‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 426 sur 551 · PLAGIAT · texte numérisé non relu

PLAGIAT

On dit qu'originairement ce mot vient du latin pLzga, et quil signifiait la condamnation au fouet de ceux qui avaient vendu des hommes libres pour des esclaves. Cela n'a rien de commun avec le plagiat des auteurs, lesquels uc vendent point d'hommes , soit esclaves, soit libres. Ils se vendent seulement eiix-nu mes quelquefois pour un peu d argent.

Quaud un auteur vend les pensées d'un autre pour l<-s sicunes, ce larcin s'appello ^Lnf 'utt. On pourrait uppeiler iilnijinirc* tous les compilateurs, tous les i'escurs de dictionnaires, qui uc font qua répéter i tort cl ii travers les opinions , les erreurs, les un postures, les vérités déjà imprimées dans des dictionnaires précédeus; mais ce sont du, moins des plagiaires de bonne foi ; ils ne s'arrogent point le mérite Uc l'invention. Ils ne protendent pa.s même à celui d'avoir déterré chez les anciens les mati naux qu'ils ont assemblés; ils n'ont fait que copier les laborieux compilateurs du seizième siècle. Us vous vendent en iii-quarlo ce que vous aviez déjà en iu-foiio. Appelé* le, si tous voulez, libraires, et uou pas auteurs. Rangez les plutôt dans la classe des fripiers que dan* celle de plagiaires.

Le véritable plagiat est de donner pour vôtres les ouvrage:, d'auirui, de coudre dans vos rapsodics de longs passages d'un bon livre avec quelques petits

changemens. Mats le lecteur éclairé, voyant ce morceau de drap d'or sur uu babit de bure , reconnaît bientôt le voleur maladroit.

Kamsay, qui après avoir été presbytérien daus son village d'Ecosse, ensuite anglican à Londres, puis quaker, et qui persuada enfin au célèbre Féntlou , archevêque de Cambrai, qu'U était catholique, et mémo qu'il avait beaucoup de penchant pour 1 amour pur; Rausay, dis-jc, fil les Voyages de Cyrus, parce que son maître avait f.iil voyager Telémaque. 11 n'y a jusque- la que de l'imitation. Dans ces voyages il copie les phrases, les raisounemen* d'un ancien ameur anglais qui introduit un jeune solitaire disséquaut sa chèvre morte, et remontant à Dieu par sa chèvre. Cela ressemble fort à un plagiat. Mais, en conduisant Cyrus en Egypte, il se sert pour décrite cl' pays singulier, des mêmes expression» umplo} es par l'ossitci ; il le copie mot pour mot sans le citer. Voila un plagiat dans toutes les formes. Ln di mes amis le lui reprochait un jovr; Uamsay lui répondit qu'où pouvait se rencoutrer, et qu'il n'ét;>il pas étonnant qu'il pcus.il comme r'énélon, et qu'il s'c.vpriniat comme Loquet. Cela s'appelle <l;< jin Cuiwjae

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. Le plus singulier de tous les plagiais est peut-être celui du père Lairc, auteur d'uue grande histoire d'Allemagne en dix volumes. On venait d imprimer Ululoirc de Charles XII, et il en prit plus de deux cents pages qu'il inséra dans sou ouvrage. 11 fait dire à uu duc de Lorraine précisément ce que Charles Xil a dit.

Il attribue à l'empereur Arnould ce qui est arrivé au monarque suédois.

Il dit de l'empereur Rodolphe ce qu'on avait dit du roi Stanislas.

Valdeiuar, roi de Dancmarck, fait et dit précisément les mêmes choses que Charles à Bender, etc.

Le plaisant de l'affaire esl qu'un journaliste, voyant cette prodigieuse ressemblance entre ces deux ouvrages, ne manqua pas d'imputer le plagiai à l'auteur de 1 Histoire de Charles XII , qui avait pourtant écrit vingt ans avant le père Carre.

C'est surtout en poésie qu'où se permet sou " eut le plagiat, et c'est assurément de tous les larcins le moins dangereux pour la société.

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