‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 355 sur 551 · LETTRES , GENS DE LETTRES , OU LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES , GENS DE LETTRES , OU LETTRES

Dans nos temps barbares, lorsque les Francs, les Germains, les Bretons, les Lombards, les Mosarabcs espagnols ne savaient ni lire , ni écrire , on institua des écoles, des universités, composées presque toutes d'ecclésiastiques qui, ne sachant que leur jargoi>, enseignèrent ce jargou à ceux qui voulurent I apprendre; les académies ne sout venues que long-temps après ; elles ont méprisé les sottises ics écoles , inaii elles n'ont pas toujours osé s'élever contre elles , parce qu'il y a des sottises qu'on respecte, attendu qu'elles ticunent à des choses respectables.

Les gens de lettres qui ont reudu le plus de service au petit nombre d'êtres pensons répandus dan* le monde, sont les lettrés isolés, les vrais savans renfermés dans leur cabinet, qui n ©ut ni argumenté sut le» bancs des universités, ni dit les choses à moitié dan* les académies; et ceux-là ont presque tous été persécutés. Notre misérable espèce est tellement faite que cciw qui marchent dans le cheroiu battu jettent ion-

jôurs des parte* à ceux qui enseignent un chemin nouveau.

Montesquieu dit que les Scythes crevaient les yeux à leurs esclaves, afin qu'ils fussent moins distraits en battant leur beurre; c'est ainsi que l'inquisition en use, et presqae tout le monde est aveugle dans les pays ou ce monstre règne. On a deux veux depuis plus de cent ans en Angleterre; les Français commeucrul à ouvrir un œil; mais quelquefois il se trouve des hommes en place qui ne Veulent pas même permettre qu'on soit borgne.

Ces pauvres gens en place soat comme le dorierr Kalouard de la comédie italienne, qui ne vcr.t Cln servi que par le balourd Arlequin, et qui crai».t •l'avoir un valet trop pénétrant.

l aites des odes à la louange de monsciguvui Superbus Fatus, des madrigaux pour sa maîtresse , dédie/, à son portier un livre de géographie , vous serez, bien reçu; éclaire* les hommes, vous sctcz

Descirtcs est obligé de quitter sa patrie, Gassendi .• calomnié, Arnaud traîne ses jours dans l'exil ; •ont phrosophe est traité comme les prophètes chez 1rs Juifs.

Qui croirait que dans b- dix-huitième siècle nu philosophe ait été traîné dvvant les tribunaux séculiers, e: traite «l'impie par les tribunaux d'arguroens, pour avoii dit que les hommes ne pourraient exercer les arts .-.ils n'avaient point de mains? Je ne désesp r • pas qu'on ne condamne bientôt aux galères le premier qui aura l'insolence de dire qu'un homme ne penserait pas s'il était sans tête; car, lui dira un bachelier, I àmc est un esprit pur, la tête n'est que de la matière; Dieu peut pincer l'urne dans le talon, aussibien que dans le cerveau; partant. |e vous dénonce comme un impie.

l e plus grand malheru d'un homme de lettres n'est pmil -être pas d'être l'objet de la jalousie de ses confrères, la victime de la cabale, le mépris des puissans du monde; c'est d'être jugé par des sots. Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint a I ineptie, et à l'ineptie l'esprit de vengeance, la- grand malheur encore d'un homme de lettres est ordinairement de ne tenir a rien. Un bourgeois achète un petit office, et le .oilà sou'.enu par les confrères. Si on lui fait une injustice, il trouve aussitôt des défenseurs. L homme de lettres est sans secours; il ressemble auv poissons volans; s'il s'élève un peu, les oiseaux le iKvorcnt; s'il plonge, les poissons le man gent.

Tout homme public paie tribut à la tualiguté, mais il est payé en deniers et en honneurs (i ).

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