‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 438 sur 551 · PRESBYTÉRIENS · texte numérisé non relu

PRESBYTÉRIENS

La religion anglicane ne règne qu'en Angleterre et eu Irlande; le presbytérianisme ett la religion dominante eu Ecosse. Ce presbytérianisme n'est autre chose que le calvinisme pur, te) qu'il avait été établi en France et qu'il subsiste à Genève. Comme les prêtres de cette secte ne reçoivent de leurs églises que des gages très-médiocres, et que par conséquent ils ne peuvent vivre que dans le même luxe que les évêques, ils ont pris Te parti naturel de crier contre les honneurs où ils ne peuvent atteindre. Figurcx-voux l'orgueilleux Diogèuc qui foulait aux pieds l'orgueil de Platon : les presbytériens d'Ecosse ne ressemblent pas mai à ce fier et gueux raisonneur. Ils traitèrent Charles II avec bien moius d'égards que Diogcne n'avait traité Alexandre ; car , lorsqu'ils prirent les

809 DICTK armes pour lui contre Crorawcll qui les avait trompés, ils firent essuyer à ce pauvre roi quatre sermons par jour; ils lui défendaient de jouer; ils le mettaient en pénitence ; si bien que Charles se lassa bientôt d'être roi de ce» pédans , et s'échappa de leurs mains comme un écolier se saute du collège.

Devant un Jeune et vif bachelier français, criaillant le malin dans les écoles de théologie , le soir chantant avec les dames, un théologien anglican est un Caton ; mais ce Ca'on paraît un galant devant un presbytérien d'Ecosse. Ce dernier afFcctc une démarche grave, un air fâché, un vaste chapeau , un long manteau par-dessus un habit court; prêche du nez, et donne le nom de prostituée de Babylone à toutes les églises où quelques ecclésiastiques sont assez heureux pour avoir cinouante mille livres de rente , et où le peuple est assez bon pour le souffrir, et pour les appeler monseigneur, votre arendeur et rofre émi~ nence. Ces messieurs, qui ont aussi qnclqnes églises eu Angleterre, ont mis les airs graves et sévères à la mode en ce pays. Cest à eux qu'on doit la sanctification du dimanche dans les trois royaumes. Il est défendu ce jour la de travailler et de se divertir; ce qui est le double de la sévérité des églises catholiques. Point d'opéra , point de comédie, point de concert à Londres le dimanche; les cartes nrème y sont si expressément défendues, qu'il n'y a que les personnes de qualité, et ce qu'on appelle les honnîtes gens, qui jouent ce jour-là : le reste de la nation va au sermon , au cabaret, et chez des filles de joie.

Quoique la secte épiscopalc et la presbytérienne soient les deux domiuantes dans la Grande-Bretagne, toutes les autres y sont bien venues, et vivent assez bien ensemble, pendant que la plupart de leurs prédicats se détestent réciproquement, avec presqu'autant de cordialité qu'un janséniste damne un jésuite.

Entre/, dans la bourse de Londres, cette place plus respectable que bien des cours, dans laquelle s'assemblent les députés de toutes tes nation* pour l'utilité des hommes : là , le Juif, le mahométan et le chrétien traitent l'un avec l'autrs comme s'ils étaient de la même religion , et ne donnent le ncm d'infidèles qu'à ceux qui font banqueroute. Là le presbytérien se fie à l'anabaptiste, et l'auglican reçoit la promesse du quaker. Au sortir de ces pacifiques et libres assemblées, les uns vont à la synagogue, les autres vont boire ; celui-ci va se faire baptiser dans une grande cuve au nom du Père, par le Fils, au Saint-Esprit; celui-là fait couper le prtpuce de son fils, et fait marmoter sur l'enfant des paroles hébraïques qu'il n'entend point ; les autres vont dans leur église attendre l'inspiration de Dieu, leur chapeau sur la tête : et tous sont contens.

S'il n'y avait en Angleterre qu'une religion , son despotisme serait à craindre; s'il n'y en avait que deux, elles se couperaient la gorge : mais il y en a trente, elles vivent en pan et heureuses.

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