‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 36 sur 551 · AN A, ANECDOTES · texte numérisé non relu

AN A, ANECDOTES

Or avec Uil lUcunuu «.-imuoth,

pouvait font aàtémenC trouver à manger dans le même cabartt.

Quatrièmement , cette action si lyranniquo , si indigne d'un rot, et même d'un honnête homme , si punissable par les lois dans tout pays, aurait été aussi imprudente que ridicule et criminel la; aile eût rendu Henri IV exécrable à toute « bourgeoisie de Paris, qu'il avait tant d'intérêt de ménager.

11 ne fallait donc pas souiller l'histoire d'an conte si plat, il tus fallait pas déshonorer Henri IV par une si impertinente anecdote.

Da»6 un livre iutilulé Àncc-lotes UttcraîreSy imprimé choc Durand* en 175» avec privilège , voici ce qu'on trouve, tome III, page i&3 : * Lesamours de « Louis XIV ayant été jouées en Angleterre, ce peinec (( voulut aussi faire jouer celles du roi Guillaume. « L'abbé Brueys fut chargé par M. de Toroi de faire « la pièce : mois, quoique applaudie , elle ae fut pas « jouée , parce que celui qui en était l'objet moi «-ut u sur ces entrefaites. »

Il y a autant de mensonges absurdes que de mots >lans oc peu de lignes. Jamais on ne joua les omours de Louis XIV sur le théâtre de Londres. Jamais Louis XIV ne fut asser. petit pour ordonner qu'on àt uno comédie sur les amours du roi Guillaume. Jamais le roi Guillaume n'eut de maîtresse; ce n'était pas d'une telle faiblesse qu'on l'accusait. Jamais le marquis de Torci ne parla à l'abbé Brueys. Jamais il ne put fiu're ni à lui ni a personne une proposition si indiscrète et si puérile. Jamais l'abbé IWueys ne :fit la comédie dont il cet question. Fiec-vous après eela aux anecdotes.

Il est dit daus le même livre que « Louis XIV fut si coulent de l'opéra d'Isis, qu'il fit rendre un arrêt du conseil par lequel il est permis à un homme de condiliou de chanter à l'opéra , et d'en retirer des gngea sans déroger. Cet arrêt a été enregistré au parlement de Paris. »

Jamais il n'y eut une telle déclaration enregistrée au parlement de Paris. Co qui est vrai, c'est que Lulli obtint eu iC>yx, long-temps avant l'opéra d'Isis, des lettres portant permission d'établii son opéra, et fit insérer dans ces lettres que « les gentilshommes et les demoiselles pourraient clnnter sur ce théâtre san? déroger. » Mais il n'y eut point de déclaration enregistrée (»)•

Je lis dans l'Histoire philosophique et politique-du commerce dans les deux ludes, tome IV, page 66, qu'on est fondé à croire que « Lou.is.XIV n'cuLdc vaisseaux que pour fixer sur lui l'admiratiou, pour châtier Génos et Alger. » C'est écrire, c'est juger au hasard; c'est contredire la vérité avec ignorance; c'est insulter Uuis XIV sans raison t oc monarque avait cont vaisseaux de guerre cl soiaanle mille matelots dur l'an 1U7B ; et le lombarde ment do Gènes est da i6»4.

De toits les *w celai qui mérite le plus d'être mis

(•) Voye», dans l'article Airr t>iu*ati<?it , ce qui concerne

PHILOSOPHIQUE, songe* insipides y est \o Stgmisiatia* ï| fut compilé par un copiste de Ségrais , sew dcunestique r et i nuprimé lottg-tempa a^rcau mert du nutitre;

Le Ménagiana-, revu par Le Monnaye , est 1* seul dans lequel on trouve des choses instructives.

Rien n'es* plus eomm « ir dans la plupart de nos petits livres nouveaux que de voir de vieux bons mots attribuas à nos conlemporaius; des inscriptions, «les épigrammes faites pour certains princes, appliquas à d'autres.

Il est dif dans cette mftne Histoire philosophj- •jue, ère;, tom. I, pa^c G3, que les Hollandais avant chassé les Portugais de Maluoa, In capitaine liollandais demanda au commandant portugaU quand il reviendrait : à quoi le vaincu répondit : « Quand vos péchés seront plus grands que les nôtres. » Cette réponse avait déjà été attribuée à un Anglais du temps du roi de France Gharlcs VU , <U auparavant à un émir sarrasin en Sicile : au reste celte réponse est plus d'tra. capvnaûr «pas d'un politique» G* n'est pat porco que lceFrauçai* étaient plu* grande péoiieursquc les Anglais que ceux-ci leur ont pri* le Canada,

L'a uteunde cc*tomcWIl«tmn>Tmiiesopli iq^^ ct«, , rapporte sérieusement, toute V, page 197, un petit conte inventé par S»«>e et iaaéredan^lc Speotatow, et il veut ftirc passer ce. conte pour une des causée réel le • des ^crii>»*B«ro les Analais et jas sauvages- Xoioi llhistonctte quo-Sieelo oppose à l'historiette beaucoup plut plaisant© da la matrone d'Êphèee. If »'■*§« de prouve* que les hommes ne sont pas- plu* constans que les femmes. Mais dans Pétrone la m*u trône d'£phè»c n'a qu'une faiblesse amusants et pardonnable; et le marchand Inkle, dans le Spccutcur, est coupable de l'ingratitude la plu* aflrcuso.

Ca paine voyageur lu Lie est sur le pobt d'être pris par lea Caraïbe* dans la continent do l'Amérique, sans qu'on dise ui annuel .endroit , ni a quelle occesàoo. La jeune Jarika, jolieCarasbe, lui sauve la vie, etonnV s'enfuit avec lui à la Barbade. De* qu'il* y sont arrivé*, .jnkJnva»veod*e sa bienfaitrice au man ché. Ah, ingrat! ah, l^ri.a^.hudiiij ■irika ! tu veux me vendre, et je suis grosse de toi! Tu es grosse, répondit le marchand aiaglai* * tant snirax* je te vendra» plus cher !

.Voilà ce qu'on nous donne pour une histoire véritable, pour l'origine d*unclongue guerre. Le discours d'une fille de Boston à ses juge» qui .la 'condamnaient à la correction pour la riuquièmo fois, .parce. qu'elle était accouchée d'un cinquième enfant, est une plaisanterie , ,un pamphlet de l'iUustre Franklin , et il est rappoité-daus le même ouvrage; comme une pièce authentique. Que de contes ont orné et défiguré toute*

Danawn livre qui a fait beaucoup de brait (;), ,« ou l'on trouv odes réflexions aussi vraie* que profondes , il est dit que 4*péxe Malebrunchc est l'auteur

rasse plus d'un lecteur qui voudrait avoir la Pr émotion .physique du pùre,Malebranche,,ct qui la cker-

n est dit dans ce livre que Galilée trouva la raison pour laquelle lès pompes ne pouvaient élever les eaux au-dessu*dc trente^lcux pieds. C'est précisément ce que Galilée ne trouva pas. U vit bien que la pesanteur de l'air fesait élever l'eau ; mais il ne put savoir pourquoi cet air n'agissait plu* au-dessus de trente-deux pieds. Ce futToricelli qui deviua qu'uue colonne d'aii équivalait à trente-deux pieds d'eau et à vingt-sept pouces de mercure ou environ.

Le même auteur, plus occupé de penser que de citer juste, prétend qu'on fit pour Cromwell cette épitaphe :

« Ci git le de» tumeur cTun pouvoir léçitfate , Jusqa'a «on dernier jour favoris de* cWax, Don» In vertu* méritaient mieux One le «ceptre acquis par un crime.

Par quel de*u'n faut-il. par quelle étrange loi. Qu'a tout ceux qui mot nés pour porter la couronne,

Ce toit l'usurpateur tjoi danne 1/exraaple de* venu*' que î<M avoir un roi ?

Cesvcrs ne furent jamais faits pour Cromwell, mais pour le roi Guillaume. Ce n'est point une épitaphe, ce sont des vers pour mettre au bis du portrait de ce monarque. H n'y a point Ci git; il y a : « Tel fut le destructeur d'un pouvoir légitime. » Jamais personne en France ne fut asset sot pour dire que Cromwell avait donné l'exemple de toutss le* vertus. Ou pouvait lui accorder de la valeur et du génie; mais le uom de i>ertu<r«r n'était pas fait pour lui.

Dan* un Mercure de France du mois de septembre 1769, on attribue à Pope vne épigramme faite en inpromptu sur la mort d'un tameux usurier. Cette épigramme est reconnue depuis deux ccuts ans en Angleterre peur être de Shakcspcar. Elle fut faite en effet aur-le-champ par ce célèbre poète. L'u agent de change nommé Jean Dacombe, qu'on appelait vulgairement Dix-pour-cent, lui demandait en plaisantant, quelle épitaphe il lui ferait s'il venait à mourir. Shar lui répondit :

Ci git un financier puietant

Je gagerai* cent contre dix Qu'il n'est po» da»i le paradis. Lorsque ReUcbuth arriva Pour s'emparer de cette ïambe, , On lui dît : Qu'emporte*- vous 11?

Eh ! c'est notre ami Jean

On vient de renouveler plaisanterie.

Jetai* bien cpi'uli lionum

cette

Qu'on redoutait J'en en ce lieu, Vient de rendre «on aine à Dieu ; Mui. je ne tai» « Dieu l'a prise- Il y a cent facéties, cent contes qui font le tour du monde depuis trente siècles. On farcit les livres de maximes qu'on donne comme neuves , et qui se retrouvent dans Plutarquc, dans Athénée, dansSénèque,.dans Plante, daus toute l'autiquité.

Ce ne sont là que des méprises aussi innocentes que commune*; mai* pour les faussetés volontaire» , pour les mensonge* historiques qui portent des atteintes à la gloire de* prince* et à la réputation de» particuliers , ce sont des délits sérieux .

iQ.

De tous les livres grossis de fausses anecdotes , celui dans lequel les mensonges les plus absurdes sont entassas avec le plus d'impudence ; c'est la compilation des prétendus Mémoires de madame de Mainte non. Le fond en était vrai, l'auteur avait eu quelques lettres de cette dame , qu'une personne élevée à Saint-Cyr lui avait communiquées. Ce peu de vérités a été noyé* dans uu roman de sept tomes.

C'est là que l'auteur peint Louis XIV supplanté par un de ses valets de chambre ; c'est là qu'il suppose des lettres de mademoiselle Mancini , depuis femme du connétable Colonne, à Louis XIV. Cest là qu'il fait dire à cette nièce du cardinal Maiarin , dans une lettre au roi : « Vous obéissez à un prêtre, vous n'êtes pas digne de moi, si vous aimez à servir. Je vous aime comme mes yeux , mais j'aime encore mieux voire gloire. » Certainement l'auteur n'avait pas l'original de cette lettre.

«Mademoiselle de la VaÙièrc (dit-il dans un autre endroit) s'était jetée sur un fauteuil dans un déshabillé léger; là elle pensait à loisir à son amant. Souvent le jour la retrouvait assise dans une chaise, accoudée sur une table, l'œil fixe, l'âme attachée au même objet dans l'extase de l'amour. Uniquement occupée du roi, peut-être se plaignait -elle en ce moment de la vigilance des espions d'Henriette , et de la sévérité de la reine-mère. Un bruit léger la retire de sa rêverie ; elle recule de surprise et d'effroi. Louis tombe à ses genoux. Elle veut s'enfuir, il l'arrête; elle menace, il l'apaise : elle pleure, il essuie ses larmes. »

Une telle description ne serait pas même reçue aujourd'hui dans le plus fade de ces romans qui sont faits à peine pour les femmes de chambre.

Après ïa révocation de l'édit de Nantes on trouve un chapitre intitulé État du coeur. Mais à ces ridicules succèdent les calomnies îes plus grossières contre le roi, contre son (ils, son petit-fils, le duc d'Orléans son neveu , tous les princes du sang, les ministres et les généraux. C'est ainsi que la hardiesse, animée par la faim , produit des monstres (*).

On ne peut trop précautionner les lecteurs contre cette foule de libelles atroces qui ont inondé si longtemps l'Europe.

Anecdote hasardée de Du Haillon.

Do Haillan prétend , dans un de ses opuscules , que Charles VIII n'était pas fils de Louia XI. Cest peut-être la raison secrète pour laquelle Louis XI négligea son éducation , et le tint toujours éloigné de lui. Charles VIII ne ressemblait à Louis XI ni par l'esprit ni par le corps. Enfin la tradition pouvait servir d'e&cuse à Du Haillan; mais cette tradition était fort incertaine, comme presque toutes le sont.

La dissemblance entre les pères et les enfans est encore moins une preuve d'illégitimité , que la ressemblance n'est une preuve du contraire. Que Louis XI ail bai Charles VIII , cela ne conclut rien. Un si mauvais fils pouvait aisément être un mauvais père.

Quand même douze Du Haillan m'auraient assuré

que Charles VIII était né d'un autre que de Louis XI, je ne devrais pas les en croire aveuglément. Un lecteur sage doit, ce me semble , prononcer comme les

Anecdote sur Charles-Quint.

Charles-Quint avait-il couché avec sa sœur Marguerite , gouvernante des Pays-Bas ? en avait-il eu don Juan d'Autriche , frère intrépide du prudent Philippe n? Nous n'avons pas plus de preuve que nous n'en avons des secrets du UtdeCbarlemagnc,qui coucha , dit-on , avec toutes ses filles. Pourquoi donc l'affirmer? Si la sainte Ecriture ne m'assurait pas que les filles de Loth eurent des enfans de leur propre père, et Thamar de son beau-perc, j'hésiterais beaucoup à les en accuser. 11 faut être discret.

Autre anecdote plus hasardée.

On a écrit que la duchesse de Montpcnsier avait accorde ses faveurs au moine Jacques Clément pour l'encourager à assassiner son roi. Il eût été plus habile de les promettre que de les donner. Mais ce n'est pas ainsi qu'on excite un prêtre fanatique au parricide; on lui montre le ciel et non une femme. Son prieur Bourgoin était bien plus capable de le déterminer que la plus grande beauté de la terre. Il n'avait point de lettres d'amour dans sa poche quand il tua le roi, mais bien les histoires de Judith et d'Aod, toutes déchirées, toutes grasses à force d'avoir été

Anecdote sur Henri IV.

Jean Chatel ni Ravaillac n'eurent aucuns corn» plices; leur crime avait été celui du temps, le cri do la religion fut seul leur complice. On a souvent imprimé que Ravaillac avait fait le voyage de Naples; et que le jésuite Alagona avait prédit dans Naples la mort du roi , comme le répète encore je ne sais quel Chiniac. Les jésuites n'ont jamais été prophètes; s'ils l'avaient été, ils auraient prédit leur destruction; mais au contraire, ces pauvres gens ont toujours assuré qu'ils dureraient jusqu'à la fin des siècles. II ne faut jamais jurer de rien.

De l'abjuration d'Henri IV.

Le jésuite Daniel a beau me dire , dans sa trèssèche et très-fautive histoire de France , que Henri IV, avant d'abjurer, était depuis long-temps catholique. J'en croirai plus Henri IV lui-même que le jésuite Daniel. Sa lettre à la belle Gabrielle, c'est demain que je fais le saut périlleux, prouve au moins qu'il avait encore dans le cœur autre chose que le catholicisme. Si son grand catur avait été depuis longtemps si pénétré de la grâce efficace, il aurait peutêtre dit à sa maîtresse : n Ces évêques m'édiGent; » mais il lui dit : « Ces gens-là m'ennuient. » Ces paroles sont-elles d'un bon catéchumène ?

Ce n'est pas un sujet de pyrrhonisme que les lettres de ce grand homme à Corisandc d'Andouin , comtesse de Grammont ; elles existent encore en original. L'auteur de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des ua-

lions rapporte plusieurs de ces lettres intéressantes. Eu voici des morceaux curieux. « Tous ces empoisonneurs sont tous papistes. — J'ai découvert un tueur pour moi. — Les prêcheurs romains prêchent tout haut qu'il u'y a plus qu'un deuil à avoir; ils admonestent tout bon catholique de prendre exemple ( sur l'empoisonnement du prince de Cc-ndé ) ; et vous êtes de cette religion! — Si je n'étais huguenot, je me ferais turc. »

Il est difficile, après ces témoignages de la main de Henri IV, d'être fermement persuadé qu'il fût catholique dans le cœur.

Autre bévue sur Henri IV .

Un autre historien moderne de Henri IV accuse du meurtre de ce héros le duc de Lermc;« C'est, dit-il , l'opinion la mieux établie. » Il est évident que c'est l'opinion la plus mal établie. Jamais on n'en a parlé en Espagne , et il n'y eut en France que le continuateur du président de Thou qui donna quelque crédit à ces soupçons vagues et ridicules. Si le duc de Lcnuc , premier ministre, employa Ravaillac, il le paya bien mal. Ce malheureux était presque sans argent quand il fut saisi. Si le duc de Lermc l'avait séduit ou fait séduire, sous la promesse d'une récompense proportionnée à son attentat, assurément Havaillac l'aurait nomme, lui et ses émissaires, quand ce n'eût été que pour se venger. Il nomma bien le jésuite d'Aubigny, auquel il n'avait fait que montrer un couteau; pourquoi aurait-il épargné le duc de Lermc? c'est une obstinaliou bien étrange que celle de n'en

pas croire Ravaillac dans son interrogatoire et dam les tortures? Faut-il insulter une grande maison espagnole sans la moindre apparence de preuve?

Et Toilk justement comme ou écrit llmtoire.

La nation espagnole n'a guère recours à des crimes honteux : et les grands d'Espagne ont eu dans tous les temps une fierté généreuse qui ne leur a pas permis de s'avilir jusque-là.

Si Philippe II mit à prix la téle du prince d'Orange, il eut du moins le prétexte de punir un sujet rebelle , comme le parlement de Paris mit à cinquante mille écus la tête de l'amiral Coligni ; et depuis, celle du cardiual Mazarin. Ces proscriptions publiques tenaient de l'horreur des guerres civiles. Mais comment le duc de Lerme se serait-il adressé secrètement à u i misérable tel que Ravaillac !

Bévue sur le maréchal d'Ancre,

Le même auteur dit que « le maréchal d'Ancre et sa femme furent écrasés, pour ainsi dire, par la foudre. » L'un ne fut à la vérité écrasé qu'à coups de pistolet, et Vautre fut brûlée en qualité de sorcière. Un assassinat et un arrêt de mort rendu contre une maréchale de France , dame d'atour de I » rei ne , réputée magicienne, ne fonthonneurni à la chevalerie ni à la jurisprudence de ce temps-là. Mais je ne sais pourquoi l'historien s'exprime en ces mots : «Si ces deux misérables n'étaient point complices de la mort du rot, Us méritaient du moins les plus rigoureux châtimens... U est certain que, du vivant même du roi,

Concini et sa femme avaient avec l'Espagne des liaisons contraires aux desseins de ce prince. »

C'est ce qui n'est point du tout certain ; cela n'est pas même vraisemblable. Us étaient Florentins; le grand duc de Florence avait le premier reconnu Henri IV. U ne craignait rien tant que le pouvoir de l'Espagne en Italie. Concini et sa femme n'avaient point de crédit du temps de Henri IV. S'ils avaient ourdi quelque trame avec le conseil de Madrid, ce ne pouvait être que par la reine : c'est donc accuser la reine d'avoir trahi son mari. Et , encore une fois, il n'est point permis d'inventer de telles accusations sans preuve. Quoi ! uu écrivain dans son grenier pourra prononcer une diffamation que les juges les plus éclairés du royaume trembleraient d'écouter sur leur tribunal !

Pourquoi appeler un maréchal de France et sa femme, dame d'atour de la reine, ces deux miscrablcs ? Le maréchal d'Ancre , qui avait levé une armée à ses frais contre les rebelles, mérite-t-il une épithète qui n'est convenable qu'à Ravaillac, à Cartouche , aux voleurs publics , aux calomniateurs publics ?

Il n'est que trop vrai qu'il suffit d'un fanatique pour commettre un parricide sans aucun complice. Damions n'en avait point. U a répété quatre fois dans son interrogatoire qu'il n'a commis son crime que par principe de religion. Je puis dire qu'ayant été autrefois à portée de connaître les couvulsionnaires , j'en ai vu plus de vingt capables d'une pareille horreur, Uni leur démence était atroce ! La religion mal entendue est une fièvre que la moindre occasion fait tournes; eu rage. Le propre du fanatisme est d'échauffer les têtes. Quand le feu qui fait bouillir ces têtes superstitieuses a fait tomber quelques flammèches dans une Ame insensée et atroce f quand un ignorant furieux croit imiter saintement Phinée, Aod, Judith, et leurs semblables , cet ignorant a plus de complices qu'il ne pense. Bien des gens l'ont excité au parricide sans le savoir. Quelques personnes profèrent des paroles indiscrètes et violentes; ur domestique les répète, il les amplifie, il les enfuneste encore, comme disent les Italiens ; un Chàtcl , un Ravaillac , un D.i miens les recueille; ceux qui les ont prononcées ne se doutent pas du mal qu'ils ont fait. Ils sont complices involontaires; mais il n'y a eu ni complot ni instigation. Eu un mot, on connaît bien mal l'esprit humain , si l'on ignore que le fanatisme rend la populace capable de tout.

Anecdote sur l'homme au masque de (er.

L'auteur du Siècle de Louis XIV est le premier qui ait parlé de l'homme au masque de fer dans une histoire avérée. Cest qu'il était très-instruit de cette anecdote qui étonne le siècle présent, qni étonnera la postérité, et qui n'est que trop véritable. On l'avait trompé sur la date de la mort de cet iuconnu si singulièrement infortuné. U fut enterré à Saint-Paul le 3 mars 1703, et non en 1704.

Il avait été d'abord enfermé à Pigncrol avant de l'être aux îles de Sainte-Marguerite, et ensuite à la Bastille; toujours «ous la garde du même homme, de

qaVeasaiteleroi Jacqueseut prié instammentLoam X I V do vouloir bi*n lui s«rw <ie8cr^<>iit ici <?of©ôli«r. HusuitoijMM. apastt fait ce petit réauur nu roi Jao ques, n'anr Mtrpa» manqué d'avoir 4e* nrt<™e* égards poun l«. roi Guillaume' of pour la reine Ana», avec lesquels il rat en guerre; et il aurait .soigne usinent «rmervé auprès de et» de» monarques sa dignité de,g£OliorrdoMile roi Jacques lavait honoré.

Toutes cao'iUiuioasiétAiit dissipées^ il resta à sa» voir qui était ci- prisonnier toujours musqué, .» quel Age il mourut, etiseus.quel nom il fut oaierrt!. Il est claie que, si- on ne le (laissait passer dans la cowdè 1* Bastille^ si ou ri» lai permettait de parler à -sou o<ue<oouv«n<d'an «ascfuo, c'était de peur rcoontttudaaa ses traits quoique resserablanee trop frappante. Il puuvait montrer «a langue, et jamais son visage. Pour son iLdiVlm-rtiéroe à l'apothicaire de la Bastille peu de jours avant sa mort, qu'il croyait avoir environ soixante ans; et le sieur Martularn, chirurgien il u maréchal dt niche-

cet ouvrage-, on

ffao te 'Aie de..!

•«ai» trompé,

constant qu'il awunu 4e la petite vérole, et qu'on \a\ fit «le* ob*è<juu magnifiques. 1) faut ton fou pour imaginer qu'on enterra une bûche à sa place ) que Louis XIV fit fifre un- servie* Solennel !• cette butshe, et que, pour achever la coavakMarnre de ■ ptauds* l'ak ièa Bastule i—r k

7* DICTIONNAIRE ce SaiauMars qui le vit mourir. Le père Griffet, jésuite, a communiqué au public le journal de la Bastillo, qui fait foi de» dates. Il a ou aisément ce journal, puisqu'il avait Teraploi délicat do ceiuesseurdes prisonnier* r«ufermr>a la Bastille.

L homme au masque de fer est une énigme dont cUariui veut deviner le mot. Les uns ont dit que cMf. tait le duo de Beaufort : mais le duc de Beau/bit fut tué par les Turos à la défense de Candie en t 669 ; et l hommo au masque de fer était àPignerol en 1 66». D .tiileurs, comment ouxait-on arrêté le duc de Beau» fort au milieu de son armée? commeut l'aurait -on transf-ré a» t'ïanec sans que personne en sût rien? otl pourquoi l'out-on mis eu prisoa? et pourquoi ce masque?

Los autres ont revé le comte de Vermandots, fils naturel do Louis XI V, mon publiquement de la petite vérole, ce tC83, à I armée, et enterré dans la ville d'Arras( ).

On a ensuit 0 imaginé que le- duc de Monimouth, à qui ta roi Jacques fît oonper la t.ito publiquement dans Londres en* t685, était l'homme au masque de fer. Il aurait fallu qu'il cftt ressuscité, et qu'ensuite U eût obangé l'ordre des temps, qu'il eût mis l'année 1669 n ia placode i685; quo le roi Jacques, qui ne pardonna jamais à personne, et qui. par- U mérita tous ses malheurs, eût pardonné au duo de Montmouth , et eut fait mourir au lieu do lui un qui. lui .ressemblait parfaitement. Il aurait fallu ver ce Sosie» qui aurait ou la bouté de se faire couper le cou en public pour sauver le due de Montmouthi

lion, et ensuite du doc d'Orléans, régent , gendre de cet apothicaire , me l a redit plu* d'une fois.

Enfin, pourquoi lui donner un nom italien ? on rte nomma toujours MarchialH Celui qui écrit cet article en. sait peut-être plus que le père Griûet , et n'en dira

Addition de rEdi\tur{\).

Il est surprenant de voir tant de sa va as ottantd'év cri vains .pleins d'esprit et de sagacité se tourmenter à deviner qui peut avoir été le fameux masque de fer, sans que l'idée la plus simple, la plus naturelle et la plus vraisemblable , se soit jamais présentée à eux. Le fait tel que M. de Voltairo le rapporte une fois admis avec ses circonstances* licaiateoce dftm prisonnier d'une ospéoc sùigulicse rmise au rang des vérité» historiques les mieiu constatées; il parait que non* seulement rien n'est plus aisé que de oonoevoir crocl éuil ce prisonnier, mais qu'il est mémo difloilc qnil puisse y avoir doux opinions, sur ce sujet. L'auteur de cet ariiolo aurait communiqué plus. tôt son senti» mont , sSI u'etlt cru que celte idée devait déjà être Venue â bien d'autres , et s'il ne se ht persuade- que

(1) Cent anecdote, donnée comme une addition de l'éditeur dan* l'édition de 1771. passe chex bien dis gens de lettre* pour eWe-dn M.' de Torture lui même. Il a connu cefle édition, et il a a ptfaAK contredit J npniieuqiaoay avancoau sujet de l'homme ait masqua de 1er.

U est le prcniiet qui ait parlé de cet homme. Il a toujours combattu toute» les conjectures qu'on a faites sur ce masque : il ni u toujours parlé comme phu instruit que les autre», et comme ne- voulant pas dire tout ce qu'il en tarait.

Aujourd'hui il se répand une lettre de mademoiselle de Valois écrite «n due depuis maréchal de Richelieu, où elle se vante d'aroirappr» dudoed OruÇnrM sou pere, a d'étranges conditions, quel étais, rhaantoe aa> raosqtjt rie fcrj et cet homme, dit-elle, était un frère jumeau de LouisXlV, né quelque» heures après lui.

Ou cette lettre, qu'il était ai inutile, si indécent , si dangereux d'écrire, cal une leuie supposée , ou ln régent, en donnant* sa fille la récompense qu'elle avait si noblement acquise, crut axTai-< blir le danger qu'il v avait .1 révéler le secret de l'état, en altérant le fait, en en frisant de ce prince un cadet sans droit su troue au lien de l'héritier présoinpùf de M couronne.

Muta Loiis XIV, qui arah un ftere; Louia XIV, dent rime était mimuoaisne; Louia XIV. Qui ae {at(uait mëmn d une probiuV

cnoiutil d'outre en rtllt que de % être trop abandonné aux conseils de LouvoU et des jésuite* ; Louis XIV n'aurait jamais détenu un dé ses frères d»us une priaon perpétuelle, pour jtrevenir lea wwsw annoncé* par un astrologue aoqtrèt il ne erovairpa». If lui. u*laie.aM natta plus miporsans. Fils>«mi de Loass Xni', avoue par ce prince, le uone lui appartenait ; saaaa un- fils né d'Anne d'Autriche, inconnu a son niari , n'avait aucun droit, et pouvait cependant essayer de se iàtre recoanaJuc, déchirer la France par une longue guerre civile, l'emporter peut être sur le tils Je Louis X1U fco alléguant le «Irait de nrimof tiiitur»s et sub stimar une nouvelle race à l'anuque race des Bourbons. Ces djotiû, s'ils ne jasùfiaient pas eotM rcmrnt la rigueur de lxaii»XIV( servaient au moins a l'excuser; et le prisonnier, trop instruit de son sort, pouvait lui savoir quelque gré de n'avoir pas suivi deV conseils plus rigoureux : conseil* que U politique «trop souvent^ employés -castra ceux qui avaient quelque? pretoiitains u der. uOuea occupes par leur* concunaaaj

M. de Voltaire avait été lié dès sa jeunesac avec le duc de Ri chelieuj qui n'était pas discret : si ln lettre de mademois lie île V>lnn est véritable^ if Va connue; mais, dr»ué d'un esprit juste ; Utkaeatvr*r*en»,' il* ebetehétfaaauM^oauueuMi». Il était plae*ponr «a aveu» ii*.rec&ne la

ce n'était pae la peins verte une ohosc< ceux quiJUscnbcctteranocdoU).

Cependant comme dqpui* quoique temps cot.éwencmeut partage Jcs esprit», et que tout récemment on vient encore de donnor au public une lettre dan* laquelle on prétend prouver qae ce prisonnier eélébre est un sccv&tairu du duc de Mantoue (ou qu'il n'est pas possible de concilier avec les grandes marquas de respect que M» de Saint-Mars donnait à, son prisonnier), l'autour a cru devoir cuûu dire ce qu'il eu pense depuis plusieurs années. Peut-être coUe conjecture nieltra-t-elle fin a toute autre recherche, à moins que le secret no soit dévoile par ceux qui peuvent eu être les dépositaires, d une façonà lever tous les doutes.

On ne s'ainuscra point à réfuter ceux qui ont imaginé que ce prisonnier pouvait être le comte de cr mandois , le duc de Bcaufort , ou le duc de Monmoulh. Le savant et très- judicieux auteur de celte dernière opinion a très-bien réfuté les autres ; mais il n'a essentiellement appuyé la sienne que sur l'impossibllilé de trouver en Europe quelque autre prince dont il eût été de la plus grande importance qu'on ignor.it la détention. M. de Sainte -Foix a raison, s'il n'entend parier que des princes dont l'existence était connue; mais pourquoi personne ne s'est- il encore avisé de su («poser que le masque de fer pouvait avoir été un prince inconnu, élevé en cachette et dont il importait de laisser ienorer totalement l'existence.

Le duc de Moninouth n'était pas pour la France un prince d'une si grande importance ; cl l'on ne voit pas même ce qui eût pu engager cette puissance, au moins après la mort de ce duc ot celle de Jacques second, à faire un si grand secret de sa détention , s'il eut été en cfl'et le masque de fer. Il n'est guère probable non plus que M. de l ouves et M. de >ainl- Mars eussent marqué au duc de Mon mou h ce profond respect que M. de Vollairc assure qu ils portaient au masque de fer.

L'auteur conjecture, de la maudire dont M. de Voltaire a raconté le fait , que cet historien célibr.' est aussi persuadé que lui du soupçon qu'il \a manifester; mais que M. de Voltaire, à litre de l'Yarçais, n'a pas voulu, a outc - 1- il , pi blier tout net, surtout en avant dit assez, pour que le mot de léuigine ne dm pas éire dillirile a deviner. Le foici , continue t-il loujours, selon moi.

« Le masque de fer était sans doute un frère et un frère ainé de Louis XIV dont la mère avait ce ;,oût pour le linge lin sur lequel M. de Voltaire appuie. Ce fut eu lisant les mémoires de ce temps qui rapportent cette anecdote ail sujet de la reine que, me rappelant ce niéiuc goût du masque de fer, je ne douiai plus qu'il ne fut son fil. s : ce dont toutes les autres circonstances m'avaient déjà persuada.

« On sait que Louis Xlll n'habitait plus depuis long-temps avec la reine, que la naissance de Louis XIV ne fui duc qu'à un heureux hasiid habilement amené; hasard qui obligea absolument le roi à coucher en même lit avec la reine. Voici donc je crois que la chose sera arrivée.

« La raina aura pu s'imaginer que c'était ,par sa faute qu'il ne naissait point d'héritier à Louis KOI» La naissance du masque de fer l'aura détrompée. Le cardinal, à qui elle aura fait confidence du fait, aura su par plus d'une raison tirer parti de ce secret ; il aura imaginé de tourner cet événement w sou profit at. a celui de l'état. Persuadé par cet exemple que la seine pouvait ilvnnor des ou fans au roi, la partie qui produisit le hasaid d'un «cul lit pour le roi el Ju reine fui arrangi e en conséquence. Mais la reiuc et le cardinal, également pénétrés de la nécessité de cacher à Louis Xlll l'existence du masque de fer,, l'auront fait élever en seciet. Ce secret en aura été un pour Louk XIV jusqu'à la mort du cardinal «Ma^ariu.

u Mais ce monarque, apprenant alors qu'il avait un frère et un frire aiué que sa mère ne pouvait désavouer, qui d'ailleurs portait peut -être des traits marques qui annonçaient son origine; fesant réflexion que cet enfant né durant le mariage ne pouvait, sans de grands iiicouvénicns et sans un horrible scandale , être déclare illégitime après la mort de Louis Xlll , Louis XIV aura jugé ne pouvoir user d'un moyeu plus sage et plus juste que celui qu'il employa pour assurer sa propre tranquillité ot le repos de l'état, moyeu qui le dispensait de commettre cruauté que la politique aurait représentée cou nécessaire à un monarque moins consciencieux ei moins magnanime que Louis XIV.

u 11 tue semble, poursuit toujours notre auteur, que plus on est instruit de 1 histoire de ces temps-là , plus on doit être frappe de la réunion de toutes les circonstances qui prouvent en faveur «le celte «apposition.

Anecdote sur Nicolas Fowjwt, surintendant des finances.

Ix est vrai que ce ministre eut beaucoup d'amis dans sa disgrùcc, et qu'ils porsévercreut jusqu'à sou jugement. 11 est vrai que le chancelier qui pré&idail « ce jugement, traiia cet illustre captif avec trop du dureté. Mais co n'était pas Michel le Tuilier, comme on l'a imprimé dans quelques-unes des éditions du Siècle de Louis XIV, c'était Pierre Seguier. (Jette inadvertance d'avoir pris l'un pour l'autre est une faute qu'il faut corriger.

Ce qui est tris-remarquable, c'est qu'on uc sait où mourut ce célèbre suriutendant : non qu'il importe de te savoir, car sa mort n'ayant pas causé lu moindre événement , elle est au rang de toutes les choses indifférentes; mais ce fait prouve à quel point il était oublié sur la lin de sa vie, combien la considération qu'on rc obère he avec tant de soins est peu de chose; qu heureux sont ceux qui veulent vivre el mourir inconnus. Cette science scia h plus utile que celle des dates.

Petite anecdote.

Il importe fort peu que l'icxrc ilreusscl, pour Je- ( quel on fit les barricades, ail été couseilW-clerc. Le fait est qu'il avait acheté une charge do conseiller- . clerc , parce qui! n était pas riche, et que ces-oflice* coûtaient muius que les autres. Il avait des euiàns» et

n'était clerc en aucun sens. Je ne sais rien de si inutile que de savoir ces minuties.

Anecdote sur le Testament attribué au cardinal de Richelieu.

Le père Griffet veut à toute force que le cardinal de Richelieu ait fait un mauvais livre : à la bonne heure; tant d'hommes d'état en ont fait! Mais c'est une belle passion de combattre si long-temps pour ficher de prouver que, selon le cardinal de Richelieu, les Espagnols nos alliés, gouvernés si heureusement par un Bourhon, 5onf tributaires de l'enfer, et rendent

les Indes tributaires de l'enfer Le testament du

cardinal de Richelieu n'étail pas d'un homme poli.

« Que la France avait plus de bonr ports sur la Méditerranée que toute la monarchie espagnole. » — Ce testament était exagtrateur.

« Que, pour a\oir cinquante mille soldats, il en faut lever cent mille. » — Ce testament jette l'argent par les fenêtres.

« Que, lorsqu'on établit un nouvel impôt, on augmente la paie des soldats. » — Ce qui n'est jamais arrivé ni en France, ni ailleurs.

« Qu'il faut faire payer la taille aux parlcmcns et aux autres cours supérieures. » — Moyen infaillible pour gagner leurs cœurs, et pour rendre la magistrature respectable.

w Qu'il faut forcer la noblesse de servir, et l'enrôler dans la cavalerie.» — Pour mieux conserver tous ses privilèges.

« Que de trente millions à supprimer, il y en a près de sept , dont le remboursement ne devant être (ait qu'au denier cinq , la suppression se fera en sept années et demie de jouissance. » — De façon que, suivant ce calcul , cinq pour cent en sept ans et demi feraient cent francs , au lieu qu'ils ne font que trentesept et demi : et, si on entend par le denier cinq la cinquième partie du capital , les cent francs seront remboursés eu cinq années juste. Le compte n'y est pas; le testateur calcule assez mal.

« Que Gênes était la plus belle ville d'Italie. » — Ce que je lui souhaite.

v Qu'il faut être bien chaste. » —Le testateur rassemblait à certains prédicateurs. Faites ce qu'ils disent, et non ce qu'ils font.

•« Qu'il dut donner une abbaye à la Sainte-Chapelle de Paris. » — Chose importante dans la crise où l'Europe était alors, et dont il ne parle pas.

w Que le pape Benoît XI embarrassa beaucoup de cordeliers, piqués sur le sujet de la pauvreté , savoir des revenus de saint François, qui s'animèrent à tel point, qu'ils lui firent la guerre par livres. » — Chose plus importante encore, et plus «a vante, surtout quand on prend Jean XXII pour Benoît XI, et quand dans un testamen*. politique on ne parle ni de la manière dont il faut conduire la guerre contre l'Empire et l'Espagne , ni des moyens de faire la paix , ni des dangers présens, ni des ressources, ni des alliances, ni des généraux , ni des ministres qull but employer , ni même du dauphin, dont l'éducation importait tant à l'état; enfin d'aucun objet du mini'tère.

ion cœur qu'on charge, puis-

qu'on le veut, la mémoire du cardinal de Richelieu, de ce malheureux ouvrage rempli d'anachronismes , d'ignorances, de calculs ridicules, de faussetés reconnues dont tout commis un peu intelligent aurait été incapable ; qu'on s'efforce de persuader que le plus grand ministre a été le plus iguorant et le plus ennuyeux , comme te plus extravagant de tous les écrivains. Cela peut faire quelque plaisir à tous ceux qui détestent sa tyrannie.

Il est bon de même, pour l'histoire de l'esprit humain , qu'on sache que ce détestable ouvrage fut loue pendant plus de trente ans, tandis qu'où le croyaii d'un grand ministre.

Mais il ne faut pas trahir la vérité pour faire croire que le livre est du cardinal de Richelieu. Il ne faut pas dire « qu'on a trouvé une suite du premier chapitre du Testament politique , corrigée en plusieurs

endroits de la maiu du cardinal de Richelieu , »

parce

que cela n'est pas vrai. On a trouvé au bout de cent ans un manuscrit intitulé : Narration succincte; cette narration succincte n'a aucun rapport au Testament politique. Cependant on a eu l'artifice de la faire in><primer comme un premier chapitre du Testament avec des notes.

A l'égard des notes, on ne sait de quelles mai us elles sont.

Ce qui est très-vrai , c'est que le testament prétendu ne fit du bruit dans le monde que trente-huit ans après la mort do cardinal ; qu'il ne fut imp rimé qua quarante-deux ans après cette mert ; qu'on n'en a jamais vu l'original signé de lui ; que le livre est très-mauvais, et qu'il ne mérite guère qu'on en parle.

Autres anecdotes.

Chai le s I", cet infortuné roi d'Angleterre, est-il 1 auteur du fameux livre Eikôn basilikè? ce roi aurait-il mis uu titre grec à M>n livre?

Le comte de Moret, fils de Henri IV, blessé & la petite escarmouche de Castelnaudari , vécut -il jusqu'en i6j}3 sous le nom de l'ermite frère Jean-Baptiste ? Quelle preuve a-t-on que cet ermite était fils d« Henri IV? Aucune.

Jeanne d'Albret de Navarre, mère de Henri IV, êpousa-t-elle après la mort d'Antoine un gentilhomme: nommé Goyon, tué à la Saint-Barthélcmi ? En eutelle un fils prédicant à Bordeaux ? Ce fait se trouve très-détaillé dans les remarques sur la Réponse de Baylcaux Questions d'un provincial, in-folio, p. 689 .

Marguerite de Valois , épouse de Henri IV, accoucha-t-cllc de deux enfans secrètement pendant son mariage? On remplirait des volumes entiers de ces singularités.

C'est bien la peine de faire tant de recherches pour découvrir des choses si inutiles au genre humain ! Cherchons comment nous pourrons guérir les écrouellcs, la goutte, la pierre, la gravellc et mil la maladies chroniques ou aiguës. Cherchons des remèdes contre les maladies de l'âme, non moins funestes et non moins mortelles; travaillons à perfectionner les arts, à diminuer les malheurs de l'espèce humaine; et laissons la les ana, les anecdotes , les

es curieuses de notre temps; le noir? eau choix de y ers si mal choisis, cité à tout moment dans le dictionnaire de Trévoux «t les Recueils des prétendus bons moU, etc. ; et les Lettres d'un ami à un ami ; et les Lettres anonymes ; cl les Réflexions sur la tragédie nouvelle , etc. , etc. , etc.

Je lis dans un livre nouv eau , que Louis XIV exempta des tailles, pendant cinq ans, tous les nouveaux mariés. Je n'ai trouvé ce fait dans aucun recueil d'édits, dans aucun mémoire du temps.

Je lis dans le même livre, que le roi de Prusse fait donner cinquante écus à toutes les 611cs grosses. On ne pourrait à la vérité mieux placer son argent, et mieux encourager la propagation ; mais je ne crou pas que cette profusion royale soit vraie ; du moins je ne l'ai pas vue.

Anecdote ridicule sur Théodoric.

Voici une anecdote plus ancienne qui me tombe sous la main , et qui me semble fort étrange. Il est dit dans une histoire chronologique d'Italie, que le grand Théodoric , arien , cet homme qu'on nous peint si sage , » avait parmi ses ministres un catholique qu'il aimait beaucoup, et qu'il trouvait digne de toute sa confiance. Ce ministre croit s'assurer de plus en plus la faveur de son maître en embrassant l'arianisme ; et Théodoric lui fait aussitôt couper la tfite, » en disant : s Si cet homme n'a pas été fidèle à Dieu, comment le sera -t- il envers moi qui ne suis qu'un homme ? »

Le compilateur ne manque pas de dire « que ce trait (ait beaucoup d'honneur à la manière de penser de Théodoric à l'égard de la religion. »

Je me pique de penser, à l'égard de la religion, mieux que Tostrogoth Théodoric, assassin de Symmaque et de Boèce, puisque je suis bon catholique, et que Théodoric était arien. Mais je déclarerais ce roi digne d'être lié comme enragé, s'il avait eu la bêtise atroce dont on le loue. Quoi ! il aurait fait couper la tête sur-le-champ à son ministre favori , parce que ce ministre aurait été à la fin de son avis ! Comment un adorateur de Dieu, qui passe de l'opinion d'Athanase à l'opinion d'Arius et d'Eusèbe, est-il infidèle .1 Dieu? Il était tout au plus infidèle à Athanase, et à ceux de son parti, dans un temps où le monde était partagé entre les atbanasiens et les eusébiens. Mais Théodoric ne devait pasleregarder comme un homme iufidcle à Dieu, pour avoir rejeté le terme de consubstantiel après l'avoir admis. Faire couper la tête à son favori sur une pareille raison , c'est certainement l'action du plus méchant fou, et du plus barbare sot qui ait jamais existé.

Que diriex-vous de Louis XTV s'il eût fait couper la téte au duc de La Force, parce que le duc de La Force avait quitté le calvinisme pour la religion de Louis XIV?

Anecdote sur le maréchal de Luxembourg.

J'ouvre dans ce moment une histoire de Hollande, et je trouve que le maréchal de Luxembourg, en •167a, fit cette harangue ârsi troupes : « Allez, mes en fans, pille», volex, tue*, violer; et, s'il y a quelque

nier, mit.

chosede plus abominable, ne manquez pasrfcla faire, afiu que je voie que je ne me suis pas trompé en vous choisissant comme les plus braves des hommes. »:

Voilà certainement une jolie harangue : elle n'est pas plus vraio que celles de Tite-Live ; mais elle n'est pas de son goût. Pour achever de déshonorer la typographie , cette belle pièce se trouve dans < naires nouveaux , qui ne sont que d< ordre alphabétique.

Anecdote sur Louis XIV.

Cest une petite erreur dans l'Abrégé chronologique de l'histoire de Francc,de supposer que Louis XTV, après la paix dUtrecht dont il était redevable à l'Angleterre, après neuf années de malheurs, après les grandes victoires que les Anglais avaient remportées , ait dit à l'ambassadeur d'Angleterre : « J'ai toujours été le maitre chez moi, quelquefois chez lesv

autres ; no m'en faites pas souvenir. 1» J'ai dit ailleurs que ce discours aurait été très-déplacé, très-faux à l'égard des Anglais, et aurait exposé le roi à une réponse accablante. L'auteur même m'avoua que lu marquis de Torci , qui fut toujours présent à toutes les audiences du comte de Stair, ambassadeur d'Angleterre, avait toujours démenti cette anecdote. Elle n'est assurément ni vraie, ni vraisemblable, et n'est restée dans les dernières éditiousde ce livre que parce qu'elle avait été mise dans la première. Cette erreur ne dépare point du tout un ouvrage d'ailleurs trèsutile, eu tous les grands événemens, rangés dans l'ordre le plus commode, sont d'uue vérité reconnue.

Tous ces petits contes dont on a voulu orner l'histoire la déshonorent ; et malheureusement presque toutes les anciennes histoires ne sont guère que des contes. Malcbranchc a cet égard avait raison de dire qu'il ne faisait pas plus de cas de l'histoire que des nouvelles de son quartier.

Lettre de M. de Voltaire sur plusieurs anecdotes.

Nous croyons devoir terminer cet article des anecdotes par une lettre de M. de Voltaire à M. Damtlavillc , philosophe intrépide, et qui seconda plus que personne son ami M. de Voltaire dans la catastrophe mémorable des Calas et des Sirven. Nous prenons cette occasion de célébrer autant qu'il est en nous la mémoire de ce citoyen , qui dans une vie obscure a montré des vertus qu'on ne rencontre guère dans le grand monde. II fesait le bien pour le bien même, fuyant les hommes brillans, et servant les malheureux avec le zèle de l'enthousiasme. Jamais homme n'eut plus de courage dans l'adversité et a la mort. Il était l'ami intime de M. de Voltaire et de M. Diderot. Voici la lettre en question :

Au château de Ferney, 7 mai 1768.

« Par quel hasard s'cst-il pu frire, mon cher ami, que vous ayczlu quelques feuilles de l'Année littéraire de maitre Aliboron ? chez qui avez-vous trouve ces rapsodies? Il me semble que vous ne voyez pas d'ordinaire mauvaise compagnie. Le monde est inondé des sottises des folliculaires qui mordent parce qu'ils ont faim , et qui gagnent leur pain à dire de plates

« Ce pauvre Fréron (i>) , à ce que j'ai oui dire est comme les gueuses des rues de Paris , qu'on folère quoique temps pour le set vice des jeunes gens désertivrés, qu'on renferme à l'Injqncel irait ou quatre fois p m an , et qui en sortent pour reprendre leur premier métier.

«J'ai lu les feuilles qne vous m'avez envoyées. Je ne suis pas étonné que maîrre Aliboron crie un peu sous les coups de fouet que je lui ai donnés. Depuis que je me suis amuse à immoler ce polisson à la risée publique sur tous les th« àtres de l'Europe , il est juste qu'il se plaigne un peu. Je ne l'ai jamais vu, Dieu merci. Il m'écrivit une grande lettre il y a environ vin^t ans. J'avais enteudu parler de ses tnceurs, et par conséquent je ne lui fis point de réponse. Voilà IVjriginc de toutes les calomnies qu'on dit qu'il débita contre moi daus ses feuilles. Il faut le laisser faire , te» gens condamnés par leurs juges ont permission de leur dire des injures.

« Je ne sais ee que c'est qu'une comédie italienne qu'il m'impute , intitulée : i}nnttH me tnariera-t-on ? voilà la première fois que j'en ai entendu parler. Cest un mensonge absurde. Dieu a voulu que fuie fiait des pièces de théâtre pour mes péchas; mais je n'ai jamais fait de farce italienne. Rayez cela de vos anecdotes.

« Je ne sais comment une lettre qne f écrivis à milord Littlcton et sa réponse sont tombées entre les m ai ne de ce Fréron ; mais je pois vous assurer qu'elles sont tontes deux entièrement falsifiées. Jugez-en, je Vous- envoie les originaux.

« Cos messieurs les folliculaires ressemblent assez ■uchiffbnnten

ter.

«Me voilà-t-il pas encore une belle* anecdote , bien digne du public, qu'une lettre de moi au professeur Haller, et une lettre du professeur «aller à moi ! et de quoi s'avise M. Haller de faire courir mes lettres et les siennes? et de quoi s'avise un folliculaire de les imprimer et de les falsifier pour gagner cinq sous? 11 me la fait signer du chàluau de Tour- *ey , on je n'ai jamais demeuré.

Le folliculaire dora on parle cet oeiui-U mime qui, ayant été chassé oYs jésuites, a composé des libelles pour virre, aKjui a rempli se* lilwllet d'anecdote* prétendues littéraire*. En voici une sur son compte.

lettre du n'eur Royou, avocat au parlement de Bretagne, beaufrère du nommé Fréron. Nurdi matin, 6 mart 1770.

« Fréron épousa mn «leur il y a trois (tu en Bretagne : mon père donna vin ;t m Ile livres de dnt. Il les dissipa avec de* fille», ét donno du mal \ ma »orur. Après quoi il la fit partir pour Pari* dans le punir du ooebe, et la 6t eoticlier en chemin anr la paille. Je couius doimnd< r raison a ce maille ami v 11 feignit de ac repentit. Mais comme il renaît le métier d'espion , et qu'il sut <]u en qualité d'avocat j' vais pris parti dans les troubles de Bretagne, il m'accusa aupi>» de M. de , et dbrint nne lettre de

nehet pour me faù^mlerniar. Il vint l«t i-Méfao srree des orcliers «ians la me des Ko} en, an lundi A dix boum du charger de ch.due*. se mit a cite de moi i sait lui-même le bout de la cbuiti". .. . etc. »

fions ne jugeons point ici entre 'es d'U* beam- frère». Noos *vooa la lettr originale. On dit une ee Prêt un n a 1

« Ces import menées amusent un moment dos jeunes gens oisifs. et tombent le moment d'après dans iVternel oubli où tons tes rions de oc temps-oi tom-

« L'anecdote du cardinal de Fleuri sur le Que m oAmodum que Louis XIV n'enteudahvpas est très-vraie . Je ne l ai rapportée daus le Siècle de Louis XIV qne parée que j'en étais sûr, et je n'ai point rapporte celle du Aurtioofwr, parce que je n'en étais pas ^dr. C'est un vieux conte qu'on me fesait daus mon enfance au collège de* jésuites, pour nie faire sentir la supériorité du pêne La Cbaise sur le grand -aumônier de France. On prétendait que Je gvaaiLa union ier, interrogé sur la signification de Ajcti'cocojr.dit que c'était uacapitaiuctlu roi David , et que letévércnd peso La Chaise assura que c'était un hibou; peu m'importe! Et trt's-pcu m'importe encore qu'on fredonne pendant uu quart d'heure dans un latin ridicule un Xyclicoraz gross ière meut mis en musique!

« Je n'ai point prétendu bUmer Louis XIV d'ignoror le latin; il «avait gouverner, il savait fuite flonnr ions Jes arts, cela valait anieux que d'entendre Cicértro. D'ailleurs cette ignorance du latin ne venait pas du sa foute , puisque dans 6a jeunesse il apprit de luimême l'italien et I cspagnoL

« Je ne sois pas pourquoi l'homme que le folliculaire fait parier me reproche de citer le cardinal de Fleuri, et «'égaie à dire «ac fulnuà citer de fmxuis uoms. Vous savez, mon cher ami, -que mes grand.* noms sont ccu\ de Newton , de Locke , do Gerneilie . do Haciite, do La Fontaine, de Boileau. Si le nom do Fleuri était grand pour moi , ce serait le nom de l'abbé Fleuri, auteur des discours patriotiques et savons, qui ont sauvé de l'oubli son histoire ecclésiastique ; et non pas le cardinal de Fleuri que j'ai fort connu avant qa'il fdt ministre, et qui , quand il Le fut , fit éviter ondes plus respectables hommes de France, l'alibi Pucelle, et empêcha btnignement pendant tout son ministère qu'on ne soutint les quatre («tueuses

çaiae <ians les choses ecclésiastiques.

« Je ne connais de grands hommes que ceux qui ont rendu de grands services su gmire humain.

« Quand j'amassai des matcrtM» pour derire le Siècle de Louis XIV, il talliatjucn consulter dos généraux , des ministres , des aumôniers, des dames , et des val eu de chambre. Le cardinal de Fleuri. avait été aumônier , et il m'apprit fort peu de chose. M . le ruoréchul de Yillarsui 'apprit beaucoup pendant quatre ou cinq aiuu es tic temps , comme vous le savoz; et je n'ai pas dit «ont ce qu'il voulut biea i

<e M. le duc d'Antin me dotes, que je n'ai doMttées que pour ce qu'eUes va laient.

«M. de Torei fut le premier ^ui nVapprU, par nne seule ligne eu marge de mes questions , que Louis XIV n'eut jamais de part à ce fameux testerut eut du roi d'Espagne Charles II , qui changea lar

« 11 n'est pas perrois-d'écrire ane histoire eonte*»poraine autrement qu'on consultant avec asaiebùae et an ooufifontant tous las u rnota aaa es. Il y a eWs

PI

faits que j'ai vos par mes yeux , et d'ulrti par des

jeux meilleurs. J'ai dit la plus exacte vérité sur 1m choses essentielles.

« Le roi régnant n'a rendu publiquement cotte justice : je crois m mètre guère trompé sur les petites anecdotes , dont je fiu» très-peu de cas; elles ne sont qu'un vain amusement. Les grands événemeus instruisent.

a Le roi Stanislas» duc de Lorraine, m'a rendu lo témoignage authentique anc j'avais parlé de toutes les choses importantes , arrivées sous le règne de Charles XU , ce hcreaieipreient, comme si j'en «rais été le témoin eemlaire.

« A l'égard des petites circonstances, je les abandonne a qui voudra; je ne m'en soucie pas plus que

« J'estime bien autant celui qui ne sait pa

anecdote inutile que celui qui la sait.

« puisque vous voulez être instruit des bagatelles et des ridicules, je vous dirai que votre malheureux folliculaire se trompa , quand il prétend qu'il a été joué sur le théâtre de Londres avant d'avoir été ta* celui de Paris par Jérôme Carré. La trai, ou plutôt l'imitation de la comédie de l'Ecossaiseet de Frérou, faite par M. George Coluiaa, n'a été jouée sur le théâtre de Londres qu'en 1766, et n'a été imprimée qu'en 1767, chex Bcket et de

Hondl. l.lle ;i eu aulaut dt

Londres qu'A

Paris, parce que par tout pays on aime la vertu des 1 Frccport, et qu'où déteste les foJiiouqui barbouillent du papier, et mentent pour Ac l'argent. Ce fut Pilluatre Garrick qui composa l'épilogue. -M. George Colman m'a fait l'honneur de m'envoyer sa pièce; elle est intitulée : The EnqlLk Merchant.

a C'est une chose assex plaisante qu'à Londres , à Pélcrsbourg, à Vienne, à Gènes, à Panse, et jusqu'en Suisse, on se soit également moqué de ce Frérou. Ce n'est pas à sa personne qu'on en voulait; il prétend que l'£cossai.sc ne réussit à Paris que parce qu'il 7 est détesté. Mais la pièce a réussi à Londres, à Viens», où il est inconnu. Personne n'en voulait à Pourccaugnac quand Pourceaugnae fis rire l'Europe.

« Ce sont là dos anecdotes littéraires assez, bien constatée*; mais ee sont, sur ma parole, le» vérités les plus inutiles qu on ait jamais dites. Mon ami , un chapitre de Cicéron , de Ojficiis. et dt Aature d<urum, nn chapitre de Locke, une lettre provinciale, une bonne f*Mc deLa Fontaine , des vers do Roileau et de Kacune, voilà ce qui doit occuper un vrai littérateur.

« Je voudrais bien savoir quelle utilité le public retirera de l'examen que fait » faUicuiake, ai je demeure dans un château ou dans uue maison de campagne. J'ai tu dans une des quatre cents broeburos,

confrères de la plume , que >de Richelieu m'avait lait présent un jour d'un carrosse fort joli et de deux, chevaux gris pommelés, que cela déplut fort à M. le duc de Ri-

bon de l'affaire , c'est que dans ce tempe-là M. le duc

de Richelieu n'avait point de femme.

uDtetaae impriment mon Porte-feuille retrouve" ;

d'autres mes Lettres à M. B. et à madame D. , s qui p»

anecdotes.

«1 Ne vient-on pas d'imprimer les lettres prétendues de la reine Christine , de Ninon Lenotoa, etc.» Des curieux mettent ces sottises daug leurs bibliothèques , et un jour quelque érudit aux gages d'un libraire les fera valoir comme des monumens précieux do l'histoire. Quel fatras! quelle pitié! quel opprobre de la littérature! quelle porte de temps! »

On ferait bien aisément nn très-gros volume sur anecdotes; mais en général on peut assurer qu'elles ressemblent aux vieilles chartes des moii.es. Sur mille il y en a huit cents de fausses. Mais, et vieilles chartes en parchemin , et nouvelles anecdotes imprimées chex Pierre Marteau , tout cela est fait

Anecdote singulière sur le père Fouquet, ci-dt-

(Ce morceau eat inséré en partie dans les Lettres juives. )

fit 1 7*3 le pèswFouquet, jésuite, revint en France, de la Chine où il avait passé vingt-cinq ans. Des disputes de religion l'avaient brouillé avec ses confrères. Il avait porté a la Chine un évangile différent du leur,

Peu* lettrés de la Chine avaient fait le voyage avec lai. L'un de ces lettrés était mort sur le vaisseau ; l'attira vint a Paris avec le père Fouquet. Ce jésuite devait onamener son b»t*ré à Rome, comme un témoin de la conduite de ces bons pères à la Chine. La chose était secrète.

Fouquet et son lettré logeaient i la maison professe, rue Saint- Antoine , à Paris. Les révérend* pères furent avertis des intentions de lour confrère, Le père Fouquet sut aussi incontinent les desseins des révérends pères; il ne perdit pas un moment, et partit la nuit en poste pour Rome.

Les révérends pères eurent le crédit de faire courir après lui. On n'attrapa qie 'c lettré. Ce pauvre garçon ue savait pas un mot de fonçais. Le» bons père* allèrent trouver le cardinal Dubois, qui alors avait besoin d^eux. Ils dirent au cardinal qu'ils avaient parmi eux nn jeune homme qui était devenu fou, et qu'il fallait l'enfermer.

Le cardinal qui, par intérêt, eut dû le protège*

lettre de cachet, la chose du monde dont un \ est quelquefois lo plus libéraL

Le lieutenant de police vint prendra ea fea qu'on lui «dicua; il trouva un homme qui fosai» de* ingérences autrement qu'à la française, qui parlait comme en chantant , et qui avait l'air tout étonné. Il lo plaignit beaucoup d'être tombé en démeucc, le lit lier, al l'envoya à Ciiaronlon où il fut fouetté, eoeawc L'n.ul* Dcsfoutaincs , deux fois par semaiuc.

Le lettré chinois ne comprenait rien à cette manière de recevoir les étrangers. Il n'avait passé que deux on trois jours à Paris ; il trouvait les tuteur s des Français assci étranges; il vécut deux ans au pain.** à Peau antre des fous et de* pères correcteurs. 11 <

que la nation française était composée de ce* deux espèces, dont l'une dansait, tandis que l'autre fouettait l'espèce da usante.

Enfin au bout de deux ans le ministère changea ; on nomma un nouveau lieutenant de police. Ce magistrat commença son administration par aller visiter les prisons. Il vit les fous de Cbarenton. Après qu'il se fut entretenu avec eux, il demanda s'il ne restait plus personne à voir. On lui dit qu'il y avait encore un pauvre malheureux, mais qu'il parlait une laugue que personne n'entendait.

Un jésuite qui accompagnait le magistrat, dit que c'était la folie de cet homme de ne Jamais répondre en frauçais, qu'on n'en tirerait rien, et qu'il conseillait qu'on ne se donnât pas la peine de le faire

Le ministre insista. Le malheureux fut amené ; il se jela aux genoux du lieutenant de police, qui envoya chercher les interprètes du roi pour l'interroger; on lui parla espagnol , latin , grec , anglais ; il disait toujours Kanton, Kanton. Le jésuite assura qu'il était possédé.

Le magistrat, qui avait entendu dire autrefois qu'il y a une province de la Chine appelé Kanton , s'imagina que cet homme en était peut-être. On fit venir un interprète des missions étrangères, qui écorchait le chinois; tout fut reconnu ; le magistrat ne sut que faire, et le jésuite que dire. M. le duc de Bourbon était alors premier ministre; on lui conta la chose; il fit donner de l'argent et des habits au Chinois, et on le renvoya dans son pays, d'où l'on ne croit pas que beaucoup de lettrés viennent jamais nous voir.

D eut été plus politique de le garder et de le bien traiter, que de l'envoyer donner à la Chine la plus mauvaise opinion de la France.

Autre anecdote sur un jésuite chinois.

Les jésuites de France, missionnaires secrets à la Chine, dérobèrent il y a environ trente ans un enfant de Kanton à ses parens, le menèrent à Paris, ctl'élevèrent dans leur couvant de la rue Saint-Antoine. Cet enfant se fit jésuite à l'Age de quinze ans, et resta encore dix ans en France. Il sait parfaitement le français et le chinois, et il est assez savant. M. Bertin, contrôleur- général et depuis secrétaire d'état , le reuvoya à la Chine en i jb3, après l'abolissement des

Il s'appelle Ko; il signe Ko, jésuite.

U y avait en 1772 quatorze jésuites français à Pékin , parmi lesquels était le frère Ko , qui demeure encore dans leur maison.

L'empereur Kien-Long a conservé auprès de lur ces moines d'Europe eu qualité de peintres, de graveurs, d'horlogers, de mécaniciens, avec défense expresse de disputer jamais sur la religion, et de causer le moindre trouble dans l'empire.

Le jésuite Ko a envoyé de Pékin i Paris des manuscrits de sa composition , intitulés : Mémoires concernant '*' •'■ '-r'r< , le, wiri.ces , lés a is, les mœurs et Us usages de < • t ci , ( ur les missionnaires de Pckin.

Ce livre est imprimé et se débite actuellement à Paris chez le libraire Nyon.

L'auteur se déchaîne contre tous les philosophe* de l'Europe , à la page a? 1 . Il donne le nom d illustre martyr de Jésus-Christ à un prince du sang tartare

que les jésuites avaient t Yont-Chin avait exilé.

Ce Ko se vante de faire beaucoup de néophytes ; c'est un esprit ardent , capable de troubler plus la Chine que les jésuites n'ont autrefois troublé le Japon.

On prétend qu'un seigneur russe, mdigné de cette insolence jésuitique , qui s'étend au bout du monde , même après l'extinction de cette société , veut fain; parvenir à Pékin , au président du tribunal des rites , un extrait en chinois de ce mémoire, qui puisse faire connaître le nommé Ko et les autres jésuites qui travaillent avec lui.

AN ATOMIE.

L'anatomie ancienne est à la moderne ce qu'étaient les cartes géographiques grossières du seizième siècle, qui ne représentaient que les lieux principaux T et encore infidèlement tracés, en comparaison des cartes topographiques de nos jours, où l'on trouve jusqu'au moindre buisson mis à sa place.

Depuis Vésal jusqu'à Bertin on a fait de nouvelles découvertes dans le corps humain ; on peut se flatter d'avoir pénétré jusqu'à la ligne qui sépare à jamais les tentatives des hommes et les secrets impénétrables de la nature.

Interrogez Borelli sur la force exercée par le cœur dans sa dilatation, dans sa diastole ; il vous assure qu'elle est égale à un poids de quatre-vingt mille livres dont il rabat ensuite quelques milliers. Adressez-vous à Keit , il vous certifie que cette force n'est que de cinq onces. Jurin vient qui décide qu'ils se sont trompés , et il fait un nouveau calcul : mais un quatrième survenant prétend que Jurin s'est trompé aussi. La nature se moque deux tous, et pendant qu'ils disputent, elle a soin de notte vie; elle fait contracter et dilater le cœur par des voies que l'esprit humain ne peut découvrir.

On dispute depuis Hippocrate sur la manière dont se fait la digestion ; les uns accordent à l'estomac des sucs digestifs ; d'autres les lui refusent. Les chimistes font de l'estomac un laboratoire. Hecquet en fait un moulin. Heureusement la nature nous fait digérer sans qu'il soit nécessaire que nous sachions son secret. Elle uous donne des appétits , des goûts et des aversions pour certaius alimens dont nous ne pourrons jamais savoir la cause.

On dit que notre chyle se trouve déjà tout forme dans les alimens mêmes, dans une perdrix rôtie. Mais que tous les chimistes ensemble mettent des perdrix dans une cornue, ils n'en retireront rien qui ressemble à une perdrix ni au chyle. Il faut avouer que nous digérons ainsi que nous recevons la vie , que nous la donnons, que nous dormons, que nous sentons, que uous pensons, sans savoir commeat.On ne peut trop le redire.

Nous avons des bibliothèques entière» sur la gé-

nération ; maie personne ne sait encore seulement quel ressort produit l'intumescence dans la partie masculine.

On parle d'un suc nerveux qui donne la sensibilité à nos uerfs; mais ce suc n'a pu être découvert pa aucun anatomiste.

Les esprits animaux, qui ont une si grande réputation , sont encore à découvrir.

Votre médecin vous fera prendre une médecine, et ne sait pas comment elle vous purge.

La manière dont se forment nos cheveux et nos ongles nous est aussi inconuue que la manière dont nons avons des idées. Le plus vil excrément confond tous les philosophes.

YVinslow et Lémeri entassent mémoire sur mémoire concernant la génération des mulets; les savans se partagent ; l'âne fier et tranquille , sans se mêler de la dispute , subjugue cependant sa cavale , qui lui donne un beau mulet, sans que Lémeri et Winslow se doutent par quel art ce mulet naît avec des oreilles d'âne et un corps de cheval.

Borclli dit que l'œil gauche est beaucoup plus fort que l'œil droit. D'habiles physiciens oui soutenu le parti de l'œil droit coutre lui.

Vossius attribuait la couleur des nègres à une maladie. Ruysch a mieux rencontré en les disséquant, et en enlevant avec une adresse singulière le corps muqueux rcticulairc qui est noir; et malgré cela il se trouve encore des physiciens qui croient les noirs originairement blancs. Mais qu'est-ce qu'un système que la nature désavoue ? .

Bocrbaave assure que le sang dans les vésicules des poumons est pressé, chassé, foulé, brisé, atténué.

Le Cat prétend que rien de tout cela u'est vrai. 11 attribue la couleur rouge du sang .i un iluidc caustique , et ou lui nie son fluide caustique.

Les uns font des nerfs un canal par lequel passe un fluide invisible ; les autres en font un violon dont les cordes sont pincées par un archet qu'on ne voit pas davantage.

La plupart des médecins attribuent les règles des femmes a la pléthore du sang. Tcrenxoni et Yieusscns croient que la cause de ces évacuations est dans un esprit vital , dans le froissement des nerfs , enfin daus le besoin d'aimer.

On a cherché jusqu'à la cause de la sensibilité , et on est allé jusqu'à la trouver dans la trépidation des membres à demi animés. On a cru les membranes du fœtus irritables, et cette idée a été fortement combattue.

Celui-ci dit que la palpitation d'un membre coupe est le ton que le membre conserve encore. Cet autre dit que c'est l'élasticité; un troisième l'appelle irritabilité. La cause; tous l'ignorent, tous sont à la porte du dernier asile où la nature se renferme; elle ne se montre jamais » eux , et Us devinent dans son antichambre.

Heureusement ces questions sont étrangères à la médecine utile, qui n'est fondée que sur l'expérience, sur la connaissance du tempérament d'un malade , sur des reu ' ï?s très-simples donnés à propos; le reste est pure curiosité, souvent cbarlatanerie.

Si un homme à qui on sert un plat d écre visses qui étaient toutes grises avant la cuisson , et qui sont de* venues toutes rouges dans la chaudière, croyait n'en devoir manger que lorsqu'il saurait bien précisément comment elles sont devenues rouges, il ne mangerait décro isses de sa vie.

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