‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 405 sur 551 · ONAN, ONANISME · texte numérisé non relu

ONAN, ONANISME

Nous avons promis, à l'article /finvnr socratique , de parler d'Onan et de l'onanisme, quoique cet onanisme n'ait rien de commun avec l'amour socratique, et qu'il soit pluîôt un efTet très-désordonné de l'amour propre.

La race d'Onan a de très -grandes singularités. Le patriarche Juda son père coucha, comme on sait, avec sa belle -fille Thamar la Phénicienne, dans un grand chemin. Jacob, père de Juda, avait été à la fois le mari de deux sœurs filles d'un idolâtre, et il avait trompé son père et son beau père. Loth, grandoncle de Jacob, avait couché avec ses deux fille? Salmon, l'un des desceudans de Jacob et de Juda , épousa Rahab la Cananéenne, prostituée. Booi, fils de Salmon et de Kahab, reçut dans son lit Rulh la Madianitc, et fut bisaicul de David. David enleva fietzabée au capitaine Uriah son mari, qu'il fit assassiner pour être plus libre dans ses amours. Enfin , dans les deux généalogies de notre Seigneur Jésus- Christ, si différentes en plusieurs points, mais entièrement semblables en ceux-ci , on voit qu'il naquit do cette foule de fornications, d'adultères et d'incestes. Rien n'est plus propre à confondre la prudence humaine, à humilier notre esprit borné, à nous convaincre que les voies de la Providence ne sont pas nos voies.

Le révérend père dom Calmet fait cette réflexion à propos de l'inceste de Juda avec Thamar et du péché d'Onan, chapitre XXXVUI de la Genèse : a L'Ecriture, dit-il, nous donne le détail d'une histoire qui, dans le premier sens qui frappe l'esprit, ne paraît pas fort propre à édifier; mais le sens caché et mystérieux qu'elle renferme est aussi élevé que celui de la lettre paraît bas aux yeux de la chair. Ce n'est pas sans de bonnes raisons que le Saint-Esprit a permis que 1 histoire de Thamar, de Rahab, de Pulh et de Belzabée, se trouvât mêlée dans la généalogie de Jésus-Christ. »

U eût été A souhaiter que dom Calmet nous eût développe ces bonnes raisons ; il aurait éclairé les .doutes et calmé les scrupules de toutes les âmes hounêtes et timorées qui voudraient comprendre comment 1 Être éternel , le créateur des mondes a

pu naître dans un village juif d'une race de voleur* et de prostituées. Ce mystère, qui n'est pas le moins inconcevable de tous les mystères, était digne assurément d'être expliqué par un savant commentateur. Tenons-nous-en ici à l'onanisme.

On sait bien quel est le crime du patriarche Juda, ainsi qu'on connaît le crime des patriarches Siméon et Lévi ses frères, commis dans Sichcm; et le crime de tous les autres patriarches, commis contre leur frère Joseph : mais il est difficile de savoir précisément quel était le péché d'Onan. Juda avait marie sou fils aiué Her à cette Phénicienne Thamar. lier mourut pour at'oir été méchant. Le patriarche voulut que sou second fils Onan épousât la veuve, selon l'ancienne loi des Egyptiens et des Phéniciens leurs voisins : cela s'appelait susciter des enfam à son ferc. Le premier- né du second mariage portail le nom du défunt j cl c'est ce qu'Onan oc voulait pas. Il baissait la mémoire de son frère; et, pour ne point faire d'enfant qui portât le nom de H et , il est dit qu'il jetait su semence à terre.

Or il reste à savoir si c'était dans la copulation avec sa femme qu'il trompait ainsi la nature , ou &' c'était au moyen de la masturbation qu'il éludait le devoir conjugal. La Genèse ne nous apprend point cette particularité. Mais aujourd'hui ce qu'on appelle communément le péché d Onan, c'esl l'abus de soimême avec le secours de la main , vice assez commun aux jeunes garçons et même aux jeunes filles qui ont trop de tempérament.

On a remarqué que l'espèce des hommes et celle des singes sont les seules qui tombent dans ce défaut contraire au vœu de la nature.

Lu médecin a écrit en Angleterre contre ce vice un petit volume intitulé de l'Onanisme, dont ou compte environ quatre-vingts éditions, supposé que ce nombre prodigieux ne soit pas un tour de libraire pour amorcer les lecteurs, ce qui n'est que trop ordinaire.

M. Tissot, fameux médecin de Lausane, a fai'. aussi son Onanisme, plus approfondi et plus méthodique que celui d'Angleterre. Ces deux ouvrage, étalent les suites funestes de cette malheureuse ha hitude, la perte des forces, l'impuissance, la dépravation de l'estomac et des viscères, les tremblcmcns, les vertiges, l'hébétation et souvent une mort prema turéc. II y en a des exemples qui font frémir.

M. Tissot a trouvé par l'expérience que le quinquina était le meilleur remède contre ces maladies , pourvu qu'on se défit absolument de celle habitude honteuse et funeste, si commune aux écoliers, aux pages et aux jeunes moines.

Mais il s'est aperçu qu'il était plus aisé de prendre du quinquina que de vaincre ce qui est devenu une seconde nature.

Joignez les suites de l'onanisme avec la vérole, et vous verrez combien l'espèce humaine est ridicule et malheureuse.

Pour consoler cette espèce, M. Tissot rapporte autant d'exemples de malades de réplétion que de malades d'émission; et ces exemples, il les trouve chez les femmes comme chez les hommes. Il n'y

point de plus fort argument contre les vœux téméraires de chasteté. Que voulez -vous en effet que»* devienne une liqueur précieuse, formée par la na-, turc pour la propagation du genre humain ? Si on la prodigue indiscrètement, elle peut vous tuer; si on la relient, elle peut vous tuer de même. On a observé que les pollutions nocturnes sont fréquentes chez les personnes des deux sexes non mariées, mais beaucoup plus chez les jeunes religieux que chez les recluses; parce que le tempérament des hommes est plus dominant. On en a conclu que c'est une énorme folie de se condamner soi-même à ces turpitudes , et que c'est une espèce de sacrilège dans les gens sains de prostituer ainsi le don du Créateur, et de renoucer au mariage , ordonné expressément par Dieu même. Cest ainsi que pensent les protestans, les Juifs, les musulmans et tant d'autres peuples; mais les catholiques ont d'autres raisons en faveur dos couvens. Je dirai des catholiques ce que le profond Calmet dit du Saint-Esprit : Ils ont eu sans doute de bonnes raisons.

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