‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 358 sur 551 · LIBERTE DE PENSER · texte numérisé non relu

LIBERTE DE PENSER

Vnas l'an 1 707 , temps où les Anglais gagnèrent la bataille de Sarragosse, protégèrent le Portugal, «t donnèrent pour quelque temps un roi à l'fspagnt, mi!ord Boldmind , officier général , qui avait rte blessé , était aux eaux de liaréges. 11 y rencontra le comte Médroso quittant tombé de cheval derrière le bagage, à une lieue et demie du enamp de bataille, venait prendre les eaux aussi. Il était familier de l'inquisition ; milord Boldmind n'était familier que dans la conversation : un jour , après boire , il eut avec Médroso cet entretien :

BOLDMIND.

Vous Ctes doue sergent des dominicains ? vous faites là uu vilain métier.

MÉDRO.'O.

Il est vrai ; mais j'ai mieux aimé Mre leur valet que leur victime , et j'ai préféré le malheur de brûler mon prochain a celui d'élre cuil moi-même.

BOLD.Ul.ND.

Quelle horrible alternative ! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, cl qui, tout vainqueurs qu'ils étaicut, ne s arrogeaient pas le droit inoui de tenir les aines dan» les fers.

MÉoaoso.

Que voulez-vous ! il ne nous est permis ni d'écrire, ni de parler , ni même de penser. Si nous parlons , il est aisé d'interpréter nos paroles, encore plus nos

dans un auto-da-fé pour nos pensées secrètes, on nous menace d'être brûlés éternellement par l'ordre

, Ils ont persuadé au gouvernement qoe si nous avions le seus commun, tout l'état serait en combustion , et que la nation deviendrait la plàs malheureuse de la terre.

BOLDMIND.

Trouvez- vons qne nous soyons si malheureux, nous autres Anglais, qui couvrons les mers de vaisseaux , et qui venons gagner pour vous des batailles au bout do l'Europe ? Voyez-vous que les Hollandais qui vous ont ravi presque toutes vos découvert** daus l'Inde, et qui aujourd'hui sont au rang de vos protecteurs, soient maudits de Dieu pour avoir donné une entière liberté a la presse, et pour foire le commerce des pensées des hommes? L'empire romain en a-t-il été moins«puissant parce que Tullius Cicoro a écrit avec liberté ?

medroso.

Quel est ce Tullius Gccro? jamais je n'ai entendu prononcer ce nom-là à la Saintc-ilcrmandad.

BOLDMIND.

C'était un bachelier de l'université de Rome, qui écrivait ce qu'il pensait, ainsi que Julius César, Marcus Anrelius, Titus Lucretius Carus, Plinius, Seneea et autres docteurs.

H&DROSO.

Je ne les connais point ; mais on m'a dit que la religion catholique, basque et romaine, est perdue si

BOLDMIND.

Ce n'est pas à vous a le croire; car vous êtes sûrs que votre religion est divine, et que les porte» d'enfer ne peuvent prévaloir contre elle. Si cela est , rien ne pourra jamais la détruire.

MÉDROSO.

Non , mais on peut la réduire à peu de chose ; et c'est pour avoir pensé que la Suède, le Dancmarck, toute votre île, la moitié de l'Allemagne, gémissent dans le malheur épouvantable de n'être plus sujets du pape. On dit même que, si les homme» continuent à suivre leurs fausses lumières , ils s'en tiendront bientôt à 1 adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les portes de l'cufcr prévalent jamais jusque là, que deviendra le saint-office ?

BOLDMIND.

Si les premiers chrétiens n'avaient pas eu la liberté de penser, u'csl-il pas vrai qu'il n'y eût point eu de christianisme ?

MÉDROSO.

Que voulez-vous dire? je ne vous entends point.

BOLDMIND.

Je le crois bien. Je veux dire que, si Tibère cl les premiers empereurs avaieut eu des jacobins qui eussent empêché les premiers chrétiens d'avoir des plumes et de l'encre; s'il n'avait pas «V long-temps permis daus l'empire romain de peiner librement, il Il eût été impossible que les chrétiens établir sent leurs dojnnes. Si donc le christianisme ne s'e st firme iiu« par la liberté de penser, par quelle contradiction» par quelle injustice voudrait-il anéantir aujourd'hui celte liberté sui laquelle seule il est fondé?

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