‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 420 sur 551 · PERSECUTION · texte numérisé non relu

PERSECUTION

Cs n'est pas Dioclétien que j'appellerai persécuteur, car il fiit dix -huit ans entiers le protecteur des chrétiens; et, si dans les derniers temps de sos empire il ne les sauva pasdcsrcssentimcns de Galérius, il ne fut en cela qu'un prince séduit et entraîné par la cabale au delà de son caractère , comme tant d'autres.

Je donnerai encore moins le nom de persécuteurs aux Trajan, aux Antonin; je croirais prononcer un blasphème.

Quel est le persécuteur? c'est celui dont l'orgueil blessé et le fanatisme en fureur irritent le prince ou les magistrats contre des hommes innocens, qui n'ont d'autre crime que de n'être pas de son avis. Impudent, tu adores un Dieu, tu prêches la vertu, et tu la pratiques; tu as servi les hommes, et tu les as consolés; tu as établi l'orpheline, ta as secouru le pauvre, tu as changé les déserts où quelques esclaves traînaient une vie misérable, eu campagnes fertiles peu-

PttiLOSôPHiora.

ptées de familles heureuses; mais j'ai découvert qti tu me méprise», et que tu n'as jamais lu mon livre" de controverse : tu sais que je suis un fripon, que j'ai contrefait l'écriture de G***, que j'ai volé des ***•; tu pourrais bien le dire , il dut que je te prévienne ; j'irai donc chez le confesseur du premier ministre, on chez le podestat. Je leur remontrerai, en penchant le cou et en tordant la bouche, que tu as une opinion erronée sur les cellules où furent renfermés les Septante; que tu parlas. même il y a dix ans d'une manière peu respectueuse duchiendeTobie, lequel tu soutenais être un barbet , tandis que je prouvais que c'était un lévrier. Je te dénoncerai comme l'ennemi de Dieu et des hommes. Tel est le langage du persécuteur; et, si ces paroles ne sortent pas précisément de sa bouche, elles sont gravées dans son coeur avec le burin du fanatisme trempé dans le fiel de l'envie (i).

C'est ainsi que le jésuite Le Tellier osa persécuter le cardinal de Noaillcs, et que Juricu persécuta Bayle. ~

Lorsqu'on commença à persécuter les protestans en France, ce ne fut ni François I, ni Henri II, ni François II , qui épièrent ces infortunés , qui s'armèrent contre eux d'une fureur réfléchie , et qui les livrèrent aux flammes pour exercer sur eux leurs vengeances. François I était trop occupé avec la duchesse d'Etampes, Henri II avec sa vieille Diane, et François II était trop enfant. Par qui la persécution commença-t-elle? par des prêtres jaloux qui armèrent les préjugés des magistrats et la politique des ministres.

Si les rois n'avaient pas été trompés; s'ils avaient prévu que la persécution produirait cinquante ans de guerres civiles, et que la moitié de la nation serait exterminée mutuellement par l'autre, ils auraient éteint dans leurs larmes les premiers bûchers qu'ils laissèrent allumer.

O Dieu de miséricorde ! si quelque homme peut ressembler à cet être malfesant qu'on nous peint occupé sans cesse à détruire tes ouvrages , n'est-ce pas le persécuteur ?

PHILOSOPHE

SECTION FRF.MlkaE.

Philosophe , amateur de la sageue, c'est-à-dire, de la vérité. Tous les philosophes ont eu ce double caractère , il n'en est aucun daus l'antiquité qui n'ait donné des exemples de vertu aux hommes , et des leçons de vérités morales. Us ont pu se tromper tous sur la physique; mais elle est si peu nécessaire à la conduite de la vie, que les philosophes n'avaient pas besoin d'elle. Il a fallu des siècles pour connaître une partie des lois de la nature. Un jour suffit à un sage pour connaître les devoirs de l'homme.

Le philosophe n'est point enthousiaste, il ne s'érige point en prophète, il ne se dit point inspiré des ainsi je ne mettrai au rang des philosophes ,

( i ) Voytt ', a l'article Fa» atismc , ce qui ert relatif a ta «eh» m de Biord , ë**]nc d'Anned , Contre lauleur.

ui l'ancien Zoroasire , ht Hermès, ni ('ancien Orphée , ni aucun de ces législateurs dont se vantaient les nations de la Chaldée, de la Perse, de la Syrie, de l'Egypte et de la Grèce. Ceux qui < dieux étaient les pères de l'imposture; et, s'ils : virent du mensonge pour enseigner des vérités , ils étaient indignes de les enseigner; Us n'étaient pas philosophes : ils étaient tout au plus de très-prudens menteurs.

Par quelle fatalité, honteuse peut-être pour les peuples occidentaux , faut-il aller au bout de l'orient ' pour trouver un sage simple, sans faste, sans impos- { turc, qui enseignait aux hommes à vivre heureux six 1 cents ans avant notre ère vulgaire , dans un temps où tout le septentrion ignorait l'usage des lettres, et où les Grecs commençaient à p:ine à se distinguer par la sagesse ? Ce sage est Confuciu.* , qui , étant législateur, ne voulut jamais tromper les hommes. Quelle plus belle règle de conduite a t-on jamais donnée depuis lui dans la terre entière ?

« Régler, un état comme vous réglez une famille; on ne peut bien gouverner sa famille qu'en lui donnant l'exemple.

« La vertu doit être commune au laboureur et au monarque.

« Occupe-toi du soin de prévenir les crimes pour diminuer le soin de les punir.

m Sous les bons rois Yao et Xu les Chinois furent bons; sous les mauvais rois Kic et Chu ils furent méchans.

« Fais à autrui comme à toi-même,

« Aime les hommes en général ; mais chéris les gens de bien. Oublie les injures et jamais les bienfaits.

u J'ai vu des hommes incapables de sciences, je n'en ai jamais vu incapables de vertus. »

Avouons qu'il n'est point de législateur qui ait annoncé des vérités plus utiles au genre humain.

Une foule de philosophes grecs enseigna depuis une morale aussi pure. S'ils s'étaient bornés à leurs vains systèmes de physique, on ne prononcerait aujourd'hui leur nom que pour se moquer d'eux. Si on les respecte encore , c'est qu'ils furent justes et qu'ils apprirent aux hommes à l'être.

On ne peut lire certains endroits du Platon , et surtout l'admirable exorde des lois de Zaloucus , sans éprouver dans son cœur l'amour des actions honnêtes et généreuses. Les Romains ont leur Cicéron , qui seul vaut peut-être tous les philosophes de la Grèce. Après lui viennent des hommes encore plus respectables , mais qu'on désespère presque d'imiter ; c'est Epictcte dans l'esclavage, ce sont les Antonin et les Julien sur le tronc.

Quel est le citoyen parmi nous qui se priverait , comme Julien , Antoniu et Marc- Aurèle , de toutes les délicatesses de notre vie molle et efféminée? qui dormirait comme eux sur la dure? qui voudrait s'imposer leur frugalité? qui marcherait comme eux à pied et tête uue à la tête des armées , exposé tantôt à l'ardeur du soleil , tautôt aux frimas? qui commanderait comme eux à toutes ses passions? Il y a parmi

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