‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 336 sur 551 · INOCULATION · texte numérisé non relu

INOCULATION

(•) t-Vycs l'article Cogrr*M>icrioi.

Ou insertion de lù petite vénfa (<r).

On dit doucement daus 1 Europe chrétienne qui les Anglais «ont des fous et des enragés ; des fous, parco qu ils donnent la petite vérole à leurs enfant* pour les empêcher de l'avoir ; des enragés, parc* qu'ils communiquent de ghielé de cœur à ces enfans nne maladie certaine et afficnro, dans k vue de prévenir un mal incertain. Les A. glais de leur côté disent que les autres Europe**!* «ont des lâches et des dénaturés; ils sont biches eu ce qu'ils craignent de faire uu peu de mai à leurs enfant; dénaturés, en ce qu'il* les exposent à mourir un jour de la petite vérole. Pour juger laquelle des deux nation* a raison, voici l'histoire de celle fameuse insertion , dont on parle en France avec laut d'effroi.

Los femmes de Circassie sont de temps immémorial dans l'usage de donner la petite vérole à leurs eufans, mCmc à l'Age de six mois, en leur fesaut une incision au bras , et en insérant dans cette incision une pustule qu'elles ont soigneusement enlevée dn corps d'un autre enfant. Cette pustule fait dans ht bras où elle est insiuuéc l'effet du levain dans un morceau de pâte; elle y fermonte et répand dans la masse du sang les qualités dont elle est empreinte. Los boutons de l'enfant à qui l'on a donné cette polit» vérole artificielle, servent a porter la même maladie à d'autres. C'est une circulation presque continuelle en Circassie ; ot , quand malheureusement il n'y a point de petite vérole dans le pays, on est aussi embarrassé qu'on l est ailleun dans une mauvaise année.

Ce qui a introduit en Circassie celte coutume, qui parait si étrauge à d'autres peuples, est pourtant une cause commuue à tous ies peuple* do la terre; c'est la teudrotsc maternelle et l'intérêt. Les Circassicns sont pauvres et leurs Slle* sont bélier; aussi cosout elles dont ils font le plut Je trafic. Ils fournissent de beautés les harems du grand-seigneur , du sopbi de Perso, et de ceux qui sont assez riches pour acheter et pour entretenir cette marchandise précieuse. Ils élèvent ces filles en tout bien et en tout honneur i caresser les hommes, à former des danses pleines de lascivclc et de mollesse, à rallumer, par lous les artifices les plus voluptueux , le goilt des mai très dédaigneux à qui elles sont destinées. Ces pauvres créatures répètent tous les jours leurs leçons avec leur mère, comme nos petites filles répètent leur catéchisme, sans y rien comprendre. Or il arrivait souvent qu'un père et une mère , après avoir pris bien des peines pour donner une bonne éducation a lour* enfans , se voyaient tout d'un coup frustrés de leur espérance. La petite vérole se mettait daus la famille, une fille en mourait, une autre pcrd4.il un œil, une troisième relevait avec un gros nez , et les pauvres gens étaient ruinés sans ressource. Souvent

(n) OU fui écrit en 1727. Araii l'auteur fui le | Fran*.- qui parla de r insertion de la petite «ctole ou *armlt, 1 il fui le premier <j«u «cm il uu U c,rav>uii«a.

quand la petite vérole devenait épidémique, le commerce était interrompu pour plusieurs année»; ce fui causait une notable diminution daus les sérails de Perse et de Tunjaie.

Une nation commerçante est toujours fort alerte sur ses intérêts, et uc néglige ricu des connaissances qui peuvent être utiles à son négoce. Les Circassiens s'aperçurent que sur nulle personnes il s'en trouvait à peine une seule qui fut attaquée deux fuis d'une petite vérole bien complète -, qu i la vérité on essuie quelquefois trois ou quatre petites véroles légères , maïs jamais deux qui soient decidtet et dangereuses ; qu'en un mot, jamais ou ira véritablement cette maladie deux fois eu sa vie. 11; remarquèrent encore que quand les petites véroles sont très-béuignes, et que leur éruption ne trouve à percer qu'une peau délicate et fine, elles ne laissent aucune impressiou sur le visage. De ces observations naturelles ils conclurent que, si un enfant de six mois, ou d'un au, avait une petite vérole bénigne, il n'eu mourrait pas, i> n'en serait pas marqué , et aérait quitte de cette maladie pour le reste de ses jours. U restait donc, pour conserver la vie et la beauté de leurs enfant, de leur donner la petite vérole de bonne heure : c'est «e que l'on fit en insérant dans le corps d'un enfant un bouton que l'on prit de ht petite vérole la plus complète, et en même temps la plus favorable qu'on put trouver. L'expérience ne pouvait pas manquer de réussir. Les Turcs, qui sont gens scuscs, adoptèrent bientôt après cette coutume; et aujoiird bui il u'y a point Je bâcha dans Constantinople qui ne donne la petite vérole à son fils et à sa fille en les fesant sevrer.

Quelques gens prétendent que les Circassiens prirent autrefois cette coutume des Arabes; mais nous laissons ce point d'histoire à éclaircir par quelque xténédîcïîn qui ne manquera pas de composer làdessus plusieurs volumes iiê-(«!io avec les preuves. Tout ce que j'ai à dite sur ccuc matière, c'est que, dans le commencement du règue de George I, madame de Wortley H!orttaigu, une des femmes d'Angfc'.crre qui a le plus d'esprit et le plus de force dans l'esprit, étant avec son mari en ambassade à Constantinople, s'avisa de donner sans scrupule la petite ▼érolc à un enfan! dont elle était accouchée en ce pays. Son chapelain eut beau lui dirp (|ue cette expérience n'était pon; chrétienne et ue pouvait réussir que chez, des infidèles , lo fils de madame Wortley s'en trouva à merveille. Cette dame, de retour .i Londres, fit part de son expérience à la princesse de Galles qui es aujourd'hui reine. Il faut avouer que, titres et couronnes à part, cette princesse est née pour encourager tous les arts et pour faire du bi?n aux hommes; c'est on philosophe aimable sur L trône : elle n'a jamais perdu ni une occasion de s'instruire, ni une occasion d'exercer sa générosité. Ccst elle qui , ayant entendu dire qu'une fîMc de Nikon rivait encore, et vivait dans la misère, lui envoya surle-champ un préseni considérable ; c'est elle qui protège le savant père Conraycr ; c'est elle qui daigna tire la médiatrice entre le docteur Clarke et "M. Leib* qu'elle «ut entends parler de l'inoculation

ou insertion de la petite vérole, elle ea fit faire l'épreuve sur quatre criminels condamnés à mort à qui elle sauva doublement la vie; car uoo seulement elle les tira de la potence, mais, à 1a faveur de celte petite vérole artificielle, clic prévint la naturelle qu'ils auraient probablement eue , et dont ils seraient morts dans un âge plus avancé. La princesse , assurée de l'utilité du celte épreuve, fil inoculer ses enfuis. L'Angleterre suivit sou exemple, et depuis ce dix mille enfansde famille, au moins, doivent la vie à la reine et à madame Vortlcy Monta igu ; ut autant de filles leur beauté.

Sur cent personnes dans le monde , soixante au moins out la petite vérole ; do ces soixante dix au meurent dans les années les plus favorables, et dix en conservent pour toujours de fâcheux restes. Voilà donc la cinquième partie des hommes que cette maladie lue ou enlaidit sûrement. De tous ceux qui sont inoculés en Turquie ou en Angleterre, aucun ne meurt, s'il n'est infirme et condamné à mert d'ailleurs. Personne n'est marqué , aucun n'a la petite vérole une seconde ibis , supposé que l'inoculation ait été parfaite. 11 est donc certain que, si quelque ambassadrice française avait rapporté ce secret de Constantinople à Paris, elle aurait rendu un service éternel à la nation. Le due de Vilkquicr , père du duc d'Aumont d'aujourd'hui, l'homme de France le mieux constitué et le plus sain, ne serait pas mort A ta fleur de son Age; le prince de Soubise, qui avait ht santé la plus brillante, n'aurait pas été emporté à TAge de vingt-cinq ans ; Mo Rseigneur, grand-père de Louis XV, n'aurait pas été enterré dans sa cinquantième année. Vingt mille hommes , morts à Paris de la petite vérole en 1 7?3, vivraient encore. Quoi donc! est-ce que les Fiançais n 'aiment point la vie? est-ce que leurs femmes ne se soucient point de leur beauté ? En vérité nons sommes d'étranges gens ? Peut-être dans dix ans prendra4-on cette méthode anglaise, si les curés et les médecins le permettent ; ou bien les Français dans trois mois se serviront de l'inoculation par fantaisie, si les Anglais s'en dégoûtent par inconstance (&).

J'apprends que depuis cent ans les Chinois sont dans cet usage; c'est un grand préjugé que l'exemple d'une nation qui passe pour être la plus sage et U mieux policée de l'univers. U est vrai ijuc Jes Cbiao» s'y prennent d une façon différente : ils ne fout point d'incision, ils font prendre la petite vérole par le nez comme du tabac en pondre ; celle façon est pins agréable, nuis elle revient au même, et sert également à confirmer que, n' on avait pratiqué l'inoculation en France, on aurait sauvé U rie à des milliers

U y a quelques années qu'an ; ayant la ce chapitre, et se trouvant dans un canton de l'Amérique où la petite vérole exerçait des ravages affreux, s'avisa de faire inoculer tous les petits saoqu'ïl baptisait; il. 1» durent ainsi la vie pré-

0>) Jmqu'ici ce chapitre cat tire d'an* lettre Le renés

•ente et la vie éternelle. Quels dons pour des vages!

Un évêque de Worccster a depuis peu prêché a Londres l'inoculation ; il a démontré en citoyen combien cette pratique avait conservé de sujets a l'état; il l'a recommandée en pasteur charitable. On prêcherait à Paris contre cette invention salutaire , comme on a écrit vingt ans contre les expériences de Newton ; tout prouve que les Anglais sont plus philosophes et plus hardis que nous. Il faut bien du temps pour qu'une certaine raison et un certain courage d'esprit franchisse le pas de Calais.

11 ne faut pourtant pus s'imaginer que depuis Douvres jusqu'aux îles Orcadcs on ne trouve que des philosophes; l'espèce contraire compose toujours le grand nombre. L'inoculation fut d'abord combattue à Londres : et long-temps avant que l'évéque de Worccster annonçât cet évangile en chaire, un curé s'était avisé de prêcher contre; il dit que Job avait été inoculé par le diable. Ce prédicateur était fait pour être capucin; il n'était guère digne d'être né en Angleterre. Le préjugé monta donc eu chaire le premier, et la raison n'y monta qu'ensuite : c'est la marche ordinaire de l'esprit humain (i)

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