‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 346 sur 551 · JOSEPH · texte numérisé non relu

JOSEPH

L'histohe de Joseph, à ne la considérer que comme un objet de curiosité et de littérature , est un des plus précieux monumons de l'antiquité qui soient parvenus jusqu'à nous. Elle paraît C'tre le modèle de tous les écrivains orientaux; elle est plus attendris sante que l'Odyssée d'Homère; car un hère? qui par. donne est plus touchant que celui qui se verpe.

Nous regardons les Arabes comme les premiers auteurs de ces fictions ingénieuses qui ont passé dam toutes les langues; mais je ne vois chei eux aucune aventure comparable à celle de Joseph. Presq"e toul en est merveilleux , et la fin peut faire répandre des larmes d'attendrissement. Ccst un jeune homme de seitc ans dout ses frères sont jaloux ; il est vendu par .•ux à une caravane de marchands ismaélites, conduit en Egypte, et acheté par un eunuque du roi. Cet eunuque avait une femme, ce qui u'est poiut du tout étonnant ; le kislar-aga, eunuque parfait, à qui on a tout coupé , a aujourd'hui un sérail a Constantinoplc: ou lui a laissé ses yeux et ses mains, et la nature n'a point perdu ses droits dans son cœur. Les autres euuuques, à qui on n'a coupé que les deux accompagnemeus de l'organe de la génération , emploient encore souvent cet organe; et Putiphar , à qu Joseph lut vendu, pouvait très- bien être du nombre de ces eunuques.

La femme de Putiphar devint amoureuse du jeune Joseph , qui , Gdèlc à son maître et à son bienfaiteur, rejette les empressemens de cette femme. Elle en est irritée, et accuse Joseph d'avoir voulu la séduire. Cest l'histoire d'Hippolyte et de Phèdre, de Bcllérophon et de Sténobée, d'Hébrus et de Damasippc, de Tantis et de Péribée , de Myrtile et d'Hippodamic, de Péléc et de Dcmcnette.

Il est difficile de savoir quelle est l'originale de toutes ces histoires; mais, chex les anciens auteurs arabes, il y a an trait, touchant l'aventure de Joseph et de la femme de Putiphar, qui est fort ingénieux. L'auteur suppose que Putiphar, incertain entre sa femme et Joseph , ne regarda pas la tunique de Joseph, que sa femme avait déchirée, comme une preuve de l'attentat du jeune homme. Il y avait un eufaut au beresau dans la chambre de sa femme ; Joseph disait qu'elle lui avait déchiré et ôté sa tunique en présence de l'enfant; Putiphar consulta l'enfant, dont l'esprit était fort avancé pour son «go; l'enfant dit à Putiphar : Regardez si la tunique est déchirée par-devant ou par-derrière; si elle l'est pardevant , c'est une preuve que Joseph a voulu prendre par force votre femme qui se défendait; si elle l'est par-derrière, c'est une preuve que votre femme courait après lui. Putiphar, grâce au génie de cet enfant, reconnut l'innocence de son esclave. Cert ainsi une

DtCT. rut,

cette aventure est rapportée daag t'Alcoran d'après l'ancien auteur arabe. Il ne s'embarrasse point de nous instruire à qui appartenait l'enfant qui jugea avec tant d'esprit : si c'était un fils de la Putiphar, Joseph n'était pas le premier à i|ui cette femme en avait voulu.

Quoi qu'il m soit, Josepn , selon la Genèse, est mis en prison, et il s'y trouve ni compagnie de l'échan on cl du patictier du roi d'Egypte. Ces deux prisonniers d'état révent tous deux pondant la nuit : Joseph explique leurs songes; il leur prédit que dans trois jours lYclianson rentrera en gràr.c, et que le pan-.-ticr scia pendu; ce qui ne manqua pas d'arriver

Deux ans après, le roi d'Egypte rêve aussi; son échanson lui dit qu'il y a un jeune Juif en prison , qui c*t le premier nomme du monde pour l'intelligence des rêves : le roi fait venir le jeune homme, qui lui prédit sept années d'abondance, et sept années de stérilité.

Interrompons un pou tri le lit de l'histoire, pour voir de quelle prodigieuse antiquité est l'interprétation des songes. Jacob avait vu eu songe l'échelle mystérieuse au haut de laquelle était Dieu lui-même : il apprit en songe une méthode de multiplier li s troupeaux; méthode qui n'a jamais réussi qu'à lui. Joseph lui-même avait appris par un songe qu'il dominerait un jour sur ses frères. Abimélec, long-temps auparavant, avait été averti en songe que Sar» était femme d'Abraham (*).

Revenons à Joseph. Dès qu'il eut expliqué le songe de Pharaon , il fut sur le-champ premier ministre. On doute qu'aujourd'hui ou trouvât un roi, même en Asie, qui donna une telle charge pour un rêve expliqué. Pharaon fit épouser à Joseph une fille de Putiphar. Il est dit que ce Putiphar était grand-prêtre dllcliopolis; ce n'était «loue pas l'eunuque , SOU premier maître; ou, si c'était lui, il avait encore certainement un autre titre que celui de grand-prêtre, et sa femme avait été mère plus d'une fois.

Cependant la famine arriva comme Joseph l'avait prédit ; cl Joseph , pour mériter les bonnes grâces de sou roi, força tout le peuple à vendre ses terres à Pharaon, et toute la nation se fit esclave pour avoir du blé-. Ccst là apparemment l'origine du pouvoir despotique. Il faut avouer que jamais roi n'avait fait un meilleur marché; mais aussi le peuple ne devait guère bénir le premier ministre.

Enfin, le père et les frères de Joseph eurent aussi besoin de blé; car la famine dmolail w.'r.r.i tonte U terre. Ce u'esl pas la peine de racouter ici comment Joseph reçut ses frères, comment il leur pardonna et les enrichit. On trouve dans cette histoire tout ce qui constitue un poème épique intéressant, exposition, nœud , reconnaissance , péripétie et merveilleux : rien n'est plus marqué au coin du génie oriental.

Ce que le bon homme Jacob , père de Joseph , répondit à Pharaon doit bien frapper ceux qui savent lire. Quel âge avci-vous? lui dit le roi. J ai ccut trente ans, dit le vieillard , et je n'ai pas eu encore un jour heureux dans ce court pèlerinage.

V»je* Songes, twtio» tu de i'-rtVlt- r«M«*viirr.ES.

JUDEE.

Je n'ai pas eié eo Judée, Dieu merci) et je n'irai jamais. J'ai vu des gens de toutes nations qui eo sont revenus : ils m'ont tons dit que la situation de Jérusalem est horrible; que tout le pays d'alentour est pierreux; que les montagnes sont pelées; que le fameux fleuve du Jourdain u'a pas plus de quarantecinq pii-ds de largeur; que le seul bon canton de ce pays est Jéricho : enfin, ils parlent tous comme parlait saint Jérôme, qui demeura si long-temps dans Bethléem, et qui peint cette coutiee comme le rebut de la nature. Il dit qu'en été il n'y a pat seulement d'eau à boire. Ce pays cependant devait paraître aux Juifs un lieu de délices en comparaison de» déserti dont ils étaient originaires. Des misérables qui auraient quitté les Landes pour habiter quelques montagnes du Lampourdan, vanteraient leur uouveau séjour; et, s'ils espéraient pénétrer jusque dans les belles parties du Languedoc , ce serait là pout eux la terre promise.

Voilà précisément l'histoire des Juifs; Jéricho et Jérusalem sont Toulouse et Montpellier, et le désert de Sinai est le pays entre Bordeaux et Bayonne.

Mais si le Dieu qui conduisait les Juifs voulait leur donner une bonne terre, si ces malheureux avaient en effet habité l'Egypte, que ne les laissait-il en Egypte? a cela on ne répond que par des phrases théolo^iques.

La Judée, dit -on, était la terre promise. Dieu dit à Abraham : h Je vous donnerai tout ce pays depuis le fleuve d'Egypte jusqu'à l'Euphratc (t). »

Hélas ! mes amis, vous n'avez jamais eu ces rivages fertilos de l'Euphrate et du Nil. On s'est moqué do vous. Los maîtres du Nil et de l'Euphratc ont été tour à tour vos maîtres. Vous avci "été presque toujours esclaves. Promettre et tenir sont deux, mes pauvres Juifs. Vous aver. un vieux rabbin qui, en lisant vos sages prophéties , qui vous annoncent une terre de miel et de lait, s Y cria qu on vous avait promis plus de beurre que de pain. Savex-vous bien que, si le grand-turc m'Offrait aujourd'hui la seigneurie de Jérusalem, je n'en voudrais pas.

Frédéric III, en voyant ce détestable pays, di* publiquement que Moïse étaît bien mal avisé d'y mener sa compagnie de lépreux; que n'allait-il à Naples? disait Frédéric. Adieu , mes chers Juifs ; je suis fAché que terre promise soit terre perdue.

(Par le baron de Baooxxjis) (♦).

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