JUIFS
SECTION FXEMIÈBE.
Vous m'ordonnez ( i ) de vous foire un tableau fidèle de l'esprit des Juifs et de leur histoire; et, sans
{a)Oeoeee,cbap. i5,v. 18.
(») Il e>t tria-rmi que le baron de Kroulaos, dont l'auteur emprunte ici le nom, avait demeuré long-temps en Palestine, et qu'il raconta tous ces détail» à M. de Voltaire, en convenant avec loi aux Délices , moi étant prêtent ( >'ote de Wagaière. )
(i) L'auteur adresse ici la parole h madame la i
entrer dans les voies ineffables de la Providence, vous cherchez dans les mœurs de co peuple la source des événemens que cette Providence a préparés.
Il est certain que la nation juive est la plus- singulière qui jamais ait été du us le monde. Quoiqu'elle soit la plus méprisable aux yeux de la pokbqne, elle est, à bien des égards, considérable aux jeux de la philosophie.
Le: Guèbres, les Banians et les Juife sont les seuls peuples qui subsistent dispersés, et qui, n'ayant d'alliance avec aucune nation, se perpétuent au milieu des nations étrangères, et soient toujours à part do reste du monde.
Les Guèbres ont été autrefois infiniment plus considérables que les Juifs , puisque ce sont des restes des anciens Perses, qui curent les Juifs sous leur domination ; mais ils ne sont aujourd'hui répam'os que dans une partio de l'orient.
Les Banians, qui descendent des anciens peuples chez qui Pytbagore puisa sa philosophie, n'exictent que dans les Indes et en Perse ; mais les Juifs sont dispersés sur la surface de toute la terre: et, s'ils se rassemblaient, ils composeraient une nation beaucoup plus nombreuse qu'elle ne le fu* jamais dans le court espace ou ils furent souverains de la Palestine. Presque tous les peuples qui ont écrit l'histoire de leur origine ont voulu la relever par des prodiges : tout est miracle chez eux : leurs oracles ne leur ont prédit que des conquêtes : ceux qui en effet sont devenus conquérons n'ont pas eu de peine à croire ces anciens oracles que l'événement justifiait. Ce qui dislingue les Juifs des autres nation:, c'est que leurs oracles sont les seuls véritables : il ne nous est pas permis d'en douter. Ces oracles, qu'ils n'entendent que dans le sens littéral, leur ont prédit cent fois qu'ils seraient les maîtres du monde : cependant ils n'ont jamais possédé qu'un petit coin de terre pendant quelques années; ils n'ont pas aujourd'hui un village en propre, ils doivent donc croire, et ils croient est effet , qu'un jour leurs prédictions s'accompliront , et qu'ils auront l'empire de la terre.
Ils sout le dernier de tous les peuples parmi les musulmans et les chrétiens, et ils se croient le premier. Cet orgueil dans leur abaissement est justifié par une raison sans réplique ; c'est qu'ils sont réellement les pères des chrétiens et des musulmans. l.es religions chrétienne et musulmane reconnaissent la juive pour leur mère; et, par une contradiction singulière , elles ont à la fois pour cette mère du respect et de l'horreur.
Il ne s'agit pas ici de répéter cette suite i de prodiges qui étonnent l'imagination, et qui • cent la foi. 11 n'est question que des événemens pure* ment historiques, dépouillés du concours céleste et des miracles que Dieu daigna si long-temps opérer en faveur de ce peuple.
On voit d'abord en Egypte une famille de soixante et dix personnes produire, au bout de deux cent i, une nation dans laquelle ou compte six
decf Die-
Chûiclet, pour laquelle plusieurs articles historique»
cent mille combattons, ce qui fait, avec les femmes, Tes vieillards et les enfans, plus de deux millions d'âmes. 11 n'y a point d'exemple sur la terre d'une population si prodigieuse : cette multitude sortie d'Egypte demeura quarante ans dans les désert* de l'Arabie Pétrie; et le peuple diminua beaucoup dans ce pays affreux.
Ce qui resta de la nation avança un peu au nord de ces déserts. Il paraît qu'ils avaient les mêmes principes qu'eurent depuis les peuples de l'Arabie Pétréc et Déserte, de massacrer sans miséricorde les habitons des petites bourgades sur lesquels ils avaient dç l'avantage, et de réserver seulement les filles. L'inté rêt de la population a toujours été le but principal des uns et des autres. On voit que, quand les Arabes eurent conquis l'Espagne, ils imposèrent dans les provinces des tributs de filles «'tbtlcs; et aujourd'hui les Arabes du désert ne font point de traités sans stipuler qu'on leur donnera quelques filles et des présens.
Les Juifs arrivèrent dans un pays sablonneux, hérissé de montagnes, où il y avait quelques villages habités par un petit peuple nommé hi Miulianitc*. Ils prirent dans un seul camp de Madianitcs six cent soixante et quinze mille moutons, soixante et doute mille bœufs, soixante et un mille «nés, et trente-deux mille pucellcs. Tous les hommes , toutes les femmes , et les en fans mâles furent massacrés ; les filles et le butin furent partagés entre le peuple et les sacrificateurs.
Ils s'emparèrent ensuite, dans le même pays, de la ville de Jéricho; mais, ayant voué les habitons de cette ville à l'anathcrac, ils massacrèrent tout, jusqu'aux filles même, et ne pardonnèrent qu'à une courtisane nommée Raab, qui les avait aidés à surpreudre la ville.
Les savans ont agité la question si les Juifs sacrifiaient en effet des hommes à la Divinité, comme tant d'autres nations. Ccst une question de nom : r-cux que ce peuple consacrait à Panathèmc n'étaient pit égorgés sur un autel avec acs rites religieux ; mais ils n'eu étaient pas moins immolée, sans qu'il fût permis de pardonner à un seul. I.e i.^ iiiijUi. défend expressément au verset ■>.•} du chapitre XX de racheter ceux qu'on aura voués; il dit en p-opres paroles : // (mtt qu'ih meurent. Ccst en vertu de co'.tc loi que Jephté voua et égorgea sa fille, que Sa il voulut tuer son fils, et que le prophète Samuel coupa par morceaux le*roi Agag, prisonnier de Saiïl. Il est bien certain que Dieu est le maître de la vie des hommes, et qu'il ne nous appartient pas d'examiner ses lois : nous devons nous borner à croire ces faits, et r. respecter eu silence les desseins de Dieu qui les a permis.
On demande aussi quel droit des étrangers tels que les Juifs avaient sur le pars de Canaan ? on répond qu'ils avaient celui que Dieu leur dounait.
A peiue ont -ils pris Jéricho et Lais, qu'ils ont entre eux une guerre civile dans laquelle la tribu de Benjamin est presque toute exterminée, hommes, femmes et entons; il n'en resta que six cents mfllcs : mais le peuple , ne voulant point qu'une des tribus Ott anéantie, s'avisa, pour y remédier, de mettre a
Jeu et à san^ une ville entière de la tribu de Manassé , d'y tuer tous les hommes, tous les vieillards, tous les entons, toutes les femmes mariées, toutes les veuves et d'y prendre six cents vierges, qu'ils donnèrent aux six cents survivans de Benjamin pour refaire cette tribu , afin que le nombre de leurs douze tribus Alt toujours complet.
Cependant les Phéniciens, peuple puissant, établis sur les côtes de temps immémorial , alarmés des déprédations et des cruautés de ces nouveaux venus, leschatièreat souvent : les princes voisins se réunirent contre eux, et Us furent réduits sept fois en servitude pendant plus de deux cents années.
Enfin ils se font un roi, et l'élisent par le sort. Ce roi uc devait pas être fyrt puissant; car à la première bataille que les Juifs dounèreut sous lui aux Philistins leurs maîtres, ils n'avaient dans toute l'armée qu'une épéc et qu'une lance, et pas un seul instrumcntdc fer. Mais leur second roi David fait la guerre avec avantage. Il prend la ville de Salem, si célèbre depuis sous le nom de Jiruuilem; et alors les Juifs commencent à faire quelque figure dans les environs de la Syrie. Leur gouvcrucnienl cl leur religion prennent une forme plus auguste. Jusque-là ils n'avaient pu avoir de temple, quaud toutes les nations voisines en avaient. Salomon en bâtit un superbe, et régna sur ce peuple cuviron quarante ans.
Le temps de Salouiou est uon - seulement le temps le plus florissant des Juifs; mais tous les rois de la terre ensemble ne pourraient étaler un trésor qui approchât de celui de Salomon. Son père David, dont le prédécesseur n'avait pas même de fer, laissa à Salomon vingt cinq milliards six -cent quarantehuit millions de livres de France au cours de ce jour, en argent comptant. Ses flottes qui allaient à Ophyr lui rapportaient par an soixante -huit millions en or pur, sans compter l'argent et les pierreries. Il avait quarante mille écuries et autant de remises pour ses chariots, douze mille écuries pour sa cavalerie, sept cents femmes et trois cents concubines. Cependant il n'avait ni bois ni ouvriers pour bâtir son palais et le temple : il en emprunta d'IJirair, roi de Tyr, qui fournit même de l'or; "t Salomon donna vingt villes en paiement à Hiram. Les commentateurs ont avoué que ces faits avaient besoin d explication , et ont soupçonné quelque erreur de chiffre dans les copiâtes, qui seuls ont pu se tromper.
A la mort de Salomon, les douze tribus qui composaient la nation se divisent. Le royaume est déchiré; il se sépare en deux petites provinces, dont Tune est appelée Juda et l'autre Israël. Neuf tribus et demie composent la province israélitc, et deux et demio seulement fout celle de Juda. Il y eut alors entre ces deux petits peuples une haine d'autant plu» implacable qu'ils étaient parons et voisins, et qu'ils ourent des religions différentes; car à Sichctu , à Sain a rie , ou adorait llaal eo donnant à Dieu un nom sidonien , taudis qu'à Jérusalem on adorait Adonai. On avait consacré à Sichcm deuv veaux, et on avait à Jérusalem consacré deux chérubins, qui étaient deux -animaux ailés a double téte , placés dans la