‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 322 sur 551 · IGNACE DE LOYOLA · texte numérisé non relu

IGNACE DE LOYOLA

Vouiez-vous acquérir un grand nom , être fonda- Il teur, soyez complètement fou, mais d'une folie qui || convienne à votre siècle. Ayez dan* votre folie un || fond de raison qui puisse servir à diriger vos extra- 11 vagances, et soyez excessivement opiniâtre. Il pourra Il arriver que vous soyez pendu ; mais, si vous ne l'êtes || pas , vous pourrez avoir des autels, jj En conscience, y a-t-il jamais eu un homme plus jj digne des Petites-Maisons que saint Ignace ou saint H Inigo le Biscaien, car c'est son véritable nom? La H tête lui tourna à la lecture de la Légende dorée , || comme elle tourna depuis à don Quichotte de la || Manche pour avoir lu des romans de chevalerie. || Voilà mon Biscaien qui se fait d'abord chevalier de || la Vierge, et qui fait la veille des armes à l'honneur || de sa dame. La saiuic Vierge lui apparaît , et accepte jj ses services; elle revient plusieurs fois; elle lui Il amène son fils. Le diable, qui est aux aguets, et qui || prévoit tout le mal que les jésuites lui feront un jour, H vient faire un vacarme de lutin dans la maison , casse || toutes les vitres : le Biscaien le chasse avec un signe || de croix ; le diable s'enfuit à travers la muraille ; et y 1] laisse une grande ouverture, que l'on montrait cn- || corc aux curieux cinquante ans après ce bel éveil nement.

|j Sa famille, voyant le derangemeut de son esprit,

Il veut le faire enfermer et le mettre au régime : il se

|| débarrasse de sa famille, ainsi que du diable, et s'en-

Il fuit sans savoir où il va. 11 rencontra un Maure , et

Il dispute avec lui sur l'immaculée conception. Le

M Maure , qui le prend pour ce qu'il est , le quitte au

plus vite, Le Bisoaieu MB aajt •'») tuera lo Maure, «a s'il priera Dieu pour lui; il e* laisse Je décision a «on cheval qui, plus sage que lui, reprit la nomte 4c «ou

écurie.

Mon tomme , apres oe*U? aventure , prend Je pari» d'aller en pèlerinage à BetUéem , < u iwnrliajit son pain : aa folie augmente «d cbeorun : les dominicains prenaent pitié de lui w Maitrèse; ila te guidant chez eut pendant quelques jours, et Le renvoient sans l'avoir pu guérir.

Il s'embanjuc à Barcelonne , anrive à Venise :on le chasse de Venise ; il revient a Bareeloanc toujours mendiant son pain , toujours ayant des- extases , et voyant fréquemment la sainte Vierge et Jésus-Christ.

Enfin on lui fait entendre que, pour aller dans la Terre sainte convertir les Turcs , les chrétiens de l'église grecque, les Arméniens et les Juifs, il fallait commencer par étudier un peu de théologie. Mon Biscaien ne demande pas mieux ; mais , pour £tre théologien, il faut savoir un peu de grammaire et un peu de latin , cela ne l'embarrasse point; il va AU. collège à l'âge de trente-trois ans :on se moque de lui, et il n'apprend rien.

Il était désespéré de ne pouvoir aller convertir - des infidèles : le diable eut pitié de lui cette fois-là; il lui apparut, et lui jura, foi de chrétien, que, s'il voulait se donner à lui, il le rendrait le plus savant homme de l'église de Dieu- Ignace n'eut garde de se mettre sous la discipline d'un tel maître : il retourna eu classe ; on lui donna le fouet quelquefois , et il n'en fot pas plus savant.

Chasse du collège de Barcelonne, persécuté par le diable, qui k punissait de ses refus, abandonné par la vierge Marie , qui ne se mettait point du tout en peine du secourir son chevalier, il ne se rebute pas; il mj met à courir le pays avec des pèlerins de Saint- Jacques ; il prêche dans les rue» de ville en ville. On l'enferme dans les prisons de l'inquisition. Délivré de l'inquisition , ou le met en prison dans Alcala ; il s Vnfuit après à Salamanque , et on l'y enferme encore. Enfin , voyant qu'il n'était pas prophète il ans sou pays, Ignace preud la résolution d'aller étudier à Paris : il litit le voyage à pied , précédé d'un âne qui portail son bagage, ses livres et ses écrits. Don Quichotte du moins eut un cheval et un écuyer; nuis Ignace n'avait ni luu ni l'autre,

Jl essuyé à Taris les mêmes avanies qu'en Espagne : on lui fait mettre culotte bas au collège de Saintct Barbe, et on veut le fouetter en cérémonie. Sa vocation l'appelle colin à Home.

Comiucnt s'cst-il pu faire qu'un pareil extravagant ait joui enfin à Rome de quelque considération, se soit fait des disciples , et ait été le fondateur d'un ordre puissant , dans lequel il y a eu des hommes très-est i niable s? c'est qu'il était opiniâtre et enthousiaste. M trouva des enthousiastes comme lui, auxquels il s'associa. Ceux-là, ayant plus de raisou que lui, rétablirent un peu la sienne : il devint plus avisé sur la fin de sa vie, et il mit même quelque habileté dans sa conduite.

Peut-être Mahomet commença-i-u j are aussi fou

qu'Ignace dans les première* tttfi* érections qu'il avec l'ange Gabriel; et peut- «Are I#a*a*, À la place

dei

pt»f txie ; car il était ***>»< iuuc cMannaire tt nu*6\ courage us. ■

On dit àtmtomn que «es «ohoses-u nnri hoet qu1 une .film : cependant il n'y <a:pas long-temps qu'un rustre Anglais, plus ignorant que j'£t>pagnol Ignace* a étahfc la société 4e ceux qu'on somme <m*kers ,

Sinaeudorf « de ara jours ionde la secte des îuoravcs; et les convulsionnâmes de Paris ont été car le point de Cure une révolution. Us cuit lu- bien fous, mais ils

x IGNORANCE.

SECTJON PREjUrfcKJE.

II. y a bien des espèce» dïgnorance* ; la pire .de toutes c»t celle des critiques. Uc sont obligés, comme on sait, d'avoir doublement raison, comme gens qui affirment, et comme gens qui condamnent, ils sont donc doublement coupables quand il* se trompent. Première iyuoraaœ.

Par exemple, un liomme fait deux gros volumes sur quelques pages d'un livre utile qu'il n'a pas entendu (*). Il examine d'abord ces paroles :

La mer a couvert des terrains immenses. . . . Le* lits profonds it cotfU'Vaget qu'on trouve en Tourainc et eittews ne peuvent

y «voir iti Jipotè* «pie par la mer.

Oui, si ces lits de coquillages existent en effet : mais le critique devait savoir que l'auteur lui - même a découvert ou cru découvrir que ces lits réguliers de coquillages n'existent point, qu'il n'y en a nulle part dans le milieu des terres; mais, soit que le critique le sût, soit qu'il ne le sût pas, il ne devait pas imputer , généralement parlant, des couches de coquilles supposées régulièrement placées les unes sur les autres à un déluge universel qui aurait détruit toute régularité : c'est ignorer absolument la physique.

Il uc devait pas dire :

le déluge universel ut raconté par Moue avec le contentement ie toutes les nations.

i". Parce que le l'enlalcnquc fut long -temps ignoré, non - seulement des nations, mais des Juifs eux-mêmes ;

a°. Parce qu'on ne trouva qu'un exemplaire de la loi au foud d'un vieux coffre, du temps du roi Josias;

3*. Parce que ce liwe fut perdit pendant la captivité ;

4". Parce qu'il fut restauré par Esdraji ;

5*. Parce qu'il fut toujours inconnu à tout autre nation jusqu'au temps de la traduction des Septante;

6*. Parce que , même depuis la traduction attribuée aux Scptaule, nous n'avons pas uu seul auteur parmi les gentils qui cite un seul tmdroit de ce livre, jusqu a Longio qui vivait sous l'empereur Aurélicn ;

(*) L'ibbé François , inteur d'un ttrr* ëtuolomeut ignoré •notre ceux que, <Unt la ucruue*, ou appelle iiIkm. àsh*hn,

aaatcrialUte* , ele , etc. , exe

. Ce livre et iatilakiPi cuves in U rtligujm de notrtSeig»*-r

Htm-Christ.

7°. Parce que nulle, aufrc nation; n'a. jamais admis ua déjuge univers* l jusqu'aux métampcphos*s d'Ovide, ai o/wwïQW dan* Ovide il i»o s'è>ud qu'à UMcdterranéc;

S*. Parce que saint Augustin avoue expressément q i» kdéluga vai%vs sel fut ignoré 4* 4>Mt» l'antiquité^

9'. Parce que le pwuwt déluge dqv* U ea* que*-, lion ebet les gentils est celui dont pw|e Bûosç, cl qu'il fixe à quatre mille quatre cenU au» environ avant «pire ère vulgairt» j ce déluge ne s'étendit que yers le Pont-Euxiu;

io«. l'arec qu'enfin il no nous est re«té aucun monument d'un déluge universel chez aucune uatioa» du monde.

Il faut ajouter à toutes ces raisons que le critique s'a pas seulement compris l'état de la question. Il ('agit uniquement de savoir si nous avons des preuves physiques que la mer ait abandonné successivement plusieurs terrains : et sur cela M. l'abbé François dit des injures à des nommes qu'il ne peut ni connaître Hi entendre. 11 eût mieux valu se taire et ne pas grossir la foule des mauvais livres.

Second* ignorance.

La oitme critique, pour appuyer de vieilles idées assez universellement méprisées, mais qui n'ont pas le plus léger rapport à Moise, s'avise de dire,

Qui Bérose est parfaitement d'accord avec juVuc dan* II nombre des générations avant U déluge (a).

Remarque!, mon cher lecteur, que ce Bérose est celui-là môme qui nous apprend que le poisson Oannès sortait tous les jours de l'Euphratc pour venir prêcher les Cbaldécns, et que le même poisson écrivit avec une de tes arêtes un beau livre sur l'origine des choses. Voilà l'écrivain que II. l'abbé François prend pour le garant de Moise.

Troisième ignorance.

JV'ejt- il pat eemttanl qu'un grand nombre de familles européennes, transplantées dan» Ut eétet d'Afrique, y tant deve-

poy\b).

Monsieur l'abbé, c'est le contraire qui est constant. Vous ignorez que les nègres out le rctiailum mucofum noir, quoique je l'aie dit vingt fois. Sachez que vous auriez beau faire des cnfnns en Guinée , vous ne feriez jamais que des Wclchcs qui n'auraient ni cette belle peau noire huileuse, ni ces lèvres noires et lippues, ni ces yeux ronds, ni cette laine frisée sur la tête, qui font la difFciencc spécifique des nègres. Sachez que voire famille welche, établie en Amérique, aura toujours de la barbe, tandis qu'aucun Américain n'en aura. Après cela, tirez -vous d'affaire comme vous pourrez avec Adam et Eve.

Quatrième ignorance.

L« plut idiot tu dit peint, moi pied, moi ttte, moi main ; i tmt donc qu'il y a ai lut quelque eW qui «'approprie tttm eorp« [c).

Hélas! mon cher abbé, cet idiot bc dit pas uoa !>)u«, moi âme.

WPig.6. — (t) Pi*3«5.

PtHLOfeOPftlQqE. CO?

Que, pouvez-vous oooclure, vous et lui ? qu'il dit, mon pied, parce qu'on peut l'en priver; car alors il no marchera plus; qu'il dit, ma Utc; on peut la lui couper j| alors il ne pensera plus. lié bien, que s'< suit-il ? ce n'ost pas ici une ignorance des faite.

Cinquième ignorance.

Qu'est-ce que ceMckhoro qui t'était emparé du pay s de Gedl plaisant Dieu que le Dieu de Jérémie devait faire enlever pour itre traîné en captivité (d).

Ah, ah! monsieur l'abbé, vous faites le plaisant! Vous demandez quel est ce Melchom : je vais vous le dira. Melk ou Melkom signifiait le Seigneur, ainsi qu'Adoni ou Adonaî, Baal ou Bel, Adad ou Shadai, Eloi ou Éloa. Presque tous les peuples de Syrie donnaient de tels noms à leurs dieux. Chacun avait son seigneur, son protecteur, son dieu. Le nom même de fehova était un nom phénicien et particulier; témoin i, antérieur certainement à Moise ; té-

Nous savons bien que Dieu est également le dieu, le maître absolu des Egyptiens et des Juifs, et de tous les hommes, et de tous les mondes; mats ce n'est pas ainsi qu'il est représenté quand Moise parait devant Pharaon. Il ne lui parle jamais qu'au nom du Dieu des Hébreux , comme un ambassadeur apporte les ordres du roi son maître. Il parie si peu au nom du maître de toute la nature, que Pharaon lui répond : Je ne le connais pas. Moise fait des prodiges au nom de ce Dieu, mais les sorciers de Pharaon font précisément les mêmes prodiges au nom des leurs. Jusquelà tout est égal : on combat seulement à qui sera le plus puissant, mais non pas à qui sera le seul puissant. Enfin le Dieu des Hébreux l'emporte de beaucoup ; il manifeste une puissance beaucoup plus grande, mais non pas une puissance unique. Ainsi, humainement parlant, l'incrédulité de Pharaon semble très-excusable. C'est la même incrédulité que cdlo de Montezuma devant Cortex, et d'Atabalipa devant les Pizaro.

Quand Josné assemble les Juife :

Choitisttt, leur dit-il (e), ce qu'il vous plaira, ou let dieux eua-queU ont servi voe peVei dam la Mésopotamie, «a let dieux dot Jmorrictsu aux paye desquels vaut habite* : mai» pour ce oui est de moi et de ma maison , nous serviront AdonaL

Le peuple s'était donc déjà donné é. d'autres dieux et pouvait servir qui il voulait.

Quand la famille de Michas, dans Epbraim, prend un prêtre lévite pour servir un dieu étranger (fj ; quand toute la tribn de Dan sert le même dieu que la famille de Michas; lorsqu'un petit- fils même de Moïse se fait prêtre de ce dieu étranger pour de l'argent, personne n'en murmure : chacun a son dieu paisiblement ; et le petit-fils de Moise est idolâtre sans que personne y trouve à redire; donc alors chacun choisissait sou dieu local , son protecteur.

Les mêmes Juifs, après la mort de Gédéon , adorent Baal-Bérit, qui signifie précisément la même

(e) Page to. — (d) Pifje ao.

(et Jemui, ch. XXIV, t. il — (f) Jugei, ch. XVII et XVII t

chose qu Addnai, lë Seigneur, le p iferWur : ils < gent Je protecteur.

Adonai , du temps de Josué , se rend maître des montagnes (>/) ; mais il ne peut vaincre les babhans des vallées, parce qu'ils avaient des chariots armes de faux.

Y a-t il rien cjui ressemble plus à un dieu local, qui est puissant en un lieu , et qui ne l'est point en un autre?

Jcphté, 61s de Galaad et d'une concubine, dit aux Moabiles :

Ce que voire dieu Chôma» poetiàt ne «ou ett-U pat dû de droit.' Et et que 1* notre l'eit acquit par iet victoire* ne ioit-il pat être a noiu(fc)?

Il est donc prouvé invinciblement que les Juifs grossiers , quoique choisis par le Dieu de l'univers , le regardèrent pourtant comme un dieu local , un dieu particulier, tel que le dieu dea Ammonites, celui des Moabitcs , celui des montagnes , celui des vallées.

Il est clair qu'il était malheureusement indiffèrent au petit-fils de Moïse de servir le dieu de Micbas ou celui de son grand-père. 11 est clair, et il faut en convenir, que la religion juive n'était point formée; qu'elle ne fut uniforme qu'après Ksdras; il faut encore en excepter les Samarilaiu».

Vous pouvez savoir maintenant ce que c'est que le seigneur Mclcbom. Je ne prends point son parti, Dieu m'en garde; mais quand tous dites que c'était « un plaisant dieu que Jérémic menaçait de mettre en esclavage, » je vous répondrai, monsieur l'abbé : De votre maison de verre, vous ne devriez pas jeter des pierres à celle de votre voisin.

C'étaient les Juifs qu'on menait alors en esclavage à Babvlonc ; c'était le bon Jérémie lui-même ■ju'on accusait d'avoir clé corrompu par la cour de Babvlonc , et d'avoir prophétise pour elle ; c'était lui qui était l'objet du mépris public, et qui finit, à rc qu'on croit , par être lapidé par les Juifs Croyez -moi, ce Jérémic n'a jamais passé rieur.

Le dieu des Juifs,, encore une fois, est le dieu de toute la nature. Je vous le redis afin que vous n'en prétendiez cause d'ignorance, et que vous ne me défériez pas a votre officiai. Mais je vous soutiens que les Juifs grossiers ne connurent très-souvent qu'un dieu local.

Sixième ignorance.

JtVeef pat naturel d'attribuer le» maria aux pkatm J* ta km t. Ce ne font pat le* grande* marées en pleine lune qu'on mt> tribut aiu-r phaift de cette planète

Voiri des ignorances d'une antre espèce.

Il arrive quelquefois à certaines gens d'être si 1 teux du rôle qu'ils jouent dans le monde, que ils veulent se déguiser en beaux esprits, et tantôt en philosophes.

Il faut d'abord apprendre à monsieur l'abbé que rien n'est plus naturel que d'attribuer un effet à ce qui est toujours suivi de cet effet. Si un tel veut est tou-

(a)Jeau«,«fc«p. XVU.v. i0. — (fc) Juge*, ehep. XJ.

blOtlONNAlKE

jours" suivi de la pluie, il esf naturel d'attribuer la pluie au vent. Or, sur toutes les cotes de l'Océan , les marées sont toujours plus fortes dans les sigigées de la lune que dans ses quadratures. ( Savez-vons ce que c'est que sigigées, syzygief ?)'La lune retarde tous les jours son lever; la marée retarde aussi tous les jours. Plus la lune approche de notre xénith, plus la marée est grande; plus la lune approche de son périgée, plus la marée s'élève encore. Ces expérience* et beaucoup d'autres, ce* rapports continuels avec les phases de la lune , ont donc fondé l'opinion ancienne et vraie, que cet astre est une principale cause du flux et du reflux.

Après tant de siècles, le grand Newton est venu. Connaissez-vous Newton ?avez-vons jamais oui dire qu'ayant calculé le carré de la vitesse de la lune autour de son orbite dans l'espace d'une minute, et ayant divisé le carré par le diamètre de forbite lunaire, il trouva que le quotient était quinze pieds, que de là il démontra que la Inné gravite vers la terre trois mille six cents fois moins que si elle était près delà terre; qu'ensuite il démontra que sa force attractive est la cause dos trois quarts de l'élévation de la mer au temps du reflux, et que la force du soleil fait l'élévation de l'autre quart ? Vous voilà tout étonné; vous n'avez jamais rien lu de pareil dans le Pédagogue chrétien. Tâchez dorénavant, vous et les loueurs de chaises de votre paroisse, de ne jamais parler des choses dont vous n'avez pas la plus légère idée.

Vous ne sauriez croire quel tort vous faites à la religion par votre ignorance, et encore plus par vos raisonnemens. On devrait vous défendre d'écrire .> vous et à vos pareils, pour conserver le peu de foi qui reste dans ce monde.

Je vous ferais ouvrir de grands yeux, si je vous disais que ce Newton était persuadé et a écrit que Samuel est l'auteur du Pcntatcuquc. Je ne dis pas qu'il l'ait démoutré comme il a calculé la gravitation. Mais apprenez à douter , et soyez modeste. Je crois au Pcntatcuquc, entendez- vous; mais je crois que. vous avez imprimé des sottises énormes.

Je pourrais transcrire ici un gros volume de vos ignorances, et plusieurs de celles de vos confrères; je ne m'en donnerai pas la peine. Poursuivons no

SECTION II

Les ignorances.

J'ignore comment j'ai été formé, et comment je suis ué. J'ai ignoré absolument peudant le quart de ma vie les raisons de tout ce que j'ai vu, entendu cl senti ; et je n'ai été qu'un perroquet sifflé par d'autres perroquets.

Quand j'ai regardé autour de moi et dans moi, j'ai conçu que quelque chose existe de toute éternité ; puisqu'il y a des êtres qui sont actuellement, j'ai conclu qu'il y a uu être nécessaire et nécessairement éternel. Ainsi, le premier pas que j'ai fait pour sortir de mon ignorance, a franchi les borne* de tous le* siècles.

Mais, quand j'ai voulu marcher dans cette carrière fofinic ouverte devant moi, je n'ai pu ni trouver uo seul sentier, ni découvrir pleinement un seul objet ; et, du saut que j'ai fait pour contempler l'éternité, je suis retombe* dans l'abîme do mon ignorance.

J'ai vu ce qu'on appelle de la matière depuis l'étoile Sirius, et depuis celle de la voie, tactee, aussi éloignées de Sirius que cet aslrc l'est de nous, jusqu'au dernier atome qu'on peut apercevoir avec le miscroscope, et j'ignore ce que c'est que la matière.

La lumière qui m'a fait voir tous ces êtres m'est inconnue; je peux, avec le secours du prisme, analomiscr cette lumière, 'et la diviser en sept faisceaux 4e rayons, mais je ne peux diviser ces faisceaux; j'ignore de quoi ils sont composés. La lumière tient 4e la matière, puisqu'elle a un mouvement, et qu'ell* frappe les objets; mais elle ne tend point vers un «entre comme tous les autres corps; au contraire, elle s'échappe invinciblement du centre , tandis que toute matière pèse vers son centre. La lumière parait pénétrable, et la matière est impénétrable. Cette lumière est-elle matière? ne l'cst-clle pas ? qu'ost-clle ? de quelles innombrables propriétés peut -elle Être revêtue ? je l'ignore.

Cette substance si brillante, si rapide et si inconnue, et ces autres substances qui nageut dans l'immensité de Espace, sont-elles éternelles comme elles semblent infinies? je n'en sais rien. Un itre nécessaire, souverainement intelligent, les a-uil créées de rien, ou les a-t-il arrangées? a-t-il produit cet ordre dans le temps ou avant le temps? Hélas* qu'estce que ce temps même dont je parle? je ne puis le définir. O Dieu, il fout que tu m'instruises, car jo ne suis éclairé ni par les ténèbres des autres hommes , ni par les miennes.

Qui es-tu , toi , animal à deux pieds sans plumes comme moi-même, que jcNois ramper comme moi sur ce petit globe? Tu arraches comme moi quelques fruits à la boue qui est notre nourrice commune. Tu vas à la selle, et tu penses ! Tu es sujet à toutes les maladies les plus dégoûtantes, et tu as des idées métaphysiques ! J'aperçois que la nature t'a donné deux espèces de fesses par devant, et qu'elle me les a refusées : elle t'a percé au bas de ton abdomen un si vilain trou, que tu es porté naturellement à le cacher. Tautôt ton urine, tantôt des animaux pensans sortent par ce trou; ils nagent neuf mois dans use liqueur abominable entre cet égoût et un autre cloaque, dont les immondices accumulées seraient capables d'empester la terre entière; et cependant ce sont ces deu\ trous qui ont produit les plus grands événemens. Troie périt pour l'un, Alexandre et Adrien ont érigé des temples à l'autre, l. âmc immortelle a donc son berceau entre ces deux cloaques! Vous me dites, madame, que cette descriptiou n'est ni dans le goût de Tibulle, ni dans celui de Quiuauld; d'accord, ma bonne; mais je ne sois pas en humeur de te dire des

Les souris, les taupes ont aussi leurs deux uv», pour lesquels ils n'ont jamais fait de pareilles extravagances. Qu'importe à l'Être des êtres qu'il y ail dçs nous ou comme des sonrisj sur ce

globe qui roule dans l'espace avec tant brables globes?

Pourquoi sommes - nous ? pourquoi y a-t-il des êtres?

Qu'est-co que le sentiment? comment l'ai-jc reçu? quel rapport y a-t-il entre l'air qui frappe mon oreille et le scniimcul du son ? entre ce corps et le sentiment des couleurs '.' je l'ignore profondément , et je l'ignorerai toujours.

Qu'est-ce que la pensée? où résidc-t-cllc ? comment se formc-t-cllc ? qui me donne des pensées pendant mon sommeil ? est-ce eu vertu de ma volonté que je pense ? .Mais toujours pendant le sommeil, et souvent pendant la veille, j'ai des idées malgré moi. Ces idées long-temps oubliées, longtemps reléguées dans l'arriére - magasin de mon cerveau, en sortent sans que je m'en mêle, et se présentent d'elles-mêmes à ma mémoire, qui fesait de vains efforts pour les rappeler.

Les objets extérieurs n'ont pas la puissance de former eu moi des idées, car on ne donne point ce qu'on n'a pas; je scus trop que ce n'est pas moi qui me les donne, car elles naissent sans mes ordres. Qui les produit en moi ? d'où viennent-elles ? où vontelles? Fantômes fugitifs; quelle main invisible vous produit et vous fait disparaître ?

Pourquoi, seul do tous les aniiuaux, l'homme a-til la rage de dominer sur ses semblables ?

Pourquoi, cl comment s'est -il r,J fairc 4ue» *ur cent milliards d hommes, il y en ait ce plus dequalrevingt-dix-neuf immolés à celte rage ?

Comment la raison est-elle un dou si précieux que nous ne voudrions le perdre pour rien au monde ? El comment celle raison n'a -t -elle servi qu'à nous rendre presque toujours les plus malheureux do tous les Cires?

D'où v ient qu'aimant passionnément la vérité, nous nous sommes toujours îivrês aur. plus grossières impostures ?

Pourquoi cette foule d'Indiens trompée et asservie par des bornes, écrasée par le descendant d'un Tartare, surchargée de travaux, gémissant dans la misère, assaillie par les maladies, en butlc à tous les fléaux , aime-t-clle encore la vie ?

D'où vient le mal, et pourquoi le mal existc-t-il ?

O atomes d'un jour, ô mes compaguous dans l'infinie petitesse, nés comme moi pour tout souffrir et pour tout ignorer, y en a-t-il parmi vous d'assez fous pour croire savoir tout cela ? jNon, il n'y en a poiut ; non, dans le fond de votre cœur vous sentez votre néant comme je rends justice au mien. Mais vous êtes assez orgueilleux pour vouloir qu'on embrasse vos vains systèmes; ne pouvant cire les tyrans de nos corps, vous prétendez être les tyrans de no* âmes.

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