LOI NATURELLE
Dialogue.
B. Qu'est-ce que la loi naturelle (*)?
A. L'instinct qui nous fait sentir la justice.
B. Qu'appclcz-vous juste et injuste?
A Ce qui paraît tel a l'univers entier.
B. L'univers est composé de bien des tètes. On dit qu'a Lacédémone en applaudissait aux larcins, pour lesquels on condamnait aui mines à Athènes.
A. Abus de mots, logomachie, équivoque; il ne pouvait se commettre de larcin à Sparte, lorsque tout y était commun. Ce que vous appel et vol était la piuiitioii de l'avarice.
B. Il était défendu d'épouser sa sœur à Home. Il était permis chez les Egyptiens , les Athéniens et même chez les Juifs, d'épouser sa sœur de père. Je ne cite qu'à regret ce malheureux petit peuple juif, qui ne doit assurément servir de règle a personne, et qui (en mettant la religion à part) ne fut jamais qu'un peuple de brigands, ignorans et fanatiques. Mais enfin, selon ses livres, la jeune Thamar, avaut de so faire violer par son frère Ammon, lui dit • h Mon frère, ne me faites pas de sottises, mais deoundcz-inoi en mariage à mon porc; il ne vous refusera pas. »
A. Lois de convention que tout cela, usages arbitraires, modes qui passent ; l'essentiel demeure toujours. Montrez-moi un pays où il soit honnête de me ravir le fruit de mon travail, de violer sa promesse, de mentir pour nuire, de calomnier, d'assassiner, d'empoisonner, d'être ingrat envers son bienfaiteur, de battre son père et sa mère quand ils vous présentent à manger?
B. Avez- vous oublié que Jean-Jacques , un des percs de l'église moderne, a dit : « Le premier qui
clore et cnltiver un terrain fut l'ennemi du gemv in, qu'il fallait l'exterminer, et que les fruits à tous , et que la terre n'est à personne ? ■
(•) Ce dialogue e»t tiré presqu ce entier det k, », C { Kntrrtim IV, vqL des Dialocu ..}
N'avons-nous pas déjà examiné ensemble eette belle proposition si utile à la société ?
A. Quel est ee Jean- Jacques ? ce n'est assurément ni Jean-Baptiste , ni Jean l'Evangéliste , ni Jacques lo Majeur, ni Jacques le Mineur; il faut que ce soit quelque Hun, bel-esprit, qui ait écrit cette impertinence abominable, ou quelque mauvais plaisant bufo magro qui ait voulu rire de ce que le monde entier a de plus sérieux. Car, au lieu d'aller gâter le terrain d'un voisin sage et industrieux, il n'avait qu'à l'imiter, et chaque père de famille ayant suivi cet exemple, voilà bientôt un très- joli village tout formé. L'auteur de ce passage me paraît uu animal bien insociable.
B. Vous croyez donc qu'en outrageant et en volant le bon-homme qui a entouré d'une *iaie vive son jardin et son poulailler, il a manqué aux devoirs de la lot naturelle.
A. Oui, oui encore une fois, il y a une loi naturelle; et elle ne cousislc ni à faire le mal d autrui, ni à s'en réjouir.
B. Je conçois que I homme n'aime et ne fait le mat que pour son avantage. Mais tant de gens sont portés à se procurer leur avantage par le malheur d'autrui ; la vengeance est une passion si violente, il y en a des exemples si fuuestcs; l'ambition plus fatale encore a inondé la terre de tant de sang, que, lorsque je m'en retrace l'horrible tableau, je suis tenté d'avouer que l'homme est très-diabolique. J'ai beau avoir/lans mon cœur la notion du juste et de l'injuste ; un Attila que saint Léon courtise, un Phocas que saint Grégoire | alto avec la plus lâche bassesse, un Alexandre VI souillé de tant d'incestes, de tant d homicides, de tant d'empoisonnemens , avec lequel le faible Louis XII, qu'on appelle fait la plus indigne et la plus étroite alliance; un Cromwell, dont le cardinal Muzarin recherche la protection , et pour qui il chasse de France les héritiers de Charles I, cousinsgermains de Louis XIV, etc., etc., cent exemples pareils dérangent mes idics, et jo ne sais plus où j'en
A. Hé bien, le* orages empochent-ils que nous ne jouissions aujourd'hui d'un beat- soleil? Le tremblement qui a détruit la moitié de 1? ville de Lisbonne empc'chc t-il que von» n'ayez frit très-commodément le voyage de Madrid ? Si Attila fut un brigand et le cardinal M a tarin un friron, n'y a-t-il pas des princes et des ministres honnêtes gens ? N a-t-on pas remarqué que, dans la guerre de 1701 , le couseil de Louis XIV était composé d<*s hommes les plus vertueux ? lo duc de Bcauvillirrs, le marquis de Torci, le maréchal de Villars, Cham<'llart enfin qi"' passa pour incapable, mais jamais pour malhonnête homme. L'idt c de la justice ne subsiste -t- elle pas toujours ? C'est sur elle que tout fondées toutes les lois. Les Grecs les appelaient (i'Ies dn ciel, cela ne veut dire que les filles de la nature.
N'avcz-vous pas des lois dans votre pays ?
B. Oui, les unes bonnes, les autres mauvaises. A. Où en auriez- vous pris l'idée, si ce n'est dans
les notions de la loi naturelle, que tout homme a dans soi quand il a l'esprit bien foi' ? il faut bien les avoir puisées là, ou nulle part.
B. Vous avez raison, il y a une loi naturelle ; il est encore plus naturel à bien des gens de l'ot
A. 11 est naturel aussi d'être borgne, bossu , boiteux, contrefait, malsaiii;. nais on préfère les gens bien faits et bien saint»
fi. Pourquoi y a-t-il tant d'esprit» borgnes et cou-
A. Paix ! Mais allez à l'article T LOI SALIQUE.
Celui qui a dit que ta loi safique fnt écrite avec une plume des ailes do l'aigle k deux têtes, par l'aumônier de Pbarsmond , au dos de la donation de Constantin , poorrait bien ne s'être par trompé.
C'est la foi fondamentale de l'empire français, disent de braves jurisconsultes. Le grand Jérôme fiignon, daus son livre de l'excellence de la Franco, dit ('t) que cette loi vient de la toi naturelle scior le grand Aristote, parce q-ic dans h les familles c'étai» le perc qui gouvernait, »t qu'on ne donnait point de dot aux filles, comme il se lit des père, mère et frères de Rebecca. »
Il assure (6) que le royaume de France est si excellent , qu'il a conservé précicusemet cette loi recommandée par Aristote et par l'anci-n Testament. Et, pour prouver cette excellence de la France, il remarque que l'empereur Julien trouvait le vin de Surine admirable.
Mais, pour démontrer l'excellence de la loi « saliqne, il s en rapporte à Froissard selon lequel « les douze pairs de France dient que le royaume de France est de si grande noblesse, qu'il ne doit mie par succession aller à femelle. »
On doit avouer que ceue décision est fort incivile pour l'Espagne, pour l'Angleterre, pour Naplcs, pour la Hongrie , surtout pour la Russie qui a vu sur son trône quatre impératrices de suite.
Le royaume de France est de grande noblesse : d'accord ; mais celui d'Espagne, du Mexique et du Pérou est aussi de «randc noblesse, cl grande no blesse est aussi en Russie.
On a allégué qu'il est dit dans la sainte Écriture que les lis ne filent point : on en a conclu que les femmes ne doivent poiut régner en France. Cest cucoi i! puissamment raisonner : mais ou a oublié que les kopards, qui sont (on ne s«it pourquoi) les armoiries d'Angleterre, ne filent pas plus que les lis qui sont ( on ne sait pourquoi ) les armoiries de l'rain-i-. i,n un mot, de ce qu'où n'a jamais vu filer un lis, il n es' pas démontré que l'exclusion des filles soit une loi fondamentale des Gaules.
Des lois fondamentales.
La loi fondamentale de tout pays est qu'on sème du blé si I on veut avoir du pain ; qu'on cultive le lia el le chanvre si on veut .«voir de la loilo; que chacun soit le maître dans son champ, soit que ce champ appartienne à un garçon ou à une fille, que le Gaulois demi-barbare lue tout autant de Francs, entièrement barbares, qui viendront des bords du Mein, qu'ils m
(«0 Page a88 el lui». — ;&) P»ge 9.
r, ravir «s
peaux ; sans quoi le Gaulois deviendra serf du ] OU sera assau>iué par lui.
Cest sur cm fondement que porte 1 édifice. Lan b.itii sou Coude me ut sur un roc, ut la tnaisou dure;
L'autre sur du sable,. et elle *Vécrooio. M au; une loi fondamentale , oec de la voJonu* changeante dea
contradiction dans les dermes, un être de raison , nne chimère, une absurdité : qui fait les lois peut les changer. La bulle d'or Tut appelée Ui fondamentale de l'empire. Il fut ordonué qu'il n'y aurait jamais que sept électeurs tudesques, par la raison péremptoiro qu'un certain chandelier juif n'avait en qnc sept branches, et qu'il n'y a que sept dons du Saint-Esprit. Cette loi fondamentale fut qualifiée d'éternelle par la toule-puissauce et certaine science de Charles IV» Dieu ne trouva pas bon que le parchemin de Chai les prit le nom d élernel. Il a permis que d'autres empereurs germains, par leur toute-puissance et certaine science, ajoutassent deux branches au chandelier, et deux présens aux sept dons du Saint-Esprit. Ainsi les électeurs sont au nombre de neuf.
C était une loi très-fondamentale que les disciples du Seigneur Jésus n'eussent rien eu propre. Ce fut ensuite une loi encore plus fondamentale qae les évêques de Rome fussent très-riches, et que le peuple les choisit. La dernière loi fondamentale est qu'ils sont souverains, et élus par uu petit nombre d'hommes, vêtus d'écarlate, qui é. aient absolument inconnus du temps de Jésus. Si l'empereur roi des Romains, toujours auguste, était maitro de Kosne de fait il l'est par le style de sa chancellerie, le pape son graud-aumônicr, en attendant quelque autre loi irrévocable à toujours <\m serait détruite par anc autre.
Je suppose ( ce qui peut très-bien arriver ) qu'un empereur d'Allemagne n'ait qu'une fille, et qu'il sort un bon-homme n'entendant rien h la guerre; je suppose que, si Catherine 11 uc détruit pas l'empire turc qu'elle a fort ébranle dans l'an 1771 ou j écris ces rêveries, le Turc vienne attaquer mon bon priuce chéri des neuf électeurs; que sa fille se meUe à la tète des troupes avec doux jeunes électeurs amoureux d'elle; qu'elle ba'te les Ottomans comme Oébora battit le capitaine Siiara et ses trois cent mille soldats, et ses trois mille chars de guerre dans un petit champ pierreux au pied du mont Thabor; que ma princesse chasse les musulmans jusque par- d cl» Andrinople; que sou père meure de joio ou autrement; que les deux amans de ma princesse engagent leurs sept confrères a la couronner; que tous les princes de l'empire et des villes y consentent ; que deviendra la loi fondamentale et éternelle qui porte que le saiut empire romain uc peut tomber de lance en quenouille, que l'aigle à deux têtes ne file point, et qu'où ne peut sans culotte s'asseoir sur le trône impérial? ou se moquera de ccUo vieille loi, et ma
Comment la loi salique /est établie.
On ne poui contester la coutume passée en loi qui veut que les filles ne puissent hériter de la couronne de France taut qu'il reste uu mâle du sang royal. Cette question est décidée depuis long- temps, k* sceau de l'antiquité y est apposé. Si elle était descendue du ciel , elle ne serait pas plus révérée de la nation française. Elle s'accommode mal avec la galanterie de cette nation; mais c'est qu'elle était en vigueur avant que cette nation fut galante.
Le président lic'nauJt répète, dans sa Chronique, ce qu'on avait dit au hasard avant lui, que Clovis rédigea la loi salique en 5i i, l'année même de sa mort. Je veux croire qu'il avait rédigé cette loi, et qu'il savait lire et écrire, comme je veux croire qu'il avait quinze ans lorsqu'il se mit à conquérir les Gaules; mais je voudrais qu'on me montrât, à la bibliothèque de Saiut- Germain -d°s- Prés ou de Saint-Martin, ce cartulairc de la loi salique signé Clovis, ou Clodvic, ou Hildovic; par là du moins on apprendrait son véritable nom, que personne ne sait.
Nous avons deux éditions de cette loi salique, l'une par un nommé Hérold, l'autre par François Tithou, et toutes deux sont différentes, ce qui n'est ças un bon signe. (JuaruI le texte d'une loi est rapporté différemment dans deux écrits, non-seulement il est clair que l'un des deux est faux, mais il est fort probable qu'ils le sont tous deux. Aucune coutume des Francs ne fut écrite dans nos premiers siècles ; il serait bien étrange que la loi des Salicus l'eût été. Cette loi est en laliu; et il n'y a pas d'apparence que ni Clovis ni ses prédécesseurs parlassent latin dans leurs marais entre les Suabes et les Balaves.
Ou suppose que cette loi peut regarder les rois de France ; et tous les savans conviennent que les Sicambres, les Francs, les Salicns n'avaient point do rois, ni même aucun chef héréditaire.
Le titre de la loi salique commence par ces mots : In Chritti nomine. Elle a donc été faite hors des terres saliques, puisque le Christ n'était pas plus connu de ces barbares que du reste de la Germanie, et de tous les pays du nord.
On fait rédiger cette lui salique par quatre grands jurisconsultes francs; ils s'appellent dans l'édition de Hérold, Vuisogast, Arogast, Salcgast et Vuindogast. Dans l'édition de Pithou, ces noms sont un peu différens. Il se trouve malheureusement que ces noms sont les vieux noms déguisés de quelques cantons d'Allemagne.
Notre -magot prend pour ce coup
Le nom d'un port pour un nom d'homme.
(LA FosiTAiift, Mr. IV, fi*. VII.)
En quelque temps que cette loi ait été rédigée en mauvais latin, on trouve dans l'article touchant les alcus, « que nulle portion de terre salique ne passe à la femme. » 11 est clair que cette prétendue loi ne fut point suivie. Premièrement, on voit par les formulés de Marculphc qu'un père pouvait laisser ses aleus à sa fille, en renonçant « à certaine loi salique, impie et abominable. »
Secondement, ai on applique celte loi aux fiefs, il est clair que les rois d'Angleterre, qui n'étaient pas de la racc noimaudc, n'avaient eu tous leurs grands fiefs en France que par les filles.
Troisièmement, si on prétend qu'il est nécessaire qu'un fiqf soit entre les mains d'un homme, parce qu'il doit se bajlrc pour son seigneur, cela prouve que la loi ne pouvait être entendue des droits au trône. Tous les seigneurs de fief se seraient battus tout aussi bien pour uuc reine que pour un roi. Une rciuc u'etait point obligée d enoosser uuc cuirasse, de se garnir de cuissarts et de brassarts, et d'aller au trot à l'ennemi sur un cheval de charrette, comme ce fijt long-temps la mode.
Il est donc clair qu'originairement la loi salique ne pouvait regarder eu rien la courouue, m comme alcu, ni comme fief dominant.
Mézcrai dit que « l'imbécillité du sexe ne permet pas de régner. » Mézcrai ne parle ni ci? homme d'esprit, ni en homme poli. L'histoire le dément assez. La, reine Anne d'Angleterre, qui humilia Louis XrV; l'irapcratricc-rcinc de Hongrie, qui résista au roi Louis XV, à Frédéric le Grand, à l'électeur de Bavière et à tant d'autres princes; Elisabeth d'Angleterre, qui empêcha notre grand Henri de succomber, l'impératrice de Russie, dont nous avons déjà parlé, font assez, voir que Mézcrai n'est pas plus véridique qu'honnête. 11 devait savoir que la reine Blauche avait trop régné eu France sous le nom de son fils, et Anne de Bretagne sous Louis XII.
Véli , dernier écrivain de l'histoire de France, devrait, par cette raison même, être le meilleur, puisqu'il avait tous les matériaux de ses devanciers; mais il n'a pas toujours su profiter de ses avantages. Ht s'emporte eu invectives contre le sage et profond Rapin de Thoyras; il veut lui prouver que jamais aucune princesse n'a succédé n la couronne tant qu'il y a eu des mâles capables de succéacr. On le sait bien, et jamais Thoyras n'a dit le contraire.
Dans ce long âge de la barbarie, lorsqu'il ne s'agissait dans (Europe que d'usurper et de soutenir ses usurpations , il faut avouer que les rois étaient fort souvent des chefs de bandits, ou des guerriers armés contre ces bandits; il n'émit pas possible de se soumettre à une femme ;quiconque avait un grand cheval de bataille ne voulait aller à la rapine et au meurtre que sous le drapeau d'iiu homme monté comme lui sur un grand cheval. Un bouclier ou un cuir de bosof servait de trône. Les califes gouvernaient par l'Alcoran, les papes étaient censés gouverner par I Evangile. Le midi ne vit aucune femme réçner , jitsqu'à Jeanne de Raplcs qui ne dut sa couronne qu'à la tendresse des peuples pour le roi Robert, son grandpère , et à leur haine pour André , son mari. Cet André était à la vérité du sang royal , mais né dans la Hongrie alors barbare. 11 révolta les Napolitains par ses mœurs grossières , par son ivrognerie et par sa crapule. Le bon roi Robert fut obligé de contredire l'usage immémorial , et de déclarer Jeanne seule reine par son testament approuvé de la nation.
On ne voit dans le nord aucune femme régner de «on chef jusqu'à Marguerite de Valdemar, qui gou-
ÛICf.OHNATKE
Vefnâ quelques mois en son propre nom ver» l'an »377.
L'Espagne n'eut aucune reine de son chef jusqu é l'habile Isabelle en i4fii.
En Angleterre, la cruelle et superstitieuse Marin, fille <ic Henri VIII, est la première qui hérita du tronc, de mfiue que la faible et coupable Marie Stuait en Ecosse au seizième siècle.
Le vaste pays de la Russie n'eut jamais de souveraine jusqu'à la veuve de Pierre le Grand.
Toute l'Europe, que dis-je, toute la terre était gouvernée par des guerriers au temps où Philippe de Valois soutiut son dioil contre Edouard III. Ce droit d'un maie qui succédait à un m.i'c semblait la loi de toutes les nations. Vous éies pelit-Pls de Philippe le Bel par votre mère, disait Valois à son compétiteur; mais, connue je l'emporterais snr la mère, je l'cm porte à plus forte raison sur le fils. Votre mère n'a pu vous transmettre un droit qu'elle n'avait pas.
Il fut doue reconnu en France que le prince du sang le plus éloigné serait l'héritier de la couronne au préjudice de la fille du roi. Cest une loi sur laquelle personne ne dispute aujourd'hui. Les autres nations oiit adjugé depuis le tronc à des princesses. La France a conservé l'ancien usage. Le temps a aonné à cet usage la force de la loi la plus sainte. En quel temps que la loi saliqnc ait été ou faîte, ou interprétée, il n'importe; elle existe, elle est respectable, elle est utile; et son utilité l'a rendue sacrée.
Examen w les filles ./<<<.* Ions les cas sont privées de toute hérédité f/ar cette loi salique.
J'ai déjà donné I empire * m.e fille malgré la bulle d'or. Je n'aurai pas de peine à gratifier une tille du royaume de France. Je suis plus en droit de disposer de cet état que le pape julcs 11, qui en dépouilla Louis XII , et le transféra de son autorit- privée à l'empereur Maximilicn. Je suÏ3 plus autorisé a parler en faveur des filles de la maison de France que le papo Grégoire XllI et le cordelicr Sixte -Quint ne l'étaient à exclure du trône nos princes du sang, sous prétexte, disaient ces bons nrèircs, que Hcuri IV et les princes de Coudé élaieut ruée butavdr cl M te^tnilc de Bourbon ; belles et saintes paroles dont il faut se souvenir a jamais pour être convaincu de ce qu'on doit aux évoques de Rome. Je puis donuer ma voix dans les états généraux , et aucun pape n'y peut avoir de suffrage. Je donne donc ma voix sans difficulté, dans trois ou quatre cents ans, à une fille de France, qui resterait seule descendante en droite ligne de Hugues Capet. Je la fuis reine , pourvu qu'elle soit bien élevée, qu'elle ait l'esprit juste et qu'elle ne soit point bigote. J'interprète en sa faveur celte loi qui dit >]ur /j//r if tLii! mie smrrdrr. J'entends qu'elle n'hérilcra mie t.mt qu'il y aura mâle. Mai?, dés que mâles déf.iiller.t, je prouve que le royaume est à elle, par nature qui l'ordonne et pour le bien de la nation.
J'invite tous les bous Français a montrer le mémo respect pour le sang de tant de rois. Je crois que c'est l'unique inoym de prévenir les factions qui dé-
membreraient l'état. Je propose qu'elle règne de son chef, et qu'on la marie à quelque bon prince, qui prendra le nom et les armes, et qni par lui-même pourra posséder quelque canton , lequel sera annexé à la France > ainsi qu'on a conjoint Marie-Thérèse de Hongrie et François , duc de Lorraine , le meilleur prince du monde.
Quel est le Welchc qui refusera de la reconnaître, à moins qu'on ne déterre quelque autre belle princesse issue de Charlemagne , dont la famille rut chassée par Hugues Capet malgré la loi saliqnc ; ou bien qu'on ne trouve quelque princesse plus belle encore , qui desecude évidemment de Clovis , dont !» famille fut précédemment chassée par son domestique Pépin , et toujours en d.-pit de la loi salique ?
Je n'aurai certainement nul besoin d'intrigues pour faire sacrer ma princesse dans Reims, ou dans Char- Ires, ou dans la chapelle du Louvre, car tout cela est égal ; ou même pour ne la peint faire sacrer du tout , car on règne tout aussi b«cn non sacré que sacré. Les rois , les n-incs d'Espagne n'observent point cette cérémonie.
Parmi toutes les familles des secrétaires du roi , il ne se trouve personne qui dispute le trône à cette princesse capétienne. Les plus illustres maisons sont si jalouses Tune de l'autre, qu'elles aiment bien mieux obéir à la fille des rois qu'a un de leurs égaux.
Reconnue aisément do toute la France, elle reçoit l'hommage de tous ses sujets avec une grâce majestueuse qui la fait aimer autant que révérer; et tous les poètes font des vers en l'honneur de ma princesse (*).