‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 441 sur 551 · PRÊTRES DES PAÏENS · texte numérisé non relu

PRÊTRES DES PAÏENS

Don Navarctte, dans une de ses lettres à don ïuan d'Autriche, rapporte ce discours du dalai-lama à son conseil privé.

« Mes vénérables frères, vous et moi nous savons très-bien que je ne suis pas immortel; mais il est bon que les peuples le croient. Les Tarlarcs du grand et du petit Thibet sont un peuple de col raide et dt lumières courtes, qui ont besoin d'uu joug pesant et de grosses erreurs. Pcrsuadcz-lcur bien mou immortalité dont la gloire rejaillit sur vous, et qui vous procure honneurs cl richesses.

« Quand le temps viendra où les Tartares seront plus éclairés, on pourra leur avouer alors que les grands lamas ne sont point immortels, mais que leurs prédécesseurs l'ont été; et que ce qui était nécessaire pour la fondation de ce divin édifice, ne l'est plus quand l'édiGcc est affermi sur un fondement inébranlable

a J'ai eu d'abord quelque peine à (aire distribuer aux vassaux de mou empire les agrémens de ma chaise percée, proprement enchâssés dans des cristaux orués de cuivre doré; mais ces monumens ont élé reçus avec tant de respect, qu'il a fallu continuer cet usage, lequel après tout ne répugne en ricu aux bonnes mœurs, et qui fait entrer beaucoup d'argent dans notre trésor sacré.

u Si jamais quelque raisonneur impie persuade au peuple que notre derrière n'est pas aussi divin que notre tête; si ou se révolte contre nos reliques, vous en soutiendrez la valeur autant que vous le pourrez.

« Et, si vous êtes forcés enfin d'abandonner la sainteté de notre cul, vous conserverez toujours dans l'esprit des raisonneurs le profond respect qu'on doit à notre cervelle, ainsi que dans un traité avec lesMongulcs nous avons cédé une mauvaise province pour être possesseurs paisibles des autres.

« Taut que uos Tartares du grand et du petit Thibet ne sauront ni lire ni écrire, Uni quils seront grossiers et dévots, vous pourrez prendre hardiment leur argent, coucher avec leurs femmes et avec leurs GUes, et les menacer de la colère du dieu Fo s'il* osent se plaindre.

« Lorsque le temps de raisonner sera arrivé ( car enfin il faut bien qu'un jour les hommes raisonnent), vous prendrez alors une conduite tout opposée, et vous direz le contraire de ce que vos prédécesseurs ont dit; car vous devez changer de bride à mesura que les chevaux deviennent plus difficiles à gouverner. Il faudra que votre extérieur soit plus grave, vos intrigues plus mystérieuses, vos secrets mieux gardés, vos sophismes plus éblouissans, votre politique plus fine. Vous êtes alors les pilotes d'un vaisseau qui fait eau de tous côtés. Ayez sous vous des subalternes qui soient continuellement occupés à pomper, à calfater, à boucher tous les trous. Vous voguerez avec plus de peine; mais-enfin vous voguerez, et vous jetterez dans l'eau ou dans le feu, sclou qu'il conviendra le mieux, tous ceux qui voudront examiner si vous avez bien radoubé le vaisseau.

« Si les incrédules sont ou le prince des Kalkas, ou le conleish dcsRalmouks, ou un prince de Casan, ou tel autre grand seigneur qui ait malheureusement trop d'esprit, gardez-vous bien de prendre querelle avec eux. Rcspcclcz-lcs, dites-leur toujours que vous espérez qu'ils rentreront dans la bonne voie. Mais, pour les simples citoyens, ne les épargnez jamais; plus ils scrout gens de bien, plus vous devez travailler à les exterminer; car ce sont les gens d'honneur qui sont les plus dangereux pour vous.

a Vous aurez la simplicité de la colombe, la prudence du serpent, el la griffe du lion , selon les lieux et selon les temps. »>

Le dalai-lama avait à peine prononcé ces paroles,

que la terre trembla, lea éclaira coururent d'-ttn pôle à l'autre, le tonnerre gronda, une to>c céleste se fit entendre : adorez dieu et non le grand-lama.

Tou* les petits lamas soutinrent que la voix avait dit : Adorez Dieu et le grand-lama. On le crut longtemps dans le royaume du Thibet; et maintenant on ne le croit plus.

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