‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 440 sur 551 · PRÊTRES · texte numérisé non relu

PRÊTRES

Les prêtres sont dans un état à peu près ce que sont les précepteurs dans les maisons des citoyens , faits pour enseigner, prier, donucr l'exemple; ils iki peuvent avoir aucune autorité sur les maîtres de la maison, à moins qu'on ne prouve que celui qui doun«

des gages doit obéir à celui qui les reçoit. De toutes les religions, celle qui exclut le plus positivement les prêtres de toute autorité* civile, c'est sans contredit celle de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César.

H n'y aura parmi vous ni premier ni dernier. —

Mon royaume n'est point de ce momie. »

Les querelles de l'empire et du sacerdoce, qui ont ensanglanté l'Europe pendant plus de six siècles, n'ont donc été de la part des prêtres que des rébellions contre Dieu et les hommes, et un péché continuel contre le Saint-Esprit.

Depuis Calcas, qui assassina la fille d'Agamemnon, jusqu'à Grégoire XII cl Sixte V, deux évêques de Rome qui voulurent priver le grand Henri IV du royaume de France , la puissance sacerdotale a été fatale au monde.

Prière n'est pas dominatiou ; exhortation n'est pas despotisme. Un bon prêtre doit être le médecin des âmes. Si Hippocralc avait ordonné à ses malades de prendre de l'ellébore sous peine d'être pendus, Hippocratc aurait été plus fou et plus barbare que Phalaris, et il aurait eu peu de pratiques. Quand un prêtre dit : Adorez Dieu, soyez juste, indulgent, compatissant , c'est alors un très-bon médecin. Quand il dit : Croyez-moi , ou vous serez brûlé , c'est un assassin.

Le magistrat doit soutenir cl contenir le prêtre, comme le père de famille doit douncr de la considération au précepteur de ses enfans et empêcher qu'il n'en abuse. L'accord du sacerdoce el de l'empire est 1« système le plus monstrueux ; car, dès qu'on chercha cet accord, on suppose nécessairement la division; il faut dire, la protection donnée par l'empire au sacerdoce.

Mais dans Tes pays où le sacerdoce a obtenu l'empire , comme dans Salem , où Melchisédcch était prêtre et roi ; comme dans le Japon, où le daîri a été si long-temps empereur, comment faut-il foire ? Je réponds que les successeurs de Melchisédcch et des dairi* ont été dépossédés.

Les Turcs sont sages en ce point. Us font à la vérité le voyage de la Mecque; mais ils ne permettent pas au shérif de la Mecque d'excommunier le sultan. Us ne vont point acheter à la Mecque la permission de ne pas observer le ramadan, et celle d'épouser leurs cousines ou leurs nièces ; ils ne sont point jug^s par des imans que le shérif délègue; ils ne paient point la première année de leur revenu au shérif. Que de choses à dire sur tout cela! Lecteur, c'est à vous de les dire vous-même.

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