‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 35 sur 551 · AMPLIFICATION · texte numérisé non relu

AMPLIFICATION

On prétend que c'est une belle Afurc de rhétorique; peut-être aurait-on plus raison si ou t'appelait c . . . Quand On dit tout ce quoo doit dira, ou n'amplifie pas; et uuamlon Ta dit, st 00 amplifie, on dil trop. Présenter aux juges unoc.tnue ou mauvaisa action sous toutes ses faces, ce n'est point amplifier ; mais ajouter, c'est exa^rer, et enouver.

J'ai ru autrefois dans les collèges donner de» prix d 'n ni pli Oc j ion. C'était réellement enseigner l'art d'Ptre diffus. Il efli mieux valu peut-être donner des prix a celui (jni a-trait resserré ses pensées, et qui par l.i aurait appris à parler a%oc plus d'énergie eLde force : mais en évitant (amplification, craignez la sécbc rosse-

J'ai entendu des professeurs enseigner quscertaina vers de Virgile sont une amplificatiou;par<j ceux-ci : ( .l u. , fit. v. 5ao. )

Wotrlff«l, fl jlnfiijHmtDfpébant ffao soporem Cl'ifHirn pti terrai, «ilwrijoc «( nat-a qiuexunt

Jf.ijuora; rfuùm mtdio voivtmtun tidtra lapai, Quiim laett omnt» ager , peeuda, pirut-que «otnrrw; Quietjiie Unit lulé (>0Mido< , qmeque asfera dmtnu Httra leiant, lonrao paxitit *ub met* tidettti Lenibant ruroa, «I •ardo-of)J,u Ubvrum ; Ai «c-n t'«f

Voici nnc traduction libre de ces vers de Virgile, tpji ont 'loua été ai dillioilos n traduire' fr«nc^M^io«>eept^ par M. Deliilo.

viMcnt «ratir le» motiâ politiques de cette d^nriMc, ets'r '

met tic : c était d'ailleurs cooCre les esalaves eeuVi, «t pour les « pécher de corrompre les jeunes gens libres, q«e celte toi 1 étd faite ; et les percs de fjmille , quelles qnc fussent Irma n'uv.'ienl aucun nstèrét de *'y'«n»poa»T.

I»s»; rerite Jet morurs des femmes dans keUneos.'l'aana^-dri boiiH ptiklira. lit fureur pour lesj uaoùb» hommes puauuieal nus, ronsi rvèreot celle turpitude de asceun, maigre les progrès de la société et de la morale. Lycurgue, en Ijissant plus de liberté aux femmes, et par rnaolcpse» «wtraa de ae» institutions, parvint a rendre er 'Vie; moi os nmiu i Seaute que dette les aunes villes de la Grèce.

Quand les mcrnrs d u n peuple deviennent moi ns egixstes, Inrsqu'il connail 1rs arts, le luxe, les richesses. s'il conserve ses vires, il chenbe du moins a les voiler. La morile' chrétienne, encirant «hr ta home «us liMtonvantre' le» personne» libr s. en

■Uni le nwrinf;o ind«««/liihle

pèce de volupté et lit également un péché, il fallait bien préfères celui dont les suites uc peuvent être publiques ; el, par un ren» vciscmi-nl singuliet , 00 vit d - vVrissblrs crirnes détenir pins communs, plus tolérés, « moins homemt da:ie l'opiuioo queda simples làiblesscs. QuuiuMes OccidcuUHlx rxnwni-nceroot. * se pnbeer, ils imaginèrciil de otclict l'adultcre sous I voile de es qu ou appelle g iliii erie; les Iiomrars avouaient hs>'ienient on nmour qu'il était couvcimqne les femme» ne partagrr.iient point; Ica r.msus n'osaient rien dcmnudei.rtr'clnil tout nu plusapresdix Tiusd amour jnir, île conilwts, de virtnires rvmporler-s dnn* le» jeux, ctr., qu'f.n chivnlicr |K>ut :iil espérer de ttouver un tabulent de fjil lnwe. Il nous resir rwi de unmin eus de ce temps, pour nous mo itrrr qttelles éia'M-nt les mrenrs qn» coa vrait cette cs|>oec d h)poci:sie. Il en fut de même ù peu pris chet lr-*t*rcca devenus |vilis; les liaisons intimes entre des h-., 'mes n'nvulcnt plus rien île l-onleut; les jeunes gens s'uni tiien par des serment , mais cVtnieiit Ceux de «ri» rc el de nKiuiir pour a p arie; on » att.ch.it a uo jvuoe homme, «a sotw dé l'eotoinr. |t«ar h

Le» astres de k nuit roulaient daus le ssknot ;

Éole a suspendu Ici haleine» des vents;

mhik

La tr»Kjmlie i aura m » rinlv>rt a*"ec >on matin; Lit Mllicumix buntain» oui oubli* leur» r» au \ ; Toul «tort , trait » «U-uuloniie ai Pi; eu use veille et pleuir!

Si la longue description du règne du sommeil daps toute la nature ne faisait pas uu coutrwslc admirable avec ta cruelle inquiétude de Didon, ce morceau ne serait qu'une ampKfîcaiion puérile; c'est le mot, Al infelir atiimt f'f>.rni<.\a , qui en fait le charme. La belle ode de Sapfao, qui peint tous les sympi del'araoor, et qui a été traduite heureusement dans toutes les langues cultivées, no serait pas sans doute si touchante, si Sapho avait parlé d une autre que d'elle même : eelte ode pourrait etro al or* regardée eontme une amplifîcation.

La description de la tctnpéle au premier livre de FEnéUe n'est point une amplification; c'est une imago vraie de tout ce qui arrive dans une Uutpétc, il n'y a aucune idée npélée, et la répétition est lu vie* de tout ceqm n est qu Amplification.

Le plus beau rôle qu'on ait jamais mis sut le théâtre dans aucune langue, est celui de Phèdre. Presque tout ce qu elle dit serait une amplification (étirante,

(Acte 1", Messe 3.)

AtîvTJ(M ni* Tnoiilm mon !

3e k wi». je cuuak. je palis i sa nr. Iki trouble fc'tlov* dans «icm lime iqier i < ie. Alt* yens M *uj.*iej»i plu» , je «a pouvais parler i Je aeinis tout mon corps et transir et lirùlrr ; Jt reconnus Venu» et ae» feux redoutable», D'un un; qu'elle poursuit , tourroei» "tué* itaW"».

Il est bien clair que, puisqu'Mhcnos lui montra son «uperbe cunemi Ilippolytc, elle vit Hippolytc. Si elle nougit et pâlit à sa vue, elle fui sans doute troublée. Ce serait uu plt'ouasmc, une redondance oiseuse dans étrangère qui raconterait les antouri de Phèdre;

BM, pour riiiaartiire, peaar te guider; la pwimqai »a mêlait .'i ces nun i éiJtl nui- sorte d'anvsor. r.ui» d'eai.aur pi.r. C'était seul mail sou» ce voile, doiu la di.-mce publique couvrait les vices, «prit» tlaicnl toicic's par l'opinion.

Enfin, île iiu'iik que l'on » souvent entendu c! er les peuples modernes faire l'elujr» <!« In galant rie ahaolaifaque, comme {l'une iiisiiiuiion propie il élever I inie, L inspirer I? «niia^e, on fit ■«** «-bit les Grecs I elqgo t!c cet amour qui urissiil |c» citoyen» entre eux.

Plntmi dit i|iie les Tl cbiin! firent une eliose mil • de le prescrire, |mice qu'J» as aient licsoir. de polir les n our» , de donner plus d*ac|îi lté i leur iç»e. à Irur esprit , engoeulls par la nature de »MI dînai cl de leur Sol On voit qu'il ne «'«gil ici que d'a- BaitùJ pure. C'eut ainsi que. lorsqu'un peine» rkrétarii faisait publier au t* irnoi ou cli*> un devait paraître a>ec lo> couleur» de sa dame, il usait l'intention louable d'eacirr I ùuuUlioit de ses chevalin n d'adoucir ItUti IMEWaj ce u' (ml (joint l'aJulliire mais sculcn eui la gal-uileria qu'il voulait eucUHragei dans se* états. I ans Ai b ne» suivant Platon , on devait se Ixirn r àli toléranc : l'an» k-» ému uasnarc! i<|*e» , il était Mlibs il < n j » i ' ■ r ees basson» etitre k-s loiisu.r»; niai» elle» «latent dans k* rèpai un obat u :«• k .'. Iibusa oient durable il la ttraunie. Un un caoyen, ne pouvait savoir quel» ven-

t il allait l

lui ; il était exposé sans cesse à voir

PHILOSOPHIQUE. ?| mais c'est Phèdre amoureuse et honteuse Je sa passion ; son cœur est plein,, toul lui t «happe,

Vt tidi, ttl parti, ul as» assinii abiluiit arror ,'

Je k «à, je raisaks, k pal» à tavaa,

P«utM>u mit a* iotita* > irgilo ? ( f«l. 8 , ». 4 1. )

Je seuil» tnui iikiii coqai et Iraana el briller

IVu!-oit mien* imiter !iapho? Ces Tcrs, quoique imitas, couîeni de source; chaque mot troubla les mes sensibles et les pénètre} ce n est point une amplifiction , c Vit le chef-d'œuvre de la nature et de l'art.

Voici, à mon avis, un exemple d une amplinea lion dans une Iragedic oiodciuo qui J ailleurs a de grandes beautés.

Tidi e e»l a la cour d'Argos; il c»l amoureux d une aaurd'tJcvlre; il n ;;r« lie sou jujiOres'.o el ssjn pere; il a M pariai eJrtre sa passion pour r>clrc , cl le dqsseiu de punir le tyran. Au milieu de tatit de soins et d inquiétudes, il fait à son confident une longue des* criptiou d'une tempête ,ju il a essuyée il y a. Ipngtpmps.

Tu ta?»' os qu'en ce» lit us m m-, venioa» cntr»^«rtu»dr« j Tu sais que Palami-de, avant que de s'y rendre, Ne voulut pniatt ton «c sou retour dana Argo» Qu'il a'eiM »nu-, , o ;r l'avanie de Débat. A de si juste* -tu us on souscrivit sans peine : Nous partîmes, enn M - des liimiYiU d Tbyrrcne. Tout non» lasor sait ; non , vofiitunn torigacnipa Au gré de nos <k»Hs, . Wn plua qu'au «uai dra «ma ; rVJoi» ai {iwiatt 'lient ùt mute anp incousuiw e ,

loi W MHWCUt se nillliuc cl s'élay, •: ;

L ail- mu^it , )>' jour fuit, pue é|iaUsc vapeur

Canv^e ij'un voile afreuv. le» vagues en fureur;

L» foudre, eelalrnnt aeule une nuit ai proJoude,

A sillon, ledouiilcs ouvr: le ciel et lande;

I l , ' -o »n e un loiiti.illnu «m!» assaut no» vaisseaux,

Swolde «n aoniçe o> tcu bowiUouper sur kt MM-

I>i wifriies, quelquefois nous partaiit sur leur» cime»,

Roua font roufcr i|ires sous de vaste» abîme»,

Cil les t'clairs pn- •> i '- uni avec nous,

Uaoa des gouflic» de lau Mmblakiil nous plorssar tau»;

PV ?vi„< m couS,Ual.uw la. as.oc.m^usqiut oeia.avnr tonna. nuit 1rs I animes.

T e]ieudaul, malgré ce» id -es »i éloi»ra»rs de nos opinion» r' de nu» mn ura.ee vice était te^nrdé elie7 les firei-s rnnimc une deliilHie bonlense. toutes !»•» fois qu'il senioirlr .il à i

et *un» l'i mut ôe I .,: eu de» liaia

Pbil pp»! vit »ur le cJmmp «V Isatailk é<> tjuwm a ton» k» *»é dats qui Coniuosa cnt le bataillon sacré, le I alailloo dis amis v Ttaèb s, lue» dans le rang où ils avaient eonib-.tlu ; « Je ne croi rai jamais, s'i'cna-lil , que de si bravis pensaient pu f. ire i »oulii r rien de bontrux. » i> mot d'un lininn e souille lui i de cette i,iLmie, est une piaivr carOune de Xugmm ganAal» doOtera.

A Ivoriu" cette opininn était vins fyi le < nrare : plusieurs bém» jgrrcs, rejjirdi's c«-uuiie îles homme» «ertuMUt, ont passe pour s'. ue livn'Ti Jt ce vice, «cbei le» Itomain» on ne le voit atlriboei a aucun de ceux doul ou nous a van:é les vertus; seulement il parait que elwx ces deux nations on n'y BM>ctiail ni l'idée ét criuti', ni niait celle de dosbonocur, .• oioii» «te o » caoù» qui tcodciU le (.oui n-iuic dis Iciuni^ uue passion avilitaiiu»;. vice eat très raie parmi nous, cl il y Ktait presque iuc- nnusan» Jrs dcTniil» de l 'éducklion publique.

Montesquieu prétend qu'il est coirmtin cbeiquelque» nations mabomcuues, a cause de k facilité d a»oi* de» loauste»; non» aojt.ua quecéa d^ieuhè qu'il but lire.

i*) Ueetre, trafjadkde Créhilkn , acte D - aitM P».

Le pilote effrayé, que la flamme environne, Aux rochers qu'il fuyait lui.

A invert le* éeueil» , notre rai ; et nage enfin sur \et

On voit peut-être dans qui veut surprendre les auditeurs par le naufrage , et non le personnage qui veut venger son père et son ami , tuer le tyran d'Argot , et qui est partagé entre l'amour et la vengeance.

Lorsqu'un perso nuage s'oublie, et qu'il veut absolument être poète , il doit, slors embellir ce défaut par les vers les plus corrects et les plus élégans.

Ne voulut point tenter son retour data Argoi Qu H n'eût î

Ce tour familier semble ne devoir entrer que rarement dans la poésie noble. « Je ne voulus point aller à Orléans que je n'eusse vu Paris. » Cette pbrase n'est admise, ce me semble, que dans la liberté de la conversation.

A de ai jattes soins on touterivh sans peine.

On souscrit a des volontés, à des ordres, à des désirs; je ne crois pas qu'on souscrive à des soins

Nou» voguâmes long -temps Au gré de no» désira bien pins qu'an grrf des renia,

Outre l'affectation et une sorte de jeu de mots du gré des désirs, et du gré les vents, il 7 a là une contradiction évidente. Tout l'équipage souscrivit sans peine aux justes soins d'interroger l'oracle de Délos. Les désirs des navigateurs étaient donc d'aller à Délos ; ils ne voguaient don; pas au gré de leurs désirs, puisque le gré des vents les écartait de Délos, à ce que dit Tidée.

Si l'auteur a voulu dire au contraire que Tidée voguait au gré de ses désirs aussi bien, et encore plus qu'au gré des vents, il s'est mal exprime. Bien plus qu'au gré des vents, signifie que les vents no secondaient pas ses idées et l'écartaicnt de sa route. J'ai été favorisé dans cette affaire par ta moitié du conseil bien plus que par l'autre, signifie, par tous pays, la moitié du conseil a été pour moi, et l'iutre centre Mais si je dis, la moitié du conseil a opiné au gré de mes désirs, et l'autre encore davantage, cela veut dire que j'ai clé secondé par tout le conseil , et qu'une partie m'a encore plus favoris*! que l'autre.

J'ai réussi auprès du pirterre bien plui qu'au gré des connaisseurs, veut dire, les connaisseurs m'ont condamné.

Il faut que la diction soit pure et sans équivoque. Le confident de Tidée pouvait lui dire : Je ne vous entends pas : si le vent vous a mmé à Délos et i Epidaurc qui est dans l'Argolidc, c'était précisément votre route, et vous n'avez pas dû voguer long-temps. On va de Samos i Epidaurc en moins de trois jours avec un bon vent d'est. Si vous avez essuyé une tempête, vous n'avez pas vogué ou gré de vos désirs; d'ailleurs vous deviez instruire plus tôt le public cjuc vous veniez de Samos. Les spectateurs veulent savoir d'où vous venez et ce que vous voulez. La longue descriptiou recherchée d'une tempête nie détourne de ces objets. Cvst une amplification qui paraît oiseuse, quoiqu'elle présente de graudes images.

La mer signalant bientôt tente son inconstance.

Toute l'inconstance que la mer signale ne semble pas une expression convenable à un héros, qui doit peu s'amuser i ces recherches. Cette iner qui se mutine et qui s'élance en un moment, spres avoir signalé toute son inconstance, intéresse- t-cllc assez i la situation présente de Tidée occupé de la guerre ? Lit-ce i lui de s'amuser à dire gue la mer est inconstante , i débiter des lieux communs?

L'air mégit, le jour fuit; une épai**e vapeur Couvre d'au

Les venu dissipent les vapeurs et ne les épaississent pas; mais, quand mémo il serait vrai qu'une épaisse vapeur eut couvert les vagues eu fureur d'un voile affreux, ce héros, plein de ses malheurs présens , ne doit pas s'appesantir sur ce préJ ode de tempête, sur ces circonstances qui n'appartiennent qu'au poète.

Non erat hU loau.

La fondre, éclairant seule une nuit si profonde , A «lions redoublés ouvre le ciel at l'onde ; Et,,

r sur ksi

N'est-ce pas là une véritable amplification on peu trop ampoulée? Un tonnerre qui ouvre l'eau et le ciel par des sillons; qui en même temps est un tourbillon de feu, lequel embrasse un vaisseau et qui bouillonne, n'a-t-U pas quelque chose de trop peu naturel , de trop peu vrai , surtout dans la bouche d'un homme qui doit s'exprimer avec une simplicité noble et touchante , surtout après plusieurs mois que le péril est passé ?

Des cimes de vagues, qui font rouler sous des abymes des éclairs pressés et des gouffres de feu , semblent des expressions un peu boursouflées qui seraient souffertes dans une ode , et qu'Horace réprouvait avec tant de raison dans la tragédie. {An pœt., v. 97.)

Projicil ampalhiM et faquiptâalia vertk.

Le pilote enrayé , que la fUmme environne , Aux rochers qu'il fuyait lui-même s'abandonne.

On peut s'abandonner aux vents; mais il me semble qu'on ne s'abandonne pas aux rochers.

Notre vaisseau poussé, Nage dispcr»é.

Uu vaisseau ne nage point dispersé; Virgile a dit, nou en parlant d'un vaisseau, mais des hommes, qui qut fait naufrage. ( .£». lib. 1 , v. t aa.)

Àpparent rari nantts in gurgit» varia.

Voilà où le mot nager est à sa place. Les débris d'un vaisseau flottent et ne nagent pas. Desfontaines a traduit ainsi ce beau vers de l'Enéide : « A peine un petit nombre de ceux qni montaient le vaisseau, purent se sauver à la nage. »

C'est traduire Virgile en style de gazette. Où est ce vaste gouffre que peint le poète, gurgite vasto? où est l'iipparent rari nantes? Ce n'est pas avec celte sécheresse qu'on doit traduire l'Enéide. Il faut rendre image pour image, beauté pour beauté. Nous fesons en faveur des commençons. Ou doit

les avertir que Desfontaines n'a dit que le squelette informe de Virgile , comme il faut leur dire mie la description de la tempête par Tidée est fautive^t déplacée Tidée devait s'étendre avec attendrissement sur la mort de son ami , et non sur la vaine description d'une tempête.

On ne présente ces réflexions que pour l'intérêt de l'art, et non pour attaquer l'artiste. . . . TJbi plura nitent in carmin*, non ejo |

(Hobat. ArtpotL, y. 35i.)

Quand j'ai fait ces critiques, j'ai tâché de rendre raison de chaque mot que je critiquais. Les satiriques l d'une plaisanterie, d'un bon mot, d'un ; mais celui qui veut s'instruire et éclairer les autres , est obligé de tout discuter avec le plus grand scrupule.

Plusieurs hommes de goôt, et entre autres l'auteur du Télémaque , ont regardé comme une amplification le récit de la mort d'Hippolytc dans Racine. Les longs récits étaient à la mode alors. La vanité d'un acteur veut se faire écouter. On avait pour eux' cette complaisance ; elle était fort bUmée. L'archevêque de Cambrai prétend que Théramène ne devait pas, après la catastrophe d'Hippolyte, avoir la force de parler si long-temps; qu'il se plaît trop à décrire les cornes menaçantes du monstre, et ses écailles jaunissantes, et sa croupe qui se recourbe; qu'il devait dire d une voix entre-coupée : « Hippol rte est mort : un monstre l'a fiut périr; je l'ai vu. ».

Je ne prétends pas défendre les écailles jaunissantes et la croupe qui se recourbe; mais en général cette critique souvent répétée me paraît injuste. On veut que Théramène dise seulement : a Hippolyte est mort. Je l'ai vu , c'en est fait. »

Ces* précisément ce qu'il dit , et en moins de

mots encore « Hippolyte n'est plus . » Le père

s'écrie ; Théramène ne reprend ses sens que pour dire :

• . • J ai vu des mortels périr le plus aimable j

et il ajoute ce vers si nécessaire, si touchant, si désespérant pour Thésée :

Et j'ose dire eocor, seigneur, le moins coupable.

La gradation est pleinement observée, les nuances se font sentir l'une après l'autre.

Le père attendri demande quel Dieu lui a rat>i son fils, auelle foudre soudaine ? Et il n'a pas le courage d'achever; il reste muet dans sa douleur; il attend ce récit fatal; m public l'attend de même. Théramène doit répondre; on lui demande des détails, il doit en donner.

Etait-ce à celui qui fait discourir Mentor et tous ses personnages si long-temps , et quelquefois jusqu'à la satiété, de fermer la bouche à Théramène? Quel est le spectateur qui voudrait ne le pas entendre, ne pas jouir du plaisir douloureux d'écouter les circonstances de la mort dHippolyte? qui voudrait même qu'on en retranchât quatre vers ? Ce n'est pas là une amplification mal écrite; c'est la diction la plus pure

On lui reproche h héros expire. Quelle misérable vétille de grammaire ! Pourquoi ne pas dire , ce héros, expiré, comme on dit, il est expiré; il a expiré? Il faut remercier Racine d'avoir enrichi la langue à laquelle il a donné tant de charmes, en ne disant jamais que ce qu'il doit, lorsque les autres disent tout ce qu'ils peuvent. *

Boileau fut le premier qui fit remarquer l'amplification vicieuse de la première scène de Pompée (•).

Quand les diras étonné semblaient se partager, Puarsale a déridé ce qu'ils n'osaient juger. Ces fleuvea teioU de sang, et rendu» plus rapides Par le débordement de tant de parricides ; Cet Lorribk- débris d'aigto, d'armes, de cl.ars,

Ces montagnes de morts, privés d'honneurs suprêmes , Que la nature force ù se vogvr eux mfmrs. Et dont les troncs pouris exhalent do us les vents De quoi faire U guerre au reste des virons , etc.

Ces vers boursoufflés sont sonores : ils surprirent long-temps la multitude qui, sortant à peine de la grossièreté, et, qui plus est, de l'insipidité où elle avait été plongée tant de siècles, était étonnée et ravie d'entendre des vers harmonieux ornés de grandes images. On n'en savait pas assca pour sentir l'extrême ridicule d'un roi d'Egypte qui parle comme un écolier de rhétorique, d'une bataille livrée au-delà de la mer Méditerranée , dans une province qu'il ne connaît pas, entre des étrangers qu'il doit également hair. Que veulent dire des dieux qui n'ont osé juger

entre le gendre et le beau-père, et qui cependant jugé par l'événement, seule manière dont ils étaient censés juger? Ptolomée parle de fleuves près d'uu champ de bataille où il n'y avait point de fleuves. Il peint ces prétendus fleuves rendus rapides par des debordemens de parricides, un horrible débris de perches qui portaient des figures d'aigles, des char, rettes cassées ( car on ne connaissait plus alors les chars de guerre) , enfin des troncs pouris qui se vengent , et qui font la guerre aux vivans. Voilà le galimatias le plus complet qu'on pût jamais étaler sur un théâtre. Il fallait cependant plusieurs années pour dessiller les yeux du public, cl pour lui faire sentir qu'il n'y a qu'à retrancher ces vers pour faire une ouverture de scène parfaite.

L'amplification , la déclamation , l'exagération , furent de tout temps les défauts des Grecs, excepté de Démosthèues et d'Aristote.

Le temps tnc>mc a mis le sceau de l'approbation presque universelle à des morceaux de poésie absurdes, parce qu'ils étaient mêlés à des traits éblouissans qui répandaient leur éclat sur eux ; parce que les poètes qui vinrent après ne firent pas mieux ; parce que les commencemens informes de tout art ont toujours plus de réputation que l'art perfectionné ; parce que celui qui joua le premier du violon fut regardé comme un demi-dieu, et que Rameau c'a eu que des ennemis ; parce qu'en général les hommes jugent rarement par eux-mêmes , qu'ils suiveut le torrent , et que le goût épuré est presque aussi rare que les talcns.

Si on pouvait confronter Suétoue avec les V4kts de chambre des dou/.e Césars, jvonsc-t-on qu'ils seraient toujours d'accord avec lui? et en '.as de dispute, quel est l'homme qui ne parierait pas pou» les valets de chambre routre l'historien?

Parmi nous combien do livres ue sont fonde* que sur des bruits de ville, ainsi que la physique ne fut fondée que sur des chimères répétées de siècle en siècle jusqu'à notre temps!

Ceux qui se plaisent à transcrire b- soir dans leur cabinet ce qu'ils ont entendu dans le jour, devraient, comme saint Augustin, faire un livre de rétractation-, au bout de l'année.

Quelqu'un raconte au grand-audiencier L'Etoile que Henri IV,' cha^ant vers Crclcil, entra seul dans un cabarc! où quelques gens de loi de Paris dînaient dans une chambre haute. Te roi qui ne se fai pas connaître, et qui cependant devait être tresconnu, leur lit demainler par lVitcs.se i ls veidont l'admet ire a leur table , ou lui céder une partie da leur rdti pour son argent. Les Parisiens répondent qu'ils ont des affaires particulières à traiter ensemble, que leur dîner est court, et qu'ils prient l'inconnu de les excuser.

Henri IV appelle ses gante,», et (ait fouetter outrageusement les convives, « pour leur apprendre . dit l'Etoile, une autre fois à être plus courtois à l'endroit des gentilshommes. »

Quelques auteurs , qui de nos jours se sont iué!<:i d'écrire la vie de Henri IV, copient L'Etoile sans examen, rapportent eeUe rnecdolc ; et, ce qu'il y a de pis, ils uo manquent pas de ia louer comme une belle action de Henri IV.

Cependant le fait n'est ni vrai, ni vraisemblable : et, loin de mériter des élo-'fî- , c'eût été à la fois dans Henri IV l'a- iion la plus ridicule , la plus I ii:he, la plus tynmuiqif; ut la plus imprudente.

Premièrement, il n'est pas vraiseyddablr qu'on iGoa Henri IV, dont la physinnomie était si remarquable et qui se montrait à tout le monde avec tant d'affabilité , fût inconnu daus Creteil , auprès de Paris.

Secondement, L'Etoile, loin de constater ce conte impertinent, dit qu'il le tiunt d'un homme qui lo tenait de M. de Vilri. Ce n'est donc qu'un bruit de ville.

Troisièmement , i! serait bien lâche et bien odieux de punir d'une manière iufamante des citoyens assemblés pour traiter d'affaires, qui certainement n'avaient commis aucune foute en refusant de parta-

Parmi nous aujourd'hui la plupart des sermons, des oraisons funèbres, des discours d'appareil, des harangues dans de certaines cérémonies, sont des amplifications ennuyeuses, des lieu* communs cent et cent fois répétés. Il faudrait que tous ces discours fussent très- rares pour être un peu supportables. Pourquoi parler quand pn n'a rien à dire de nouveau ? Il est temps de mettre un frein à celte extrême intempérance , et par conséquent de finir cet article.

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