‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 375 sur 551 · M ARIE MAGDELENE · texte numérisé non relu

M ARIE MAGDELENE

(f) N'ert-il pa* bien plaunnt «juVii France le conseil meraa ait donné aux prnteil.m> le. nom Je religiortiuiire» . comme M fut ■culs avaient eu île h religion , el que le» autres n'etuaent i\è que dm papules gouverné» pur de* arrêta et par tk t balle» ?

J'avoue que je ne sais pas où l'auteur de l'Histoire critique de Jésus-Christ (.>) a trouve que sainte Marie Magdeléuc avait eu des cntuplaisuiica criminelles pour le Sauveur du monde. Il dit, page 1 3o, ligue 1 1 de la note, que c'est une prétention des Albigeois. Je n'ai jamais lu cet horrible blasplu .m ni dans l'histoire des Albigeois, ni dans leurs professions de foi, Cela est dans le grand nombre des choses que j'ignore. Je sais que les Albigeois ont le malheur fuucstc de n'être pas catholiques romains; mais U me semble que d'ailleurs ils avaient le plus profond respect pour la personne de Jésus.

Cet auteur de l'histoire critique de Jésus-Chn.st renvoie a la Chrisliade , espèce de poéme en prose, supposé qu'il y ait des poèmes en prose. J'ai doue été obi gé de consulter l'endroit de celte t lu blinde où cette accusation est rapportée. Cest au ebant ou livre IV, page 335, note 1 ; le poète de la Christiade ne cite personne. Un peut a la vérité, dans un poëme épique, s'épargner les citations; mais il faut de graudes autorités en prose , quand il s'agit d'un fait aussi grave et qui fait dresser les cheveux à la tête de tout rhrélieu.

Que les Albigeois aient avancé ou non une telle impiété, il eu résulte seulement que l'auteur de la Christiade se joue dans son chant IV' sur le bord du crime. 11 imite un peu le fameux s»m .1.0;-. de Mcnot. Il introduit sur la scène Marie Ma^deléne, sœur de Marthe et du Lazare , brillante de tous les charmes de la jeunesse et de la beauté, brulautc de tous les désirs, et plougée dans coules les voluptés; cest, selon lui, une dame de ia cour; ses richesses égalent sa naissance, son frère Lazare était comte de licthauie, et elle niai-qui.se de Mandatai. Marthe eut un grand apanage, mais il ne nous dit par où étaient ses terres. « Elle avait, dit le chrisliadier, cent domestiques et une foule d'amans; elle eût attenté à la liberté de tout l'univers. Richesses , dignités, grandeurs ambitieuses, vous uc fuies jamais si chères à Magdelène, que la séduisante erreur qui lui fit donner le surnom de pécheresse. Telle était la bvaulé dominante dans la capitale, quaud le jeune et divin héros y arriva des extrémités de la Galilée (/-). Ses autres passions calmées cèdent à l'ambition de soumettre le hc'rjs dont ou lui a parlé. »»

Alors le chrisliadier im»te Virgile. La marqui.se de Magdalct conjura sa sœur l'apanagrc de faire réussir ics desseins coquets auprès de son jcuuc horos comme Diclon employa sa sœur Anne auprès du pic;iN Enée.

Elle va entendre le sermon de Jésus dans le temple, quoiqu'il n'y prêchât jamais (r). «Son cœur vole au-devant du héros qu'elle adore, elle n'attend qu'un regard favorable pour en triompher, et faire de ce maître des cœurs un captif soumis. »

(a) Histoire crhîqne 3e W»u» Christ, ou analyse frairçik-t. page >3o. noie 3.

(k) Il n'y «rail pt» bien iaiix. — (rj Prge 10

neVrfr.

lit.

Enfin elle va le trouver cher. Sinon le lépreux , homme fort riche, qui lui donnait un grand souper, quoique jamais les femmes n'entrassent ainsi dans les festins, et surtout chez les pharisiens. Elle lui répand an grand pot de parfums sur les jambes , les essuie avec ses beaux cheveux blonds, et les baise.

Je n'examine pas si la peintura que fait l'auteur des saints transports de Magdelènc n'est pas plus mondaine que dévoie; si les baisers donnas sont exprimés avec assez de retenue ; si ces beaux chevenx blonds dont elle essuie les jambes de son héros, ne ressemblent pas un peu trop à Trimalcion , qui â dîner s'essuyait les mains aux cheveux d'une jeune et belle esclave. 11 fout qu'il ait pressenti lui-même qu'on pourrait trouver ses peintures trop lascives. 11 va au-devant de la critique en rapportant quelques morceaux d'un sermon de Massillon sur la Magdelènc. En voici un passage.

« Magdelènc avait sacrifié sa réputation au monde (H); sa pudeur et sa naissance la défendirent d'abord contre les premiers mouvemens de sa passion; et il est à croire qu'aux premier: traits qui la frappèrent , elle opposa la barrière de sa pudeur et de sa fierté; mais, lorsqu'elle eut prêté l'oreille an serpent et consulté sa propre sagesse, son cœur fut ouvert à tous les traits de la passion. Magdclène aimait le monde, et dès lors il n'est rien qnell? ne sacrifie à cet amour; ni celle fierté qui vient de la naissance, ni cette pudeur qui fait l'ornement du sexe ne sont épargnées dans ce sacrifice; rien ne peut la retenir, ni les railleries des mondains, ni les infidélités de ses amans insensés à qui elle veut plaire, mais de qui elle ne peut se faire estimer, car il n'y a que la vertu qui soit estimable; rien ne peut lui faire honte; et, comme cette femme prostituée de l'Apocalypse , elle portait sur son front le nom de myffèrv», c'est-à-dire qu'elle avait levé le voile , et qu'on ne la connaissait plus qu'au caractère de sa folle passion. »

J'ai cherché ce passage dans les sermons de Massillon; il n'est certainement pas dans l'édition que j'ai. J'ose même dire plus, il n'est pas de son style.

Le christiadicr aurait du nous informer où il a péché cette rapsodic de Massillon , comme il aurait du nous apprendre où il a lu que les Albigeois osaient imputer à Jésus une intelligence indigne de lui avec Magdelènc

Au reste il n'est plus question de la marquise dans le reste de l'ouvrage. L'auteur nous épargne son voyage à Marseille avec le Lazare, et le reste de ssï aventures.

Qui a pu induire un homme savant et quelquefois cloquent, tel que le parait l'auteur de la Christiadc, a composer ce prétendu potme? c'est l'exemple de Miilon, il nous Je dil lui-mèinc dans sa préface : mais on sait combien les exemples sont trompeurs. Milton qui d'ailleurs n'a point hasardé ce faible mouslre d'un poème en prose; Milton qui a répaudu de trèsbeaux vers blancs dans son l'aradis perdu, parmi la foule de vers durs et obscurs dont il est plein, ne

(l T.! listia.le, loin» II , nage 3*1 , nota i.

pouvait plaire qu'à des Wigbs

dit l'abbé Gré court,

En chantent I' iinivin perdu pour une pomme,

1 1 a pu réjouir des presbytériens en fesant coucher le Péché avec la Mort, en tirant dans le ciel du canon de vingt-quatre, en fesanl combattre le sec et l'humide , le froid et le chaud , en coupant en deux des nnges qui se rentraient sur-le-champ, en bâtissant un pout sur le chaos, en représentant le Messiah qui prend dans une armoire du ciel un grand compas pour circonscrire la terre, etc., etc., etc. Virgile et Horace auraient peut-être trouvé ces idées un peu étranges. Mais, si elles ont réussi en Angleterre à l'aide de quelques vers très -heureux , le chrisliadier s'est trompé quand il a espéré du succès de son roman, sans le soutenir par de beaux vers, qui à la vérité sont très-difficiles à faire.

Mais , dit l'auteur, un Jérôme Vida, évéque d'Albc, a fait jadis une très-importante Christiadc en vers latins, dans laquelle il transcrit beaucoup de vers de Virgile. Hé bien, mon ami, pourquoi as-tu fait la tienne en prose française ? que n'imitais -tu Virgile aussi ?

Mais feu M. d'Escorbiac, Toulousain, a fait aussi une Christiadc Ah! malheureux, pourquoi t'es-tu fait le singe de feu M. d'Escorbiac?

Mais Milton a fait aussi son roman du Nouveau- Testament , son Paradis reconquis, en vers blancs qui ressemblent souvent à la plus mauvaise prose.

avec Jésus. Ccst à lui qu'il appartient de foire conduire en grands vers, dans la Galilée, un troupeau de deux mille cochons par une légion de diables, c'està-dire, par six mille sept cents diables qui s'emparent de ces cochons (à trois diables et sept vingtièmes par cochon), et qui les noient dans un lac. Ccst à Milton qu'il sied bien de foire proposer a Dieu par le diable de foire ensemble un bon souper (<•). Le diable, dans Milton, peut à son aise couvrir la table d'ortolans, de perdrix, de soles, d'esturgeons, et foire servir à boire par llébé et par Ganimèdc à Jésus-Christ. Le diable peut emporter Dieu sur une petite montagne, du haut de laquelle il lui montre le Capitolc, les îles Moluques, ei la ville des Indes où naquit la belle Angélique qui fit tourner la tfite à Roland. Après quoi le diable offre à Dieu de lui donner tout cela, pourvu que Dieu vaille l'adorer. Mais Milton a eu beau foire, on s'est moqué de lui , on s'est moqué du pauvre frère Berruyer le jésuite; on se moque de toi, prends la chose en patience.

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