‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 399 sur 551 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

Personne n'ignore que c'est la fête de la naissance de Jésus. La plus ancienne fête qui ait été célébrée dans l'église après celles de la paque et de la pentecote , ce fut celle du baptême de Jésus. Il n'y avait encore que ces trois fêtes quaud saint Chrysostôme prononça son Homélie sur la Pentecôte. Nous ne parlons pas des fêtes de martyrs qui étaient d'un ordre fort inférieur. On nomma celle du baptême de Jésus l'Epiphanie, à l'exemple des Grecs qui donnaient ce nom aux fêtes qu'ils célébraient en mémoire de l'apparition ou de la manifestation des dieux sur la terre, parce que ce ne fut qu'après son baptême que Jésus commença de prêcher l'évangile.

Ou ne sait si vers la 6n du quatrième siècle ou solcnnisait cette fête dans l'île de Chypre le 6 de novembre; mais saint ftpiphaue («) soutenait que Jésus avait été baptisé ce jour-là. Saiut Clément d'Alexandrie (fc) nous apprend que les basilidiens fesaient cette fête le i5 de tybi, pendant que d'autres la mettaient au 1 1 du même mois, c'est-à-dire, les uus au io de janvier, et les antres au 6 : cette dernière opinion est celle que l'on suit encore. A l'égard de sa naissance , comme on n'en savait précisément ni le jour, ni le mois, ni l'année, elle n'était point fêtée.

Suivant les remarques qui sont à la Gn des œuvres du même père, ceux qui avaient recherché le plus

(a) Hérésie Si , n. ir « ig.

fi) Stramates, lir. I, pu je 54 o

curieusement le jour auquel Jésus était né , les uns disaient que c'était le a5 du mois égyptien pacbon, c'est-à-dire, le ao mai, et les autres le a4 ou le a5 de pliarmutbi, jours qui répondent au 19 ou ao d'avril. Le savant M. de Beausobrc (c) croit que ces derniers étaient les valcntiniens. Quoi qu'il en soit , l'orient et l'Egypte fesaient la fêle de la nativité de Jésus le 6 janvier, le même jour que celle de son baptême, sans qu'on puisse savoir au moins avec certitude, ni quand cette coutume commença , ni quelle en fut la véritable raison.

L'opinion et la pratique des occidentaux furent toutes différentes de cciies de l'orient. Les centuriatcurs de Magdebourg (d) rapportent un passage de Théophile de Césarée qui fait parler ainsi les églises des Gaules : Comme on célèbre la naissance de Jésus- Christ le a5 décembre , quelque jour de la semaine que tombe ce a5 , on doit célébrer de même la résurrection de Jésus-Christ le a5 mars, quelque jour que ce soil, parce que le Seigneur est ressuscite ce jour-là.

Si le fait est vrai , il faut avouer que les évêques des Gaules étaient bien prudens et bien raisonnables. Persuadés, comme toute l'antiquité, que Jésus avait été crucifié le a3 mars, et qu'il était ressuscité le a5, ils fesaient la pàque de sa mort le a3 , et celle de sa résurrection le a5, sans se mettre en peine d'observer la pleine lune , ce qui était au fond une cérémonie judaique , et sans s'astreindre au dimanche. Si l'église les avait imités, clic eut évité les disputes longues et scandaleuses qui pensèrent diviser l'orient cl l'occident, et qui , après avoir duré un siècle et demi , ne furent terminées que par le premier concile de Nicée.

Quelques savans conjecturent que les Romains choisirent le solstice d hiver pour y mettre la naissauce de Jésus, parce que c'est alors que le soleil commence à se rapprocher de notre hémisphère. Dès le temps de Jules-César % le solstice civil, politique, fut fixé au a5 décembre. C'était à Home une fête où l'on célébrait le retour du soleil ; ce jour s'appelait bruina, comme le remarque Pline (r), qui le fixe, ainsi que Scrvius (/), au 8 des kalendcs de janvier. 11 se peut que cette pensée eût quelque part au choix du jour, niais elle n'en fut pas l'origine. Un passage de Joséphc , qui est évidemment faux , trois ou quatre erreurs des anciens, et une explication très-mystique d'un mot de saint Jean -Baptiste en ont été la cause, comme Joseph Scaligcr va nous rapprendre.

11 plut aux anciens, dit ce savant critique (</), de supposer premièrement que Zacharic était souverain sacrificateur lorsque Jésus naquit. Rien n'est plus faux , et il n'y a plus personne qui le croie, au moins parmi ceux qui ont quelques connaissances.

t, les anciens supposèrent ensuite que était dans le lieu très-saint, et qu'il y oflrait

(«) Histoire do manico. , t II , page 6V)9. (*•) fient, a , col. 118.

(e) Histoire naturel]*, liv. XVIII, dtap. ï5.

(f) Sur le vers 730 du «epu&ne livre de l'Enéide, (gj Can. tucog, liv. 01 , page 3oi».

le parfum lorsque l'ange lui appât ut et lui annonça la naissance d'uu fils.

Troisièmement, comme le souverain sacrificateur n'entrait dans le sanctuaire qu'une fois l'année, le |Our des expiations, qui était le' 10 du mois judaïque tisri, qui répond en partie à celui de septembre, les anciens supposèrent que ce fut le aj, et ensuite le a3 ou a4 que Zacharic , étant de retour chez lui après la fête, Elisabeth sa femme conçut Jean-Baptiste. Cest ce qui fit mettre la fête de la conception de ce saint à ces jours-là. Comme les femmes portcut leurs cnfnns ordinairement deux cent soixante et dix ou deux cent soixante et quatorze jours , il fallut placer la naissance de saint Jean au a4 iu'n> Voilà l'origine de la Saint-Jean ; voici celle de Noël qui en dépeud.

Quatrièmement , on suppose qu'il y eut six mois entiers entre la conception de Jean-Bapt-ste et celle de Jésus, quoique l'ange dit simplement à Marie (A) que c'était alors le sixième mois de la grossesse clTlîsabetb. On mit donc conséquemment h conccptîon de Jésus au a5 mars, et l'on conclut de ces diverses suppositions que Jésus devait être né le a5 décembre, ueuf mois précisément après sa conception.

Il y a bien du merveilleux dans ces arrangemens. Ce n'est pas un des moindres que les quatre points cardinaux de l'année, qui sont les deux équinoxes et les deux solstices, tels qu'on les avait placés alors, soi cul marqués des conceptions et des naissances de Jcan-Bapiistc et de Jésus. Mais voici un merveilleux bien plus digne d'être remarqué. C'est que le solstice où Jésus naquit est l'époque de l'accroissement des jours, au lieu que celui où Jean-Baptiste vint au raoude est l'époque de leur diminution. Cest ce que le saint précurseur avait insinué d'une manière trèsmystique dans ces mots, où, parlant de Jésus (/), il faut , dit-il, qu'il croisse et que je diminue.

C'est à quoi Prudence fait allusion daps une hymne sur la nativité du Seigneur. Cependant saint Léon (A) dit que de son temps il y avait à Home des gens qui disaient que ce qui rendait la fète vénérable était moin s la naissance de Jésus que le retour, et comme ils s'exprimaieut, la uouvelle naissance du soleil. Saint Êpipbanc (.) assure qu'il c:.t constant que Jésus naquit le (> do janvier; inau saint Clément d'Alexandrie, bien plus ancien et plus savant que lui, place cette naissance au 1 8 novembre de la vingt-huitième année d'Auguste. Cela se déduit, scion la remarque du jésuite Fctau sur saint £pipbanc,de ces paroles de saint Clément (/h) : Depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu'à la mort de Commode, il y a en tout 194 ans un mois et treize jours. Or Commode mourut , suivant l'etau, le dernier décembre de l'année 19a de l'ère vulgaire; il faut donc que, selon Clément, Jésus soit né un mois et treize jours avant le dernier décembre, et par conséquent le 1 8 novembre de la vingt-bui

(^Lucehip.I.T.aô.

(1) Jean, cLap. III, t. 3o.

Srrmoa a 1 , tome II, pnge 1 48.

(m, i tronut'-t.liv.l, page 34 o.

tième année d'Auguste. Sur quoi il faut observer que saint Clément uc compte les années d'Auguste ouo depuis la mort d'Antoine et la prise d'Alexandrie, parce que ce fut alors que ce prince resta seul maître de l'empire.

Ainsi l'on n'est pas plus assuré de l'année que du jour et du mois de cette naissance. Quoique saint Luc déclare (rt) qu'il s'est exactement informé de toutes ces choses depuis leur premier commencement, il fait assez voir qu'il ne savait pas exactement l'âge de Jésus quand il dit (0) qu'il avait environ trente ans lorsqu'il fut baptisé. En effet, cet évangéliste (/>) fait naître Jésus l'année d'un dénombrement qui fut fait, selon lui, par Cirinus ou Cirinius, gouverneur de Syrie, tandis que ce fut par Senti us Saturnius , si l'on eu croit Tcrtullien (9). Mais Saturnins avait déjà quitté la proviucc la dernière année d'Hérodc . et avait eu pour successeur Quintilius Varus, comme nous l'apprenons de Tacite (r), et Publius Sulpitius Quirinus ou Quirinius, dout veut apparemment parler saint Luc, ne succéda à Quin»ili«is Varus qu'environ dix ans après la mort d'Hérodc, lorsque Archela ils, roi de Judée, fut relégué par Auguste, comme le dit Josèphc dans ses Antiquités judaïquns (s).

Il est vrai que Tcrtullien (t), et avant lui saint Justin («), renvoyaient les païens et les hérétique* de leur temps aux archives publiques où se conservaient les registres de ce prétendu dénombrement; mais Tcrtullien renvoyait également aux archives publiques pour y trouver la nuit arrivée en plein midi au temps de la passiou de Jésus, comme nous l'avons dit à l'article Eclipse , où nous avons observe le peu d'exactitude de ces deux pères et de leurs pareils, en citant les monumens publics, à propos de l'inscription d'une statue que saint Justin , lequel assurait l'avoir vue à Rome , disait être dédiée a Simon le Magicien, c> qui l'était à un dieu des anciens Sabins.

Au reste, on ne sera poiut étonné de ces incertitudes, si Ion fait attention nue Jésus 11c fut connu de ses disciples qu'après qu i! eut reçu le baptême de Jean. C'est expressément à commencer depuis ce baptême que Pierre veut que le successeur de Judas rende témoignage de Jésus, et, selon les Actes des apôtres (r), Pierre entend parler de tout le temps que Jésus a vécu avec eux.

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