‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 391 sur 551 · MONTAGNE · texte numérisé non relu

MONTAGNE

C'est une fable bien ancienne , bien universelle, que celle de la montagne qui, ayant effrayé tout le pays par ses clameurs en travail d'enfant, fut sifflée de tous les assistans quand elle ne mit au monde qu'une souris. Le parterre nïtail pas philosophe. Les siflleurs devaient admirer. 11 était aussi beau à la montagne d'accoucher d'une souris , qu'à la souris d'accoucher d'une montagne. Un rocher qui produit nn rat est quelque chose de très-prodigieux; et jamais la terre n'a vu rien qui approche d'un tel miracle. Tous les globes de l'univers ensemble ne pourraient pas faire naître une mouche. Là ou le vulgaire rit, le philosophe admire; et il rit où le vulgaire ouvre de grands yeux slupides d étonuement.

M Oïl AL F.

Bavards prédicateurs , extravagans contioversistes, lâchez de vous souvenir que votre maître ni jamais annoncé que le sacrement était le signe visible d'une chose invisible ; il n'a jamais admis quatre vertus cardinales et trois théologalcr ; il n'a jamaù examiné si sa mère était venue au monde maculée on immaculée ; il n'a jamais dit que les petits enfans qv» mouraient sans baptême seraient damnés. Cessez de lui faire dire des choses auxquelles il ne pensa point. Il a dit , selon la vérité aussi ancienne que le monde ; Aimez Dieu et votre prochain ; tenez-vous-en là , misérables ergoteurs, prêchez la morale et rien de plus. Mais observez-la, celte morale; que les tribunaux ne retentissent plus de vos procès; n'arrachez plus par la griffe d'un procureur un peu de farine à la bouche de la veuve et de l'orphelin. Ne disputez plus un petit bénéficcavcc la mêmefurcurquondisputa la papauté dans le grand schisme d'occident. Moines , ne mcttex plus (autant qu'il cslcnvousjl'uuivers i contribution j et alors nous pourrons vous croire.

Je vion . île lire ces mots dans une déclamation e» qua .H /c >..!iinies, intitulée : Ui toire du Do ->>-,, re

Let ehrétieni avaient une morale ; maie le* patent n'en

Ah! M. Le Beau, auteur de ces quatorze volumes, où avez-vous pris cette sottise? eb! qu'est-ce donc que la morale de Socrate, de Zaleucus, de Charondas, de Cicéron , dîpicUtc , de Marc-Antonin ?

Il n'y a qu'une morale, M. Le Beau, comme il n'y a qu'une géométrie. Mais , me dira- 1- on , la plus grande partie des hommes* ignorent la géométrie. Oui; mais, dès qu'on s'y applique un peu, tout le monde est d'accord. Les agriculteurs , les manoeuvres, les artistes n'ont point fait de cours de morale*, ils n'ont lu ni Dcfinibus de Cicérou, ni les Ethiques dAristoto; mais, sitôt qu'ils réfléchissent, ils sont sans le savoir les disciples de Cicéron : le teinturier indien , le berger lartarc et le matelot d'Angleterre connaissent le juste et l'injuste. Confucius n'a poinl inventé un système de morale comme on bâtit un système de physique. Il l'a trouve dans le cœur dt tous les hommes.

Cette morale était dans le cœur du préteur Festus, quand les Juifs le pressèrent de faire mourir Paul qui avait amené des étrangers dans leur temple. « Sachez, leur dit-il, que jamais les Romains ne «-ondamnent personne sans l'entendre. »

Si les Juifs manquaient de morale ou manquaient à la morale, les Romaius la connaissaient et lu» rendaient gloire.

La morale n'est point dans la superstition , elle n'est point dans les cérémonies, elle n'a rien de commun avec les dogmes. On ne peut trop répéter que tous les dogmes sont difFércna, et que la morale est la même chez tous les hommes qui font usage du leur raison. La morale vient donc de Dieu comme la lumière. Nos superstitions ne sont que ténèbres. Lecteur , réfléchissez : étendes cette vérité , tirez vos conséquences.

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