‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 409 sur 551 · ORIGINEL (PECHE · texte numérisé non relu

ORIGINEL (PECHE

SECTION NLBSIlfeBE.

C'est ici le prétendu triomphe des sociniens on unitaires. Ils appellent ce fondement de la religion chrétienne, son /VrA.: oiiçfincl. C'est outrager Dieu, disent-ils , c'est l'accuser de la barbarie la plus absurde que d'oser dire qu'il forma toutes les générations dos hommes pour les tourmenter par des supplices éternels, sous prétexte que leur premier père mangea d'un fruit dans un jardin. Cette sacrilège imputation est d'autant plus inexcusable chez les chrétiens, qu'il n'y a pas un seul mot touchant cette inventiou du péché originel ni dans le Pcntatcuque, ni

dans les prophètes , ni dans les évangiles, soit apocryphes, soit canoniques, ni dans aucun des écri-' vains qu'on appelle le ; premier* plie: .le IWjli e.

Il n'est pas même conté dans la Gtnèsc que Dieu ait condamné Adam à la mort pour avoir avalé une pomme. Il lui dit bien , tu mourra* trè*-ceit;tlnetiiait le jour qtir tu en nuingcrxs ; mais cette même Genèse fait vivre Adam neuf cent trente ans après ce déjeuner criminel. Les animaux, les plantes qui n'avaient point mangé de ce fruit, moururent dans le temps prescrit par la nature. L'homme est né pour mourir, ainsi que tout le reste.

Enfin, la punition d'Adam n'entrait en aucune manière dans la loi juive. Adam n'était pas plus Juif que Persan ou Chaldécn. Les premiers chapitres de la Genèse (en quelque temps qu'ils fussent composés) furent regardés par tous les savans juifs comme u.ie allégorie, et même comme ur.e fable très-dangercus-. puisqu'il fut défendu de la lire avant l'Age de vingtcinq ans.

En un mot, les Juifs ne connurent pas plus le péché originel que 'es cérémonies chinoises; et , quoique les théologiens trouvent tout ce qu'ils veillent dans l'Ecriture ou lotida* rerbî*, ou lotitem Ulhii*, on peut assurer qu'un théologien rafsonnablc n'y trouvera jamais ce mystère surprenait*.

Avouons que saint Augustin accrédita le premier cette étrange idée, digne de la tête chaude et romanesque d'un Africain débauché et repentant, manichéen et chrétien, indulgent et persécucur, qu: passa sa vie à se contredire lui-même.

Quelle horreur, s'écricntlcs unitaires rigides, que de calomnier1 l'auteur de la nature jusqu'à lui imputer des miracles continuels pour damner à jamais des hommes qu'il fait naître pour si peu de temps! 'Ou il a créé les «mes de toute éternité, et dans ce système étant infiniment plus ancic suies que le péché d'Adam . elles n'ont aucun rapport avec lui; ou ces âmes sont formées à chaque moment qu'un homme couche avec une femme, et en ce cas, Dieu est continuellement à l'affût de tous les rendez-vous de l'univers pour créer des esprits qu'il rendra éternellement malheureux ; ou Dieu est lui-même l'Ame de tous les hommes, c» dans ce système il se damne lui-même. Quelle est la plus horrible et la plus folle de ces trois suppositions? Il n'y en a pas une quatrième; car l'opinion, que Dieu attend six semaines pour créer une âme damnée dans un fœtus, rcrient à celle qui la fait créer au moment de la copulation : qu'importe six semaines de plus ou de moins?

J'ai rapporté le sentiment des unitaires, et les hommes sont parvenus à un tel point de superstition que j'ai tremblé en le rapportant.

SECTION II

Il le faut avouer, nous ne connaissons point de père de IVirlisc jusqu'à saint Augustin et à saint Jtroine, qui ait enseigné la doctrine du péché originel. Saiut Clément d'Alexandrie, cet homme si savant dans l'antiquité, loin de parler en un seul endroit de cette corruption qui a infecté le genre humain, et qui l'a rendu coupable en naissant, dit en propres

DICTIOHHAIBE

«ou (<t) : « Quel mal peut faire un enfant qui ne vient que de naître? comment a-t-il pu prévariquer? comment celui qui n'a encore rieu fait a-t-îl pu tomber sous la malédiction d'Adam? n

Et remarquez qu'il ne dit point ces paroles pour combattre l'opinion rigoureuse du péché originel, laquelle n'était point encore développée, mais seulement pour moutrer que les passions, qui peuvent corrompre tous les hommes, n'ont pu avoir encore aucune prise sur cet enfant innocent. Il ne dit point : Cette créature d'uu jour ne sera pas damnée si elle meurt aujourd hui; car personne n'avait encore supposé qu'elle serait damnée. Saiut Clément ne pouvait combattre un système absolument inconnu.

Le grand Origciic est encore plus positif que saint Clément d'Alexandrie. Il avoue bien que le péché est entré dans le monde par Adam, dans son explication do l'Epitre de saint Paul aux Romains, mais il tient que c'est la pente au péché qui est entrée, qu'il ctt très- facile de commettre le mal, mais qu'il n'est pai dit pour cela qu'on le commettra toujours, et qj on sera coupable dés qu'on sera né.

Enfin, le péché origiucl, sous Origène, ne consistait que dans le malheur de se rendre semblable an premier homme en péchant comme lui.

Le baptême était nécessaire; c'était le sceau du christianisme, il lavait tous les péchés; mais personne n'avait dit encore qu'il lavât les péchés qu'on n'avait point commis. Personne n'assurait encore qu'un enfant fut damné et brûlât dans des flammes éternelles pour être mort deux minutes après sa naissance. Et une preuve sans réplique, c'est qu'il se passa beaucoup de temps avaut que la coutume de baptiser les cnfàns prévalût. Tcrtullien ne voulait point qu'on les baptisât. Or, leur refuser ce bain sacré , c'eût été les hvrer visiblement a la damnatiou , si on avait été persuade que le péché originel ( dont ces pauvres innocens ne pouvaient être coupables ) opérât leur réprobation, et leur fit souffrir des supplices infinis pendant toute l'éternité, pour un fait dont il était impossible qu'ils eussent la moindre connaissance. Les Ames de tous les bourreaux , fondue» ensemble, u 'auraient pu rien imaginer qui approchât d'une horreur si exécrable. En un mot, il est de frit qu'on ne baptisait pas les enfans ; donc il est démontré qu'on était bien loin de les damner.

Il y a bien plus encore; Jésus-Christ n'a jamais dit : « L'enfant non baptisé sera damné (b). » 11 était venu au contraire pour expier tous les péchés, pour racheter le genre humain par son sang; donc les petits enfans ne pouvaient être damnés. Les enfans au berceau étaient e b'cn plus forte raison privilégiés. Notre divin Sauveur ne baptisa jamais personne. Paul circoncit sou disciple Timothée, et il n'est poin; dit qu'il le baptisa.

(a) Stro« lté», liv. III.

(6) Dm» nint Jean , Jr^u» dit i Sicodeme, cbsp. III , que k »ent, IVsprit «wiflîe cm il ,it. <;ue ]*T*onnr ne Mit où il va, qu'il faut îennilre, qu'on ne petit entrer dnn» le rojanme dt Dieu ti on ue renaît pjr l'eau et pw l'csptît : mai* il ne p««W point Jt» ciiLiu

Eu un mot, dans les deux premieis siècles, le baptême des enfans ne fut point en usage; donc on ne croyait point que des enfans fussent victimes de la faute d'Adam. Au bout de quatre cents ans on crut leur salut fort en danger, et on fut fort incertain.

Enfin, Pélage vint au cinquième siècle; il traita l'opinion du péché originel de monstrueuse, lui, ce dogme n'était fondé que sur uni comme toutes les autres opinions.

Dieu avait dit à Adam dans !e jardin : « Le jour que vous mangerez du fruit de l'arbre de la science, vous mourrez. » Or, il n'en mourut pas, et Dieu lui pardonna. Pourquoi donc n'aurait-il pas épargné sa race a la millième génération? Pourquoi livrerait-il à des tourmens infinis et éternels les petits-enfaus innocens d'uu père qu'il avait reçu en grâce?

maître absolu , mais comme nn père qui , laissant ht liberté à ses enfans, les récompensait au delà de leurs mérites, et les punissait au-dessous de leurs fautes.

Lui et ses disciples disaient : Si tous les hommes naissent les objets de la colère éternelle de celui qui leur donne la vie ; si avant de penser ils sont coupables, c'est donc un crime affreux de les mettre au monde; le mariage est doue le plus horrible des forfaits. Le mariage en ce cas n'est donc qu'une émanation du mauvais principe des manichéens; ce n'est plus adorer Dieu, c'est adorer le diable.

Pélage et les siens débitaient cette doctrine en Afrique, où saint Augustin avait un crédit immense. Il avait été manichéen; il était obligé de s'élever contre Pélage. Celui-ci ne put résister ni à Augustin, ni a Jérôme; et enfin, de questions en questions la dispute alla si loin qu'Augustin donua son arrêt de damnation contre tous les enfaus nés et à naître dans l'univers, en ces propres termes : « La foi catholique enseigue que tous les hommes naissent si coupables , que les enfans mêmes sont certainement damnés quand ils meurent sans avoir élé régénérés en Jrsus. u

C'eut été un bien triste compliment à faire à une reine de la Chine, ou du Japon, ou de l'Inde, ou de la Scylhic , ou de la Gothie , qui venait de perdre son (ils au berceau, que de 'ui dire : Madame, consolezvous; monseigneur le prince royal est actuellement entre les griffes de cinq cents diables, qui le tournent et le retournent dans une grande fournaise pendant tonte l'éternité, tandis que son corps embaumé repose auprès de votre palais.

La reine épouvantée demande pourquoi ces diables rôtissent ainsi son cher fils le prince royal à jamais? On lui répond que c'est parce que son arrière - grand - père mangea autrefois du fruit de la science dans un jardin. Jugez ce que doivent penser le roi, la reine, tout le cooseil et toutes les belles dames.

Cet arrêt avant paru un peu dur à quelques théologiens (car il y a de bonnes âmes partout), il fut mitigé par uu Pierre Chrysologuc, ou Pierre parlant d'or, lequel imagina un faubourg d'enfer, nommé les /»mfo<, pour placer tous les petits garçons et toutes

les petites filles qui seraient morts sans baptême. Cest un lien où ces innocens végètent sans rien sentir, le séjour de l'apathie ; ot c'est ce qu'on appelle le paradis de* sots. Vous trouvez encore cette expression daus Miltou : The paradLsc of foolt. Il les place vers la lune. Cela est tout- à -fait digne d'un poème épique.

Explication du péché originel.

La difficulté pour les limbes est demeurée la mi me que pour l'enfer. Pourquoi ces pauvres petits sont-ils daus les limbes? qu'avaient-ils dit? comment leur âme, qu'ils ne possédaient que d'un jour, était-elle ooupablc d une gourmandise de six mil'.e ans?

Saint Augustin, qui les damne, dit pour raison que, tes «mes de tous les hommes étant dans celle d'Adam, il est probable quelles furent toutes complices. Mais, comme l'église décida depuis que les âmes ne sont faites que quand le corps est commencé, ce système tomba malgré le uom de son auteur.

D'autres direut que le péché originel s'était transmis d'âme en âme par voie d'émanation , et qu'une âme venue d'une autre arrivait dans ce monde avec toute la corruption de l'amc-mèrc. Celte opinion fut condamnée.

Après que les théologiens y eurent jeté 1 net, les philosophes s'essayèrent. Leibnitz, en je avec ses monades, s'amusa à rassembler dans Adam toutes les monades humaines avec leurs petits corps de monades. C'était moitié plus que saint Augustin. Mais cette idée , digne de Cyrano de Bergerac , n'a pas fait fortune en philosophie.

Malcbranchc explique la chose par l'influence de l'imagination des mères. Eve eut la cervelle si furieusement ébranlée de l'envie de manger du fruit , que ses enfans curent la même envie, à peu près comme cette femme qui . ayant vu rouer un homme, accoucha d'un enfant roué.

Nicole réduit la chose à « une certaine inclination , une certaine pente à la coucupisccnce que nous avons reçue de nos mères. Cette inclination n'est pas un acte ; elle le deviendra un jour. » Fort bien , courage, Nicole : mais en attendant, pourquoi me damner? Nicole ne touche point du tout à la difficulté; elle consiste à savoir comment nos Ames d'aujourd'hui, qui sont formées depuis peu, peuvent répondre de la faute d'une autre âme qui vivait il y a si longtemps.

Mes maîtres , que fallait-il dire sur cette matière ? rien. Aussi je ne donne point mon explication, je ne dis mot.

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