‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 335 sur 551 · INNOCENS · texte numérisé non relu

INNOCENS

Quand on parle du massacre des innocens, on n'entend ni les vêpres siciliennes, ni les matines de Paris, connues sous le nom de Saint -Barthélcmi, ni les habitans du nouveau monde, égorgés parce qu'ils nVlaicnt pas chrétiens, ni les auto da fé d*Kspagnc et de Portugal, etc., etc., etc., en entend d'ordinaire les petits enfans qui furent lues dans la banlieue de Bethléem par ordre dWéroie le Grand, et qui furent ensuite transportés .1 Cologne, où l'on en trouve encore.

Toute l'église grecque a prétendu qu'ils étaient an nombre de quatorze mille.

Les difficultés élevées par lis critiques sur ce point d'histoire ont toutes été résolues par les sages et sa vans commentateurs.

On a incidente sur l'é.'oile qui conduisit les mages du fond do l'orient » Jérusalem. On a dit que, le voyage étant long, l\ loilc avait du paraître <brl longtemps sur l'horizon ; que cependant aucun historien , excepté saint Mathieu , n'a jamais parlé de ce' ta étoile extraordinaire; que, si elle avait brill-' s* longtemps dans le ciel, Uérode et oulc sa cour, cl tout Jérusalem, devaient l'avoir apeiruc aussi -bhn que ces trois mages ou ces trois rois; que par conséquent Hérodc n'avait pas pu s'informer diligemment de ces rois en quel temps ils avaient vu celte étoile; que, v ces trois rois «vaicnl fait des pré sens d'or, de myrrhe, et d'encens à l'enfant nouveau-né, ses parens auraient dû être fort riches; qu'Hérode n'avait pas pu croire que cet enfant né dans une établc à Bethléem fut roi des Juifs, puii-jue ce royaume appartenait aux Romains, et était un don de César; que, si trois rois des Indes venaient aujourd'hui en France, conduits par une étoile, et s'arrêtaient cher, une femme de Vaugirard, on ne ferait pourtant jamais croire au roi régnant que le fils de cette villageoise fût roi de France.

On a répondu pleinement à ces difficultés, qui sont les préliminaires du massacre des innocens, et on a fait voir que ce qui est impossible aux hommes n'est pas impossible à Dieu.

A l'égard du carnage des petits enf.uis, soit que le nombre ait été de quatorze mille, ou plus ou moins grand , on a démontré que cette horreur époivvantablc et unique dans le monde n'était pas incompatible avec \c caracttre d'Hérode; qu'à la vérité, ayant été confirmé roi de Judée par Auguste , il ue pouvait rien craindre d'un enf.tnt né de parens obscurs et pauvres dans un petit village; mais qu'étant attaqué alors de la maladie dent il mourut, il pouvait avoir le sang tellement corrompu qu'il en eût perdu la raison et l'humanité; qu'enfin tous ces événemens incompréhensibles , qui préparaient des mystères plus incompréhensibles, étaient dirigés par une Providence impénétrable.

On objecte que l'historien Joscphc , presque contemporain, et qui a raconté toutes les cruautés d'Hérode, n'a pourtant pas plus parlé du massacre des

DICT.? Mlfc

petits enfans que de l'étoile des trois rois ; que ni Philou le Juif, ni aucun autre Juif, ni aucun Romain n'en ont rien dit ; que mCme trois évangélistes ont gardé un profond silence sur ces objets importais. On répond que saint Matthieu les a annoncés, et que le témoignage d un homme inspiré est plus fort que le silence de toute la terre.

Les censeurs ne se sont pas rendus; ils ont osé reprendre saint Matthieu lui-n.èmt sur ce qu'il dit que ces enfans furent massacrés, a afin que les paroles do Jércinie fussent accomplies. Une voit s'est entendue dans lia ma, une voix, de pleurs et de gémissemens, Kachcl pleurant ses fils et ne se consolant poiut, parce qu'ils ne sont plus. »

Ces paroles historiques, disent-ils, s'étaient accomplies à la lettre dans la tribu de Benjamin , descendante de Racbel , quand Nabuzardan fil périr une partie de cette tribu vers la ville de Rama. Ce n'était pas plus une prédiction, disent-ils, que ne lo sont ees mots, « il sera appelé Nazaréen. Et il vint demeurer dans une ville nommée Nazareth , afin que s'accomplit ce qui a été dit par les prophètes, il sera appelé Nazaréen. » Ils triomphent de ce que ces mots ne se rouvent dans aucun prophète, de même qulls triomphent de ce que Rachcl pleurant les Bcnjamitcs dans Rama n'a aucun rapport av«jc le massacre des innocens sons Hérodc.

Ils osent prétendre que ces deux allusions, étant visiblement fausses, sont une preuve manifeste de la fausseté de cette histoire; ils concluent qu'il n'y eut ni massacre des enfans, ni étoile nouvelle , ni voyage des trois rois.

Ils vont bien plus loin; ils croient trouver une contradiction aussi grande entre le récit de saint Matthieu et celui de saint Luc, qu'entre les deux généalogies rapportées par eux (*). Saint Matthieu dit que Joseph et Marie transportèrent Jésus en Egypte, de crainte qu'il ne lût enveloppé dans le massacre. Saint Luc au contraire dit : « Qu'après avoir accompli toutes les cérémonies de la loi, Joseph et Marie retournèrent à Nazarcti. , lour ville , et qu ils allaient tous les ans a Jérusalem pour célébrer la p;lqne. »

Or il fallait trente jours avant qu'une accouchée se purifiât cl accomplît toutes les cérémonies de la loi. COU été exposer pendant ces trento jours l'entiur a périr dans la proscription générale. Et si ses parens allèrent à Jérusalem accomplir les ordonnances de la loi , ils n'allèrent donc pas eu Egypte.

Ce sont la les principales objections des incrédules. Elles sont assez réfutées par la croyance des églises grecque cl latine. S'il fallait continuellement vclaircir les doutes de tous ceux nui lisent l'Ecriture, il faudrait passer «a vie entière <• disputer sur tous les articles. Kapportous-nous-en plutôt o nos maîtres, à l'université de .Salan:an<|iic quand nous serons eu Espagne , à celle de Coi m lire si nous sommes en Portugal , a la Sorhonuc en France , à la sacrée congrégaiion dans Home. Soumettons - nous toujours

de cœur et d'esprit à ce qu'on etige de notre bien.

Page 1