‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 425 sur 551 · DICI · texte numérisé non relu

DICI

Ces paroles sont tirées d'une brochure intitulée le Contrat social, ou iusocial, du peu sociab e Jcan- Jacqucs Rousseau. Il n'est pas étonnant qu'ayant fait des miracles à Venise, il ait Tait des prophéties sur Moscou; mais, comme il sait bien que le l>ou temps des miracles et des prophéties est passe , il doit croire que sa prédiction coulrc la Russie n'est pas aussi infaillible qu'elle lui a paru dans son premier accès. Il est do«\ d'annoncer la chute des grands empires, cela nous console de notre petitesse. Ce sera un beau gain pour la philosophie quand nous verrons incesccssauimcut les Tartarcs Nogais, qui peuvent, je crois, mettre jusqu'à douze mille hommes en campagne , venir subjuguer la Russie , l'Allemagne , l'Italie et la France. Mais je m* flatte que l'empereur de la Chine ne le souffrira pas ; il a déjà accède" à la paix perpétuelle; et, comme il n'a plus de jésuites chez lui, il ne troublera point l'Europe. Jean-Jacques, qui a, comm»; on le croit , le vrai génie , trouve que Pierre le Grand ne l'avait pas.

Un seigneur russe, homme de beaucoup d'esprit , qui s'amuse quelquefois a lire des brochures, se souvint en lisant celle-ci, de quelques vers de Molière , et les cita fort à propos :

il smhle a trois grnlina . dans Kiur petit cerveau, Que . pour être imprime* et relié» en veau , Le* voilà dans l'état d'importante» personne» , Qu'avec leur plume il» font le de»tin de» couronne».

Les Russes, dit Jean -Jacques , ne seront jamais policés. J'en ai vu du moins de très -polis, et qui avaient l'esprit juste, fin, agréable, cultivé, et même conséquent, ce que Jean -Jacques trouvera fort extra on! in a ire.

Comme il est tres-galant, il ne manquera pas de dire qu'ils se sont formés à la cour de l'impératrice Catherine, que son exemple a influé sur eux , mais que cela n'empêche pas qu'il n'ait raison , et que bientôt cet empire sera détruit.

Ce petit bon-homme nous assure, dans un de ses modestes ouvrages, qu'on doit lui dresser une statue. <> m- sera probablement iti a Miwnn, ni a Pr'ers-

s:trtout qu'il a montré nn véritable génie : on ne rem asser. s'étonner de voir Rousseau bu reprocher de t e s'être pas N rné à agnerrir sa nation ; et il fant «vouer que le Russe qui .en 1 700. devina l'influence des lumières sur l'état politique des empires, et tut apercevoir que le plu» grand bien qu'on puisse fair • .m\ hommes. e»l de *u! ititurr des idiV» jurtes *t»x jin'j-ig/s qui K s gouvernent, a eu plu* de génie que le Gcnev?:s <]•:< , en 1 -">.. , a vonlo nous prouver les grands avantages i!e ttgrornorc.

Lorsque Pierre monta sur le tronc, la Ro«i» énit à peu prés an même état que la France, l'Alhmagne <:l l'Angleterre nu onzième siècle, l es Russes ont fait en quatre-vinjçts r,ns. qii • Ici vues de Pierre ont été suivies, pins «le pro-rf» que tu. ut n'en aïolis fait en quatre si.'cles : n'ester pas une pr uve que e s vues n'ét dent pas e lies d'nn homme ordinaire ?

Quant à la prophétie sur les conquêtes ftrtuTfs des Tcrîares, Rousseau aurait dii oljnerver que les barbares n'ont j untiii liati i le» peuples civilisés que lorsque ceux-ri eut négligé la t-tfi ;»<•, et que les peuples uomodrs sont tor.-jours Irnp peu nombres-, p-mr être redoutable* à de grnnd"-* nations qui ont di s armVs. Il e*t difi rer.t de d<:tn'iner un despote potiT se mettre & sa place, de lui impivr nu triîmt après l avoir vaincu . ou de subjuguer un peuple 1rs Romains ro-:quirmt la (iaulc et IT-pn^nc; les cVfs de» <;,„!„ et Hcs r, ncs ne firent que rlusser les Romain» «Tt leur succéder.

bourg qu'on s'empressera de sculpter Jean -Jacques.

Je voudrais, en général, que, lorsqu'on juge les nations du haut de sou grenier, on fut plus honnête et plus circonspect. Tout pauvre diable peut dire ce qu'il lui piait des Athéniens, des Romains , et des anciens Perses. II peut se tromper impunément sur les tribunals, sur les comicos, sur la dictature. 11 peut gouverner en idée deux ou trois mille lieues de pars, tandis qu'il est incapable de gouverner se servante. Il peut dans un romau recevoir un baiser àerc de sa Julie, et conseiller à 1» prince d'epouser la fille d un bourreau. H y a des sottises sans conséquence ; il y en a d'autres qui peuvent avoir des suites fâcheuses.

Les fous de cour étaient fort sensés; ils n'insultaient par leurs bouffonneries que les faibles, et respectaient les puissans; les fous de village sont ■. aujourd'hui plus hardis.

On répondra que Diogéne et l'Arétin ont été tolérés; d'accord : mais une mouche, ayant vu un jour une hirondelle qui, en volant, emportait des toiles d'araignées, en voulut faire autant; elle y fut prise.

SECTIOK II.

Ne peut-on pas dire de ces législateurs qui gouvernent l'univers à deux sous la feuille, et qui de leurs galetas donnent des ordres à tous les rois, ce qu'Homère dit de Calcas?

Ot tic ta conta, la te et*omcna, pro t'eenta.

II connaît le passé, le prisant . l'avenir. C'est dommage que l'auteur du petit paragraphe que nous venons de citer n'ait connu aucun des trois temps dont parle Iloiucre.

« Pierre le Grand , dit-il , n'avait pas le génie qui fait tout de rien. 0 Vraiment, Jean- Jacques, je le crois sans peine, car on prétend que Dieu seul a cette prérogative.

n 11 n'a pas vu que son peuple n'était pas mur pour la police. »

En ce cas, le czar est admirable de l'avoir fait mûrir. Il me semble que cVst Jean-Jacques qui n'a pas vu qu'il fallait se servir d'abord des Allemands et des Anglais pour faire des Russes.

«lia empêché ses sujets de jamais devenir ce qu'ils pourraient être, etc. »>

Cependant ces mêmes Russes sont devenus les vainqueurs des Turcs et des Tartarcs, les conquérons et les législateurs de la Crimée et de vingt peuples différons; leur souveraine a donné des lois a des nations dont le nom même était ignoré eu Europe.

Quant a la prophétie de Jean Jacques, il se peut qu'il ait exalté son àmc jusqu'à lire dans l'avenir; il a tout ce qu'il faut pour être prophète : mais, pour le passé et pour le présent, ou avouera qu'il n'y cutend rien. Je doute que l'antiquité ait rien de comparable à la hardies 3 d'envoyer quatre escadres du fond de la mer Baltique dans les mers de la Grèce, de dominer a la fois sur lit mer M;;i'c et sur le Pont-Euxin, de porter la terre urdan» la Colchidc et aux Dardanelles, de subjuguer a Tauiidc, et de forcer le vizir Awan ,

à s'enfuir des bords du Danube jusqu'aux portes

d'Andrinoplc.

Si Jean-Jacques compte pour ricu tant de grandes actions qui étonnent la terre attentive, il doit du moins avouer qu'il y a quelque générosité dans un comte d'Orlof , qui , apres avoir pris un vaisaenu qui portait toute la famille et tous les trésors d uo tacha, lui renvoya sa famille et ses trésors.

Si les Russes u étaient pas mûrs pour la police du temps de Pierre le Grand, convenons qu'ils sont mûrs aujourd'hui pour la grandeur d'Âme, et que Jean- Jacques n'est pas tout-a-kit mûr pour la vc.Uc et pour le raisonnement.

A l'égard de l'avenir, nous le saurons quand tous «tirons des Ezcchicls, dos Isaîcs, des llabacucs, de» Michées. Mais le temps en est passe; et, m c> ose le dire, il est à craindre qu'il ne revienne plus.

J'avoue que ces monsouges imprime"» sur le temps présent mï'tonnuut toujours. Si on se donne ces libertés dans un siècle où mille volumes, mille gazettes, mille journaux peuvent continuellement vous démentir, quelle foi pourrons-nous avoir eu ces historiens des anciens temps qui recueillaient tous les bruits vagues, qui ne consultaient aucunes archives, qui mettaient par écrit ce qu'Us avaient entendu dira a leurs grand'm ères dans leur enfance, bien sûrs qu'aucun critique ne relèverait leurs fautes?

Nous eûmes long - temps neuf Muses ; la saino critique est la dixième qui est venue bicu tard. Elle n'existait point du temps de Cécrup» , du premier Baccbus , de Sanchoniathon , de '1 haut , de brama, etc., etc ; On écrivait alors impunément tout ce qu'on voulait. 11 faut être aujourd hui un peu plus

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