POURQUOI (LES
Pocxquoi ne fait-on presque jamais la dixième partie du bien qu'on pourrait faire?
11 est clair que , si une nation qu* habite entre les Alpes, les Pyrénées et la mer, avait employé à l'amélioration et à l'embellissement du pays la dixième partie de l'argent qu'elle a perdu dans la guerre de i;4« , cl la moitié des hommes tués inutilement en Allemagne, l'état aurait été plus florissant. Pourquoi ne la-l-on pas fait? pourquoi préférer une guerre que l'Europe regardait comme injuste, aux travaux heureux de la paix, qui auraient produit l'agréable et l'utile?
Pourquoi Louis XTV, gui avait tant de goût .pour
le» grands monumens, pour Tes fondations, pour les beaux-arts, perdit- il huit cents millions de notre monnaie d'aujourd'hui â toit ses cuirassiers et sa maison passer le Rhin à la nage, à ne point prendre Amsterdam, à soulever contre lui presque toute l'Kurepe? que n'aurait-il point fait arec ces huit cents aillions?
Pourquoi , lorsqu'il réforma la jurisprudence , ne fut-elle reformée qu'à moitié? tant d'anciens usages fondes sur les décrétâtes et sur le droit canon , devaient-ils subsister encore ? Ëtait-il nécessaire que, dans tant de causes qu'on appelle ecclésiastique* , et qui au fond sont civiles, on appelât à son évéque, de son évoque au métropolitain, du métropolitain au
.apôtres avaient été autrefois les juges des Gaules en dernier ressort ?
Pourquoi, lorsque Louis XTV Ait outragé par le pape Alcxandro VII, Cbigi, s'amusa -t- il a faire venir un légat en France pour lui faire de frivoles excuses, et à dresser dans Rome une pyramide dont les inscriptions ne regardaient que les archers du guet de Rome? pyramide qu'il fit démolir bientôt après. Ne valait-il pas mieux abolir pour jamais la simonie, par laquelle tout évéque des Gaules et tout abbé paie a la chambre apostolique italienne la moitié de son revenu?
Pourquoi le même monarque, bien plus outragé par Innocent XI, Odescalchi, qui prenait cotilre lui le parti du prince d'Orange, se contenta-t-il de faire soutenir quatre propositions dans ses universités, et se refusa- t-il aux vœux de toute la magistrature, qui sollicitait une rupture éternelle avec la cour romaine?
Pourquoi, en fesaut des lois, oublia-t-on de ranger toutes les provinces du royaume sous une loi uui-
t mues, cent quarante-quatre mesures différentes?
Pourquoi les provinces de ce royaume furcut-elles toujours réputées étrangères l'une à l'autre ; de sorte qae les marchandises de Normandie, transportées par terre en Bretagne, paient des droits comme si elles venaient d'Angleterre?
Pourquoi n'était-il pas permis de vendre en Picardie le blé recueilli en Champagne, s»ns une perinis- ■iofl expresse, comme on obtient à Rome pour trois julcs la permission de lire des livres défendus?
Pourquoi laissait -on si long -temps la France touillée de l'opprobre de la vénalité? U semblait ré- *n é à Louis XV d'abolir cet usage, d acheter le droit de juger les hommes comme on achète une maison do campagne, et de faire payer des épiées à un plaideur comme on fait payer des billets de comtdio à
Pourquoi instituer dans uu royaume les charges et dignités (i) de
Conseillers du roi : Inspecteurs des boissons ,
[t) le rnuijùleur gênerai Poocli«lt»in , Jrpuis chancelier "t u» des ministre* qui out le [.lus employé ce moyen d'obtenit ■if* wconr* ninnirutann : c'est tui qui disait : l.a Providem.- •«Ile su, ee royam™ ; J peint le rr„ etU un* cW,.,
Conseillers du rot : Greffiers des inventaires,
Contrôleurs des amendes , Inspecteurs dos cochons,
a rs de bois à Aides a mouleurs, Empileursde bois, Déchargeurs de bois neuf, Contrôleurs des bois de
Mesureurs de cli.u ,
Cribleurs de grains , Inspecteurs des veaux , Contrôleurs de volaille, Jaugeurs de tonueaux , Essayeurs d'eau-de-vie , Essayeurs de bière, Routeurs de tonneaux, Débardeurs de foin , Piauchéieurs débàclcurs, Auncurs de toiles, Inspecteurs des perruques?
Ces offices, qui font sans doute la prospérité et ta splendeur d'un empire, formaient des communautés nombreuses qui avaieut chacunu leurs syndics. Tout cela fut supprimé en 17 19, mais pour faire place à d'autres de pareille espèce dans la suite des temps.
Ne vaudrait-il pas mieux retrancher tout le faste et tout le luxe de la grandeur, que de les soutenir Misérablement par des moyens si bas et si houleux ?
Pourquoi an royaume réduit souvent aux extrémités et à quelque avilissement , 4 'est-il pourtant soutenu , quelques efforts que l'on ait faits pour l'écraser? c'est que la nation est active et industrieuse. Elle ressemble aux abeilles; on leur preud leur cire et leur miel , et le momeut d'après elles travaillent à en faire d'autres.
Pourquoi, dans la moitié de l'Europe, les Gllus prient-elles Dieu en latiu, qu elles u'entendcul pas ?
Pourquoi presque tous les papes et tous les évêques , au seUième siècle , ayant publiquement tant de bâtards, s'Obstinèrent-Us â proscrire ls mariage des prêtres, taudis que l'église grecque a .ontinuc d'ordonner qae ses curés eussent des fcmraes ?
Pourquoi dans l'antiquité n'y eul-i 1 jamais de que» relie thé o logique , et ce distingua- tn m jamais aucun peuple par un nom de sectes? Les Egyptiens n'étaient point appelés Isiaques , Osiriaques ; les peuples de Syrie n'avaient point le nom de Cybélieu*. Les Crétois avaient une dévotion particulière à Jupiter, et ne s'intitulèrent jamais J-ipitéri»-us. Les anciens Latins étaient fort attachés à Sa'urne , et il n'y eut pas un village du Latium qu'on appelât Saturnien : au contraire , les disciples du Dieu de vérité , prenant le titre de leur maître même, et s appelant oints comme lui, déclarèrent , dès qu'ils le purent , une guerre éternelle à tous les peuples qui n'étaient pas oints, et se firent pendant plus de quatorze cents ans la guerre cotre eus , en prenant les noms d'ariens , de manii.Ucu.< , do donatiites , de hussitc» , de papLtcs , de lu- Oiicas , de calïùiislc*. El même, up dernier lieu , le*
WCnONNAlRE
Jansénistes et les molinistes n'ont point eu de mortification plus cuisante que de n'avoir pu s'égorger en baUille rangée. D'où vient cela ?
Pourquoi un marchand libraire vous vend-il publiquement le Cours d'athéisme du grand poète Lucrèce, imprimé à l'usage du dauphin, fils unique de Louis XW, par les ordres et sous les yeux du sage duc de Moutausier, et de l'éloquent Bossuet , évêque de Meaux, et du savaut Huet, évéque d'Avranchcs? Ccst ià que vous trouvez, ces sublimes impiétés, ces vers admirables contre la Providence et contre l'immortalité de l'àmc , qui passent de Louche en bouche 9 tous les siècles à venir,
Ex nihiio n'thil, in nihUum nïl poue reverti. llieo ne vient do néant, riea a* «'anéantit.
Tangere enim ac tangi niti eorpui nulla poteit rtt. Le corps seul peut toucher et gouverner le cuqw.
Nte benè pro meritis eapitur, nte tangitur ird (Drm). Rien ne peut flatter Dieu, rien me peut l'irriter.
Tanlùm rtlligio potuil tueàert malorum!
C'eat la religion qui produit tous les maux
Desiptr* est mortale ctterno junatre et una Contentirt putart et jungi mutua pont.
Il dut être intenté pour oser joindre ensemble Ce irai dure a jamais , et ce qui doit périr.
NU igitur mort est , ad noi neque pertinet hilum. Cesser d'être n'est riea ; tout meurt avec le corps.
Mortatan (amen eut animam fiteart neettêt ttt. Son , il n'est point d'enfer, et noire ime est mortelle.
lline Acherutia fil Uuliorum deniquè vita. Les vient (bus sodi en proie aux superstitions.
et cent autres vers qui sont le charme de toutes les nations; productions immortelles d'un esprit qui se crut mortel.
Non-seulement on vous vend ces vers latins dans la rue Saint-Jacques et sur le quai des Augustins; mais vous achetez hardiment les traductions faites dans tous les patois dérivés de la tangue latine; traductions ornées de notes savantes qui éclaircissent la doctrine du matérialisme, qui rassemblent toutes les preuves contre la divinité , et qui l'anéantiraient si elle pouvait être détruite. Vous trouver, ce livre relié en marroquin dans la belle bibliothèque d'un grand prince dévot , d'un cardinal , d'un chancelier, d'un archevêque, d'un président à mortier; mais on condamna les dix-huit premiers livres de l'histoire du sage de Thou dès qu'ils parurent. Un pauvre philosophe velche osc-t-il imprimer, en son propre et privé nom, que si les hommes étaient ués sans doigts ils n'auraient jamais pu travailler en tapisserie; aussitôt un autre velche, revêtu pour son argent d'un oui ce de robe, requiert qu'on brûle le livre et l'auteur.
Pourquoi les spectacles sont-ils auathémalisés par certaines gens qui se disent du premier ordre de l'état, tandis que les spectacles sont nécessaires à tous les ordres de l'état, tandis qu'ils sont payés par le souveraiu de l'état , qu'ils contribuent à la gloire de l'état, et que les lois de l'état les maintiennent avec autant de splendeur que de régularité ?
Pourquoi abandonne-t-on au mépris, à l'avilissement, a l'oppression, i la rapine, le grand nombre de ces hommes laborieux et innocens qui cultivent la
terre tous les jours de l'année pour vous en faire nuR' ger tous les fruits; et qu'au contraire on respecte, on ménage, on courtise l'homme inutile et souvent trèsméchant qui ne vit que de leur travail , et qui n'est riche que de leur misère?
Pourquoi, pendant tant de siècles, parmi tant d'hommes qui font croître le blé dont nous sommes nourris, ne s'en trouva-t-il aucun qui découvrit cette erreur ridicule , laquelle enseigne que le blé doit pourir pour germer , et mourir pour renaître ; erreur qui a produit tant d'assertions impertinentes, tant de fausses comparaisons , tant d'opinions ridicules?
Pourquoi les fruit* de la terre étant si nécessaires pour la conservation des hommes et des animaux, voit-on cependaut tant d'années et tant de contrées ou ces fruits manquent absolument ?
Pourquoi la terre est-elle couverte de poisson* dans la moitié de l'A trique et de l'Amérique ?
Pourquoi n'est-il aucun territoire où il n'j ait beaucoup plus d'insectes que d'hommes?
Pourquoi un peu de sécrétion blanchâtre et puante formc-t-elle un être qui aura des os durs, des désirs et des pensées; et pourquoi ces êtres-là se persécuterout-ils toujours les uns les autres?
Pourquoi cxisto-t-il tant de mal, tout étant forme par un Dieu que tous les théistes se sont accordés » nommer bon?
Pourquoi , nous plaignant sans cesse de nos maux . nous occupons-nous toujours à les redoubler?
Pourquoi, étant si misérables, a-t-on iraagim que n'être plus est un grand mal , lorsqu'il est clair que ce n'était pas un mal de n'être point avant sa naissance ?
Pourquoi pleut-il tons les jours dans la mer, tandis que tant de déserts demandent do la pluie , et sont toujours arides?
Pourquoi et comment a-t-on des rêves dans k sommeil , si on n'a point d'âme? et comment ces rêves sont-ils toujours si incohérens, si extravagans, si on
en a une
Pourquoi les astres circulent - ils d'occident ea orient plutôt qu'au contraire?
Pourquoi < chose?