MOUVEMENT
Un philosophe des environs du mont Krapac, me disait que le mouvement est essentiel à la matière.
Tout se meut, disait-il ; le soleil tourne continuellement sur lui-même, les planètes en ront autant, chaque planète a plusieurs mouvemens différons, et dans chaque planète tout transpire, tout est crible, tout est crihlé; le plus dur métal est percé d'une nifinilé de porcs , par lesquels s'échappe continuellement un torrent de vapeurs qui circulent dans l'espace. L'univers n'est que mouvement; donc le mouvement est csseulicl à la matière.
Monsieur, lui dis- je, ne pourrait-on pas vous répondre : Ce bloc de marbre, ce canon , cette maisou , cette montagne ne remuent pas; donc le mouvement n'est pas essentiel ?
Ils remuent, répondit-il; ils vont dans l'espace avec la terre par le mouvement commun , et ils remuent si bien (quoique insensiblement), par leur mouvement propre, qu'au bout de quelques siècles il ne restera rien de leurs masses, dont chaque instant détache continuellement des particules.
— Mais, monsieur, je puis concevoir la matière en repos; donc le mouvement n'est pas de son essence.
— Vraiment, je me soucie bien que vous conceviez ou que vous ue couccvicz pas la matière en repos. Je vous dis qu'elle ne peut y être.
— Cela est hardi ; et le chaos, s'il vous plaît ?
— Ah, ah! le chaos! si nous voulions parler du chaos, je vous dirais que tout y était nécessairement en mouvement, et que le « souille de Dieu y était porté sur les eaux; » que l'élément de l'eau était reconnu existant, les autres élémens existaient aussi; que par conséquent le feu existait, qu'il n'y a point de feu sans mouvement, que le mouvement est essentiel au feu. Vous n'auriez pas beau jeu avec le chaos.
— Hélas! qui peut avoir beau jeu a*ec tous ces sujets de dispute? Mais vous qui en savez tant, ditesmoi pourquoi un corps en pousse uu autre : parce que la matière est impénétrable ? pirce que deux corps ne peuvent être ensemble dans le même lieu ? parce qu'en tout genre le plus faible est chasré par le plus fort?
— Votre dernière raison est plus plaisante que philosophique. Personne n'a pu encore deviner la cause de la communication du mouvement.
— Cela n'cnpéchc pas qu'il uc soit essentiel à la matière. Personne n'a pu deviner la cause du sentiment dans les animaux ; cependant , ce sentiment leur est si essentiel, que, si vous supprimez l'idée de sentiment, vous anéantissez l'idée de l'animal.
— Hé bien, je vous accorde pour un moment que le mouvement soit essentiel à la matière ( pour un moment au moins, car je ne veux pas me brouiller avec les théologiens ); dites-nous donc comment une boule eu fait mouvoir une autre?
— Vous êtes trop curieux; vous voulez que je vous dise ce qu'aucun philosophe n'a pu nous apprendre.
— Il est plaisant que nous connaissions les lois du mouvement, et que nous ignorions le principe de toute communication de mouvement.
— Il en est ainsi de tout; nous savons les loi» du raisonnement , et nous ne savons pas ce qui raisonne en nous. Les canaux dans lesquels notre sang et nos liqueurs coulent nous sont très-connus, et nous ignorons ce qui forme notre sang et nos liqueurs. Nous sommes eu vie, et nous ue savons pas ce qui nous donne la vie.
— Apprenez-moi du moins si, le mouvement étant essentiel, il n'y a pas toujours égale quantité de mouvement dans le monde.
— Ccst une ancienne chimère d'Êpicure renouvelée par Descartes. Je ne vois pas que cette égalité de mouvement dans le monde soit plus nécessaire qu'une égalité de triangles. 11 est essentiel qu'un triangle ait tiois angles et trois côtés; mais il n'est pas essentiel qu'il y ait toujours un nombrn égal de triangles sur ce globe.
— Mais n'y a-t-il pas toujours égalité de forces, comme la disent d'autres philosophes ( t ) ?
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du temps ou du lien du corps influe «tir son mourement, e»
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il y eût toujours un nombre égal d'hommes, d'animaux , d'êtres mobiles; ce «fui est absurde.
— A propos , qu'est-ce que la force d'un «orps en mouvement? C'est le produit «le sa maase par sa vitesse «Uns un temps donné. La masse d'un .corps est quatre, sa vitesse est quatre, la force de ton coup aéra seize. Un autre corps est deux, sa vitesse deux, sa force est quatre; c'est le principe de toutes les mécaniques. Lcibnitz annonça emphatiquement que ce principe était défectueux. Il prétendit qu'il fallait mesurer cette force , ce produit par la masse multipliée par le carré de la vitesse. Ce n'était qu'une chicane, une équivoque indigne d'un philosophe, fondée sur l'abus de la découverte du grand Galilée, que les espaces parcourus dans le m< moment accéléré et des vitesses.
Lcibnitz ne considérait pas le temps qu'il fallait considérer. Aucun mathématicien anglais n'adopta ce système de Leibnitz. Il fut reçu quelque temps en France par un petit nombre de géomètres. Il infecta quelques livres et même les institutions physiques d'une personne illustre. Maupertuis traite fort mal Mairau, dans un livret intitulé ABC, comme s'il avait voulu enseigner l'a b c à celui qui suivait l'anoien et véritable calcul. Mairan avait raison; il tenait pour l'ancienne mesure de la masse multipliée par la vitesse. On revint enfin à lui; le scandale mathématique disparut, et on reuvoya dans les espaces imaginaires le charlatanisme du carré de la vitesse, avec les monades, qui font le miroir concentrique de Punrrers, et avec 1 harmonie préétablie.