‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 3 sur 551 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

De la collection intitulée : 1 Opinion en AJpJtthet (*).

Quoi ofiftortft reda^ju, qui mit'cntu 4#ms julvcruua, defeftfcs. qjun «en typnr\H, i»rpis lu^ri gtafia : ii,Sv*SH&mUbHMhfi à o«ujl qui renversent toutes la* familles, enseignant, par un intérêt honteux, ce qu'on ee doit point enseigner. ('Épure de saint Paul àTtte,ehap.I, v. n.)

Cet alphabet est e» trait des ouvrages, les plus estimés gui ne sont .pas commuuoinout « la portée du grand titmiwirtlM l'auteur ne -crto pas toujours le* sources OU tUfuité , comme étant assez connues dus doctes, « ne doit pas être soupçonné de vouloir se faire honneur dutrevail d'autmi , puisqu'il garde luimtmc l'anonyme, suivant celte parole de l'évangile : que votre main gauche ne sache point ce que fait votre droite (a).

<♦) Voy*S i;A«eru*«-m«U «k« âiium* ilet KeLL

.(s) jauuMauLicu,.eha0. VI, .v. 3.

Nous aurons peu de questions à faire sar cette première lettre de tous les alphabets. Cet article de l'Encyclopédie, plus nécessaire qu'on ac croirait, est de César du Marsais , qui n'était bon grammairien que parce qu'il avait dans l'esprit une dialectique trèsprofonde et très-nette. La vraie philosophie tient à tort, excepté n la fortune. Ce sage, qui était pauvre, et dont l'éloge se trouve à la tête du septième volume de l'Encyclopédie, fut persécuté par l'auteur de Marie Alacoaue qui était riche ; et sans les générosités du comte de Lauraguais, il serait mort dans la plus extrême misère. Saisissons cette occasion de dire que jamais la nation française ne s'est plus honorée que de nos jours par ces actions de véritable grandeur faites sans ostentation. Nous avons vu plus d'un ministre d'état encourager les talcns dans l'indigence et demander le secret. Colbcrt les récompensait, mats avec l'argent de l'état , Fouquet avec celui de la déprédation. Ceux dont je parle (*) ont donné leur propre bien ; et par-là ils sont au-dessus de Fouquet, autant que par leur naissance , leurs dignités et leur génie. Comme nous ne les nommons point, ils ne doivent pas se fteber. Que le lecteur pardonne cettn digression qui commence notre ouvrage. Elle vaut mieux que ce que nous dirons sur la lettre A qui a été si bien traitée par feu M. du Marsais , et par ceux qni ont joint leur travail au sien. Nous ne parlerons point des autres lettres, et nous renvoyons à l'Encyclopédie , qui dit tout ce qu'il faut sur cette matière.

On commence à substituer la lettre a à la lettre c dans français , française, anglais, anglaise, et dans tous les imparfaits, comme il employait, il octroi/ait , il ployait, etc.; la raison n'en rst-clle pes évidente? ne faut-il pas écrire comme on parle autant qu'on le peut? n'est-ce pas une contradiction d'écrire oi «; de prononcer at 7 Nous disions autrefois je creyois, j'octroyois, j'employois , je ployois : lorsqu'enûn on adoucit ces sons barbares , on ne songea point à réformer les caractères , et* le langage démentit continuellement l'écriture.

Mais quand il fallut faire rimer en vers les ois qu'on prononçait ais , avec les ois qu'on prononçait ois , les auteurs furent bien embarrassés. Tout le monde , par exemple disait français dans la conversation et dans les discours publics : mais comme la coutume vicieuse de rimer pour les yeux et non pas pour les oreilles s'était introduite parmi nous , les poètes se crurent obligés de faire rimer français i lois , rois , exploits ; et alors les mêmes académiciens qui venaient de prononcer français dans un discours oratoire , prononçaient françois dans les vers. On trouve dans une pièce de vers de Pierre Corneille, sur le pas» sage du Rhin , assez peu connue :

(•}M.WaW<fecJi©i*ul ~

Qnet ipeetacle d'effroi , grand Dieu '. ti toute foia Quelque choie pouvoit effrayer dei François.

Le lecteur peut remarquer quel effet produiraient aujourd'hui ces vers, si l'on prononçait, comme sous François I'r, pouvoit par un o; quelle cacophonie feraient effroi, toutefois, pouvoit, françois.

Dans le temps que notre langue se perfectionnait le plus, Boilcau disait :

Qu'il l'en prenne à sa mute allemande en françoit ; Mai* laiuoni Chapelain pour la dernière (bit.

Aujourd'hui que tout le monde dit français , ce vers de Boileau lui-même paraîtrait un peu allemand.

Nous nous sommes enfin défaits de cette mauvaise habitude d'écrire le mot français comme on écrit saint François. Il faut du temps pour réformer la manière d'écrire tous ces autres mots dans lesquels les yeux trompent toujours les oreilles. V0us écrive* encore je croyois; et si vous prouo.icicz je croyais, tu fesant sentir les deux o, personne ne pourrait vous supporter. Pourquoi donc en ménageant nos oreilles ne ménagez-vous pas aussi nos yeux? pourquoi n'écrivez-vous pas je croyais, puisque jt croyois est absolument barbare ?

Vous enseignez la langue française à un étranger; il est d'abord surpris que vous prononciez je croyais . j'octroyais , j'employais ; il vous demande pourquoi vous adoucissez la prononciation de la dernière syllabe , et pourquoi vous n'adoucissez pas la précédente ; pourquoi dans la conversation vous ne dite, (as je crayais, j'employais , etc.

Vous lui répondez , et vous devez lui répondre , qu'il y a plus de grâce et de variété à faire succédor une diphthongue à une autre. La dernière syllabe, lai dites-vous, dont le son reste dans l'oreille , doit être plus agréable et plus mélodieuse que les autres ; et c'est la variété dans la prononciation de ces syllabes qui fait le charme de la prosodie.

L'étranger vous répliquera : Yous deviez m'en avertir par l'écriture comme vous m'en avertissez dans la conversation. Ne voyez-vous pas que vous m'embarrasses beaucoup lorsque vous orthographiez d'une façon, et que vous prononcez d'une autre?

Les plus belles langues, sans contredit, sont celles où les mêmes syllabes portent toujours une prononciation uniforme : telle est la langue italieune. Elle n'est point hérissée de lettres qu'on est obligé de supprimer; c'est le grand vice de l'anglais et du français. Qui croirait, par exemple, que ce mot anglais Àon.ikerchief se prononce ankicher? et quel étranger imagi ncra que paon , Laon , se prononcent en français pan et Lan ? Les Italiens se sont défaits de la lettre h et de la lettre x, parce qu'ils ne la prononcent pins ; que no les imitons-nous? avons-nous oublié que l'écriture est la peinture de la voix ?

Vous dites anglais , portugais , français , mais vous dites danois, suédois; comment devinerai- je cette différence, si je n'apprends votre langue que dans vos livres? Et pourquoi en prononçant anglais et portugais , mettez-vous un o à l'un et un a ù l'autre ? pourquoi n'avez-vous pas la mauvaise habitude d'écrire portugois , comme vous avez la mauvaise habitude

d'écrire anglois ? Eu un mot no paraît-il pas évident que. la meilleure méthode est d'écrire toujours par a et qu'on prononce par a ?

A, troisième personne au prisent de l'indicatif du verbe avoir. C'est un défaut «ans doute qu'un verbe ne soit qu'une seule lettre, et qu'on exprime il a raison, il a de l'esprit, comme on exprime, U est à Paris, il est à r.ijon.

. . . ltodièqne mènent vtttiijia rurii.

(Hon.,lir. H.ro. t, y. 160.)

// a eu choquerait horriblement l'oreille, si on n'y était pas accoutumé : plusieurs écrivains se servent souvent de cette phrase, la différence qu'il y a; lu distance qu'il y a entre eux; est - il rien de plus languissant a la fois et de plus rude? n'est - il pas ai«ê d'éviter cette imperfection du langage, en disant simplement /« d^tance , la différence entre eux ? à quoi bon, ce qu'il et cet y a qui rendent le discours sec et diffus, et qui réunissent tinîi les plus grands défauts?

Ne f.iut - il pas surtout éviter le concoure de deux a? il va à Paris, il a Antoine en aversion. Trois et quatre a sont insupportables; il va à Amiens, et de /.» à Arques.

La poésie française proscrit ce beurtemeut de voyelles.

Gardn qtt'une royellc, a courir trop hltte , Ke «oit d'une voyelle en ton chemin heuruSe.

Les Italiens ont été obligés de se permettre cet achoppement de sons qui détruisent l'harmonie naturelle, ces biatus, ces bâillcmcns que les Latins étaient soigneux d'éviter. Pétrarque ne fait nulle difficulté de dire :

Momt 1 vecchioe} rawto e hianco Dd dote* ioco, ov' ha nia ttà fornita.

(P. I.S. if)

L'Arîoste a dit :

y on $a fuel ehe n'a Amor :

Dovta fortuna alla chrafiana fedt.

Tunto jûô cht renne ■ ana rivière Altrn wtntur* •( buon Rineldo mecade.

Celte malheureuse cacophonie est nécessaire en italien, parce que la plus grande partie des mots de cette langue se termine en a, c, i, o, m. Le latin qui possède une infinité de terminaisons ne pouvait guère admettre un pareil heurtement de voyelles, et la langue française est encore en cela plus circonspecte et plus sévère que le latin. Vous voyez très - rarement dans Virgile une voyelle suivie d'un mot commençant par une voyelle ; ce n'est que dans un petit nombre d'occasions où il faut exprimer quelque désordre de l'esprit,

4rnz aivffu cojno* • • * « •

(E».,liv. II,v. 3i40

au lorsque deux spondées peignent un lien vaste et lésertf

£t Ntptuno Acgeo.

<EJ.,uv.ni,v.?4.)

Homère, il est vrai , ne s'assujettit pas à cette régla la l'harmonie qui rejette le concours des voyelle^ et

surtout des a; les finesses de l'art Q étaient pas encore connues de son temps, et Homère était au-dessus de ces finesses; mais ses vers les plus harmonieux sont ceux qui sont composés d'un assemblage heureux de voyelles et de consonnes. Cest ce que Boileau recommande dès le premier chant de l'Art poétique.

La lettre A cher presque toutes les nations devint une lettre sacrée, parce qu'elle était la première : les Egyptiens joignirent cette superstition a tant d'autres : de là vient que les Grecs d'Alexandrie l'appelaient hier' alpha; et comme oméga était la dernière lettre , ces mots alpha et oméga signifièrent le complément de toutes choses. Ce fut l'origine de la cabale et de plus d'une mystérieuse démence.

Les lettres servaient de chiffres si de notes de musique; jugez quelle foule de connaissances secrètes cela produisit b, c, d, f, (, g, étaient les sept cicux. L'harmonie des sphères célestes était composée des sept premières lettres, et tu acrostiche rendait raison de tout dans la vénérable antiquité.

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