PARLEMENT DE FR4NCB
Devuis Philippe le Bel jusqu'à Charles VU.
Paulehekt vient sans doute déparier ; et Ton prétend que parler venait du mot celte w\ct, dont les Cantabrcs et autres Espagnols firent pnlitbra. D'autres assurent que c'est de p<rr/,lmto. et que de ;xm»fco/r on fil parlement. Ccst la sans doute one crédit ie a fort utile.
11 y a du moins je ne sait quelle apparence de doctrine plus sérieuse dans ceux qui vous disent qn« nons n'avons pu encore découvrir de monument ow se trouve le mot barbare fxirtamentum , que vers le
On peut répondre : Le terme parhmenOtm était en usage alors pour signifier les assemblée* de l.t nation : Donc il était en usage trea-long-tenrps auparavant. On n'inventa jamais on terme nouveau pwr les choses ordinaires.
Philippe III, dans la charte de cot établissement « a Paris, parle d'anciens parlement. Nous avons des séances de parlement judiciaire depui< t a54 } et une preuve qu'on s'était servi souvent du mot général fortement, en désignaut les assemblées de la nation, c'est que nous don uA mes ce nom A ces assemblées, des que noua avons écrit en langue française : et les Anglais, qui prirent toutes nos coutumee , apnelërent fhirtfment leurs assemblées des pairs.
Ce mot, source do tant d'équivoque*, lut affecté A plusieurs autres corps, aux offieiers municipaux des villes, à des moines, à des écoles; autre preuve d'un antique usage.
On ne répétera pas ici comment lo roi Philippe le Bel , qui détruisit et forma tant de choses, forma une chambre de parlement » Paris, pour j'iacr dans celte capitale le* grands procès portés auparavant partout où se trouvait la cour; comment cette chambre qui ne siégeait que deux fois l'aunéo lut «ebriée par le
roi à cinq soirs par jouf pour chaque conseiller juge. Cette chambre était nécessairement composée dm membres amovibles, puisque tous avaient d'autres emplois : de sorte que qui était juge à Paris à la Toussaint, allait commander les troupes à la Pentecôte.
Nous ne redirons point comment cette chambrr nc jugea de long-temps aucun procès criminel ; comment les clercs ou gradués , enquêteurs établis pour rapporter les procès aux seigneurs conseillers juges, et non pour donner leurs voix, furent bientôt mis à la place de ces juges d'épée qui rarement savaient lire et écrire.
On sait par quelle fatalité étonnante et funeste rr premier procès criminel que jugèrent ces non veaux conseillers gradués, fut celui de Charles VU leor roi1 alors dauphin de France, qu'ils déclarèrent, sans le nommer, déchu de son droit a la couronne; et comment, quelques jours après, ces mêmes juges, subjugués par le parti anglais dominant, condamnèrent le dauphin , le descendant de saint Louis, an b»aaia» sèment perpétuel le 3 janvier i.iao; arrêt aussi incompétent qu'infAroc , monnaient éternel de l'opprobre et de ta désolation o*j la France était plongée, et que le président lléuault a taché eu vaiu de pallier dans sou abrégé aussi estimable qu'utile. .Mais tout sort de sa sphère daus les temps de trouble. La démence du roi Charles VI , l'assassinat du duc de Bourgogne commis par les amis du dauphin, le traité solennel de Troycs, la défection de tout Paris et des trois quarts de la France, les glandes qualités, les victoires, la gloire, l'esprit, le Imnhciir do Henri V, solennellement déclaré roi de France; tout semblait excuser le parlement.
Après la mort de Charles VI en i 4» a , et dix jours après ses obsèques , tous les membres du parlement de Paris jurèrent sur un missel, dans la grandchain bre, obéissance et fidélité au jeune roi d'Auglet erre Hcuri VI, fils de llcuri V; et ce tribuual lit mourir une bourgeoise de Paris qui av;nt eu le courage d amculcr plusieurs citoyens pour recevoir leur roi légitime dans sa capitale. Cette respectable bourgeoise fut c\« cutec avec tous les citoyens fidèles que le parlement put .saisir. Charles VII érigea un autre parlement à Poitiers; il fut peu nombreux, peu puissant et point pave.
(Quelques membres du parlement de Paris, dégoûtes des \nglais, s'y réfugièrent. Ft enfui, t|uand Charles eut repris Paris et donné une imnir'ie <vné raie, les deux parlcmcns furent n'unis.
Parlement. L'étendue de ses droiti.
Machiavel , dans ses remarques politiques su» Titc-I.iv •, dit que les parlement l'ont la force du rot de France. Il avait très -grande raison en nu sens Machiavel Italien voyait le pape comme le plus Jangereux monarque de la chrétienté. Tous les rois lui lésaient la cour; tous voulaient l'engager dans leurs querelles; et quand il exigeait trop . quand un roi d» France n'osait le refuser en face j ce roi avait son parlement tout prêt qui déclarait les prétentions du pape contraires huk lois du royaum* , UM-tiunuaircs , abusives, absurdes. Le roi s'excusait auprèstdu pape,
en disant qu'U ne pouvait
Citait Lien pis encore quand le roi et le pape se querellaient. Alors les arrête triomphaient de toutes les bulles, et la tiare «Hait renversée par la main de .auatioe. Mais ce corps ne fit jamais la force des rois quand ils eurent besoin d'argent. Comme c'est avec ce seul ressort qu'on est siirdêj-c toujours le maître, les rois en voulaient toujours avoir; il en fallut demander d abord aux états f,énérau». La cour du parlement de Paris, sédentaire et instituée pour rendre la justice, ne se mêla jamais de finance jusqu'à François I. La fameuse réponse du premier président Jean <de La Vacquerie au duc d'Orléans ( Louis XU) en est une preuve assez forte : « Le parlement est pour rendre justice au peuple; les finances , la guerre , le
PHILOSOPHIQUE. tW
à bout de son . paa- || gistrer au parlement plusieurs de leurs ordonnances ,
et surtout les lois que le parlement était obligé d*
On ne peut pardonner au président Uénault de n'avoir pas rapporté ce trait qui servit long-temps de base »u droit public en France, supposé que ce pays
connût uu droit public.
Parlement. Droit d'enregistrer.
Enaecistrxm eut, mémorial , journal, livre de raison. Cet usage fut de tout temps observé chez les nations policées, cl fort néglige par les Barbares qui vinrent foudre sur l'empire romain. Le clergé de Rome fut plus attentif, il enregistra tout, et toujours à son avantage. Les Visigoths, les Vandales, les Bourguignons, les Francs, et tous les autres sauvages «'avaient pas seulement de registres pour les mariages, les naissances et les morts. Les empereurs fircut, à la vérité , écrire leurs traités et leurs ordonnances ; elles étaient conservées tantôt dans un c Liteau , tantôt dans un autre; et, quand t« château était pris par quelque brigand, le registre était perdu. 11 n'y a guère eu que les anciens actes déposé» » la tour de Londres qui aient subsisté. On en retrouva ailleurs que chez les moines, qui suppléèrcut souvent par leur industrie à la disette des inonumeus publics.
Quelle foi peut-on avoir a ces a.icieLi monumens après l'aventure des fausses décrépies qui ont éle respectées pendant cinq cents ans, auiant et plus que l'Evangile ; après tant de faux martyrologes, de fausses légendes cl do faux actes? Notre Europe fut trop long-temps composée d'une mallitude de brigauds qui pillaient tout . d'un petit uombre de faussaires qui trompèrent ces brigands ignorans, ctd'une popul icc aussi abrutie qu'indigente, courbée vers la terre toute l'a mire pour nourrir tous ces gens-là.
On tient que Philippe- A igustc perdit son chat trier, ses litres; on ne sait pas trop à quelle occasion, ni comment, ni pourquoi il fesail transporter aux injures de l'air des parchemins qu'il devait soigneusement enfermer sou.', Ju ciel'.
On croit qn Etienne Boileau , prévôt de Paris du temps de .saint Louis, fut le premier qui tint uu journal, cl qu'il fut imite par Jean de Mont lue, greffier du parieuicn: de Pans eu i3i3, et non en ia56; faute de pure iuidvcr.ancc da .s le grand Dictionnaire, au mot i n «■;".,,
Peu a pou les rots 'accoutumeront à faire eure-
Ccst une opiniou commune que la première ordonnance enregistrée est celle de Philippe de Valons aux ses droits de régale en 1 33a au mois de septembre , laquelle pourtant ne fut enregistrée qu'en l33£. Aucuu édil sur les finances ne fut enregistré en cette cour, ni par ce roi , ni par ses successeurs jusqu'à François 1.
Charles V tint un lit de justice en 1 3 y 4 pour faux enregistrer la loi qui Gxc la majorité des rois a quatorze ans.
Une observation fort singulière est que JV.-'ctiu de presque tous les parlcmens du royaur»; ne fut point présentée au parlement de Paris pour y -ire isvregistrée et vérifiée.
Les traités de paix y furent quelquefois enregistrés. Plus souvent on s'en dispensa. Rien n'a été stable et permanent, rien n'a été uniforme. L'on n'enregis trait point le traité d'Utrecht qui tormiua la funeste guerre de la succession d'Espagne. On enregistra les édita qui établirent et qui supprimèrent les mouleurs de bois, les essayeurs de beurre, et les mesureurs d«-
Toute compagnie, tout citoyen a droit de porter ses plaintes au souverain par la loi naturelle qui permet de crier quand on souflrc. Les premières remon Iranccs du parlement de Paris furent adressées * Louis Xi par l'exprès commandement de ce roi qui. étant alors mécontent du pape, voulut que le parlement lui remontrât publiquement les excès de la cour de Rome. Il fut bien obéi; le parlement était dans son centre; il défendait les lois contre les rapines. Il montra que la cour romaine avait extorqué eu trente années quatre millions six cent ^uarante-cinq milleecus de la France. Ces simonie» multipliées, ces vol-, réels commis sous le nom de p«'f< , commençaient u (aire horreur. Mais la cour romaine ayant enfin apaisé et séduit Louis XI, il fit taire ceux qu'il avait fait si bien parler. 11 n'y eut aucune remontrance sur les finances du temps de Louis XI, ni de Charles VIII, ni de Louis XII ; car il uc faut pas qualifier du nom de ri'iiwiititiiit ci solfiwcllt -. le refus que 1:1 celte corupagniede prêter a Charles VIII cinquante mille francs pour sa malheureuse expédition d il ilie eu ifaG. Le roi lui envoya le sire d'Albrct, le sire de Ricux , gouverneur de Paris ; le sire de Graville , amiral de France, ci le cardinal Dumaiuc , pour la prier de se cotiser pour lui prêter cet argent. Etrange dcpulation! les registres portent que le parlement représenta u la nécessité et l indigencc du royaume, et le cas si piteux, » f/mJ u«n iinliifct manu -ciibenli*. Gai ilcr son argent n'était pas une de ces remontrances publiques au nom de la France.
il en fil pour la grille d'argent de Saint-Martin que François I acheta des chanoines, et dont il devait payer 1 intérêt cl le principal sur ses domaines. Voila la première remontrance pour affaire pécuniaire.
La seconde fut pour la vente de vingt charges da
Ï)ICT10NNA1RF.
nouveaux conseillers au parlement de Paris, et de trente dans les provinces. Ce fui le chancelier cardinal Dupral qui prostitua ainsi la justice. Cette honte a duré et s'est étendue sur toute la magistrature de la France depuis i5i5 jusqu'à 1771 , l'espace de deux cent cinquante-cinq ans/jusqu'à ce qu'un autre chancelier ait commencé à effacer cette tache.
Depuis ce temps le parlement remontra sur toutes sortes d'objets. Il y était autorisé par 1 Y-dit paternel de Louis XII, pére du peuple : « Qu'on suive toujours la loi maigre les ordres contraires à la loi que l'importunité pourrait arracher n: monarque. :>
Après François Irr le parlement fut t oi:tin:i: Jlomenl en querelle avec le ministère, ou du moins en défiance. Les malheureuses guerres de religion augmentèrent son crédit; et plus il fut nécessaire, pins il fut entreprenant. Il se regardait comme le tuteur des rois dés le temps tic François II. Ccst ce que Charles IX lui reprocha an temps de sa majorité par ces propres mots :
« Je vous ordonne de ne pas agir avec un roi majeur comme vous ave/, fait pendant sa minorité; m; vous niélcz pas des affaires dont il ne vous appartient pas de connaître; souvenez-vous que votre compagnie n'a été établie par les rois que pour rendre la jus icc suivant les ordonnances du souverain. Laissez au roi et à son conseil les affaires d'état; défaites vous de l'erreur de vous regarder comme les tuteurs des rois, comme les défenseurs du royaume, et comme les gardiens de Paris. »
Le malheur des temps l'engagea dans le parti de la ligue contre Henri 111. Il soutint les Guises au point qu'après le meurtre de Henri de Guise et du cardinal son frère , il commença des procédures contre Henri III, cl nomma deux conseillers, Pichon et Conrtiu, pour informer (1 ).
Apres la mort de Henri 111, il se déclara contre Henri le Grand. La moitié de ce corps élait entraînée par la faction d'fcpagut- , cl l'autre par un faux zèle de religion.
Henri IV car un autre petit parlement auprès de lui ainsi que Charles Vil. Il rentra comme lui dans Paris par des né^ot i lisons secrètes plus que par la force, et il réunit les deux parlcmcns ainsi que Charles VII en avait usé.
Tout le niiuistu-c du cardinal de Richelieu f.it signalé par des résistances fréquentes de cette compagnie; résistances d'autant plus fermes qu'elles étaient approuvées de h na'iofl.
On connaît as-cz la «"terre de la fronde, dans laquelle le parlement fu! précipité par des factieux. La reine régente le transféra à Ponloise par une déclaration du roi son fils déjà majeur, datée du 3 juillet iG3î. Mais trois piv-iJ-vis seulement et quatorze conseillers obéirent.
Louis XIV en i(i.ri.r», après l'amnistie, vint à la grand'chamlire, le fouet à la main, défendre les ass -uiblées di- t liamlues. Ku 1 Ci f> 7 il ordonna l'enregistrement de tout édit, et ne permit les remon-
( J L'arK-i r.: j ?rl« qu<> «le» wrurti ier» «in doc »te Uuùe et <k Uur» compli es. Il nïl.il que liard«, et noo irréjulicr.
trancesque dans la huitaine après l'enregistrement. Tout fut tranquille sous son règne.
Sous Louis XF.
Le parlement de Paru avait déjà, du temps de la fronde, établi l'usage de ne plus rendre la justice lorsqu'il se croyait lésé par le gouvernement. Cétait un moyen qui semblait devoir forcer le ministère «. plier sous ses volontés, sans qu'on eut une rébellion à lut reprocher comme dans la minorité de Louis XIV.
Il employa cette ressource en 1718, dans la minorité de Louis XV. Le ciuc d Ortc«us régent l'exila » Pontoisc en 1720.
La malheureuse bulle l',uhjenHn< le mit quelquefois aux prises avec le cardinal de Fleuri.
Il cessa encore ses fonctions en 1751 dans les petits troubles excités par Christophe de Beanmont. archevêque de Paris, au suj«rt des billets de confession cl des refus de sacrement.
Nouvelle cessation de service en 1 -b'i. Tout le corps fut exilé dans plusieurs villes de son ressort; la grand'chambre le fut à Pontoise. Cet- exil dura plus de quinze mois, depuis le 10 mai 17.VÏ, jusqu'au 37 août 1 754. Le roi dans cet espace de temps fit rendre la justice par des conseillers d'état et des maîtres des requêtes. Très-peu de causes furent plaidées devant ce nouveau tribunal. lJt plupart de ceux qui étaient en procès aimèrent mieux s'accommoder, on attendre le retour du parlement. Il semblait que la chicane eut été exilée avec ceux qui étaient institués pour la réprimer.
Ou rappela enfin Je parlement à ses fonctions, et il revint aux acclamations de toulc la France.
Deux ans après son retour, les esprits étant plus aigris que jamais, le roi vint tenir un lit de justice à Paris en 1756 le i3 décembre, n supprima deux chambres du parlement, et fit plusieurs règlement p;mr mettre dans ce corps une police nouvelle. A pein* fut-il sorti, que tous les conscillirs donnèrent !eur démission, à la réserve des présidens à mortier, et de dix conseillers de grand'chambre.
La cour ne croyait pas alors pouvoir établir un nouveau tribunal à sa place. On fut de tous les cotés très-aigri et très-incertain.
L'attentat inconcevable de Damicns parut réconcilier pendant quelque temps le parlement avec la cour. Ce malheureux, non moins insensé que coupable, accusa sept membres d parlcracit dans une lettre qu'il osa dicter pour le roi même, et qui lui fut portée. Cette accusation absurde n'empêcha pa le roi de remettre au parlement même le jugement de Damicns, qui fut condamné au supplice de Ilavaillae par ce qui restait de ia t;rand'chambrc. Plusicm pairs et des princes du sang opinèrent.
Après l'exécution terrible du criminel , faile le 28 mars 1757, le ministère, engagé dans une guerre ruineuse cl funeste, négocia avec ce» mêmes officiers du parlement qui avaient donné leur démission; les exilés furent rappelés.
Ce corps , à force d'avoir été humilié par la cour, but plus d'autorité que jamais.
II signala cette autorite eu abolissant par un arrêt Tordre des jésuites en France, et en les dépouillant de tous leurs biens ( par l'arrêt du 6 août 176a ). Rien ne le rendit plus cher a la nation. 11 fut en cela parfaitement secondé par tous les parlcmcns du royaume , et par toute la France.
Il s'unissait en effet avec ces autres parlemens , et prétendait ne faire avec eux qu'un corps, dont il était le principal membre . Tous s'appelaient alors classa Si parlement; celui de Paris était la première classe; chaque classe fesait des remontrances sur les édits, et ne les enregistrait pas. *1 y eut même quelques-uns de ces corps qui poursuivirent juridiquement les commandans de prov'ncc envoyés à eux de la part du roi pour f.iire enregistrer. Quelques classes décernèrent des prises de corps contre ces officiers. Si ces décrets avaient été misa exécution, il en aurait résulté un effet bien étrange. Cest sur les domaines royaux que se prennent les deniers dont on paie les frais de justice; de sorte que le roi aurait payé de ses propres domaines les arrêts rendus par ccu\ qui lui désobéissaient contre ses officiers principaux qui avaient exécuté ses ordres.
Le plus singulier de ces arrêts rendus contre les commandans des provinces , et en quelque sorte contre le roi lui-même, fut celui du parlement de Toulouse contre le duc de Fitzjames Bcrwik, en date du 1 7 décembre 1 -f>^ : « Ordonne que ledit duc de Fiujames sera pris, saisi et arrêté en quelque endroit du royaume qu'il se trouve , »» c'est-à-dire , que les huissiers toulousains pouvaient saisir au corps le duc de Fiujanics dans la chambre du roi même, ou à sa chapelle de Versailles. La cour dissimula long temps ecl affront : aussi elle en essuya d'autres.
Cette étonnante anarchie ne pouvait pas subsister; il fallait ou que la couronne reprît son autorité, ou que les parlemcns prévalussent.
Ou avait besoin , dans des conjonctures si critiques, d'un chancelier aussi hardi que I Hospital; on le trouva. Il fallait changer toute l'administration de la justice dans le royaume, et elle fut changée.
I* roi commença par essayer de ramener le parlement de Paris; il le fit venir à un lit de justice qu'il tint «Versailles lc7décerobrc 1770, avec les princes, les pairs et les grands officiers de la couronne. La il lui défendit de se senir jamais des termes d'unité, d'iinlUùsiliilitc cl de clasics;
D'envoyer aux autres parlcmcns d'autres mémoires que ceux qui sont spécifies par les ordonnances;
De cesser le service, sinon dans les cai que ces méflMf ordonnances ont prévus;
Dr donuer leur démission en corps; De rendre jamais d'arrêt qui retarde les enregistretnens , le tout sous peine d'être cassés.
Le parlement sur cet édit solennel ayant encore cessé le service, le roi leur fit porter des lettres de jiissiou ; ils désobéirent. Nouvelles lettres de jnssion , nouvelle désobéissance. Enfin le monarque, poussé à bout , leur envoya pour dernière tentative , le ao janvier1771, à quatre beuros du matin, des mousque-
taires qui portèrent à chaque membre un papier à signer. Ce papier ne contenait qu'un ordre de déclarer s'ils obéiraient , ou s'ils refuseraient. Plusieurs voulurent interpréter la volonté du roi : les mousquetaires leur dirent qu'ils avaient ordre d'éviter les commentaires, qu'il fallait un oui ou un non
Quarante membres signoreut ce oui, les autres s'en dispensèrent. Les oui étant venus le lendemain au parlement avec leurs camarades, leur de ma 11 durent pardon d'avoir accepté, et signèrent non ; tous furent exilés.
La justice fut encore administrée par les conseillers d'état et les maîtres des requêtes, comme eilc l'avait été en 175.1 ; mais ce ne fut que pir provision. On tira bientùl de ce chaos un arrangement utile.
D'abord le roi se rendit aux vœux des peuples, qui se plaignaient depuis des siècles de doux griefs , dont l'un était ruineux , l'autre houleux et dispendieux à la fois. Le premier était le ressort trop étendu du parlement de Paris, qui contraignait les citoyen» de venir de ccul cinquante lieues se consumer devant lui en frais, qui souvent excédaient !e capital. Le second était la vénalité des charges do judicature; vénalité qui avait introduit la forte taxation des épiées.
Pour réformer ce» deux abus, six parlcmcns nouveaux furent institués le a3 février de la même année, sous le litre de conseils supérieurs, avec injonction de rendre ijratis la justice. Ces conseils furent établis dans Arras, Blois, Chalons, Clcrmont, Lyon, Poitiers (en suivant l'ordre alphabétique). On y en ajouta d'autres depuis.
11 fallait surtout former un nouveau parlement a Paris, lequel serait payé par le roi sans acheter ses places, et sans rien exiger des plaideurs. Cet établissement fut fait le 1 3 avril 1771. L'opprobre de la vénalité dont François I et le chancelier Duprat avaient malheureusement souillé la France , fut lavé par Louis XV cl par les soin.» du chancelier de Maupcou, second du nom. Ou finit par la reforme de tous les parlemcns, et ou espéra Je voir re foi mer la jurisprudence. On fut trompé : rien ne tut réformé. Louis XVI rétablit avec sagesse les parlcmcns que Louis XY avait cassés avec justice. Le peuple vit leur retour avec des transports de joie.
p VRLKMENT D'ANGLETERRE
Les membres du parlement d'Angleterre aiment à se comparer aux auciens Romains autant qu'ils . peuvent (*).
11 u'y a pas long temps que M. Scbipping, dans la chambre des communes, conimcuça sou discours par ces mots : La majesté du peuple anglais serait blesse. La singularité de l'expression causa un gn-nd éclat de rire; mais, sans se déconcerter, il r'-pcia les même* paroles d'un air ferme , et on ne rit pli». J'avoue que je ne vois rien de commun entre la majesté du peuple anglais et celle du peuple romain, encore moins entre leurs gouvernemens. Il y a un sénat a Londres dout quelques membres sont soupçonnés, quoiqu'il tort sans doute, de vendre leurs voix daps I occasion,
(')Ccl wtic'c a ile écrit ver» 1 ; 3 1 .
ÎHCTIOWINAIRE
comme on fcsait à Rome : voilà toute la ressemblance. D'ailleurs les deux nations me paraissent entièrement différentes, soit en bien, soit en mal. On n'a jamais connu chez les Romains la folie bor iblc des guerres de religion ; cette abomination était réservée à des dévots, prêcheurs d'humilité et de patience. Marius et Sylla , Pompée et César, Antoine et Aug-iste, ne se battaient point pourdécider si le Klamcn devait porter ta chemise par-dessus 4a robe, ou sa robe par dessus sa chemise; et si les poulets sat-rcs devaient manger et boire, ou bien manger seulement , pour qu'on prît les augures. Les Anglais se sont fait pendre autrefois réciproquement à leurs assises, et se sont détruits en bataille rangée pour des querelles de pareille espèce. La secte des épiscopaux et le presbytérianisme ont tourné, pour un temps, ces t^tes mélancoliques. Je m'imagine que pareille sottise uc leur arrivera plus ; ils me paraissent devenir sages à leurs dépens, et je ne leur vois nulle envie de s'égorger dorénavant pour des syllogismes. Toutefois qui peut répondre des
Voici une différence plus essentielle entre Rome et l'Angleterre, qui met tout l'avantage du côté de la dernière ; c'est que le fruit des guerres civiles de Rome a été l'esclavage , et celui des troubles d'Angleterre, la liberté. La nation auglaise est la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois en leur résistant, et qui d'efforts en efforts ait enfin établi ce gouvernement sage, où le prince, tout puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire du mal, où les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux , cl ou ie peuple partage le gouvernement sans confusion.
La chambre des pairs et celle des communes sont les arbitres de la nation ; le roi est le sur-arbitre. Cette balance manquait aux Romains; les grands et le peuple étaient toujours en division à Rome, sans qu'il y eût un pouvoir mitoyen qui pût les accorder. Le •sénat de Rome qui avait l'injuste et punissable orgueil de ne vouloir rien partager avec les plébéiens, ne connaissait d'autre secret, pour les éloigner du gouvernement, que de les occuper toujours dans les guerres étrangère! ; il regardait le peuple comme une bétc féroce , qu'il fallait lâcher sur leurs voisins , de peur qu'elle ne dévorât ses maîtres. Ainsi le plus grand défaut du gouvernement des Romains en lit des conquérant ; c est parce qu'ils é'aieut malheureux chez eux , i|u ils devinrent les maîtres du monde, Jusqu'à ce qu'enfin leurs divisions les rendirent esclaves.
Le gouvernement d'Angleterre n'est point fait pour un si grand éclat, ni pour une fin si funeste; son but n'est point la brillante folie de faire des conquêtes, mais d'empécher que ses voisins n'en fassent. Ce peuple n'est pas seulement jaloux de sa liberté, il c'est encore de celle des autres. Les Anglais étaient acharnés contre l-onis XIV , uniquement parce qu'ils lui croyaient de l'ambition.
Il en a coilté, sans doute, ponr établir la liberté en Angleterre j c'est daus des mers de sang qu'où a noyé l'idole du pouvoir despotique : mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher leurs loh.
Les autres nattons n'ont pas versé moins de qu'eux; mais ce sang qu'elles ont répandu pour la
cause de leur liberté n'a (ait que cimenter leur servitude,
Ce qui devient une révolution en Angleterre n'est qu'une sédition daus les autres pays. Une ville prend les armes pour défendre ses privilèges, soit en Barbarie, soit en Turquie; aussitôt des soldats mercenaires la subjuguent, des bourreaux la punissent, et le reste de la nation baise ses chaînes. Les Français pensent que le gouvernement de cette île est pins orageux que la mer qui l'euvironne, et cela est vrai; mais c'est quand le roi commence la tempête, c'est quand il veut se rendre le maître du vaisseau , dont il n'est que le premier pilote. Les guerres civiles de France ont été plus longues, plus cruelles, plus fécondes en crimes que celles d'Angleterre; mais de toutes ces guerres civiles aucune n'a eu une liberté sage pour objet. Dans le temps détestable de Charles LX et de Henri III , il s'agissait seulement de savoir si on serait l'esclave des Guises; pour la dernière guerre de Paris, elle m: mérite que des sifflets. 11 me semble que je vois des écoliers qui se mutinent contre le préfetd un collège, et qui finissent par être fouettés. Le cardinal de Rctt, avec beaucoup d'esprit et de courage mal employé , rebelle saus aucun sujet , factieux sans dessein , chef de parti sans armée, cabalait pour cabaler, et semblait faire la guerre civile pour son plaisir. Le parlement de Paris ne savait ce qu'il voulait, ni ce qu'il ne voulait pas. 11 levait des troupes par arrêt, il les cassait : il menaçait, et demandait pardon; il mettait à prix la tête du cardinal Maurrin, et ensuite veuait le complimenter en cérémonie. Nos guerres civiles sous Charles VI avaient été cruelles; celles de la ligue furent abominables; celle de la fronde fut ridicule.
Ce qu'un reproche le plus on France aux Anglais , et avec raison, c'est le supplice de Charles I, monarque digne d'un meilleur sort, qui fut traité perses vainqueurs, comme il les eût traités s'il eût été heureux. Apres tout , regarde/, d'un côté Charles I vaincu en bataille rangée, prisonnier, jugé, condamné dans Westminster, et décapite; et de I autre, l'empereur Henri VII empoisonné par son chapelain en communiant , Henri iil assassiné par un moine, trente assassinats médités contre Henri IV, plusieurs exécutés, et le dernier privant enfin la France de ce grand roi : s, et jugez.