INQUISITION
SECTION FIEMIERE.
C'est une juridiction ecclésiastique érigée par le siège de Rome en Italie, en Espagne, en Portugal, aux Indes même, pour rechercher cl extirper les infidèles, les Juifs et les hérétiques.
Afin de n'être point soupçonnés de chercher dans le mensonge de quoi rendre ce tribunal odieux, donnons ici le précis d'uu ouvrage latin sur l'origine et le progrès de l'ofliec de la sainte inquisition, que Louis de Paramo, inquisiteur dans le royaume de Sicile , fit imprimer l'an i58g » l'imprimerie royale de Madrid.
Sans remonter à l'origine de ( inquisition que Pa-
ramo prétend découvrir dans la manière dont il est dit que Dieu procéda contre Adam et Êvc , bornonsnous à la loi nouvelle, dont Jésus-Christ, selon lui, fut le premier inquisiteur. Il en exerça les fonctions des le treizième jour de a naissance, en fesant annoncer à la ville de Jérusalem par les trois rois mages qu'il était venu au monde, et depuis en fesant mourir Hérode rongé de vers, en chassant les vendeurs du temple, et enfin en livrant la Judée à des tyrans qui la pillèrent en punition de son infidélité.
Apres Jésus-Christ saint Pierre, saint Paul, et les autres apôtres ont exercé l'office d'inquisiteur, qu'ils ont transmis aux papes et aux évéques leurs successeurs. Saint Dominique, étant venu en France avec l'évéque d'Osma. dont il était archidiacre, s'éleva avec zèle contre les Albigeois, et se fit aimer de Simon, comte de Montfort. Ayant été nommé par le pape inquisiteur en Languedoc, il y fonda son ordre, qui fut approuvé en I a 16 par Honorius III : sous les auspices de sainte Madclaiue, le comte de Montfort prit d'assaut la ville de Béziers, et en fit massacrer tous les habitans; à Laval on brûla en une seule fois quatre cents Albigeois. Dans tous les historiens de l'inquisition que j'ai lus, dit Paramo, je n'ai jamais vu un acte de foi aussi célèbre, ni un spectacle aussi solennel. Au village de Cazeras ou en brûla soixante, et dans un autre endroit cent quatre-vingts.
L'iuquisition fut adoptée par le comte de Toulouse en 1x29, «* confiée aux dominicains par le pape Grégoire IX en ia33; Innocent IV, en ta5t, l'établit dans toute l'Italie, excepté à Naplcs. Au commencement à la vérité les hérétiques n'étaient point soumis dans le Milanais à la peine de mort, dont ils sont cependant si dignes, parce que les papes n'étaient pas assez respectés de l'empereur Frédéric qui possédait cet état ; mais peu de temps après ou brûla les hérétiques à Milau, couuic dans les autres endroits de l'Italie, et notre auteur observe que, l'an 1 3 1 5, quelques milliers d'hérétiques s'étant répandus dans le Crémasquc, petit pays euclavé daus le Milanais, les frères dominicains en firent brûler la plus grande partie , cl arrêtèrent par le feu les ravages de cette peste.
Comme le premier canon du concile de Toulouse, dès Tan i aap, avait ordonné au\ évéques de choisir en chaque paroisse un prêtre et deux ou trois laïques de bonne réputation, lesquels fesaient sonnent de rechercher exactement et fréquemment tes hérétiques daus les maisons, les caves et tous les lieux ou ils se pourraient cacher et d'en avertir promptement l'évoque, le seigneur du lieu ou son bailli, après avoir pris leurs précautions afin que les hérétiques découverts ne pussent s'enfuir, les inquisiteurs agissaient daus ce temps -là de concert avec les évéques. Les prisons de l'évéque et de l'inquisition étaient souvent les mêmes; et, quoique dans Te cours de la procédure l'inquisiteur pût agir en son nom, il ne pouvait sans l'interveution de l'évéque faire appliquer à la question, prononcer sentence définitive, ni condamner à la prison perpétuelle, etc. Les disputes fréquentes entre les évéques et les inquisiteurs sur les limites de leur autorité , sur les dépouilles des condamnés, etc., obligèrent en 1743 le pape Sixte IV à rendre les in-
quisitions indépendantes et séparées des tribunaux des évéques. Il créa pour l'Espagne un inquisiteur général muni du pouvoir de nommer des inquisiteurs particuliers, et Ferdinand V en 1478 fonda et dota les inquisitions.
A la sollicitation de frère Turrccremata , grandinquisiteur en Espagne, le même Ferdinand V, surnommé le Catholique, bannit de son royaume tous les Juifs, en leur accordant trois mois, à compter de la publication de son édit, après lequel temps il leur était défendu sous peine de la vie de se retrouver sur les terres de la domination espagnole. Il leur était permis de sortir du royaume avec les effets et marchandises qu'ils avaient achetés, mais défendu d'emporter aucune espèce d:or ou d'argent.
Le frère Turrecreraata appuya cet edit dans le diocèse de Tolède par une défense à tous chrétiens , sous peine d'excommunication , de donner quoi que ce soit au* Juifs, m*me des choses les plus nécessaires à la vie.
D'après ces lois il sortit de la Catalogue, du royaume d'Aragon , de celui de Valence? et des autres pays soumis à la domîuation de Ferdinand , environ un million de Juifs , dont la plupart périrent misérablement ; de sorte qu'ils comparent les maux qu'ils souffrirent en ce temps - là à leurs calamités sous Tite et sous Vespasien. Cette expulsion des Juifs causa à tous les rois catholiques une joie incroyable.
Quelques théologiens ont blâmé ces édits du roi d'Espagne; leurs raisons principales sont qu'on ne doit pas conlraiudrc les infidèles à embrasser la foi de Jésus-Christ, et que ccsi notre religion.
Mais ces argumens sont bien faibles, et je 1 dit Paramo, que l'édit est pieux, juste et louable, la violence par laquelle on exige des Juifs qu'ils se convertissent n'étant pas une violence absolue, mai» conditionnelle, puisqu'ils pouvaiont s'y soustraire en quittant leur patrie. D'ailleurs ils pouvaient gâter les Juifs nouvellement convertis, et les chrétiens même; or, selon ce que dit saint Paul (<?) , quelle communication peut-il y avoir entre la justice et l'iniquité , entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus-Christ et BéUal ?
Quant à la confiscation de leurs biens, rien déplus juste, parce qu'ils les avaient acquis par des usures envers les chrétiens, qui ne fesaient que reprendre ce qui leur appartenait.
Enfin par la mort de notre Seigneur les Juifs sont devenus esclaves; or tout ce qu'un esclave possède appartient à son maître : ceci soit dit en passant contre les injustes censeurs de la piété, de la justic. irrépréhensible et de la sainteté du roi catholique.
A Sévillc, comme on cherchait à faire un exemple de sévérité sur les Juifs, Dieu, qui sait tirer le bien du mal, permit qu'un jeune homme qui attendait une fille vît par les fentes d'une cloison une assemblée de Juifs, et qu'il les dénonçât. On se saisit d'un grand
de ces
cl on les punit con
(•) VL Gsrint, cfaap. VI, v. i< et 1 5-
ils le méritaient. En vertu do divers édits des d'Espagne et des inquisiteurs géaéraux et particulier* établis dans ce royaume, il y eut aussi en fort peu da temps environ deux mille hérétiques brûlés à Séville, et plus de quatre mille de l'an 1482 jusqu'à i5ao. Une infinité d'autres furent condamnés a la prison perpétuelle, ou soumis à des pénitences de difl'érens genres. Il y. eut nue si grande émigration qu'on y comptait cinq cents maisons vide», et dans le diocèse trois mille, et en tout il y eut plus ae cent mille hérétiques mis à mort, ou punis de quelque autre maniera , ou qui s'expatrièrent pour éviter le châtiaient. Ainai ees pères pieux firent un grand carnage du hérétiques.
L'établissement de l'inquisition a Tolède fut un* source féconde da biens pour l'église catholique. Dans le court espace de deux ans, elle fît brûler cinquante-deux hérétiques obstinés, et deui cent vingt furent condamnés par contumace : d'où l'on peut conjecturer de quelle utilité cette inquisition a été depuis qu'elle est établie, puisqu'on si peu de temps elle avait fait de si grandes choses.
Dès le commencement du quinzième siècle le pape Bonifecc ÏX tenta vainement d'établir l'inquisition dans le royaume de Portugal , où il créa le provincial des dominicains , Vincent de Lisbonne , inquisiteur général'. Innocent VU , quelques années après, ayant nommé inquisiteur le minime Didacus de Sylva, le) roi Jean 1 écrivit à ce pape que l'établ ssement de l'inquisition dans son royaume était contr ire au bien de tes sujets , a ses propres intérêts 01 peut- être même a ceux de la religion.
Le pape, touché par les représedtationa d'un prince trop facile, révoqua ton* le* pouvoir» accordés anx inquisiteurs Nouvellement établis, et autorisa Marc, évéque de Sinigaglil, A absoudre les accusés, ce qn il fit. On rétablit daus l*ur» charges et dignités «eux qui en avaient été privés, et ou délivra coup de gens de la crainte de voir leurs biens
llsqttè».
Mais que le Soigneur est admirable dans ses toiest continue Paramo ; ce que lel souverains pontifes n'avaient pu o bleuir par tant d'instarces , le roi Jean III l'accorda de lui-même à un fripon adroit, dont Dieu 8e servit pour cette bonne oanvre. En effet, les ntécbans sont souvent des instrument utile» dea desseins de Dieu, et il ne réprouve pas ee quil» font de bien; cest ainsi que (h) Jean, disant A noire Seigneur Jésus-Christ : Maître, nous avons vu un homme qui n'est point votre disciple et qui chassait les démons en votre nom , et noua l'en avoue empêché. Jésus lui répondit : Ne Tc'n empêchez pas; car celui qui fait des miracles en mon nom ne dira point de mal de moi ; et celui qui n'est pas contre tous est
niCTlORNAIHK
Paramo raconte ensuite qu'il a vu, dans la bibliothèque de Saint-Laurent à l'Êscuriol, un écrit de la propre main de Saavedra , par lequel ee fripon explique en détail qu'ayant fabriqué nne (aime bulle»
{») Mare, eliap. IX , «\ 3?, 3«.
H fit son entrée à Sévillc en qualité de légat, avec un cortétje de cent vingt- six domestique» j qu'il tira treise mille ducats de» héritiers d'an» riche 1 du pays pendant le» vingt jour» qu'il y demeura da le palais de l'archevêque, en produisant une obligation contrefaite de pareille somme que ce seigneur reconnaissait avoir empruntée du légat pendant sou séjour à home} et qu'enfin , arrivé à Badajoz, le roi Jean 111 , auquel il fit présenter do busses lettres du pipe, lui permit d'établir de» tribunaux de l'inquisition dans le» principales ?i!le» du royaume.
Ces tribunaux commencèrent tout de suite à exercer leur juridiction , et il se fit un grand nombre de condamnation» et d exécutions d hérétiques relaps et de» absolution» d hérétiques péniicna. Six mois s'étaient ainsi passés lorsqu'on reconnut la vérité de ce mot de l'évangile (c) : Il n'y a rien de caché qui ne se découvre. Le marquis de Villeneuve de Barcarotla, seij^neur espagnol, secondé par le gouverneur de Mora, enleva lo fourbe, et le conduisit a Madrid. On le fit comparaître par-devant Jean de Tavcra , archevêijuu de Tolède. Ce prélat, étonné de tout ee qu'il apprit de la fourberie et de l'adresse du taux légat, envoya toutes le» pièces da procès au pape Paul III, aussi-bien que le» actes dea inquisitions que Saavedra avait établie», et par lesquelles il paraissait qu'on avait condamné et jugé déjà un grand nombre d'hérétiques, et que ce fourbe avait cktorqné plus de
Le pape ne pot s'empêcher de reconnaître dans tout cela le doigt de Dieu et nn mirade.de sa provi» dence; aussi forma t-il la congrégation de eu tribunal sous le nom de Saint-Office en 1 545, et Sixte V la confirma en i588.
Tous les auteurs sont d'arcoro avec Paramo sur Cet établissement de l'inquisitioc en Portugal ; lo seul Antoine de Sousa, dans »cs Aphorixmcs des inquisiteur», révoque en doute l'histoire de Saavedra, sous prétexte qu'il a fort bien pu s'accuser lui-mémo sans être coupable, en considération de la gloire qui devait lui en revenir, et dans l'espérance de vivre dan* la mémoire des hommes. Mai» Sousa, dans le ré** qu'il substitue a celui de Paramo , se rend suspec* lui-nv'me de mauvaise foi en citant deux bulles de Paal H!, et deux autre» du mène pape au cardinal Henri, frère du roi; bull-ts que Sousa n'a point frit imprimer dans son ouvrât*», et qui ne so trouvent dans aucune des collections de bulles apostoliques; deux raison» décisives de rejeter son senu m cm et de s'en tenir é celui de Paramo, d'Hie»ca»,d« Salasar, de Mendoça, de rcruandèt, de Placeminus, etc.
Quand les Espagnols passèrent en Amérique, il*
t.l.jiMi-M' ;mx Indes ft'i s ; tôt qu'elle fut autorisé* à Lisbonne ; c'est ce qui fhit dire à Louis de Paramo , dans sa préface , que cet arbre florissant et wrt « étendu ses racines et ses brandtctxtans le monde un , tier, et a porté les fruits les plus doux.
l'our nous former actuellement quelque idée de la jurisprudence de l'inquisition et de la forme de sa
PHTLOSOl'HIQDl
aux tribunaux dvib,j le Directoire de* inquisiteurs , que Nicolas £j marie, grand inquisiteur dans le royaume d'Aragon ton ie milieu du quatorzième siècle , composa ca latin, et adroits aax inquisiteurs ses confrères, on vertu 4c
Peu de tempe après l'invention de l'imprimerie, on donna à fiareelonue ane édition de cet «ouvrage , qui *c répandit bientôt dan* toute» les inquisitionsdu monde chrétien. Il en parut tu» seconde à Home en 1 578, iu-folio* avec des scoliee et des commentaires de rYaoyois Pcgua, docteur en théologie et cano-
Yoici l clogc qu'eu fait cet éditeur dans son épilrc dédicatoire au papa Grégoire XIII t « Tandis que les princes chrélieus s'occupent de toutus parts à combattre par las armes les ennemis de la religion catholique , et prodiguent le saug de leurs soldats pour soutenir l'unité de l'église c* l'autorité du siège apostolique, il est aussi des écrivons xclés qui travaillent dans l'obscurité, ou à réfuter les opinions des novateurs, ou à armer et a diriger la puissance des lois contre leurs personnes , afin que la sévérité des peines et la graudeur des supplices, les contenant dans les,, bornes du devoir, fasse sur eux ce que n'a pu (aire 1 amour de ia vertu.
« Quoicjuo j'occupe ta dernière place parmi ces défenseurs de la religion, je suis cependant animé du même zèle pour réprimer l'audace impie des novateurs et leur horrible méchanceté. Le travail que je vous présente ici sur le Directoire des inquisiteurs eu sera la preuve. Cot ouvrage de Nicolas Eymerie, respectable par son antiquité, contient un abrégé des principaux dogmes de la foi, et une instruction très-suivie et très-méthodique aux tribunaux de la sainte inquisition sur les moyens qu'ils doivent employer pour contenir et extirper les hérétiques. C'est pourquoi j'ai ont devoir en (aire hommage à votre sainteté , comme au chef de la république chrétienne. M
Il déclase tilleul qu'il le fait réimprimer pour l'instruction des inquisiteurs ; que cet ouvrage est aussi admirable que respectable, ot qu'on y enseigne avee autant de piété que d'érudition les moyens de coutenir et d'extirper lec hérétiques. Il avoue cependant qu'il a beaucoup d'autres pratiques utiles cl sages pour losquellea il renvoie a l'usage, qui instruira mieux que les leçons, d'autant plus qu'il y a eu ce genre certaines eheso? qu'il est important de ne point divulguer, et qui sont assez connues des inquisiteurs. 11 cite ça et la une infinité d'écrivains qui tous ont suivi la doctrine du Directoire; il se plaint même que plusieurs en ont profité sans faire honneur à Eymeric des belles choses qu'ils lui dérobaicut.
Mettons-nous à l'abri d'un pareil reproche en indiquant exactement ce que uous emprunterons de l'auteur et de I éditeur. Fymeric dit, page 58 : La commisération pour les enfaus du coupable qu'on réduit à la mendicité ne doit point adoucir celte sévérité, puisque, par les lois divines et humaines, les enfiins sont punis pour les fautes de leurs pères.
Page 1 a3. Si une accusation in
de toute apparence de vérité , il ne ftmt pas pour
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oc qu'où ne découvre pas dans un ttmps se découvre dans uu autre.
Page -SOI. H mut qae Pioquisftcor oppose des ruses à celles des hérétiques, afin de river leur clou par un autre , et de pouvoir leur dire ensuite avec l'a pot re (.<) : Comme j'étais fin, je vous ai pris par finesse.
Page 096. On pourra lire le procès verbal a !*acensé , en supprimant absolument les noms des dénonciateurs, et alors cYst a l'iccujé à conjecturer qui sont ceux qui ont formé contre M «Mies et telles accusations, à les récuser, ou à 'nfirmer !<î".r témoignage : c'est la méthode que l'on observe communément. Il ne faut pas que les accusés s'imsgimmt qu'on admettra facilement la récusation des témoins en m*i:cre d'hérésie : car il n'importe que les témoins soient gens de bien ou infâmes, complices du même crime, excommuniés, hérétiques ou coupables en qnclquc manière que ce soit , ou parjures , etc. C'est re qui a été réglé en faveur de la foi.
Page 3o2. L'appel qu'un accusé fait de l'inquisiteur n'empêche pas celui-ci de demeurer jug<' contre lui sur d'autres chefs d'accusation.
Page 3 1 3. Quoiqu'on ait supposé dans la formule de la sentence de torture qu'il y avait variation daus les r ponacs de l'accusé, cl d'autre part indices suflisans pour l'appliquer a la question , cas deux conditions ensemble ne sont pas nécessaires, elles sutliscui réciproquement l'une sans l'autre.
Pcgna nous apprend , scolic 1 1 8 , livre III, que les inquisiteurs n emploient ordinairement que cinq espèces de tournions dans la question, quoique Marsilius fasse mention de quatorze espèces, et qu'il ajoute même qu'il en a imaginé d'autres, comme la soustraction du sommeil, eu quoi il est approuve par Grillaitdus et par Locatus.
Eymcric continue, page 3 10. Il faut bien prendre garde d'insérer, dans la formule d'absolution, que' I accusé est innocent, mais seulement qu'il u'y a pas de preuves suffisantes con're lui ; précaution qu'on prend afin que, si dans la suite I accusé qu'on absout était remis en cause, l'absolution qu'il reçoit ne puisse pas lui servir de défense.
Page 3t»4. On prescrit quelquefois ensemble l'abjuration et la purgalicn canonique. C'est ce qu'on fait, lorsqu'à la mauvaise réputation d'un homme eu matière de doctrine, il se joint des indices considérables qui, s'ds étaient un peu plus forts, tcudraienl à le convaincre d'avoir effectivement dit ou fait quelque chose contre la foi. (.'accusé qui est dans ce cas est obligé d abjurer toute hérésie en général ; et alors , s'il retombe dans quelque hérésie que ce soit, même distinguée de celles sur lesquelles il avait été suspect , il est puni comme relaps , et livré au bras séculier.
Page 33 1 . Les relaps, lorsque la rechute est bien constatée, doivent être livrés à la justice séculière,
p. XI! , v. 16.
quelque protestation qu'ils fassent pour l'Avenir, et quelque repentir qu'ils témoignent. L inquisiteur fera donc avertir la justice séculière qu'un te) jour, à telle heure et dans un tel lieu on lui livrera un hérétique, et Ton fera annoncer au peuple qu'il ait à se trouver à la cérémonie, parce que l'inquisiteur fera un sermon sur la foi, et que les assista» y gagneront les indulgences accoutumées.
Ces indulgences sont ainsi énoncées après la for- ' mule de sentence caatre l'hérétique pénitent : l'inquisiteur accordera quarante jours d'indulgence à tous les assistans, trois ans à ceux qui ont contribué à la capture, à l'abjuration, à la condamnation, etc., de l'hérétique , et enfin trois ans aussi «Je la part de notre saint père le pape, à tous ceux qui dénonceront quelque autre hérétique.
Page 33a. Lorsque le coupable aura été livré à la justice séculière , celle-ci prononcera sa sentence, et le criminel sera conduit au lieu du supplice : des personnes pieuses l'accompagneront, l'associeront à leurs prières , prieront avec lui et ne le quitteront point qu'il n'ait rendu son Ame à son créateur. Mais elles doivent bien prendre garde de rien dire ou de rien faire qui puisse hâter le moment de sa mort, de peur de tomber dans l'irrégularité. Ainsi on ne doit point exhorter le criminel » monter sur l'échaftud, ni à se présenter au bourreau, ni avertir celui-ci de disposer les instrumens du supplice , de manière que la mort s'ensuive plus promptement cl que le patient ne languisse point, toujours à cause de lirrégularité.
Page 335. S'il arrivait que l'hérétique, prêt à tMre attaché au pieu pour être brûlé , donnât des signes de conversion, on pourrait peut-être le recevoir par grâce singulière , et l'enfermer entre quatre murailles comme les hérétiques pénitens, quoiqu'il ne faille pas ajouter beaucoup de foi à une pareille conversion, et que cette indulgence ne soit autorisée par aucune disposition du droit ; mais cela est fort dangereux : j'en ai vu un exemple à Barcelonnc. Un prêtre, condamné avec deux autres hérétiques impénitens et déjà au milieu des flammes, cria qu'on le retirât, et qu'il voulait se convertir : ou le retira en effet déjà brûlé d'un côté ; je ne dis pas qu'on ait bien ou mal fait : ce que je sais, c'est que quatorze ans après ou s'aperçut qu'il dogmatisait encore, et qu'il avait corrompu beaucoup de personnes ; on l'abandonna donc une autre fois à la justice, et il fut brûlé.
Personne ne doute, dit Pcgna, scolic 47, qu'il ne faille faire mourir les hérétiques ; mais on peut demander quel genre de supplice il convient d'employer. Alphonse de Castro , livre 11 , de la ju<te punitinn i/rt hérétique*, pense qu'il est asscs indifférent de les foire périr par l'épée, ou par le feu, ou par quelque autre supplice; mais HostiensisGoJofrédus, Covarruvias, Simancas, Boxas, etc., soutiennent qu'il faut absolument les brûler. En effet , comme le dit très- bien Hosticnsis, le supplice du feu est la peine duc à l'hérésie. On lit dans saint Jean (e) : Si quelqu'un ne demeure pas en moi , il sera jeté dehors comme un sarment et il séchera, et on le ramassera
Chap. XV, v. 6.
pour le jeter au leu et le brûler. Ajoutons, continua Pegnn, que la coutume universelle de la république chrétienne vient à l'appui de ce sentiment. Simancas et Roxas décident qu'il faut les brûler vifs ; mais U y a une précaution qu'il faut toujours prendre en les brûlant, c'est de leur arracher la langue ou de leur fermer la bouche, afin qu'ils ne scandalisent pas les assistans par leurs impiétés.
Enfin, page 36g, Eymeric ordonne qu'en matière d'hérésie on procède tout uniment sans les criaillcries des avocats et sans tant de solennités dans les jugemens; c'est-à-dire , qu'on rende la procédure la plus courte qu'il est possible en retranchant les délais inutiles, en travaillant à instruire la cause, même dans les jours où les autres juges suspendent leurs travaux ; en rejetant tout appel qui ne sert qu'à éloigner le jugement; en n'admettant pas une multitude inu. tilc de témoins, etc.
Cette jurisprudence révoltante n'a été que restreinte en Espagne et en Portugal , tandis que l'inquisition même vient enfin d'être entièrement supprimée à Milan (i).
SECTION tU.
L'iSQUismos est, comme on sait, une invention admirable et tout-à-fait chrétienne pour rendre le pape et les moines plus puissans, et pour rendre tout un royaume hypocrite.
On regarde d'ordinaire saint Dominique comme le premier à qui l'on doit celte sainte institution. En effet nous avons encore ut<e patente donnée par ce grand saint , laquelle est conçue en ces propres mots : « Moi, frère Dominique, je réconcilie à 1 église le nommé Roger , porteur des présentes , à condition qu'il se fera fouetter par un prélre trois dimanches consécutifs depuis l'entrée de la ville jusqu'à la porte de l'église, qu'il fera maigre toute sa vie, qu'il jeûnera trois carêmes dans l'année , qu*:l ne boira jamais de vin, qu'il portera le san-benite avec des croix , qu'il récitera le bréviaire tous les jours , dix puter dans la journée , et vingt à l'heure de minuit , qu'il gardera désormais la continence, et qu'il se présentera tous les mois au curé de sa paroisse, etc.; tout cela sous peine d'être traité comme hérétique, parjure et impénitent. »
Quoique Dominique soit le véritable fondateur de l'inquisition , cependant Louis de Paramo , l'un des plus respectables écrivains et l'une des plus brillantes
(i) KUe vii-nt de I tère en Sicile et dans U Toscane : Uenc» e» Venise ont la faibles* de la conserver; mais on De lui Lime aucune actis ilé. Elle subsiste, nui mm pouvoir, dans 1rs étal» île la maison Je .' a» oie. I* gloire d'abolir ce monument odieux du fanatisme cl dr la barbarie de nos pères n'a encore tenté aucun souverain pontife. L'inquisition de Rame est l'objet du mépris de l'Europe, et même des Romains, depuis son absurde procédure contre Galilée. La noblesse avi^nonaise permet i ce tribu ■ nal d'exister daiu uo coin de la Franc*, et, coolente «le n'as avoir rien a craindre, elle n'est point sensible à U honte de porter cj joug monastique. En Espagne et en Portugal, l'inquisition devrnuc moin* atroce a repris tout son pouvoir; eue menace da la prison et de 1a confine»! ion quioon<|ue oserait tertrr de ta tt quelque bien à ce» malheureuses contrées.
lumière* du saint-office, rapporte, au titre second de son second livre, que Dieu fut le premier instituteur du saint-office, et qu'il exerça le pouvoir des frères prêcheurs contre Adam. D'abord Adam est cité au tribunal : Adam, ubi a? et en effet, ajoute-t-il, le défaut de citation aurait rendu la procédure de Dieu nulle.
Les habits de peau que Dieu fil à Adam et à Eve furent le modèle du san-benito que le saint-office fait porter aux hérétiques. 11 est vrai que par cet argument on prouve que Dieu fut le premier tailleur; mais il n'est pas moins évident qu'il fut le premier inqui-
Adam fut privé de tous les biens immeubles qu'il possédait dans le paradis terrestre; c'est de là que le saint-office confisque les biens de tous ceux qu'il a
Louis de Paramo remarque que les babitans du Sodome furent brûlés comme hérétiques, parce que la sodomie est une hérésie formelle. De là il passe à l'histoire des Juifs; il y trouve partout le saintoffice.
Jésus-Christ est le premier inquisiteur de la nouvelle loi; les papes furent inquisiteurs de droit divin, et enfin ils communiquèrent leur puissance à saint Dominique.
U fait ensuite le dénombrement de tous ceux que l'inquisition a mis à mort; U en trouve beaucoup au delà de cent mille.
Son livre fut imprimé en i589 à Madrid, avec l'approbation des docteurs, les éloges de l'évêque et le privilège du roi. Nous ne concevons pas aujourd'hui des horreurs si extravagantes à la fois et si abominables; mais alors rien ne paraissait plus naturel et plus édifiant. Tous les hommes ressemblent à Louis de Paramo quand ils sont fanatiques.
Ce Paramo était uu homme simple, très-exact dans les dates, n'omettant aucun fait intéressant, et supputant avec scrupule le nombre des victimes humaines que le saiut-officc a immolées dans tous les pays.
11 raconte avec la plus grande naiveté l'établissement de l'inquisition en Portugal, et il est parfaitement d'accord avec quatre autre» historiens qui ont tous parlé comme lui. Voici ce qu'ils rapportent
Établissement curieux de l'inquisition en Portugal.
Il y avait long-temps que le pape Bonifacc IX, au commencement du quinzième siècle, avait délégué des frères prêcheurs qui aUaicut en Portugal de ville en ville brûler les hérétiques, 1er musulmans, et les Juifs; mais ils étaient ambulans, et les rois même se plaignirent quelquefois de leurs vexations. Le pape Clément Vil voulut leur donner un établissement fixe en Portugal comme ils en avaient en Aragon et en Castillc. Il y cul des difficultés entre la cour de Rome et celle de Lisbonne, les esprits saigrirent, l'inquisition en souffrait, et n'était point établie par-
En 1 5 '.'j il parut à Lisbonne un l*'«»t du pape, qui
était venu, disait-il, pour établir la sainte inquisition sur les fondemens inébranlables. Il apporte au roi Jean III des lettres du pape Paul III. U avait d'autres lettres de Rome pour les principaux officiers de la cour; ses patentes de légat étaient dûment scellées et signées; il montra les pouvoirs les p us amples de créer un grand inquisiteur et tous les juges du saint office. Cétait un fourbe, nommé Saavcdra, qui savait contrefaire toutes les écritures, fabriquer et appliquer de faux sceaux et de fau .< cachets. 11 avait appris ce métier à Rome, et s'y était perfectionné à Séville dont il arrivait avec deux autres fripons. Son train était magnifique, il était composé de plus de cent vingt domestiques. Pour subvenir à cette énorme dépense, lui et ses confidens empruntèrent à Séville des sommes immenses au nom de la chambre apostolique de Rome; tout était concerté avec l'artifice le plus éblouissant.
Le roi de Portugal fut étonné d'abord que le pape lui envoyât un légat a litlcre sans l'en avoir prévenu. Le légat repondit fièrement que dans une chose aussi pressante que l'établissement fixe de l'inquisition, sa sainteté ne pouvait souffrir les délais, et que Je roi était assez honoré que le premier courrier qui lui en apportait la nouvelle fût un légat du saint père. Le roi n'osa répliquer. Le légat dès le jour même établit un grand inquisiteur, envoya partout recueillir des décimes; et, avant que la cour put avoir des réponses de Rome, il avait déjà fait brûler deux cents personnes et recueilli plus de denx cent mille écus.
Cependant le marquis de Villauova , soigneur espagnol de qui le légat avait emprunté à Séville une somme très-considérable sur de faux billets, jugea à propos de se payer par ses mains, au lieu d'aller se compromettre avec le fourbe à Lisbonne. Le légat fesait alors sa tournée sur les frontières de l'Kspagnc. Il y marche avec cinquante hommes armés, l'enlève et le conduit à Madrid.
La friponnerie fut bientôt découverte à Lisbonne, le conseil de Madrid condamne !c légat Saavedra au fouet et à dix ans de galères; mais ce qu'il y eut d'admirable, c'est que le pape Paul IV confirma députe tout ce qu'avait établi ce fripon ; il rectifia par la plénitude de sa puissance divine toutes les petites irrégularités des procédures, et rendit sacré ce qui avait clé
• lit. KM?
Voilà comme l'inquisition devint sédentaire à Usbonne, et tout le royaume admira 1» Providence.
Au reste on connaît assez toutes les procédures de ce tribunal; on sait combien elles soot opposées à la fausse équité et à l'aveugle raison de tous les autres tribunaux de l'univers. On est emprisonné sur la simple dénonciation des personnes les plus infâmes; uu fils peut dénoncer son porc, une femme son mari ; on n'est jamais confronté devant ses accusateurs, les biens sont confisqués au profit des jugns; c'est ainsi du moins que l'inquisition s'est conduite jusqu'à nos jours : il y a là quelque chose de divin; car il est incompréhensible que les hommt'> aient souffert ce joug patiemment
Enfin le comte d'Aranda • été béni de l'Europe entière on rognant les griffes et en limant les dents du .; mais il