‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 419 sur 551 · PÈRES, MÈRES, ENFANS · texte numérisé non relu

PÈRES, MÈRES, ENFANS

Leurs devoirs.

Os a beaucoup crié en France contre l'Encyclopédie, parce qu'elle avait été faite en France, et qu'elle lui faisait honneur; on n'a point crié dans lei autres pays ; au contraire, on s'est empressé de la contrefaire ou de la gâter, par la raison qu'il y avait à gagner quelque argent.

Pour nous qui ne travaillons point pour la gloire comme les encyclopédistes de Paris; nous qui ne sommes point exposés comme eux à l'envie; nous dont la petite société est cachée dans la Hcssc, dans le Virtembcrg, dans la Suisse, chez les Grisons, au mont Krapac, et qui ne craignons point d'avoir à disputer contre le docteur de la comédie italienne ou contre un docteur deSorbonne, mais qui ne vendrons point nos feuilles à un libraire; nous qui sommes des êtres libres, et qui ne mettons du noir sur du blanc qu'après avoir examiné, autant qu'il est en nous, si ce noir pourra être utile au genre humain; nous enfin qui aimons la vertu , nous exposerons hardiment notre pensée.

Honore ton père et ta mère, si tu veux vivre longtemps.

J'oserais dire : Honore ton père et ta mère, dussestu mourir demain.

Aime tendrement, sers avec joie la mère qui t'a porté dans son sein et qu^ t'a nourri de sou lait, et qui a supporté tous les dégoûts de ta première enfance. Remplis ces mêmes devoirs envers ton père qui t'a élevé.

Siècles à venir, jugez un Franc, nommé Louis XII I, qui, à l'Age de seize ans, commença par faire muror U porte de l'appartement de sa mère, et l'envoya eu exil saus en donner la moindre raison , mai* seulement parce que son favori le voulait.

— Mais, monsieur, je suis obligé de vous confier que mon père est un ivrogne, qui me fit un jour par hasard, sans songer à moi, qui ne m'a donné aucune éducation que celle de me battre tous les jours quand il revenait ivre au logis. Ma mère était une coquette qui n'était occupée que de faire l'amour. Sans ma nourrice qui s'était prise d'amitié pour moi, et qui, après la mort de son fils, m'a reçu chez elle par charité, je serais mort de misère.

— Hé bien, aime ta nourrice, salue ton père et la mère quand tu les rencontreras. Il est dit dans la Vulgatc : Honora patrem tuum et matrem tuatr , et non pas Hilige.

— Fort bien, monsieur, j'aimerai mon père et ma mère, s'ils me font du bien : je les honorerai «'ils me font du mal ; j'ai toujours pensé ainsi depuis que je pense , et vous me confirmez dacs mes

— Adieu, mon enfant, je vois que tu prospéreras , car tu as un grain de philosophie dans la tèut.

— Encore un mot, monsieur; si mon père s'appelait Abraham et moi Isaac , et si mon père me disait : Mon fils, tu es grand et fort, porte ces fagots au hau-

de cette montagne pour te servir de bûcher quand f» l'aurais coupé la tête ; car c'est Dieu qui me l'a ordonné ce matin quand il m'est venu voir ; que me conseilleriez- vous de faire dans cette occasion chatouilleuse.

— Assez chatouilleuse en effet. Mais, toi, que ferais-tu? car tu me parais une assez, bonne tête.

— Je vous avoue , monsieur, que je lai demanderais son ordre par écrit, et cela par amitié pour loi. Je lui dirais : Mon père, vous êtes chez des étranger» qui ne permettent pas qu'où assassine son fils sans une permission expresse de Dieu dûment légalisée et contrôlée. Voyez ce qui est arrivé à ce pauvre Calas daus la ville moitié française, moitié espagnoledeTouloase. On l'a roué; et le procureur général Riquet a conclu à faire brûler madame Calas la mère, le tout sur le simple soupçon très-mal conçu qu'ils avaient pendu leur fils Marc-Antoine Calas pour l'amour de Dien. Je craindrais qu'il ne donnât ses conclusions contre vous et contre votre sœur, ou votre nièce madame Sara , ma mère. Montrez-moi , encore un coup , une lettre de cachet pour me couper le cou , signée de la main de Dieu, et plus bas Raphaël, ou Michel, ou fiel zébuth, sans quoi, serviteur ; j e m'en vais chez Pharaon Egyptiaque, ou chez le roi du désert de Gérar, qui ont été tous deux amoureux de ma mère , et qui certainement auront de la bonté pour moi. Couper, si vous voulez, le cou de mon frère Ismaël; mais, pour le mien , je vous réponds que vous n'en viendrez

P*aVS A a^Oll^*

— Comment ! c'est raisonner <»t; vrai sage. Le Dictionnaire encyclopédique ne dirait pas mieux. Ta iras loiu , te dis-je , je t'admire de n'avoir poiut dit la moiudre injure à tou pere Abraham, et de n'avoir point été tenté de le battre. Et dis-moi , si tu étais ce Cram que son père Clotairc, roi franc, fit brûler dans une grange, ou don Carlos, fils de ce renard Philippe H, ou bien ce pauvre Alexis, fils de ce czar Pierre, moitié héros et moitié tigre ?

— Ah! monsieur, ne me parlez plus de ces horreurs : vous me feriez détester la nature humaine.

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