MARTYRS
SECTION r&EMlt&E.
Martyr, témoin, mnrOjrion , témoignage. U société chrétienne naissante donna d'abord le
(«) Allons donc , fili de Dieu , met» toi k table et minge.
de martyr? à ceux qui annonçaient nos nouvelles vérités devant les hommes, qui rendaient témoignage à Jésus, qui confessaient Jésus; comme on donna le nom de uiinU aux presbytes, aux survcillans de la société, et aux femmes leurs bienfaitrices; c'est pourquoi saint Jérôme appelle souvent dans ses lettres son affiliée Paulc, sainte Paule. Et tous les premiers évéques s'appelaient saints.
Le nom de martyrs dans la suite ne fut plus donne qu'aux chrétiens morts ou tourmentés dans les supplices; et les petites chapelles qu'on leur érigea depuis reçurent le nom de nuirtijrion.
Ces* une grande question pourquoi l'empire romain autorisa toujours dan* son sein la secte juive, même après les deux horribles guerres de Titus et d'Adrien; pourquoi il toléra le culte isiaque à plusieurs reprises, et pourquoi il persécuta souvent k christianisme. Il est évident que les Juifs , qui payaient chèrement leurs synagogues, dénonçaient les chrétiens leurs ennemis mortels, et soulevaient les peuples contre eux. Il est encore évident que les J uifs, occupés du métier de courtiers et de l'usure, ne prêchaient point contre l'ancienne religion de l'empire, et que les chrétiens, tous engagés dans la controverse, prêchaient contre le culte public, voulaient l'anéantir, brûlaient souvent les temples, brisaient les statues consacrées, comme firent saint .Théodose dans Amasée, et saint Polyeuctc dans Mitylène.
Les chrétiens orthodoxes, étant sûrs que leur religion était la seule véritable, n'en toléraient aucuns autre. Alors on ne les toléra guère. On en supplicia quelques-uns qui moururent pour la foi, et ce furent les martyrs.
Ce nom est si respectable qu'on ne doit pas le prodiguer; il n'est pas permis de prendre le nom et les armes d'une maison dont on n'est pas. Ou a établi des peines crès- graves contre ceux qui osent se décorer de la croix de Malte ou de saint Louis sans être chevaliers de ces ordres.
Le savaut Dodwcll, l'habile Middleton, le judicieux Blondcl, l'exact Tillemout , le scrutateur Launoy et beaucoup d'autres, tous télés pour la gloire des vrais martyrs, ont rayé de leur catalogue nnc multitude d'inconnus à qui l'on prodiguait ce grand nom. Nous avons obsci~é que ces savans avaient pour eux l'aveu formel d'Origènc qui, dans sa Réfutation de Celse, avoue qu'il y a eu peu de martyrs, et encore de loin a 'oin , et qu'il est facile de les compter.
Cependant le bénédictin Ruinait , qui s'intitule dora Ruinart, quoiqu'il ne scit pas espagnol, a coinbattu tant de savans personnages! Il nous a donné avec candeur beaucoup d'histoires de martyrs qui ont paru fort suspectes aux critiques. Plusieurs bons esprits ont douté de quelques anecdotes, concernant les légendes rapportées par dom Ruinart, depuis la première jusqu'à la dernière.
l°. Sainte Symphorase et ses sept en fans.
Les scrupules commencent par sainte Syraphorose et ses sept enfans martyrisés avec elle, oe qui paraît
7<tf
d'abord trop imité des sept Machabées. Ou ne sait pas d'où vient cette légende, et c'est déjà an grand sujet de doute.
On y rapporte que l'empereur Adrien voulut interroger lui-même l'inconnue Symphorosc, poui savoir si elle n'était pas clirétteunc. Les empereurs se donnaient rarement cette peine. Cela serait encore' plus extraordinaire qnc si Louis XIV avait fait subir un interrogatoire à un huguenot. Vous remarquer** encore qu'Adrien fut le plus grand protecteur des chrétiens, loin d'être leur persécuteur.
Il eut donc une très-longue conversation avec Symphorose; et, se mettant en colcrc, il lui dit : le te sacrifierai aur tUetir ; comme si des empereurs romains sacrifiaient des femmes dans leursdévotions. Ensuite il la fît jeter dans l'Anio, ce qui n'était pas un sacrifice ordinaire. Puis il fit fendre un de ses (ils par le milieu du front jusqu'au pubis, ur second par les deux côtés; on roua un troisième, un quatrième n« fut que percé dans l'estomac, un cinquième droit an cœur, un sixième à la gorge ; le septièir e mourut dut» paquet d'aiguilles enfoncées dans la poitrine. L'empereur Adrien aimait la variété. Il commanda qu'on les ensevelit auprès du temple d'Hercule, quoiqu'on n'cnlcrràt personne dans Rome, encore moins près des temples, et que c'eût été une horrible profanation. Le pontife du temple, ajoute le îéfendairc, nomm-i * le lieu de leur sépulture les sept Biotanatcs.
S'il était rare qu'on érigeât un monument dans Rome à des gens ainsi traités, il n'étai» pas moin» rare qu'un grand -prêtre se chargent dt l'inscription et même que ce prêtre romain leur Ht une épitaphe grecque. Mais ce qui est encore plus rare , c'est qu'où prétende que ce mot bwtanale< signifie les sept suppliciés. Biotanates est un mot forge qu'on ne trouve dans aucun auteur; et ce ne peut être que par un jeu de mots qu'on Ini donne cette signification , en abusant do mot thentm. 11 u'y a guère de fable plus mal construite. Les légendaires ont su mentir, mais ils n'ont jamais su mentir avec art.
Le savant Lacroze , bibliuthéccirc du roi de Prusse Frédéric le Grand, disait : Je ne sais pas si Ruinart est sincère, mais j'ai peur qu'il ne soit imbécile.
u°. Sainte Félicité et encore sepl enfans.
Cest de Surius qu'est tirée ectic légende. Ce \nriru est nn peu décrié pour ses absurdités. C'est on moine du seizième siècle nui raconte les martyres du second, comme s'il avait été préfent
Il prétend que ce méchant homme, ce tyran Marc- Aurèlc Antonin Pie ordonna au préfet de Rome de faire le procès i> sainte Félicité, d^ la foire mourirclle et ses sept enfans, parce qu'il courait un bruit qu'elle était chrétienne.
Le préfet tint son tribunal au champ de Mars, lequel pourtant ne servait alors qu'à la revue des troupes; et la première chose qnc fit le préfet , ce fut de lui foire donner un soufflet en pleine assemblée.
Les longs discours du magistrat et des «cc«sés sont dignes de l'historien. Il finit par faire mourir les sept frères dans des supplices différens, comme les
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enfans de sainte Syinpboro.it. Ce n'est qu'un double emploi. Mais, pour sainte Félicité, il la laisse 1- cl n'en dit pas un moi.
3". Saint Polycarpc.
EusfciE raconte que saitit l'obi carpe , ayant connu en soupe qu'il serait brûlé dans trou, jours, eu avertit i ses amis. Le légendaire ajoute que le lieutenant de .t police de Smyrnc , nommé ilérode , Je fit prendre par ]\ ses archers, qu'il fut livré aux bétes dans l'amphithéâtre, que te ciel s'entrouvrit, et qu'une voix céleste lui cria : I>oh coui,i.jr, l'olijcaifj?; que , l'heure de 1 lâcher les lions sur l'amphithéâtre étant passée , ou alla prendre dans toutes les maisons du bois pour le brûler; que le saint s'adressa au Dieu dcumluiiujc* (quoique le mot d archange ne fut point encore connu); qu'alors les Ûainmcs s'arrangèrent aulout de lui en arc de triomphe sans le toucher; que son corps avait Yut'cw d'un i«i<i cuti; mais qu'ayant ré- '| siste au feu , il ne put se défendre d uu coup de sabre; 1 que sou sang éteignit le bûcher, et qu'il eu sortit une colombe qui s'envola droit au ciel. On ne sait yz.s i précisément dans quelle planète.
4°. De saint Ptolomêe.
Nous suivons l'ordre de dom Ruinait; mais nous ne voulons poiut révoquer en doute le martyre de saint Plolomcc qui est tin de I Apologétique de saint Justin.
Nous pourrions former quelques diflicultés sur la femme accusée par son mari d'être chrétienne , et qui le prévint en lui donnant le libelle de divorce Nous pourrions demander pourquoi , dans cette histoire , il n'est plus question de celte femme ? Nous pourrions faire voir qu'il n'était pas permis au* femmes du temps de Marc-AurèJe de demander à répudier leurs maris, que cette permission ne leur fut donnée que sous l'empereur Juliet. , et que 1 histoire tant répétée de cette chrétienne qui répudia son mari (tandis qu'aucune païenne n'avait osé en venir là), pourrait bien n'être qu'une nblc; mais nous ne voulons point élever de disputes épineuses. Pour peu qu'il y ait de vraisemblance dans la compilation de dom Ruinrrt. nous respectons trop lt sujet qu'il traite pour faire des objections.
Nous n'en ferons point sur la lettre des églises de Vienne et de Lyon , quoiqu'il y ait encore bien des obscurités; mais on nous pardonnera de défendre la mémoire du grand Marc-Aurélc outragée dans la vie de saint Symphoricn de la ville d'Artun, qui était probablement parent de sainte Sympborosc.
5°. De saint Symphorien à'Autun.
La légende dont on ignore l'auteur commence ainsi : « L'empereur Marc-Aurèle venait d'exciter une clfroyable tempête contre l'église , et ses édits foudroyans attaquaient de tous côtés la religion de Jésus-Christ, lorsque saint Symphoricn vivait dans Autun dans tout l'éclat que peut donner une haute naissance et une rare vcr"i. Il était d'une famille chrétienne , et l'une des plus considérables de la Ville, etc. m
Jamais Marc-Aurèle ne donna dédit sanglant contre les chrétiens. C'est une calomnie très-condamnable. Tilicmonl lui-même avoue « que ce fut le meilleur prince qu'aient jamais eu les Romains, que son règne fut un siècle d'or, et qu'il vérifia ce qu'il disait souvent d'après Platon , que les peuples ne seraient heureux que quand les rois seraient philosophes. »
De tous les empereurs ce fut celui qui promulgua les meilleures lois; il protégea tous les sages et ne persécuta aucun chrétien, dont il avait un grand nombre à son service.
l e légendaire raconte que, saint Symphoricn ayant refusé d'adorer Cybèle, le juge de la ville demanda . « Qui est cet homme-là ? »> Or, il est impossible que le juge d'Autun n'eût pas connu l'homme le plus considérable d'Autun.
Ou le fait déclarer par la sentence coupable de lèse- majesté tliïinc et humnine. Jamais !es Romains n'ont employé celle formule, et cela seul ôterait toute créance au prétendu martyr d'Autun.
Pour mieux repousser la calomnie coutre la mémoire sacrée de Marc-Aurèle, mettons sous les yeux le discours de Mcliton, « vêque de Sarde, m ce meilleur des empereurs, rapporté mot à mot par Eusèbe.
« (*») La suite continuelle des heureux succès qui sont arrivés à l'empire, sans que sa félicité ait été troublée par aucune disgrâce , depuis que notre religion qui était née avec lui s'est augmentée dans son sein, est une preuve évidente qu'elle contribue notablement à sa grandeur et à sa gloire. Il n'y a eu entre les empereurs que Nérou et Domilicn, qui, étant trompés par certains imposteurs, ont répandu contre nous des calomnies, qui ont trouve, selon la coutume, quelque créance parmi le peuple. Mais vos très-pieux prédécesseurs ont corriué l'ignorance de ce peuple , et ont réprimé par les édits publics la hardiesse de ceux qui entreprendraient de nous faire aucun mauvais traitement. Adrien, vft'.rc aieul , a écrit en notre faveur à lundanus, gouverneur d'Asie, et à plusieurs autres. L'empereur votre père, dans le temps que vous partagiez avec lui les soins du gouvernement, a écrit aux habitans de Larissc, dcThessalonique, d'Athènes, cl enfin a tous les peuple, de la Grèce, pour réprimer les séditions et les tumulte» qui avaient été excités contre nous. »
Ce passage d'un évoque très-pieux, et très-sage et tres-véridique, suffit pour confondre à jamais tous les mensonges des légendaires, qu'on peut rcgardei comme la bibliothèque bleue du christianisme.
6°. D'une autre sainte Félicité, et sainte Perpétue.
S'il était question de coutredire la légende de Félicité et de Perpétue, il ne serait pas difficile de faire voir combien elle est suspecte. On ne connaît ces martyres de Cartbagc que par un écrit sans date de l'église de Salubourg. Or, il y a loin de celte partie de la Bavière à la Goulctlc. On ne nous dit pas •ous quel empereur celle l'élicilé et cette Perpétue reçurent la couronne du dernier supplice. Los visions
(aj Emcbe , pa(* 18;, irtdiiciiou Jr Cmuin, iu-f*.
PHILOS
prodigieuses dont celle histoire est remplie ne décèlent pas nn historien bien sage. Une échelle toute d'or} bordée de lances et d'epées, un dragon au haut de l'échelle, un grand jardin auprès du dragon , des brebis dont un vieillard tirait le lait, un réservoir plein d'eau, un flacon d'eau dont on buvait sans que l'eau diminuât; sainte Perpétue se battant toute uuc contre uu vilain Egyptien , de beaux jeunes geus tout nus qui prenaient son parti; elle-même enfin devenue homme et athlète très- vigoureux; ce sont là, ce me semble, des imaginations qui ne devraient pas entrer dans uu ouvrage respectable.
Il y a encore une réflexion très importante à faire; c'est que le style de tous ces récits de martyres, arrivés dans des temps si diflerens, est partout semblable, partout également puéril et ampoulé. Vous retrouverez les mêmes tours, les mêmes phrases dans l'histoire d'un martyr sous Domiticn , et d'un autre sous Galérius. Ce sont les nu' mes épithètes , les mêmes exagérations. Pour peu qu'on se connaisse en style, on voit qu'une même main les a tous rédigés.
Je ne prétends point ici faire un livre contre don» Ruinarl ; et, en respectant toujours, en admirant , en invoquant les vrais martyrs avec la sainte église, je me bornerai à faire sentir , par nn ou deux exemples frappans, combien il est dangereux de mêler ce qui n'est que ridicule avec ce au on doit vénérer. 70. De saint Théodote de la ville d'Ancire, et des
sept vierges, écrit par Nilus , témoin oculaire,
tiré de Bollandus.
Plusieurs critiques ^ auasi éminens en sagesse qu'en vraie piété, nous ont déjà f.tit connaître que la légende de saint Théodotc le cabarcticr est une profanation et une espèce <I'impiété qui aurait dû être supprimée. Voici l'histoire de Théodotc. Nous emploierons souvent les propres paroles des Actes sin cères recueillis par dom Ruinai i.
« Son méfier de cabarcticr lui fournissait les moyens d'exercer ses fonctions épiscopales. Cabaret
illustre, consacré a I» piélé et no» à la débauche
Tantôt Théodotc était nu'ilecin, tantôt il fournissait de bons morceaux aux f-dclcs. « On vit un cabaret être aux chrétiens ce que I arche de Noé fut à ceux que Dieu voulut sau\cr du déluge ('<). »
Ce caltarcticr Théodote se promenant près du fleuve Ualis avec se» ionvi\ es vers un bourg voisiu de la ville d'Ancire, « un gazon frais et mollet leur présentait un lit délicieux ; une source qui sortait à quelques pas de 1.» au pied d'uu rocher, et qui par une route couronuée de fleurs venait se rendre auprès d'eux pour les di'-.salu'rcr, leur ofi'rait une eau claire et pure. Des arbres Huiliers mêlés d'arbres sauvages leur fournissaient de l'ombre et des fruits, et une
(b) Ce qui t%l <~,lic le* guillemets est wit h n»t dans le» Aclr •iooJre»; tout le reste m entièrement onfortue. On la •»!>ment abr^é pmu . vitrr I ennui du sfyL- dérlamatoira de en
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bande de savans rossignols, que des cigales relevaient de temps en temps , y formaient un charmant concert, etc. »
Le curé du lieu, nommé Fronton , étant arrivé, et le cabarcticr ayant bu avec lui sur l'herbe, « dont le vert naissant était relevé par les nuances diverses du divers coloris des fleurs, dit au curé : Ah! père, quel plaisir il y aurait à bâtir ici une chapelle! Oui, dit Fronton, mais il faut commencer par avoir des reliques. Allez, allez, reprit saint Théodotc, vous aurez bientôt sur ma parole, et voici mon anneau qre je vous donne pour gage, bâtissez vite la chapelle. »
Le cabarcticr avait le «Ion de prophétie, et savait bien ce qu'il disait. 11 s'en va à la ville d'Ancire, taudis que le curé Fronton se met à bâtir. I| y trouve la persécution la plus horrible qui durait depuis trés-longtctnps. Sept vierges chrétiennes, dont la plus jeune avait soixante et dix ans, venaient d'être condamnées, selon l'usage, à perdre leur pucelage par le ministère de tous les jeunes gens de la ville. La jeunesse d'Ancire, qui avait probablement des affaires plus pressantes, ne s'empressa point d'exécuter la sentence. Il ne s'en trouva qu'un qui obéit à la juslice.il s'adressa à sainte Thécusc , et la mena dans un cabinet avec une valeur étonnante. Thécusc se jeta à ses genoux , et lui dit : Pour Dieu , mon fils , un peu de vergogne ; « voyez ces yeux éteints , cette chair demi -morte, ces rides pleines de crasse, que soixante et dix ans ont creusées sur mon front , ce visage couleur de
terre ; quittez des pensées si indignes d'un
jeune homme comme vous; Jésus- Christ vous eu conjure par ma bouche ; il vous le demande comme une grâce , et, si vous la lui accordez, vous pouvez attendre tout de sa reconnaissance. » Ce discours de la vieille et son visage firent rentrer tout à coup l'exécuteur en lui-même. Les sept vierges ne furent point déflorées.
Le gouverneur irrité chcrciia un autre supplice; il les fit initier sur-le-champ aux mystères de Diane et de Minerve. Il est vrai qu'on avait institué de grandes fêtes en l'honneur de ces divinités; mais on ne connaît point dans l'antiquité des mystères de Minerve et de Diane. Saint Nil, intime ami du cabarcticr Tbéodote, auteur de cette histoire merveilleuse, n était pas au fait.
On mit, selon lui, les sept belles demoiselles toutes nues sur le char qui portait la grande Diane et la sage Minerve au bord d'un lac voisin. Le Thucydide saint Nil paraît encore ici fort mal informé Les prêtresses étaient toujours couvertes d'un voile ; et jamais les magistrats romains n'ont fait servir la déesse de la chasteté et celle de la sagesse par des filles qui montrassent aux peuples leur devant et leur derrière.
Saint Nil ajoute que le char était précédé par deux choeurs de méuadcs qui portaient le tbyrsc en main. Saint Nil a pris ici les prêtresses de Minerve pour celles de Bacchus. 11 n'était pas versé dans la liturgie d'Ancire.
Le cabarcticr, en entrant dans la ville, vit ce funeste spectacle, le gouverneur, les méuades, la charrette, Minerve, Diane et les sept piiccllcs. Il court sa
aaeltre en oraison dans une huUe avec uu neveu de sainte Thécuse. Il prie le ciel que ces sept dames soient plutôt mortes que nues. Sa prière est exaucée; il apprend que les sept filles, au lieu d'être déflorées, ont été jetées dans le lac, nue pierre au cou, par ordre du gouverneur. Leur virginité est en sûreté. m A cette nouvelle le saint se relevant de terre, et se tenant sur les genoux, toun.a ses yeux vers le ciel ; et parmi les divers mouvemens d'amour, de joie et de reconnaissance qu'il ressentait, il dit : Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous n'avez pas rejeté la prière de votre serviteur.
« Il s'endormit, et pendant son sommeil, sainte Thécusc, la plus jeune des noyées, lui apparut. Hé quoi, mon fils Théodote, lui dit-elle, vous dormez sans penser à nous! avez-vous oublié sitôt les soins que j'ai pris de votre jeunesse? Ne souffrez pas, mon cber Théodote, que nos corps soient mangés det poissons. Allczau lac, mais gardez-vous d'un traître.»
Ce traître était le propre neveu de sainte Tbécuse.
J'omets ici une foule d'aventures miraculeuses qui arrivèrent au cabarctier, pour venir à la plus importante. Un cavalier céleste armé de toutes pièces, précédé d'un (lambeau céleste, descend du haut de l'empyrée, conduit au lac le cabarctier an milieu de* tempêtes, écarte tous les soldats qui gardaient le rivage , et donne le temps à Théodote de repêcher les sept vieilles et de les enterrer.
Le neveu de Thécusc alla malheureusement tout dire. Ou saisit Tbcodote, on essaya en vain pendant trois jours tous les supplices pour le faire mourir. On ne put en venir à bout qu'en lui tranchant la tète; opératiou à laquelle les saints ne résistent jamais.
Il restait de l'enterrer. Son ami le cure Fronton, à qui Théodote, en qualité de cabarctier, avait donné deux outres remplies de bon vin , enivra les gardes et emporta le corps. Alors Théodote apparut en corps et eu âme au curé : Hé bien, mon ami, lui dit-il, ne t'avais-je pas bien dit que tu aurais des i clique* pour ta chapelle ?
C'est là ce que rapporte saint Nil , témoin oc» laire, qui ne pouvait être ni trompé ni trompeur; c'est là ce que transcrit dom Ruinart comme un acte sincère. Or tout homme sensé, tout chrétien sage lui demandera si on s'y serait pris autrement pour déshonorer la religion la plus sainte, la plus auguste de la terre, et pour la tourner en ridicule.
Je ne parlerai point dos onze mille vierges; je ne discuterai point la fable de la légion thvbaint , ccirposée, dit l'auteur, de six mille six cents hommes, tous chrétiens venant d'orient parle mont Saint-Bernard, martyrisée l'an a 86, dans le temps de la paix de I église la plus profonde, cl dans uuc gorge de montagnes où il est impossible de mettre trois cents hommes de front; fable écrite plus de cent cinquante ans après l'événement; fable daus laquelle il est parlé d'un roi de Bourgogne qui n'existait pas; fable enfin reconnue pour absurde par tous les savaus qui n'ont pas perdu la raison.
Je m'en tiendrai au prétendu martyre de saint Ro-
8*. Du martyre de saint Romain,
Sa itt Romain voyageait vers Antiochc; il appreno que le jnge Asclépiade fesatt mourir les chrétiens. H va le trouver et le défie de le faire mourir. Asclépiade le livre aux bouirearrx : ils ne peuvent en veuir à bont. On prend enfin le parti de le brûler. On apporte des fagots. Des Juifs qui passaient se moquent de lui; ils lui disent que Dieu tira Je la fournaise Sidrac, Misse et Abdehago; mais que Jésus- Christ laisse brûler ses serviteurs. Aussitôt if pleut, et le bûcher s'éteint.
L'empereur, qui cependant était alors à Rome et non dans Antioche, dit « que le ciel se déclare pour saint Romain, et qu'il ne veut rien avoir à démêlet avec le Dten du ciel. Voilà, conthree le légendaire, (<•) notre Ananias délivré du feu aussi bien que celui des Jnifs. Mais Asclépiade, homme sans honneur, fit tant par ses basses flatteries, qu'il obtint qu'on couperait la langue à saint Romain. Un médecin qui se trouva là coupe la langue au jeuuc homme, et l'emporte chez lui | ceau de soie.
« L'aaatomie nous apprend, et l'expérience le
« Romain fus conduit en prison. On nous a lu plusieurs ibis que le Saint-Esprit descendit en langue de feu; mais saint Romain, qni balbutiait comme Moïse, tandis qu il n'avait qu'une langue de chair, commença à parler distinctement dès qu il n'en eut plus.
« On alla conter le miracle a Asclépiade comme il était avec l'empereur. Ce prince soupçonna le médecin de l'avoir trompé; le juge menaça le médecin de le faire mourir. Seigneur, lui dit-il, j'ai encore chez moi la langue que j'ai coupée a cet homme ; ordonnez qu'on m'en donne un qui ne soit pas comme celui-ci sous une protection particulière de Dieu; permettez que je lui coupe la langue jusqu'à l'endroit où celle-ci a été coupée, s'il n'en meurt pas, je consens qu'on me fasse mourir moi-même. Là-dessus on fait venir un homme condamné à mort, et le médecin ayant pris la mesure sur la langue de Romain, coupe à la même dislance celle du criminel ; mais à peine avait-il retiré son rasoir que le criminel tombe mort. Ainsi le miracle fut avéré à la gloire de Dieu et à la consolation des fidèles. »
Voilà ce que dora Ruinart raconte sérieusement. Prions Dieu pour le bon sens de dom Huinart.
SECTtOI» II.
Comment se pcut-il que dans le siècle éclairé où nous sommes, on trouve encore des écrivains savans et utiles qui suivent pourtant le torrent des vieilles erreurs, et qui gâtent des vérités par des fables reçues? Us comptent encore 1ère des martyrs de la première année de l'empire de Dioclétien, qui était alors bien éloigné de martyriser personne. Us oublient que sa femme Prisca était chrétienne, que le„ principaux officiers de sa maison étaient chrétiens.
(c) Le legeodiire or sait ce qu il dit arec MO
qu'il les protégea constamment pendant dix -huit ann/es; qu'il* bâtirent dans Nicomédie une église plus somptueuse qn« son palais, cl qu'ils n'auraient jamais été persécutes s'ils n'avaient outragé lc«ésar Galérius.
Est- il possible qu'on ose redire encore que Diocléticn mourut de vmje, d. <U e-fioir et de mi-ère, lui qu'on vit quitter la vie en philosophe comme il avait quitté l'empire; lui qui, sollicité de reprendre la puissance suprême , aima mieux cultiver ses beaux jardins de Salonc que de régner encore sur l'univers alors connu?
O compilateurs, ne cesseres-vous point de compiler! vous avez utilement employé vos trois doigts, employez plus utilement votre raison.
Quoi , vous me répétez qoe saint Pierre régna suites lidcles à Home pendant vingt -cinq ans, et que Néron le lit mourir la dernière année de son empire, lui cl saint Paul , pour venger la mort de Simon le Magicien à qui ils avaient cassé l«*s jambes prr leurs prières!
C'est insulter le christianisme que de rapporter ces fables, quoique avec de bonnes intentions.
Les. pauvres gens qui redisent encore ces sottises sont des copistes qui remettent en in-octavo ou en in -douze d'anciens in-folios que les honnêtes gens ne lisent plus, et qui n'ont jamais ouvert un livre da saine critique. Ils ressassent les vieilles histoires da l'église ; ils ne connaissent ni Middleton ,ni Dodwcll , ni Broker, ni Dumoulin, ni Fabricios, ni Grabcs, lù i Dupin , ni aucun de eaux qui ont porté depui
section m.
O» nous berne de msrtyrs à faire pouffer de rire On nous peint les Titus, les Trajan, les Marc-Aurèlc, ees modèles de vertu , comme des monstres de cruauté Fleuri , abbé du Loc-Dieu, a déshonoré son Histoire -ecclésiastique par des contes qu'une vieille femme de bon sens ne ferait pas à des petits enfaus.
Peut -on répéter sérieusement que les Romains condamuèreut sept vierges de soixante et dix ans chacune à passer par les mains de tous les jeunes gens de la ville d'Ancire, eux qui punissaient de mort les vestales pour la moindre galanterie ?
Cest apparemment pour faire plaisir aux cabarctiers qu'on a imaginé qtr'un caharctier chrétien , nommé Tbéodotc, pria Dieu de faire mourir ces sept vierges plutôt que de les exposer à perdre le plus vieux des pucelages. Dieu exauça le caharctier pudibond , et le proconsul fit noyer dans un lac les sept demoiselles. Dès qu'elles furent noyées, elles vinrent ac plaindre a Tbéodotc du tour qu'il leur avait joué, et le supplièrent iustammeut d "empêcher qu'elles ne fussent mangées des poissons. Tbéodcte prend avee lui trois buveurs de sa taverne, marche au lac avec eux , précédé d'nn flambeau céleste et d'un cavalier céleste, repêche les sept vioilles, les enterre, et finit re décapité.
Dioctétien rencontre un petit garçon nommé saint était bègue; U vent le faire brûler parce
qu'il était chrétien; trois Juifs se trouvent li et ta mettent à rire de ce que Jésus-Christ laisse brûler un petit garçon qui lui appartient; ils crient que leur religion vaut mieux que la chrétienne , puisque Dieu a délivré Sidrac, Misac et Abdenago, de la fournaise ardente. Aussitôt les flammes qt&i entouraient le jeune / Romain , sans lui faire mal , se séparent et vont brûler les trois Juifs.
L'empereur tout étouné dit qu'il ne veut rien avoir à démêler avec Dieu; mais un juge de village moins scrupuleux condamne le petit bègue à avoir la langue coupée. Le premier médecin de l'empereur est assez honnête pour faire l'opération lui-même ; dès qu'il a coupé la langue au petit Romain, cet enfant se met à jaser avec une volubilité qui ravit toute l'assemblée en admiration.
On trouve cent contes de cette espèce dans les martyrologes. On a cru rendre les anciens Romains odieux , et on s'est rendu ridicule. Voulez-vous de bonnes barbaries bien avérées, de bons massacres bien constatés, des ruisseaux de sang qui aient coulé en effet, des pères, des mères, des maris, des femmes, des enfans à la mamelle réellement égorgés et entassés les uns sur les autres? Monstres persécuteurs, ne cherchez ces vérités que dans vo.« annales : vous les trouverez dans les croisades contre les Albigeois, dans les massacres de Mérindol et de Cabrière, dans l'épouvantable journée de la Saiut-Barlhélcmi , dans les massacres de l'Irlande, dans les vallées des Vaudois. Il vous sied bien, barbares que vous êtes, d'im* puter aux mcillcurcdes empereurs des cruautés extra-» vaganles, vous qui avez inondé l'Europe de sang, et qui l'avez couverte de corps expirans pour prouver que le même corps peut être en mille endroits à la fois , et que le pape peut vendre des indulgences ! Cessez de calomnier les Uomains vos législateurs, et demandez pardon, a Dieu des abominations de vos pères.
Ce n'est pas le supplice, ditcj-vous, qui fait le martyre, c'est la cause, fie bien, je vous accorde que vos victimes ne doivent point être appelées du nom de martyr, qui signifie témoin: mais quel nom donnerons-nous à vos bourreaux ? les Phalaris et les Busiris ont été les plus doux des hommes en comparaison de vous : votre inquisition , qui subsiste encore , ne fait-elle pas frémir la raison, la nature, la religion? Grand Dieu! si on allait mettre en cendre ce tribunal infernal, déplairait -on à vus regards vengeurs (1)?