiiersprincipesdc la malu re soct divisibles «iligurâbles? Il **♦ 'très- vraisemblable qu'ils ne le son* point-; de» sectes entières de philosophes prétendent < que les tlemens de la madère n'ont ni figure, ni étoavdue. Vous criez d'un air triomphant : La pensé* n'est ni du boia,<nirie.M pierre , ni do aaele , ni du métal, donc sa pensée n'appartient pas à la matière.' Faibiea et hardis raisonneurs! laifrjravttaUon n'estai hoi s , ni sable, ni métal, ni pierre; le wouvumrnt, la .végéta»tion, lavic ne sont rien non plusde tout celai, eLcependant Ja vie , la végétation, le- mouvement , ila gravitation, sont donnée à la matière. UiraqeeDieu ne peut rendit: la matière pensante, o'wt dire la chosela plus insolemment absurde que jamais on ait osé proférer dans les écoles pnvilégw* dei Ja<deiiio»cc. Nous ne sommes pas a*8umn qiioDiuu enaitusé ainsi; noue somaaes6eoletBen6asaMws.qu.il Je peut. Mai» qu'importe tant cequ'ea^arditiefeitoaL QejqubnHUra sur l'aine ; qu importo qju'Otts'eiL-appolée.eBtéléchéa $ s , tmamem, éther ; qu'sw Ifeift en
nernent que nous osiftons, qua «tous sentons, que nous pensons. VouloM6>no«m'fai(e><ua> pas.au. delà, noua tomtonstdans.nn,abia»ede tenébn>sa«l>d*Ji$o*l abîme i»ou»»rros»s encore «a toit» témérité éodiaputor si cette âme, dont amus n'avons- pas 4a4noiudroàdéeï est feito avant nous ou aven nans^ et si elle est péris-
L'arlicte Ame , et tous les articles qai lieuaenl à la métapliymquo, doivent commencer pai.une soumission sincère aux dogmes indubitables de l'église. La révélation vsmt mieux sans doute que toute la philosophie. Les systèmes exercent- l'esprit; mais la foi l'éclairé et le guide.
Ne prononec-t-on pas souvent-des mots dont nous n'avons qu'une idée très-confuse, ou même dont nous n'en avons aucune ? Le mot d'urne n est-il pas dans ce cas ? Lorsque la languette ou, la soupape d'un souluct est dérangée , et que l'air qui est entra dan* la capacité do soufflet en sort par quelque outerture survenue à cette soupape, qu'il n'est plus comprimé contre les deux palettes, et qu il n'est pas poussé avec, violence vers le foyer qu'il doit allumer, les servantes disent : L'urne du soufflet cstcro cc. Elles n'en savent
Qu'importent , dans te* questions in*fcta$ii)k;»ia la raison , i» » romans, de jnosi emaguu t ions ineer Lair nea? Qwimporte que- les pères des.quatfe prenne», siècles, ai est cru l'jbnc «orposelse ? Qu'importe que TertuUimi, par une conuadiiitàoa^uiiuiicsl. familière, ait décidé qu'elle est à la fois corporcbje, fispslée etsbnple ? i\ous avons ouLLcl^w^.u^ J^oowuce , et paAion.qai aous dmipuiBaJcluestr idon^ L lance.
pas davantage; et cette question ne trpoble point leur tranquillité.
Le jardinier prononce le mot A'dme des plantes, et les cultive très-bien sans savoir ce qu'il entend par ce terme.
Le luthier pose, avance ou recule l'ame d'un violon sous le chevalet, dans l'intérieur des deux tables de l'instrument ; un chétif morceau de bois de plus ou du moins lui donne ou lui été une âme harmo-
Nous avons vu plusieurs manufactures dans lesquelles les ouvriers donnent la qualification d'unie à leurs machines. Jamais on ne les entend disputer sur ce mot; il n'en est pas ainsi des philosophes.
Le mot d'urne parmi nous signifie en général ce qui anime. Nos devanciers les Celtes donnaient à leur âme le nom de seel , dont les Anglais ont fait le mot soul , les Allemands stel ; et probablement les anciens Teutons et les anciens Bretons n'eurent point de querelles dans les universités pour cette expression.
Les Grées distinguaient trois sortes d'âmes : Psyché qui signifiait l'urne sensitive , l'urne dc5 «ni ; et voilà pourquoi l'Amour , enfant d'Aphrodite , eut tant de passion pour Psyché, et que Psyché l'aima si tendrement : Pncuma . le souffle qui donnait la vie et le mouvement à toute la machine, et que nous avons traduit par spirilns, esprit; mot vague auquel on a donné mille acceptions différentes : et enfin Noiis , l'intelligence.
Nous possédions donc trois âmes, sans avoir la plus légère notion d'aucune. Saint Thomas d'Aquin (*) admet ces trois âmes en qualité de péripatéticien , et distingue chacune de ces trois âmes en trois parties.
Psyché était dans la poitrine; Pneuraa se répandait dans tout le corps, et Nous était dans la tète. Ir n'y a point eu d'autre philosophie dans nos écoles jusqu'à nos jours; et malheur à tout homme qui aurait pris une de ces âmes pour l'autre!
Dans ce chaos d'idées il y avait pourtant un fondement. Les hommes s'étaient bien aperçus que dan3 leurs passjons d'amour, de colère, de crainte, il s'excitait des mouvemens dans leurs entrailles. Le foie et le cœur furent le siège des passions. Lorsqu'on pense profondément , on sent une contention dans les organes de la tête; donc l'àme intellectuelle est dans le cerveau. Sans respiration point de végétation , point de vie; donc l'àme végétative est dans la poitrine qui reçoit le souffle de l'air.
Lorsque leshomtnes virent dt songelcurs parens ou leurs amis morts, il fallut bien chercher ce qui leur était apparu. Ce nVtail pas Je corps qui avait été consumé sur un bûcher, juenglouti dai»la mer et maugé des poissons. C'était pourtant quelque chose, à ce qu'ils prétendaient; car lis l avaient vu; le mon avait parlé ; le songeur l'avait interrogé. Etait-ce Psyché , était-ce Pneurua, était-ce Nous, avec qui ou avait converse, en songe? On imagina uu fantôme, une figure légère: c'était Skia, c'était Daimonos, uue ombre des man -s,
(•) Somme dr *aint Tboiua»
editiop de Mon t^ti-
DHTIOSINAIRE
i petite ame d'air et de feu extrêmement déliée qui errait je ne sais où.
Dansla suite des temps, quand on voulutapprofondir la chose, il demeura pour constant que cette âme était corporelle ; toute l'antiquité n'en eut point d'autre idée. Enfin Platon vint qui subtilisa tellement cette âme, qu'on douta s'il ne la séparait pas entièrement de la matière; mais ce fut un problème qui ne fut jamais résolu jusqu'à ce que la foi vint nous éclairer.
En vain les matérialistes allèguent quelques pères de l'église qui ne s'exprimaient poiut avec exactitude. Saint Irénée dit (c) que Time n'est que le souffle de la vie, qu'elle n'est incorporelle que par comparaison avec le corps mortel , et qu'elle conserve la figure do l'homme atin qu'on la reconnaisse.
En vain Tertullien s'exprime ainsi : La çorpora- )ité de l'àmc éclate dans l'Evangile (d) ; Corporalitas anima: in ipso Evangelio relucessit. Car, si l'âme n'avait pas un corps, l'image de l'Âme n'aurait pas l'image du corps.
En vain même rapporte-t-il la vision d'une sainte femme qui avait vu une Ame très-brillante, cl de la couleur de l'air.
En vain Taticn dit expressément : (c) Psukaï men oun ton authropôn polumères esti; l'Ame de l'homme est conposéc de plusieurs parties.
En vain allègue-t-on saint Hilairc qui dit dans des temps postérieurs (f) : « Il n'est rien de créé qui ne «oit corporel , ni dans le ciel , ni sur la terre , ni parmi les visibles , ni parmi les invisibles : tout est formé d'élémens; et les Âmes, soit qu'elles habitent un corps, soit qu'elles en sortent, ont toujours une substance corporelle. »!
En vain saint Ambroise, au sixième siècle, dit : « Nous (</) ne connaissons rien que de matériel, excepté la seule vénérable Trinité. »
Le corps de l'église entière a décidé que l'Ame est immatérielle. Ces saints étaient tombés dans une erreur alors universelle ; ils étaient hommes; mais ils ne se trompèrent pas sur l'immortalité, parce qu'elle est évidemment annoncée dans les évangiles.
Nous avons uu besoin si évident de la décision de l'église iufaillible sur ces points de philosophie, que nous n'avons en effet par nous-mêmes aucune notion suffisante de ce qu'on appelle esprit pur, et de ce qu'on nomme matière. L'esprit pur est un mot qui ne nous donne aucune idée; et nous ne connaissons la matière que par quelques phénomènes. Nous la connaissons si peu que nous l'appelons substance; or, le . mot substance veut dire ce qui est dessous ; mais ca dessous nous sera éternellement caché. Ce dessous est le secret du créateur; et ce secret du créateur est partout. Nous ne savons ni comment nous recevons la vie , ni comment nous la donnons , ni comment nous croissons, ni comment nous digérons, ni comment nous dormons, ni comment nous pensons, ni comment nous sentons.
(c) Line V, chap. VI « VIL — (J) De ammd , cap. VI. — (t) Oraison contre le* Crée», cap. XV. — (f) Saint Hilaiw sua Mim Matthieu, p. 633.
(J)S«rAbr.na»,uv.n,eh.p.TIIL
La grande difficulté est de un être, quel qu'il soit, a des
Des doutes de Locke sur Vâme.
L'acteux de l'article Ame dans l'Encyclopédie ar suivi scrupuleusement Jaquclot; mais Jaqoelot ne nous apprend rien. Il s'élève aussi contre Locke, parce que le modeste Locke a dit (A) : « Nous ne serons peut-être jamais capables de connaître si un être matériel pense ou non , par la raison qu'il nous est impossible de découvrir par la contemplation de nos propres idées , sans révélation , si Dieu n'a point donné à quelque amas de matière, disposée comme il le trouve à propos, la puissance d'apercevoir et uepenser; ou s'il a joint et uni à la matière ainsi disposée une substance immatérielle qui pense. Car, par rapport à nos notions, il ne nous est pas plus malaisé de concevoir que Dieu peut, s'il lui plaît, ajouter à notre idée de la matière la faculté de penser, que de comprendre qu'il y joigne une autre substance avec la faculté de penser; puisque nous ignorons en quoi consiste la pensée, et A quelle espèce de substance cet être tout-puissant a trouvé à propos d'accorder cette puissance qui ne saurait être créée qu'en vertu du bon plaisir et de la bonté du créateur. Je ne voispas quelle contradiction il y a que Dieu, cet être pensant, éternel et tout-puissant , donne , s'il veut, quelques degrés de sentiment, de perception et de pensée, à certains amas de matière créée et insensible qu'il joint ensemble comme il le trouve à propos.
Cétait parler en homme profond, religieux et modeste (i).
On sait quelles querelles il eut à essuyer sur cette opinion qui parut hasardée , mais qui en effet n'était en lui qu'une suite de la conviction où il était de la toute-puissance de Dieu et de la faiblesse de l'homme. Il ne disait pas que la matière pensât; mais il disait que nous u'en savons pas assez pour démontrer qu'il est impossible à Dieu d'ajouter le don de la pensée à, l'être inconnu nommé matière , après lui avoir accordé le don de la gravitation et celui du mouvement , qui sont également incompréhensibles.
Locke n'était pas assurément le seul qui eût avancé ectte opinion; c'était celle de toute l'antiquité, qui y en regardant l'Ame comme une matière très-déliée , assurait par conséquent que la matière pouvait sentir et penser.
Celait le sentiment de Gassendi, comme on le
(h) Traduction de Coate. (IW. IV, ehap. Ul, $ VL)
(i) Voy. le discour» préliminaire de M. d'Àkmbert (qui frit i partie du tome I" de ses Mélange* de littérature, etc. }.
« On peut dire qu'il créa la métaphysique à peu pré* comme »wton avait créé la physique.... Pour connaître notre Ame, se* idée* et te* affections, il n'étudia point le» livre», parce qu'il»
ment en lui-mémo; et aprè» s'ètie, pour ainai dire, contemplé long-tempe, il ne fit, dan» son traité de l'Entendement humain , que présenter aux hommes le miroir dans lequel il «'était vu. Eu un mot , il réduisit la métaphysique a ce qu'elle doit être es effet, U pbyskpc -vpérimeutele de l'âme. »
Toit dans ses objections à Descartes, a il est vrai , dit Gassendi, que tous connaisses, que tous pensez; mais tous ignorez quelle espèce de substance vous êtes, vous qui pensez. Ainsi, quoique l'opération de la pensée vous soit connue, le principe de votre essence vous est caché; et vous ne savez point quelle est la nature de cette substance , dont l'une des opérations est de penser. Vous ressemblez à un aveugle qui, sentant la chaleur du soleil , et étant averti qu'elle est causée par le soleil, croirait avoir une idée claire cl distincte de cet astre ; parce que, si on lui demandait ce que c'est que le soleil , il pourrait répondre que c'est une chose qui échauffe, etc. »
Le même Gassendi, dans sa Philosophie d'Ëpicure, répèle plusieurs fois qu'il n'y a aucune évidence mathématique de la pure spiritualité de l'âme.
Descartes , dans une de ses lettres à la princesse palatine Elisabeth, lui dit : « Je confesse que par la seule raison naturelle nous pouvons faire beaucoup de conjectures sur l'âme, et avoir de flatteuses espérances, mais non pas aucune assurauce. » Et en cela Duscartes combat dans ses lettres ce qu'il avance dant ses livres; contradiction trop ordinaire.
Enfin nous avons vu que tous les pères des premiers siècles de l'église, en croyant l'âme immortelle, la croyaient en même temps matérielle; ils pensaient qu'il est aussi aisé à Dieu de conserver que de créer. Ds disaient : Dieu la fit pensante, il la conservera pensante.
Malcbranchc a prouvé très-bien que nous n'avons aucune idée par nous-mêmes, et que les obiets sont incapables de nous en donner : de là il conclut que nous voyons tout en Dieu. Ccst au fond la même chose que de faire Dieu l'auteur de toutes nos idées; car avec quoi verrions-nous sans lui, si nous n'avions pas des instrumens pour voir ? et ces iustrumens , c'est lui seul qui les tient et qui les dirige. Ce système est un labyrinthe, dont une allée vous mènerait au spinosisme, une autre au stoïcisme, et une autre au chaos.
Quand on a bien disputé sur l'esprit, sur la matière, on finit toujours par ne se point entendre. Aucun philosophe n'a pu lever par ses propres forces ce voile que la nature a étendu sur tous les premiers principes des choses; ils disputent, et la nature agit.
SECTION III
De Y âme des bêtes , et de quelques idées creuses.
A VA ht l'étrange système qui suppose les animaux dépures machines sans aucune sensation, les hommes n'avaient jamais imaginé dans les bêtes une âme immatérielle j et personne n'avait poussé la témérité jusqu'à dire qu'une huître possède une Ame spirituelle. Tout le monde s'accordait paisiblement à convenir <|ue les bétes avaient reçu de Dieu du sentiment, de la mémoire , des idées et non pas un esprit pur. Personne n'avait abusé du don de raisonner au point de dire que la nature a donné aux bêtes tous les organes do sentiment pour qu'elles n'eussent point de sentiment. Personne n'avait dit qu'elles crient quand on les blesse, et qu'elles fuient quand on les poursuit, sans prouver ni douleur ni r
On ne niait point alors la loute-puissauce de Dieu ; il avait pu communiquer à la matière organisée des auimaux le plaisir, la douleur, le ressouvenir, la combinaison de quelques idées; il avait pu donner à plusieurs d'eutre eux , comme au singe , à I éléphant, au chien de chasse, le talent de se perfectionner dans les arts qu'on leur apprend ; non-seulement il avait pu dorer presque tous les animaux carnassiers du taleut de mieux faire la guerre dans leur vieillesse expérimentée , que dans leur jeunesse trop confiante; non-seulement, dis-je, ill'avaitpu, mais il l'avait fait; l'univers en était témoin.
Pércira et Descartes soutinrent à l'univers qu'il se trompait, que Dieu avait joué des gobelets, qu'il avait donné tous les instrumens de la vie et de la sensation aux animaux, afin qu'ils n'eussent ni sensation, ni vie proprement dite. Mais je ne sais quels prétendus philosophes, pour répondre à la chimère de Descartes, se jetèrent dans la chimère opposée; ils donnèrent libéralement de l'esprit pur aux crapauds et aux
In vitium iucit culpo fLja. . . .
(Hoi.
Entre ces deux folies, l'une qui ôte ïe sentiment aux organes du sentiment , l'autre qui loge un pur esprit dans une punaise, on imagina un milieu; c'est l'instinct; et qu'est-ce que l'instinct? Oh, oh ! c'est une forme substantielle j c'est une forme plastique ; c'est un je ne sais quoi; c'est de l'instinct. Je serai de avis, tant que vous appellerez la plupart des je ne sais qwoi; tant que votre philosophie commencera et finira par je ne sais ; mais quand vous affirmerez , je vous dirai avec Prior dans son poème sur la vanité du monde :
> assigner, Dedans insupportable* , Um cause diverse a des effets semblables ? Avet-vous mesure cette mince cloison i Qui *-m)Jc séparer ( instinct de la raison ? Vous êtes mal pourvus et de l'un et de l'autre. Aveugles insensé», quelle audnec est la vôtre? L'orgueil est votre instinct Conduirez- tous no* pas Dans ces chemins glissons que vous ne /oyr* pas ?
L'auteur de l'article Ame dans l'Encyclopédie s'explique ainsi : « Je me représente l'âme des betes comme une substance immatérielle et intelligente, mais de quelle espèce ? Ce doit être, ce me semble , un principe actif qui a des sensations; et qui n'a que
cela Si nous réfléchissons sur la nature de l'Ame
des bétes, elle ne nous fournit rien de son fonds qui nous porte à croire que sa spiritualité la sauvera d« l'anéautisscmcnt. «.
Je n'entends pas comment on se représente une substance immatérielle. Se représenter quelque chose, c'est s'en faire une image ; et jusqu'à présent personne, n'a pu peindre l'esprit. Je veux que par le mot représente, l'auteur entende je conçois; pour moi, j'avoue que je ne le conçois pas. Je conçois encore moins qu'une âme spirituelle soit anéantie , parce que je ne conçois ni la création ni le néant; parce que je n'ai jamais assisté au conseil de Dieu ; parce que je ne sais rien du tout du principe des choses.
Si je veox prouver que l'àmc est un être nset, on m'arrête en nedhaMtque«c'e« une faculté Sif a riuc c est une facuhé , et quej'ai cclie de pemter,i répond queiemo trompe : que Dieu, le maioraewrnel de tout» la nature, fait tout en moi , erdirige toutes mes actions et tontes mes pensé** y^fw, « je produisais mes pensées, je saurais ooilea que T'aurai dans une minute ; que je ne le sais jamais; que'jene suis au'un nntomatc à sensations et à i
dépendant, et entre les mains dV i titre suprême, innwmtfdt pins uoutnis à tà quu l'argile m
l'est au potier.
mille tomes de métaphysique ne nou pas ce que c'est que notre èmei
Un philosophe orthodoxe disait a hétérodoxe : Comment «vm-vous pu parvenir à i« giner que l'Ame est. m orteil de sa nature, «t qu'elle n'est éternelle < que par la pure volonté de Dieu ? Par mon expérience, dit l'antre. — que vous êtes mort? — Oui, fort souvent. Je l en épilepsie dans ma jeunesse, et je vous assure que j'étais parfaitement mort pendant plusieurs heures. Nulle sensation , nul souvenir même du moment où j'étais tombé'. Il nr^arrive <à présont 'la- même- chose presque toutes les nuits.' Je lté sens jamais' précisément lo moment où je'm'undorrj mon sommeil est absolu aient satisr^nss. Jo twpctu* imapaenqwwpsT conjectures combien de temps j'ai dormi. Je suis mort régulièrement m heures en vingt-quatre. Oest m quart de ma vie.
i soutint qu'il pensait toujours AOwym cil sans qu'il en sot rien. I/hëtérodoxe lui répondit : Je crois par la révélation que je penserai toujours dans l'autre vie; mais je vous assure que je pense rarement dans celle-ci.
L'orthodoxe ne se trompait pas en assurant l'immortalité de l'Ame, puisque' la foi et. la raison décette vérité} mais il pouvnk'se tromper en
plus d'un dewesmisérablcs qni ont vendu leur pltraw, et cnbalé ee*tre wurs bmnfaiteure mêmes. Cette -remarque est bien étrangère à l'article Amer am fin» drah>il perdre-uae ooeaston defirever cour qui se
assurant qu'un homme endormi pense toujours.
Locke avouait franchement qu'il ne pensait pas toujours quand il dormait : un autre philosophe a dit: « Le propre de l'homme est de penser; mais ce n'est pas son essence. »
Laissons à chaque homme la liberté et la consolation de se chercher soi-même, et de se perdre dans ses idées.
Cependant il est bon de savoir qu'en 1 j3o un philosophe (•) essuya une persécution assez forte ponr avoir avoué, avec Locke, que son entendement n'était pas exercé tous* les momensdu jour et de la nuit, de même qu'il ne se servait pas à tout moment de ses bras et de ses jambes. Non-seulement l'ignorance de cour le persécuta , mais l'ignorance maligne de quelques prétendus littérateurs se déchaîna' contre le persécuté. Ce qui n'avait produit en Angleterre que quelques disputes philosophiques , produisit en France les plus lâches atrocités; un Français Ait la victime de Locke.
11 y a eu toujours dans la fange de notre littérature
(•) M. de Voltaire.
indignes du
de lettres
qur
prostituent le peu -d'esprit et de conscience qu'ils 1 à nirvil intérêt', à une politique chimérique, qui trahissent leurs amis pour flatter des sots , qui broient en secret Ja ciguë dont l'ignorant puissant et méchant veut abreuver des citoyens utiles?
A Priva -t -il jamais dans la véritable Home -qu'on dénonçât au* consuls un Lucrèce pour avoir nris en vers le système d'Êpicure? un Cicéron pour avoir écrit plusieurs fois qu'après la mort on ne -ressent aucune doufour?' qu'on accusât un Pline, un Vairon, d'avoir eu des idées particulières -sur la divinité? La liberté de penser fut illimitée chez les Romains. Les esprits dure, jaloux , et rétrécis , qui se sont efforcés d'écraser parmi non cette liberté , mère de nos -connaissances, et premier' ressort de l'entendement 'bumain , ont prétexté des dangers chimériques. Ils n'ont pas songé- que les Romains, qui 'poussaient cette liberté beaucoup plus loin que nous , n'en ont pas moins été nos vainqueurs, nos législateurs, et que les disputes de l'école n'ont pas plus de rapport «u gouvernement que le tonneau de Diogènc n'en eut avec les victoires d'Alexandre.
Cette leçon vaut bien une leçon sur l'âme, nous aurons peut-être plus d'une occasion d'y revenir.
Enfin , en adorant Dieu de toute notre âme, con fessons toujours notre profonde ignorance sur cen« âme, sur cette faculté deseutir et de penser que nous tenons de sa bouté infinie. Avouons que nos 'faibles r.iisonnemeus ne peuvent rien ôter, rien ajouter à la révélation et à la foi. Concluons enfin- que nous- devons employer cet e intelligence, dont la «tare est inconnue, «perfectionner les sciences qui sont l'objet de rBneyelopédie , comme les 1 horlogers 'empiètent
c'est que le ressort.
SECTION IV
Sua la foi de nos connaissances acquises , nous avons osé mettre en question si l'âme est créée avant nous, si elle arrive du néant dans notre corps? à quel age elle est venue se placer entre une vessie et les intestins caecum et rectum? si elle y a reçu ou apporté quelques idées, et qucîlcs sont ces idées? si, après nous avoir animés quelques momens , son essence est de vivre après nous dans l'éternité sans l'intervention dé Dieu même? si étant esprit, et Dieu étant esprit, ils sont l'un et l'autre dune nature semblable (k)? Ces questions paraissent sublimes; que
(k) Ce n'était pas mm doute l'opinion de saint Augustin qni , dans le lir. VU! de la Ctté de Dieu, .'exprime ahui : « <?«* ceu*-Li *e taisent qui n'ont pas osé, a la vérité, direqne tJteu est un corps , aaai* qui ont cru que nus- aines «ont de même nature que lui. H» n'ont pas été frappée d> l'exuénie mutabilité de notre âme qu'il n'est pas permis i attribuer à Dieu. »
Cédant et illi qut» quidem puAut iicere />eum corpu* este, 1 t j uidtro 11 a tune , cujut lïlff <»t , <
sont- elles ? des question* d*aseugUu-na's sur Ja lu-
Que nous, ont cppns tous les philosopheii anciens et modernes? «n enfant csx plus, sage.qujeux ; il ne pense pas à ce qu'il ne peut concevoir.
Qu'il est triste , direr-vous , pour notre insatiable curiosité, pour notre soif intarissable du hicu-ctre, de nous ignorer ainsi ! j'en conviens , et il y a des choses encore plus tristes; mais je vous répondrai :
Sert tua martalu, non al ma^itlt quvd aplat.
(On». AUum., liv. n, v. 56.)
"£m de*tnis «m d iui Lioraroc , et ira vœux «xu do» Dieu.
H parait encore une fois, que la nature de tout principe des choses est le secret du créateur. Comment les airs portent-ils des sons? comment se forment les animaux? comment quelques-uns de nos membres obéissent-ils constamment à nos volontés? quelle main place des idées dans notre mémoire , les y garde comme dans un registre, et les en rire tantôt à notre gré et tantôt malgré nous ? Notre nature , celle de l'univers, celle de la moindre plante, tout est plongé pour nous dans un gouffre de ténèbres.
L'homme est un être agissant , sentant et pensant : voilà tout ce que nous en savons : il ne nous est donné de connaître ni ce qui nous rend sent an s et peu sans, ni ce qui non s fait agir, ni ce qui nous fait être. La faculté agissante est aussi incompréhensible nous que la faculté pensante. La difficulté est i de concevoir comment ce corps de fange a des sentimens et des idées , que de concevoir comment un être, quel qu'il soit, a des idées cl des senlimens.
Voilà d'un côté lame d'Arcbimède , de l'autre celle dun imbécile; sont-elles de même nature? Si leur essence est de penser, elles pensent toujours, et indépendamment du corps qui ne peut agic sans elles. Si elles pensent par leur propre nature , l'espèce d'une âme qui .ne peut Luire une règle d'arithmétique sera-t-clle la même que celle qui a mesuré las cieux? Si ce sont les organes du corps qui ont fait penser Archimède , pourquoi mon idiot , mieux constitue qu'Archimèdc, plus vigoureux, digérant mieux, fesant mieux tontes ses fonctions, ne pcnsc-t-il point? C'est, dites-vous, que sa cervelle n'est pas si bonne. Mais vous le supposez.; vous n'en savez rien. On n'a jamais trouvé de différences eulre les cervelles saines qu'on a disséquées; il est même très-vraisemblable que le cervelet d'un sot sera en meilleur état que celui d'Archimèdc, qui a fatigué prodigieusement, et qui pourrait être usé et racorni.
Concluons donc ce que nous avons déjà conclu, que nous sommes des ignorans sur tous les premiers principes. A l'égard des ignorans qui font les suffisons, ils sont fort au-dessous des singes.
Disputez maintenant, colériques argumentans : -présentez des requf tes les uns contre les autres ; dites des injures, prononcez vos sentences, vous qui ne savez pas un mot de la question.
pNtatxrunt ; ila no» toi movet tenta
Dti nnluree tributrt ncÇûi. est.
SECTION V
Du paradoxe de Wtrbwton sur l'immortalité déplume.
Warbcrto!» , éditeur et commentateur de Shakespeare cl évêque de Glocester, usant de la liberté anglaise, et abusant de la coutume de dire des injures à ses adversaires, a composé quatre volumes pour prouver que l'immortalité de l'àrac n'a jamais été annoncée dans le l'entatruquc , et pour conclure de cette preuve mime que la mission de Moisc, qu'il appelle légation, est divine. Voici le précis de son livre , qu'il donne lui-même, pages 7 cl 8 du premier tome :
i". « La doctrine d'une vie à venir, des récompenses et des chàtimens après la mort, est nécessaire à toute société civile.
a". « Tout le genre humain (et. c'est en quoi il se trompe), et spécialement les plus sages et les plus savantes nations de l'antiquité , se sont accordés à croire et à enseigner cette doctrine.
3°. « Elle ne peut se trouver en aucun endroit de la loi de Moïse) donc m lotdfttftfoïsoeat dun original divin. Ce que je vais prouver par les deux syllogismes suivans : »
parviEH »ir.LoeiaaJE.
m Toute religion , toute société qui n'a pas l'immortalité de l'âme pour principe, ne peut être soutenue que par une providence extraordinaire ; la religion juive n'avait pas l'immortalité de l'âme pour principe ; donc la religion juive éuit soutenue par «ne providence extraordinaire. »:
SECOND STLLOOISMB.
k Las anciens législateur* ont tous dit qu'une religion qui ofcDseignaraitpas 1,'iwmortalué de L'Ame, ne pouvait être soutenue quoi, par, une providence extraordinaire; Moisc a institué uao religion, qui n'est pas fondée sur l'immortalité de l'àmc, donc. Moisc croyait sa religion maintenue par un» providence extraordinaire. »
Co qui est bien plu* extr.aArdi «aire, c'est nette assertion de Warbuaton,, qu'il a nu*e en gros, caractère à la téta de son livre. On lui a reproché souvent l'extrême témérité et la mauvaise foiaveo laquelle il. ose dire que h»* anciens Législateur* ont cru qu'une religion qui n'est pas iondéc sur les peines et les récompenses après la mort , ne peut être, soutenue que par une providence extraordinaire ; il n'y en a pas un seul qui l'ait jamais dit. Il n'entreprend pas même d'en apporter aucun exemple clans son énorme livre farci d'une immense quantité de citations, qui toutes sont étrangères à son sujet. Il s'est enterré sous un amas d'auteurs grecs et latins , anciens et modernes , de peur qu'on no pénétrât jusqu'à lui à travers une multitude horrible d'enveloppes. Lorsqu'cnfin la critique a fouillé jusqu'au Coud, il est ressuscité d'entre tous ces morts pour charger d'outrages tous ses adversaires.
11 est vrai que vers la fin de son quatrième volume , après avoir marché par cent labyrinthes, et s'être
battu avec tous ceux qu'il a rencontrés en chemin , il vient enfin à sa grande question qu'il avait laissée là. II s'en prend au livre de Job qui passe chez les savans pour l'ouvrage d'un Arabe, et il veut prouver que Job ne croyait point à l'immortalité de l'âme. Ensuite il explique à sa façon tous les textes de l'Ecriture par lesquels ou a voulu combattre son sentiment.
Tout ce qu'on eu doit dire , c'est que , s'il avait raison , ce n'était pas à un évoque d'avoir ainsi raison. Il devait sentir qu'on en pouvait tirer des conséquences trop dangereuses (/) ; mais il n'y a qu'Item et malheur dans ce monde. Cet homme, qui est devenu délateur et persécuteur , n'a été fait évêque par la protection d'un minisire d'état, qu'immédiatement après avoir fait son livre.
À Salamanquc, à Coimbre, à Home, il aurait été obligé de se rétracter et de demander pardon. En Angleterre il est devenu pair du royaume avec cent mille livres de rente ; c'était de quoi adoucir ses mœurs.
SECTION VI
Du besoin de la révélation.
Le plus grand bienfait dont nous soyons redevables au Nouveau Testament , c'est de nous avoir révélé l'immortalité de Mme. C'est donc bien vainement que ce Warburlon a voulu jeter des nuages sur celte importante vérité , en représentant continuellement dans sa légation de Moïse , « que les anciens Juifs n'avaient aucune connaissance de ce dogme nécessaire, et que les saducéens ne l'admettaient pas du temps de notre Seigneur Jésus. »
Il interprète à sa manière les propres mots qu'on fait prononcer à Jésus-Christ (m). « N'avcz-vous pas lu ces paroles que Dieu vous a dites : Je suis le Dieu d'Abraham , le Dieu d'Isaac , et le Dieu de Jacob : or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivans. » II donne à la parabole du mauvais riche un sens contraire à celui de toutes les églises. Sherlok, évêque de Londres , et vingt autres savans l'ont réfuté. Les philosophes anglais même lui ont reproché combien il est scandaleux dans un évêque anglican de manifester une opinion si contraire à l'église anglicane ; et cet homme après cela s'avise de traiter les gens d'impies 1 semblable au personnage d'Arlequin, dans la comédie du Dévaliscur de maisons, qui , après avoir jeté les meubles par la fenêtre , voyant un homme qui
(I) On 1m a Urée* en effet . cet dangereuses conséquence». On lui • dit : La créance de l'Ame immortelle eut nécessaire ou non. Si elle n'eu pat nécessaire, pourquoi Jésus-Christ l'a-t-il annoncée ? Si elle rat nécessaire , pourquoi Mnise n'en a-t-il pas fait la base de sa religion ? Ou Moue était instruit de ce dogme, ou il ne l'était pas. S'il l'ignorait , il était indigne de donner des lois. S'il le tarait et le cachait , quel nom voulei • vous qu'on lui ilnnar? De quelque colique vous tous touniiei, tous tomlx-rdani un abime qu'un évêque ne devait pat ouvrir. Votre dédicace aux francs-pensant , vos fades plaisanteries avec eux, et vo« bauesses auprès de milord Hardwick ne vous sauveront pas de l'opprobre dont vos contradiction» continuelle» vous ont couvert; et vous apprendrez que, quand on dit des choies hardies, il fau: les dire modestement.
(m) Saint Matthieu , chap. XXII , v. 3 1 et 3 a.
en emportait quelques-uns , cria de toutes ses forces : Au voleur!
Il faut d'autant plus bénir la révélation de l'immortalité de l'Ame, et des peines et des récompenses après la mort, que la vainc philosophie des hommes en a toujours douté. Le grand César n'en croyait rien ; il s'en expliqua clairement en plein sénat lorsque, pour empêcher qu'on fit mourir Catilina , il représenta que la mort ne laissait à l'homme aucun sentiment, que tout mourait avec lui ; et personne ne réfuta cette opinion.
L'empire romain était partagé entre deux grandes sectes principales; celle d'Epicurc qui affirmait que la divinité était inutile au monde, et que l'àme périt avec le corps; et celle des stoïciens qui regardaient l'âme comme une portion de la divinité , laquelle après la mort se réunissait à son origine , au grand tout dont elle était émanée. Ainsi, soit que l'on crût l'àme mortelle , soit qu'on la crût immortelle, toutes les sectes se réunissaient à se moquer des peines et des récompenses après la
Il nous reste encore cent monumens de cette croyance des Romains. Ccst en vertu de ce sentiment profondément gravé dans tous les cœurs, que tant de héros et tant de simples citoyens romains se donnèrent la mort sans le moindre scrupule; ils n'attendaient pointqu'un tyran les livrât à des bourreaux.
Les hommes les plus vertueux même, et les plus persuadés de l'existence d'un Dieu, n'espéraient alors aucune récompense , et ne craignaient aucune peine. Nous verrons à l'article Apocryphe que Clément, qui fut depuis pape et saint, commença par douter luimême de ce que les premiers chrétiens disaient d'une autre vie, et qu'il consulta saint Pierre àCésaréc. Nous sommes bien loin de croire que saint Clément ait écrit cette histoire qu'on lui attribue ; mais elle fait voir quel besoin avait le genre humain d'une révélation précise. Tout ce qui peut nous surprendre, c'est qu'un dogme si réprimant et si salutaire ait laissé en proie à tant d'horribles crimes des hommes qui ont si peu de temps à vivre, et qui se voient pressés entre deux éternités.
section vu.
Ames des sots et des monstres.
KJn enfant mal conformé naît absolument imbécile, n'a point d'idées, vit sans idées; et on en a vu île cette espèce. Comment définira-t ou cet animal? des docteurs ont dit que c'est quelque chose entre 1 homme et la bête ; d'autres ont dit qj'il avait une une sensilive, mais non pas une âme intellectuelle. (I mange , il boit , il dort, il veille , il a des sensation « ; tuais il ne pense pas.
Y a-t-il pour lui une autre vie , n'y en a-t-il point î le cas a été proposé , et n'a pas cucorc été entièrement résolu.
Quelques-uns ont dit que cette créature devait avoir une âme , parce que son père et sa mère en avaient une. Mais par ce raisonnement on prouverait que , si elle était venue au monde sans nez , elle serait réputée en avoir un , parce que son père et sa eu avaient.
Une femme accouche, son enfant n'a point de menton, son front est écrasé et un peu noir, son nez est effilé et pointu, ses jeux sont ronds, sa mine ne ressemble pas mal à celle d'une hirondelle; cependant il a le reste du corps fait comme nous. Les parens le font baptiser à la pluralité des voix , il est décidé homme et possesseur d'une Ame immortelle. Mais si cette petite figure ridicule a des ongles pointus , la bouche faite en bec , il est déclaré monstre , il n'a point d'âme, on ne le baptise pas.
On sait qu'il y eut à Londres en 1 726 une femme qui accouchait tous les huit jours d'un lapereau. On ne fesait nulle difficulté de refuser le baptême à cet enfant, maigre* la folie épidémique qu'on eut pendant trois semaines à Londres de croire qu'en effet cette pauvre friponne fesait des lapins de garenne. Le chirurgien qui l'accouchait, nommé Saint-André, jurait que rien n'était plus vrai, et on le croyait. Mais quelle raison avaient les crédules pour refuser une âme aux enfans de cette femme ? clic avait une âme , ses enfans devaient en être pourvus aussi; soit qu'ils eussent des mains, soit qu'ils eussent des pales, soit qu'ils fussent nés avec un petit museau ou avec un visage : l'Être suprême ne peut-il pas accorder le don de la pensée et de la sensation à un petit je ne sais quoi , né d'une femme , figuré en lapin , aussi-bien qu'à un petit je ne sais quoi , figure en homme? L'âme, qui était prête à se loger dans le fœtus de cette femme, s'en rctourncra-t-cllc à vide?
Locke observe très-bien , à l'égard des monstres , qu'il ne faut pas attribuer l'immortalité à l'extérieur d'un corps; que la ûgure n'y fait rien. Cette immortalité , dit-il , n'est pas plus attachée à la forme do son visage ou de sa poitrine, qu'à la manière dont sa barbe est faite, ou dont son habit est taillé.
Il demande quelle est la juste mesure de difformité à laquelle vous pouvez reconnaître qu'un enfant a une âme ou n'en a point? quel est le degré précis auquel il doit être déclaré monstre et privé d'âme ?
On demande encore ce que serait une âme qui n'aurait jamais que des idées chimériques? il y en a quelques-unes qui ne s'en éloignent pas. Méritentelles? déméritent-elles? que faire de leur esprit pur?
Que penser d'un enfant à deux têtes , d'ailleurs très-bien conformé? Les uns disent qu'il a deux âmes puisqu'il est muni de deux glandes pinéales , de deux corps calleux, de deux sensoriun commune. Les autres répondent qu'on ne peut avoir doux Ames quand on n'a qu'une poitrine et un nombril (t).
Enfin, on a fait tant de questions sur cette pauvre Âme humaine, que, s'il fallait les déduire toutes, cet examen de sa propre personne lui causerait hs plus insupportable ennui. Il lui arriverait ce qui arriva an cardinal de Polignac dans un conclave. Son intendant, lassé de n'avoir jamais pu lui faire arrêter ses
( 1) M. le chevalier d'Anpjs, m vaut astronome, a observé arec •oio pendant plusieurs jours on liiard à deux tète* ; et Q t'est assure que le léurd avait ieux volontés indépendante», noot chacune avait un pouvoir presque ëgûl «ur le corps qui cuit unique. Quand on présentait au l<!xard un morceau de pain , de manière qu'il ne psit le voir que d'une UHt, cette léte voulait aller cher- «net le pain , et 1 autre roulait que k corps restai en repos.
dict. ruiL.
comptes , fit le voyage de Rome , et vint à la petite fenêtre de sa cellule, chargé d'une immense liasse de papiers. Il lut près de deux heures. Enfin , voyant qu'on ne lui répondait rien , il avança la tête. If y avait près de deux heures que le cardinal était parti. Nos âmes partiront avant que Icnrs intendans les aient mises au fait : mais soyons justes devant Dieu , quelque ignorans que nous soyons, nous et nos intendans.
Voyez dans les Lettres de Mcmmius ce que l'on dit de l'Ame (*).
SECTION VIII
Il faut que je l'avoue , lorsque j'ai examiné l'infaillible Aristote, le docteur évangélique , le divin Platon , j'ai pris toutes ces épithètes pour des sobriquets. Je n'ai vu, dans tous les philosophes qui ont parlé de l'Ame humaine , que des aveugles pleins de témérité et de babil , qui s'efforcent de persuader qu'ils ont une vue d'aigle , et d'autres curieux et fous qui les croient sur leur parole, et qui s'imaginent aussi de voir quelque chose.
Je ne craindrai point de mettre au rang de ces maîtres d'erreurs Descartes et Malebranchc. Le premier nous assure que l'àme de l'homme est une substance dont l'essence est de penser, qui pense toujours, et qui s'occupe, dans le ventre de la mère, de belles idées métaphysiques et de beaux axiomes généraux qu'elle oublie ensuite.
Pour le père Malebranclie , il est bien persuadé que nous voyons tout en Dieu ; il a trouve des partisans, parce que les fables les plus hardies sont celles qui sont le mieux reçues de la faible imagination des hommes. Plusieurs philosophes ont donc fait le roman de l'âme; enfin c'est un sage qui en a écrit modestement l'histoire. Je vais faire l'abrégé de cette histoire , selon que je l'ai conçue. Je sais fort bien que tout le monde ne conviendra pas des idées de Locke : il se pourrait bien faire qne Locke eût raison contre Dwcartcs et Malebranchc , et qu'il eût tort contre la Sorbonnc : je parle selon les lumières de la philosophie, non selon les révélations de la foi.
Il ne m'appartient que de penser humainement; les théologiens décident divinement, c'est tout autre chose : la raison et la foi sont de nature contraire. En un mot, voici un petit précis de Locke que je censurerais si j'étais théologien , et que j'adopte pour un moment comme hypothèse, comme conjecture de simple philosophie. Humainement parlant, il s'agit de savoir ce que c'est que l'Ame.
t*. Le mot d'<ime est de ces mots que chacun prononce sans les entendre : nous n'entendons que les choses dont nous avons une idée; nous n'avons point d'idée d'âme, d'esprit; donc nous ne l'entendons point.
a». II nous a donc plu d'appeler àmc cette faculté de sentir et de penser, comme nous appelons vie la faculté de vivre, et volonté , la faculté de vouloir.
Des raisonneurs sont venus ensuite , et ont dit : L'homme est composé de matière et d'esprit ; la matière est étendue et divisible; l'esprit n'est ni étendu
(») OEuvre» philosophiques, toi». I, Traité de iMemmt'su. n». XUL
ni divisible; donc il est, disent-ils , d'nuc autre nature. C'est un assemblage d'êtres qui oc s«nl point (mis l'un pour l'autre, et que Dieu unit malgré leur sature. Nous voyons peu lo corps, nous ne voyons point l ime; clic n'a point de parties, donc elle est éternelle : clic a des idées pures et spirituelles ; donc elle ne les reçoit point de la matière : elle ne les reçoit poiut non plus d'elle-même; doue Dieu les lui donne ; donc die apporte en naissant les idées de Dieu, de I infini, et toutes les idées générales.
Toujours humainement parlant, je réponds à ces messieurs qu'ils sont bien savans. Ils nous disent d'abord qu'il y a duc âme , et puis ce que ce doit être. Ils prononcent le nom de matière, et décident ensuite nettement ce qu'elle est. Et moi je leur dis : Vous ne connaissez ni l'esprit ni la matière. Par l'esprit, vous ne pouvez imaginer que la faculté de penser; par la matière, vous ne pouvez entendre qu'un certain assemblage de qualités, de couleurs, d'étendues, de solidités ; et il vous a plu d'appeler cela matière , et vous avez assigné les limites de la matière et do l'âme, avant d'être sûrs seulement de ''existence de l'une et de l'autre.
Quant à la matière , vans enseignez graveracn'. qu'il n'y a en elle q«e l'étendue et la solidité ; et moi je vous dis modestement quVJle est capable de usille propriétés que ni vous ni moi ne connaissons pas. Vous dites <|uc l'àme est indivisible, étemelle; et vous supposez ce qui est en question. Vous êtes à peu près comme un régent de collège , qui , n'ayant vu d'borlogc de sa vie, aurait tout d'un coup entre ses mains une montre d'Angleterre à répétition. Cet nomme, bou peripalélicien , est frappé de la justesse avec laquelle les aiguilles divisent et marquent les temps, et encore plus étonné qu'un bouton, poussé par le doigt, sonne précisément l'heure que l'aiguille marque. Mon philosophe at manque pas de prouver qu'il y a dans cette machine une «me qui la gouverne et qui en mène les ressorts. 11 démontre savamment sou opinion par la comparaison des anges qui font aller les sphères célestes, et il Ait soutenir dans la classe de belles thèses sur l'âme des montres. Un de ses écoliers ouvre la montre ; on n'y voit que des ressorts, et cependant on soutient toujours le système de l'àme des montres, qui passe pour démontré, le suis cet écolier ouvrant la montre que l'on appelle homme, et qui, au lieu de définir hardiment ce qnc nous n enteudons point, tâche d'examiner par degrés ce que nous voulons connaître.
Prenons un enfant à l'instant de sa naissance , et suivons pas .1 pas les progrès de son entendement. Vous me faites l'honneur de or apprendre que Dieu a pris la peine de créer une âme pour aller Loger dans ce corps lorsqu'il a environ six semaines; que cette âme à sou arrivée est pourvue des idées métaphysiques ; connaissant donc l'esprit, les idées abstraites, l'infini, fort clairement; étant, en un mot, une trèssavante personne. Mais malheureusement elle sort de l'utérus avec une i guoranec crasse ; elle a passé dixhuit xnois • ne connaître que le téton de sa nourrice ; et lorsqu'à l'Age de vingt ans on veut faire ressouvenir cette Ame de toutes les idées scientifiques qu'elle
avait quand elle s'est unie à son corps, elle est souvent si bouchée qu'elle n'en peut concevoir aucune, Il y a des peuples entiers qui n'ont jamais en une seule de ces idées. En vérité , à quoi pensait l'âme de Descartes et de Malcbranchc, quand elle imagina de telles rêveries ? Suivons donc l'idée du puit en Cuit sans nous arrêter aux imaginations des philosophes.
Le jour que sa mère est accouchée de lui et de son nmc , il est né dans la maison un chien , un chat et un serin. Au bout de dix-huit mois je tais du chien un excellent chasseur; à un an le serin siflle un air; le chat, au bout de six semaines, fait déjà tous ses tours ; et l'enfant, au bout de quatre ans, ne sait rien. Moi , homme grossier, témoin do cette prodigieuse différence , et qui n'ai jamais vu d'enfant , je crois d'abord que le chat, le ebien et le serin, sont des créatures Lrcs-inteJligentes, et que le petit enfant est un automate. Cependant petit à petit je m'aperçois que cet enfant a des idées, de la mémoire; qu'il a les mêmes passions que ces animaux , et alors j'avoue qu'il est comme eux une créature raisonnable. Il me communique différentes idées par quelques paroles qu'il a apprises, de même que mon chien par des cris diversifiés me fait exactement connaître ses divers besoins. J'aperçois qu'à l'âge de six ou sept ans l'enfant combine dans son petit cerveau presque autant d'idées que mon chien de chasse dans le sien; enfin, il atteint avec l'âge un nombre infini de connaissances. Alors , que dois- je penser de lui? irai- je croire qu'U est d'une naturo tout-à-fait différente? Non, sans doute; car vous voyez d'un côté un imbécile et de l'autre un Newton : vous prétendez qu'ils sont pourtant d'une même nature , et qu'il n'y a de la différence que du plus au moins. Pour mieux u'assurer de la vraisemblance de mon opinion probable, j'examine mon chien et mon enfant pendant leur veille et leur sommeil. Je les fais saiguer l'un et l'autre outre mesure ; alors leurs idées semblent s'éooulcr avec le sang. Dans cet état je les appelle, ils ne me répondent plus; et si je leur tire encore quelques palettes , mes deux machines, qui avaient auparavant des idées en très-grand nombre, et des passions de toute espèce , n'ont plus aucun sentiment. J'examine ensuite mes deux animaux pendant qu'ils dorment; je m'aperçois que le chien , après avoir trop mangé , a des rêves ; il chasse, U cric après la proie. Mou jeune homme, étant dans le même état, parle à sa maîtresse, et fait l'amour en songe. Si l'un et 1 autre ont mangé modérément, ni l'un ni l'autre ne rêve; enfin, je vois que leur faculté de sentir, d'apercevoir, d'exprimer leurs idées, s'est développée en eux petit » petit, et s'affaiblit aussi par degrés. J'aperçois en eux plus de rapports cent fois que je n'en trouve entre tel homme d'esprit et tel homme absolument imbécile. Quelle est donc l'opiniou que j'aurai de leur niturc? Celle; que tous les peuples out imaginée d'abord avant que la politique égyptienne imaginât la spiritualité, l'immortalité de l'âme. Je soupçonnerai même , avec bien de l 'apparence, qa'Afcbiaede et un»' taupe sont de Ja même espère, quoique d'un genre dHserent ; de même qu'un chêne et un grain de moutarde sont formés par
PU
PHIQUE.
les mêmes principes, quoique l'un soit on grand arbre , et l'autre a ne petite plante. Je penserai que Dieu a donné des portions d'intelligence i des portions de matière organisée ponr penser : je croirai que la matière a des sensations à proportion de la finesse de ses sens ; que ce sont en* qui les proportionnent à la mesure de nos idées : je croirai que l'huître i l'écaîlte a moins de sensations et de sens, parce qu'ayant l'âme attachée à sou écaille, cinq sens lui seraient inutiles. Il y a beaucoup d'animaux qui n'ont que dent sens; nous en avons cinq, ce qui est bien pea de chose. Il est à croire qu'il est dans d'antres mondes d'autres animaux qui jouissent de vingt on trente sens; et que d'autres espèces encore plus parfaites ont des sens à l'infini.
Il me paraît que voilà la manière la plus naturelle d'en raisonner, c'est-à-dire, de deviner et de soupçonner. Certainement il s'est passé bien du temps avant qnc les hommes aient été assez ingénieux pour imaginer nn être inconnu qui est nous, qui fait tout en nous, qui n'est pas tout-à-fait n«ns, et qui vit après nous. Aussi n'est-on verra que par degrés à concevoir une idée si hardie. D'abord ce mot ùme a signifié la vie, et a été commun pour nous et pour les autres animaux : ensuite notre orgueil nous a fait une «me k part , et nous a fait iruagiucr une forme substantielle pour les autres créatures. Cet orgueil humain demande ce que c'est donc que ce pouvoir d'apercevoir et de sentir, qu'il appelles vie dans l'homme, et in itinct dans la brute. Je satisferai a cette question quand les physiciens m'auront appris ce que c'est que
le son, la lumière, l'espace, le corps, le temps. Je dirai , dans l'esprit du sage Locke : La philosophie consiste à s'arrêter quand le flambeau de la physique nous manque. J'observe les effets de la nature; mais je vous avoue que je ne conçois pas plus que vous les premiers principes. Tout ce que je sais, c'est que je
leurs causes , surtout à des >, ce que je pub attribuer à une cause connue : or, je puis attribuer à mon corps la faculté de penser et de sentir; donc, je ne dois pas chercher cette faculté de penser et de sentir dans une autre substance appelée une ou c*/'ri(, dont je ne puis avoir la moindre idée. Vous vous récriez à cette proposition : vous trouves Jonc de l'irréligion à osor dire que le corps peut penser? Mais que diriez-vous, répondrait Locke, si c'est vous-même qui êtes ici coupable d'irréligion, vous qui oses borner la puissance de Dieu ? Quel est l'homme sur la terre qui peut assurer, sans une impiété absurde, qu'il est impossible à Dieu de donner à la matière le sentiment et le penser ? faibles et hardis que vous êtes, vous avancez que la matière no pense point , parce que vous no concevez pas qu'une matière , quelle qu'elle soit , pense.
Grands philosophes, qui décidez du pouvoir de Dieu , et qui dites que Dieu peut d'une pierre faire un toge, ne voyez-vous pas que, scion vous-mêmes, Dieu ne ferait en ce cas que donner à une pierre la puissance de penser? car, si la matière de la pierre se restait pas, ce ne serait plus une pierre, co serait une pierre anéantie et un ange créé. De quelque coté
deux choses, votre ignorance et la puissance immense du Créateur; votre ignorance qni se révolte
tcor à qui , certes , cela n'est pas impossible.
Vous qni savez que la matière ne périt pas, vous contesterez à Dieu le pouvoir de conserver daus cette matière la plus belle qualité dont il l'avait ornée! L'étendue subsiste bien sans corps par loi, pnisqu'il y a des philosophes qui croient le ride ; les accidens subsistent bien sans la substance parmi les chrétiens qui croient la transsubstantiation. Dien, dites-vous, ne peut pas faire ce qui implique contradiction. Il faudrait en savoir plus que vous n'en savez : vous avez beau faire, vous ne saurez jamais autre chose, sinon que vous êtes corps, et que vous pensez. Bien des gens qui ont appris dans l'école n ne douter de rieu , qni prennent leurs syllogismes ponr des des, et leurs superstitions pour la religion, i Locke comme un impie dangereux. Ces superstitieux sont dans la société ce que les poltrons sont dans une armée : ils ont et donnent des terreurs paniques. Il faut avoir la pitié de dissiper leur crainte ; il tant qu'ils sachent que ce ne seront pas les sentimens des philosophes qui feront jamais tort à la religion. Il est assuré que la lumière vient du soleil , et que les planètes tournent autour de cet astre : on ne lit pas avec moins d'édification daus la Bible , que la lumière a été faite avant le soleil , et que le soleil s'est arrêté sur le village Gabaou. Il est démontré que l'arc-ei*cicl est formé nécessairement par la pluie : on n'en respecte pas moins le texte sacré , qui dit que Dien posa son arc dans les nues, après le déluge, en signe qu'il n'y aurait plus d'inondation.
Le mystère de la Trinité et celui de l'Eucharistie ont beau être contradictoires aux démonstrations connues, ils n'en sont pas moins révérés chez les philosophes catholiques , qui savent que les choses de la raison et de la foi sont de différente nature. La nation des Antipodes a été condamuée par les papes et les conciles ; et les papes ont reconnu les Antipodes, et y ont porté cette même religion chrétienne dont on croyait la destruction sure , en cas qu'on pot
rait la tête en bas et les pieds on haut par rapport à nous, et qui , comme dit le très-peu philosophe saint Augustin, serait tombé du ciel.
Au reste , je vous répète encore qu'en écrivant avec liberté , je ne me rends garant d'aucune opinion ; je ne suis responsable de rien. Il y a pent-ctre parmi ces souges des raisonnemens et même quelques . rêveries auxquelles je donnerais la préférence; mais il n'y en a aucune que je ne sacrifiasse tout d'un coup à la religion et à la patrie.
SECTION IX
Je suppose une douzaine de bons philosophes dans une île , où ils n'ont jamais vu que des végétaux. Cette île, et surtout douze bons philosophes, sont fort difficiles à trouver; mais enfin cette fiction est permise. Ils admirent cette vie qui circule dans les fibres des plantes, qni semble se perdre et ensuite se renou-
vêler : et ne sachant pas trop comment les plantes naissent, comment elles prennent leur nourriture et leur accroissement, ils appellent cela une âme végétative. Qu'entcudcz-vous par âme végétative? leur dit-on. Ccst un mot , répondent-ils, qui sert ù exprimer le ressort inconnu par lequel tout cela s'opère. Mais uc voyez vous pas, leur dit un mécanicien, que tout cela se lîiit naturellement pai des poids, des leviers, des roues, des poulies? -Non, diront nos philosophes : il y a dans celle végétation autre chose que des tuouvemens ordinaires; il y a un pouvoir secret qu'ont toutes les plautes d'attirer ;» elles ce suc qui les nourrit; et ce pouvoir, qui u'est explicable par aucune mécanique, est un don que Dieu a fait à la matkre, et dont ni vous ni moi ne comprenons la nature.
Ayant ainsi bien disputé, nos raisonneurs découvrent enfin des animaux. Oli , oh , disent-ils après un long examen, voilà des êtres organisés comme uous! Ils ont incontestablement de la mémoire, et souvent plus que nous. Ils ont nos passions ; ils ont de la counaissance ; ils font entendre tous leurs besoins ; ils perpétuent comme nous leur espèce. Nos philosophes dissèquent quelques-uns de ces êtres ; ils y trouvent un cœur, une cervelle, Quoi! disent-ils, l'auteur de ces machines, qui ne fait rien en vain, leur aurait-il donné tous les organes du sentiment afiu qu'ils n'eussent point de sentiment ? Il serait absurde de lo penser. 11 y a certainement eu eux quelque chose que nous appelons aussi unie , faute de mieux ; quelque chose qui éprouve des sensations, et qui a une certaine mesure d'idées. Mais ce principe, quel est-il? est-ce quelque chose d'absolument différent de la matière? Est-ce un esprit pur? Est-ce un être mitoyen entre la matière que nous ne connaissons guère , et l'esprit pur que nous ne connaissons pas? est-ce une propriété douuéc de Dieu à la matière organisée ? H
Us fout alors des expériences sur des insectes , sur j des vers de terre ; ils les coupent en plusieurs parties, et ils sont étonnés de voir qu'au bout de quelque temps il vient des tétes à toutes ces parties coupées ; le même animal se reproduit, et tire de sa destruction même de quoi se multiplier. A-t-il plusieurs âmes qui attendent, pour animer ces parties reproduites, qu'on ait coupé la tétc au premier tronc? Ils ressemblent aux arbres, qui repoussent des branches et qui se reproduisent de boutures ; ces arbres ont-ils plusieurs âmes? 11 n'y a pas d'apparence; donc il est très- probable que l'àme de ces bêtes est d'une autre espèce que ce que nous appelions dmc végétative dans les plantes ; que c'est une faculté d'un ordre supérieur, que Dieu a daigné donner à certaines portions de matière : c'est une nouvelle preuve de sa puissance ; c'est un nouveau sujet de l'adorer.
Va homme violent, et mauvais raisonneur, entend ce discours, et leur dit : Vous êtes des scélérats, dont il faudrait brûler les corps pour le bien de vos Ames; car vous niez l'immortalité de l'àme de l'homme. Nos philosophes se regardent tout étounés; l'un d'eux lui répond avec douceur : Pourquoi nous brûler si vite ? Sur quoi avez-vous pu penser que nous ayons l'idée
que votre cruelle àroe est mortelle? Sur ce que vous croyez , repreud l'autre , que Dieu a donné aux brutes, qui sont organisées comme uous, la faculté d'avoir des stnlimcns et des idées. Or celle Ame des bêtes périt avec elles ; donc vous croyez que l'àme des hommes périt aussi.
Le philosophe répond : Nous ne sommes point du tout sûrs que ce que nous appelons àmc dans les animaux périsse avec eux; nous savons 1res- bien que la matière ne périt pas, et nous croyons qu'il se peut faire qucDicu ait mis dans les animaux quelque chose qui conservera toujours , si Dieu le veut , la faculté d'avoir des idées. Nous n'assurons pas, à beaucoup près , que la chose «oit ainsi ; car il n'appartient guère aux hommes d'être si conOans ; mais nous n'osons borner la puissance de Dieu. Nous disons qu'il est très - probable que les bêtes, qui sont matière, ont reçu de lui un peu d'intelligence. Nous découvrons tous les jours des propriétés de la matière, c'est-àdire, des présent de Dieu, dont auparavant nous n'a-1 vions pas d'idées. Nous avions d'abord défini la matière une substance étendue ; ensuite nous avons reconnu qu'il fallait lui ajouter la solidité; quelque temps après il a fallu admettre que celte matière a une force qu'on nomme force d'inertie; après cel* nous avons tous été étonnés d'être obligés d'avouer que la matière gravite.
Quand nous avons voulu pousser plus loin nos recherches, nous avons été forcés de reconnaître des êtres qui ressemblent à la matière eu quelque chose , et qui n'ont pas cependant les autres attributs dont 1» matière est douée. Le feu élémentaire, par exemple, agit sur nos sens comme les autres corps : mais il uc tend point à un centre comme eux; il s'échappe au contraire du centre eu lignes droites de tous côtés. Il ne semble pas obéir aux lois de l'attraction , de la gravitation, comme les autres corps. L'optique a des mystères dont on ne pourrait guère rendre raison qu'en osant supposer que les traits de lumière se pénètrent les uns les autres. 11 y a certainement quelque chose dans la lumière qui la distingue de la matière connue : il semble que la lumière soit un être mitoyen entre les corps et d'autres espèces d'être* que nous ignorons. 11 est très-vraisemblable que ces autres espèces sont elles-mêmes un milieu qui conduit à d'autres créatures, et qu'il y a ainsi une chaîne de ubstanecs qui s'élèvent à l'infini.
Vitpt adeô tpiod tan jet idem est, lanten uUima distant!
Cette idée nous paraît digne de la grandeur de Dieu , si quelque chose en est digne. Parmi c"es substances, il 9 pu S2ns doute en choisir une qu'il a logée dans nos corps, et qu'on appelle âme humaine ; les livres saints que nous avons lus nous apprennent que cette Ame est immortelle. La raison est d'accord avec la révélation; car comment une substance quelconque périrait -elle? tout mode se détruit, l'être reste. Nous ne pouvons concevoir la création d'une substance , nous ne pouvons concevoir son anéantissement ; mais nous n'osons affirmer que le maître absolu de tous les êtres ne puisse donner aussi des &*zntimens et des perceptions à l'être qu'où appelle ma-
titre. Vous êtes bien sûr que l'essence Je vo!rc àm est de penser, et nous n'en sommes pas si sûrs : car lorsque nous examinons un fœtus, nous avons de la peine à croire que son âme ait eu beaucoup d'idées dans sa coiffe ; et nous douions fort que daus un sommeil plein et profond, dans une léthargie complète, on ait jamais fait des méditations. Ainsi il nous paraît que la pensée pourrait Lieu être, non pas l'essence «le l'être pensant, mais un présent que le Créateur a fait à ces êtres que nous nommons fi'/niim , et tout cela nous a fut nailre le soupçon que, s'il le voulait , il pourrait faire ce présent là à un atome, conserver à jamais cet atome et son présent , ou le détruire à son pré. La dilliculté consiste moins a deviner comment la matière pourrait penser, qu'à deviner comment une substance quelconque pense. Vous n'avez des idées que parce que Dieu a bien voulu vous en don ucr; pourquoi voulez-vous l'cmpêchei d'en donner à d'autres espèces? Scriez-vous bien assez intrépides pour oser croire que votre àmc est précisément du même genre que les substances qui approchent le plus près de la Divinité? Il y a grande apparence qu'elles sout d'un ordre bien supérieur, et qu'en conséquence Dieu a daigné leur donner une façon de penser iufinimeut plus belle , de même qu'il a accordé une mesure d'idées très-médiocre aux animaux, qui sont d'un ordre inférieur à vous. J'ignore comment je vis, comment je donne la vie, et vous voulez que je sache comment j'ai des idées : lame est une horloge que Dieu nous a donnée à gouverner; mais il no nous a point dit de quoi le ressort de celle horloge est composé.
Y a-l-il rien dans tout cela dont ou puisse inférer que nos âmes sont mortelles? Encore une fois, nous pensous comme vous sur l'immortalité que la foi nous annonce; mais nous croyous que nous sommes trop ignoraus pour affirmer que Dieu n'ait pas le pouvoir d'accorder la pensée à tel élre qu'il voudra. Vous bornez la puissance du Créateur qui est sans bornes, et nous l'étendons aussi loin que s'étend son existence. Pardonnez- nous de le croire tout- puissant, comme nous vous pardonnons de restreindre jon pouvoir. Vous savez sans doute tout ce qu il peut faire, et nous n'en savons rien. Vivons en frères, adorons en paix notre père commun ; vous avec vos âmes savantes et hardies, nous avec nos âmes ignorantes et timides. Nous avons un jour à vivre : passous-lc doucement sans nous quereller pour des difficultés qui seront éclaircics daus la vie immortelle qui commencera demain.
Le brutal n'ayant rien de bon à répliquer, parla long-temps et se ficha beaucoup. Nos pauvres philosophes se mirent pendant quelques semaines à lire l'histoire; et, après avoir bien lu, voici ce qu'ilsdirent à ce barbare, qui éuit si iudigue d'avoir une âme immortelle.
Mon ami, nous avons lu que dans toute l'antiquité les choses allaient aussi bien que dans notre temps; qu'il y avait même de plus grandes vertus, et qu'on ne persécutait point les philosophes pour les opinions qu'ils avaient : pourquoi Jonc voudriez- vous nous
faire du mal pour des opinions que nous n'avons pas ? Nous lisons que toute l'antiquité croyait la matière éternelle. Ceux qui ont vu qu'elle était créée ont laissé les autres en rtpos. Pythagore avait été coq , ses pareils cochons, personne n'y trouva a redire; sa secte fut chérie et révérée de tout le monde, excepté des rôtisseurs et de ceux qui avaient des fèves à vendre.
Les stoïciens reconnaissaient un Dieu à peu près tel que celui qui a été si témérairement admis depuis parmi les spinosistes ; le stoïcisme cependant fut la secte la plus féconde en vertus héroïques cl la plus accréditée.
Les épicuriens fesaient leurs dien\ ress-mblans à nos chanoines, dont l'indolent embonpoint soutient leur divinité , rt qui prennent en paix leur nectar et leurambrosic en ne se mêlant de rien. Ces épicuriens enseignaient hardiment la matérialité et la mortalité de l'àmc. Ils n'en lurent pas moins considérés : ou les admettait dans tous les emplois, et leurs atomes crochus ne firent jamais aucun mal au monde.
Les platoniciens, à l'exemple des gymnosophistos, ne nous fesaient pas l'honneur de penser que Dieu eût daigné nous former lui-même. Il avait, selon eux, laissé ce soin à ses officiers, à des génies qui firent dans leur besogne beaucoup de balourdises. Le Dieu des platoniciens était un ouvrier excellent, qui employa ici-bas des élèves assez médiocres. Les hommes n'en révérèrent pas moins l'école de Platon.
En un mot chez les Grecs et chez les Romains , autant de sectes, autant de manières de penser sur Dieu , sur l'Ame, sur le passé et sur l'avenir : aucune de ces sectes ne fut persécutante. Toutes se trompaient, et nous en sommes bien fAchés; mais toutes étaient paisibles, et c'est ce qui nous confond ; c'est ce qui nous condamne ; c'est ce qui nous fait voir que la plupart des raisonneurs d'aujourd'hui sont des monstres, ec que ceux de l'antiquité étaient des hommes. On chantait publiquement sur le théâtre de Rome • Paf mortem nihil al ; i>socju« mon mhil « Rien n'c»t «près la mort , la mort même ne»t rien. »
Ces senlimens ne rendaient les hommes ni meilleurs ni pires; tout se gouvernail, tout allait à l'ordinaire ; et les Titus, les Trajan , les Marc-Aurèle gouvernèrent la terre en dieux bienfesans.
Si nous passons des Grecs et des Romains aux nations barbares, arrêtons - nous seulement aux Juifs. Tout superstitieux, tout cruel , et tout ignorant qu'était ce misérable peuple , il honorait cependant les pharisiens qui admettaient la fatalité de la destinée et la métempsycose ; il portait aussi respect aux saducéens qui niaient absolument l'immortalité de l'Ame et l'existence des esprits , et qui se fondaient sur la loi de Moise, laquelle u'avait jamais parlé de peine ni de récompense après la mort. Les esséuiens qui croyaient aussi la fatalité , et qui ne sacrifiaient jamais de victimes dans le temple, étaient encore plus révérés que les pharisiens et les saducéens. Aucune do leurs opinions ne troubla jamais le gouvernement. Il y avait pourtant là de quoi s'égorger, se brûler, s'exterminer réciproquement si on l'avait voulu. O misérables hommes! profite* de ces exemples. Pen-
(il
•ex, et laisse?. penser. Cest la consolation de nos faibles esprits du» celui courte vie. Quoi! vous recevrez avec politesse un Turc qui croit que Mahomet a voyagé dan» la lune; vous vous garderez bien de déplaire au bâcha BonuevaJ , et vous voudrez mettre en quartiers votre frère , parce qu'il croit que Dieu pourrait donner i'inioUigeao» à toute créature ?
Ccst ainsi que parla un des philosophes; un antre ajouta : Croyez-moi , il ne faut jamais craindre qu'aucuu senlimont philosophique puisse nuire à la religion d'un pays. Nos mystères ont be«u être contraire» à nos démonstrations, ils n en sont pas moins révérés par nos philosophes chrétiens, qui savent que les objets de la raison et de la foi sont de différentes nature. Jamais les philosophes ne ferout une secte de religion; pourquoi? ccst qu'ils sont sans enthousiasme. Divise* le gcure humain en vingt parties; il y en a dix-neuf composées de ceux qui travaillent de leurs maius, et qui ne sauront jamais s'il y a eu un Loche au inonde. Dans la vingtième partie qui reste , combien trouve-t-ou peu d hommes qui lisent? et parmi ceux qui lisent il y en * vingt qui Usent des romans, contre un qui étudie la philosophie. Le nombre de ceux qui pensent est excessivement petit, et ccux-la ne s'avisent pas de troubler le monde.
Qui sont ceux qui or.t porté le Ûamboau do la discorde daus leur patrie ? Est-ce Pomponacc, Montaigne, Le Vayer, Descartes, Gasscudi , Bavlc, Spinosa, Hobbes,Ie lord Shaftesbury, le comte de Boulainvilliers, le consul Maillet, Tolan , Collins, Fludd, Woloston, Becker, l'auteur déguisé sous Je nom de Jacques Macé , celui de l'Espion turc, celui des Lettres persanes, des Lettres juives, des Pensées philosophiques , etc. ? Non ; ce sont , pour la plupart, des théologiens qui , ayant eu d'abord l'ambition d être chef* de seele , ont bientôt eu celle d'être chefs de parti. Que dis-jc ? tous les livres de philosophie moderne , mis ensemble , ne feront jamais dans le monde autant de bruit seulement quVn a fait autrefois la dispute drs cordeliers sur la forme de leurs manches et
section x.
De l'antiquité du dogme de l'immortalité de lame.