SŒUR PES5UE
Quoi! vous croyez que Dieu fasse si peu de cas de sœur Fessuc ?
LE MÉTAPHYSICIEN
Je suis fâché de vous dire que voua n'êtes comme moi qu'un petit chaînon imperceptible de la chaîne infinie; que vos organes, ceux de votre moineau et
(i } C s deux dmikie» loi» seraient injustes. Mais m on roulait •'opposer i I* trop graude inégalité de ridmi, « <p. n'eût ni osseï de courage, m wt» politique a». ci crlaârée pouabolir absolument la substitutions et le* droit» d'aiec*** , en pourrait restreindre or privilège aux Ëe& possédé* par la no bleue aiH-ienii* ou titrée. Ce serait du moins agir i
é, «el
les miens sont destinés à subsister nn nombre i miné de minutes dans ce faubourg de Paris.
SŒUR FESSUE. S'il est ainsi , fêtais prédestinée à dire un nombre déterminé à' Av'c Maria.
LE MÉTAPHYSICIEN
Oui; mais ils u'ont pas forcé Dieu à prolonger la vie de votre moineau au delà de son terme. La constitution du monde portait que dans ce couvent, à une certaine heure, vous prononceriez, comme un perroquet ccrlaiucs paroles dans une certaine langue que vous n'entendez point; que cet oiseau, né comme vous par l'action irrésistible des Icis générales, ayant été malade, se porterait mieux; que \ous vous imagineriez, l'avoir guéri avec des paroles, et cjuc nous aurions ensemble cette conversation.
SŒUR FESSUE.
Monsieur, ce discours seul l'hérésie. Mon confesseur, le révérend père de Mcnou, en inférera que vous ne croyez pas à la Providence.
LE MÉTAPHYSICIEN
Je crois la Providence générale, ma chère soeur, celle dont est émanée de toute éternité la loi qui règlo toute chose, comme la lumière jaillit du soleil ; mais je ne crois point qu'une Providence particulière change l'économie du monde pour votre moineau ou pour votre chat.
SŒUR FESSUE.
Mais pourtant, si mou confesseur vous dit, comme il me l'a dit à moi , que Dieu change tous les jours ses volontés en faveur des «mes dévotes?
LE MÉTAPHYSICIEN
11 me dira la plus plate bêtise qu'un confesseur de Jtlllcs puisse dire à un nomme qui pense.
SŒUR FESSUE.
Mon coufesscur une bétc ! sainte Vierge Marie !
LE MÉTAPHYSICIEN
Je ne dis pas cela; je dis qu'il ne pourrait justifier que par une bêtise énorme les faux principes qu'il vous a insinués, peut - être fort aikoitemcut, pour
S04U& FESSUE.
Ouais! j'y penserai; cela mérite réflexion. PUISSANCE, TOUTE -PUISSANCE.
Je suppose que celui qui lira cet article est convaincu que co monde est formé avec intelligence, el qu'un peu d'astronomie et d'anatomie suffisent pour faire admirer cette intelligence universelle et suprême.
Encore une fois, Mens agitât mofent. (Virgile Su. ^,7*7.)
Peut -il savoir par lui-même si cette intelligence est tonte -puissante, c'est- a-dire, infiniment puissante ? A-t-il la moindre notion de 1 infini , pour comprendre ce que o'est qu'une puissance infinie?
Le célèbre historien philosophe David Hume dit («) : « Un poids de dix onces est enlevé dans la balance par on autre poids; donc cet autre poids est
(é) Varticular provîâtnct, pag* 35o.
de plus de dix onces; mais on ne peut apporter de raison pourquoi il doit être de cent. »
On peut dire de même : Tu reconnais une intelligence suprême assez forte pour te former, pour te conserver un temps limité , pour te récompenser , pour te punir. En sais-tu assez pour te démontrer qu'elle peut davantage?
Comment peux-tu te prouver par ta raison que cet être peut plus qu'il n'a fait?
La vie de tous les animaux c>t courte. Pouvait-il la faire plus longue ?
Tous les animaux sont la pâture les uns des autres sans exception : tout naît pour Otre dévoré. Pouvaitil former sans détruire?
Tu ignores quelle est sa nature. Tu ne peux donc savoir si sa nature ne l'a pas forcé de ne faire que les choses qu'il a faites.
Ce globe n'est qu'un vaste champ de destruction et de caruage. Ou le grand Être a pu en faire une demeure éternelle de délices pour tous les êtres sensibles, ou il ne l'a pas pu. S'il l'a pu et s'il ne l'a pas fail,crainsdc le regarder comme malfesant; mais, s'il ne Ta pu , ne crains point de le regarder comme un* puissance très -grande, circonscrite par sa nature daus ses limites.
Qu'elle soit infinie ou non , cela ne t'importe. H est indifférent à un sujet que son maître possède cinq cents lieues de terrain ou cinq mille, il n'en est ni plus ni moins sujet.
Lequel serait plus injurieux à cet Être ineffable de dire : Il a fait des malheureux saus pouvoir s'en dispenser, ou il les a faits pour son plaisir?
Plusieurs sectes le représentent comme cruel ; d'autres, de peur d'admettre, un Dieu méchant, ont l'audace de nier son existence. Ne vaut-il pas mieux dire que probablement la nécessité de sa nature et celle des choses ont tout déterminé?
Le monde est le théâtre du mal moral et du mal physique; on tic le sent que trop : et le Tout est bien de Sbaftcsbury, de bolingbrokc et de Pope, n'est qu'un paradoxe de bel esprit, une mauvaise plaisanterie.
Les deux principes de Zoroastrc et de Manès, tant ressassés par Bayle, sont une plaisanterie plus mauvaise encore. Ce sont , comme on l'a déjà observé , les deux médecins de Molière, dont l'un dit à 1 autre: Passez-moi fcuié-tiquc, et je vous passerai la saignée. Le manichéisme est absurde ; et voilà pourquoi il a eu un si grand parti.
J'avoue que je n'ai point été éclairé par tout ce que dit Bayle sur les mauichéens et sur les pauliciens. C'est de la controverse ; j'aurais voulu de la pure philosophie. Pourquoi parler de nos mystères à Zoroastrc? Dès que vous osez traite:- nos mystères , qui ne veulent que de la foi et non du raisonnement, vous vous ouvrez des précipices.
Le fatras de notre théologie seolastiqitc n'a rien à faire avec le fatras des rêveries de Zoroastrc.
Pourquoi discuter avec Zoroastrc le péché originel? il n'en a jamais été question que du temps de
saint Augustin. Zoroastre, ni aucun législateur «le l'antiquité n'en avait entendu parler.
Si vous disputez avec Zoroastre, mettez sous la clef l'ancien et le nouveau Testament qu'il ne connaissait pas , et qu'il faut révérer sans vouloir les expliquer.
Quaurais-jc donc dit à Zoroastre? ma raison ne peut admettre deux dieux qui se combattent , cela n'est bon que dans un poëmc où Minerve se querelle avecMars. Ma fiiiblcraisoncst bien plus couleutcd'un seul grand Rire, dont 1 essence était de faire, et qui a fait tout ec que sa nature lui a permis, qu'elle n'est satisfaite de deux grands Êtres, dont l'uu gâte tous les ouvrages de l'autre. Votre mauvais principe Arimane u'a pu déranger une seule des lois astronomiques et physiques du bon principe Oromasc; tout marche avec la plus grande régularité dans les cicux. Pourquoi le méchant Arimane n'aurait-il eu de puissance que sur ce petit globe de la terre?
Si j'avais été Arimane, j'aurais attaqué Oromasc dans ses belles et grandes provinces de tant de soleils et d'étoiles. Je ne me serais pas Lomé à lui faire la guerre dans un petit village.
Il y a beaucoup de mal dans ce village : mais d'o à savons-nous que ce mal n'élait pas inévitable?
Vous êtes forcé d'admettre une intelligence répandue dans l'uuivers; mais I". savez -vous, par exemple , si cette puissance s'étend jusqu'à prévoir l'avenir ? Vous l'avez assure mille fois ; mais vous n'avoz jamais pu ni le prouver , ni le comprendre. Vous ne pouvez savoir comment un être quelconque voit ce qui n'est pas. Or, l'avenir n'est pas; donc nul être ne peut le voir. Vous vous réduisez a dire qu'il prévoit; mais prévoir, c'est conjecturer (fc).
Or un Dieu qui, scion vous, conjecture, peut se tromper. 11 s'est réellement trompé dans votre système; car, s'il avait prévu que son cnucnii empoisonnerait ici-bas toutes ses œuvres, il ne les aurait pas produites; il ne se serait pas préparc lui-même la honte d'être continuellement vaincu.
a°. Ne lui fius-jc pas bien plus d honucur en disant qu'il a f.ùt tout par la nécessité de sa nature , que vous ne lui en faites en lui suscitant un ennemi qui défigure, qui souille, qui détruit ici-bas toutes ses œuvres ?
3°. Ce n'est point avoir de Dieu une idée indigne , . que de dire qu'ayant formé des milliards de mondes où la mort et le mal n'habitent point, il a fallu que le mal et la mort habitassent dans colui-ci.
4". Ce n'est poiut rabaisser Dieu que de dire qu'il ne pouvait former 1 homme sans lui donuer de l'amour-propre ; que cet amour propre ne pouvait le conduire sans l'égarer presque toujours; que ses passions sont nécessaires, mais qu'elles sont funestes; que la propagation ne peut s'exécuter sans désirs ; que ces désirs ne peuvent auimer l'homme sans querelles ; que ces querelles amenait nécessairement des guerres, etc.
5*. En voyant une partie des combinaisons du regne végétal, animal et minéral, et ce globe percé
(*) C'est le i
partout comme un crible , d'où tant d'exhalaisons s'échappent en foule, quel sera le philosophe assez hardi ou le scolastique assez imbécile pour voir clairement que la nature pouvait arrêter les effets des volcans , les intempéries de l'atmosphère , la violence des vents, les pestes, et tous les fléaux destructeurs?
G". Il faut être bien puissant, bien fort, bien industrieux, pour avoir formé des lions qui dévorent des taureaux, et produit des hommes qui inventent des armes pour tuer d'un seul coup, non-seulement les taureaux et les lions, mais encore pour se tuer les uns les autres. 11 faut être très-puissant pour avoir fait ua itre des araignées qui tendent des filets pour prendre des mouches ; mais ce n'est pas être tout-puissant , infiniment puissant.
y. Si le grand Être avait été infiniment puissant, il n y a nulle raison pour laquelle il n'aurait pas fait les animaux scusibles infiniment heureux ; iî ne l'a pas fait, donc il ne l'a pas pu.
8". Toutes les sectes des philosophes ont éeboté contre l'écucil du mal physique et moral. 11 ne r sle que d'avouer que Dieu, ayant agi pour le mieux, u'a pu agir mieux.
9*. Cette nécessité tranche toutes les difficultés et finit toutes les disputes. Nous n'avons pas le front de dire, tout est bien; nous disons, tout est le moins mal qu'il se pouvait.
io\ Pourquoi un enfant meurt-il souvent dans le st'iu de sa meru? Pourquoi un autre, ayant eu le malheur de naître , est-il réservé à des tourmens aussi longs i|uc sa vie , terminés par une mort affreuse ?
Pourquoi la source de la vie a-t-clle été empoisonnée daus toute la terre depuis la découverte de l'Amérique? Pourquoi, depuis le septième siècle de notre ère vulgaire , la pciitc-vérolc emporte-t-elle la huitième partie du genre humain? Pourquoi de tout temps les vessies ont-elles été sujettes a être des carrières de pierres? Pourquoi la peste , la guerre, la famine et l'inquisition? Tournez-vous de tous les sens, vons ne trouverez d'autre solution, sinon que tout a été nécessaire.
Je parle ici aux seuls philosophes et non pas aux théologiens. l^ous savons que la foi est le fil du labyrinthe. Nous savons bien que la chute d'Adam et d'Eve, le péché originel , la puissance immense donnée aux diables, la prédilection accordée par le grand Être au peuple juif, et le baptême substitué à l'amputation du prépuce, sont les réponses qui éclaircissent UmL Nous u avons argumenté que contre Zoroastre et non contre l'université de Conimbre ou Coimbic, à laquelle nous nous soumettonsdans nosarticlcs. (Voyez les Lettres de Mcmmius à Cicéron, et répondez,- y, si vous pouvez.)