‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 463 sur 551 · RELIQUES · texte numérisé non relu

RELIQUES

Op. désigne par ce nom les restes ou les partie»

restantes du corps ou des habits d'une personne mis* après sa mort, par l'église, au nombre des bienheureux.

1) est clair que Jésus n'a condamné que l'hypocrisie des Juifs, en disant («) : Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes et ornez les monumens des justes ! Aussi les chrétiens orthodoxes ont uue égale vénération pour les reliques et pour les images des saints; et même je ne sais quel uoettur, nommé Henri, ayant osé dire que, quand tis os ou autres reliques sont changés en vers, il ne t««.i pas adorer ces vers, le jésuite \asquc7. (") décida que l'opinion de Henri est absurde et vainc : car 11 n'importe de quelle manière se fasse la corruption. Par conséquent, dit-il, nous pouvons adorer les reliques tant sous la forme de vers que sous la forme de cendres.

Quoi qu'il en soit, saint Cyrille d'Alexandrie (<) avoue que lorigiuc des reliques est païenne, et voici la description que fait de leur culte Théodoret, qui vivait au commencement de l'ère chrétienne. On court aux temples des martyrs, dit ce savant évéque (il , pour leur demander les nus la conservation de leur santé, les autres la guérison de leurs maladies, et les femmes stériles la fécondité. Après avoi>- obtenu deseufaus, ces femmes en demaudent la conservation. Ceux qui entreprennent des voyages, conjurent le* martyrs de les accompagner et de les conduire. Lors-

fa) Matthieu, clup. XXIII., v. aj».

(») Ii*. U, de l'Adoration. Onu. 1U , cfcap. VIII.

Jcj Liv. X, contre Julien. — (Jj Question 5 1 iur l'Exode.

PH1LOS0PHIQUI,

qu'il» sont de rutour, iti tout leur témoigner letu reconnaissance. Ils ue les adorent pas comme des «taux; mois il» le» honorent comme de» hommes divins^ et les conjurent d'être leursintercesseurs.

Les offrandes qui sont appendues dans leurs temples sont de» preuves publiques que eeox qui ont demande avec foi ont obtenu l'accomplissement de leurs vœux et la guéri son de leur» maladies. Les uns y appendent des yeux , les autres des pieds, les autres des mains d'or et d'argent. Ces monumens publient la vertu de ceux qui sont ensevelis dans ces tombeaux, comme leur vertu publie que le Dieu pour lequel ils ont souffert est le vrai Dieu; aussi les chrétiens ont-ils soin de donnera leur» enfàns les noms des martyrs, afin de les mettre en sûreté1 sons leur protection.

Enfin Théodore* ajoute que les temples des dteUx ont été démolis, et que les matériaux ont servi a' la construction des temples des martyrs : car le Seigneur, dit-il aux païens, a substitue" ses mort» à vos dieux; il a fait voir la vanité de ceox-ci, et a transféré ans autres les honneurs qu'on rendait aux premier». Ces* de quoi se plaint amèrement le fameux sophiste de Sardes, en déplorant la ruine du temple de Sérapis à Canope, qui Art démoli par ordre de l'empereur Théodosc I, l'an 38g.

Des pens, dit Eunapius, qui n'avaient jamais en*tendu parler de la guerre , se trouvèreut pourtant fort vaillans contre le» pierres de ee temple, et ptïricipalemeut contre les riches offrandes' dont il' était rempli. Ou donna oc s lieux saints à de» moines, gens infâmes et inutiles, qui, pourvu qu'ils eussent un habit noir et malpropre, prenaient une autorité tyran nique sur l'esprit des peuples; et, à la place des dieux que l'on voyait par les lumières de la raison , ces moines donnaient à adorer des têtes de brigands punis pour leur* crimes, qu'on avait salées pour les conserver.

Le peuple est superstitieux , et c'est par la superstition qu'on l'enchaine. Les miracles forgés au sujet des reliques devinrent un aimant qui attirait de toutes parts des richesses dans les églises. La fourberie et la crédulité avaient été portées si loin, que, dès l'an 386 , le même Théodosc fut obligé de faire une lot par laquelle il défendait de transporter d'un lieu dans un autre les corps ensevelis, de séparer les reliques de chaque martyr, et d'en trafiquer.

Pendant les trois premiers siècles du christianisme , on s'était contenté de célébrer le jour de la mort des martyrs , qu'on appelait leur jour natal , en Rassemblant dans les cimetières où reposaient leurs corps pour prier pour eux , comme nous l'avons remarqué à l'article Mr^e. On ne pensait point alors qn'avec le temps les chrétiens dussent leur élever des temples , transporter leurs cendres et leurs os d'un lien dans un autre, les montrer dans des chasses, et enfin en faire un trafic qui excitât l'avarice a remplir te monde de reliques supposées.

Mais le troisii me concile de Carthage, tenu l'an 397, ayant inséré dans le canon des Ecritures l'Apocalypse de saint Jean, dont l'authenticité jusqu'alors avait été coutestée, ce passage du chapitre VI : « Je vis sous les autels les ames de ceux qui iraient été

tués pour la parole de Dieu, autorisa la coutume d'avoir des reliques de martyrs sous les autels ; et eétte pratique fut bientôt regardée cOmmc si essentielle, que saint Ambroise, malgré les instances du peuple, ne voulut pas consacrer une église où il n'y eu avait point; et l'an 69a, le concile de Constant inople, in Trullo , ordouna même de démolir tous les autels sous lesquels il ne se trouverait point de reliques. Tlh autre concile de Carthage, au contraire, avait ordonné, l'an 4o 1, aux évéques de faire abattre les autels qu'on voyait élever partout dans les champs et sur les grands chemins en l'honneur des martyrs, dont on déterrait ça et là de prétendues reliques, sur des songes et de vaines révélations de toutes sortes de gens.

Saint Augustin (e) rapporte que, vers fan 4 '5, Lucien , prêtre et curé d'un bourg nommé Caphargamata, distant de quelque? milles de Jérusalem , vit eti songe jusqu'à trois fois le docteur Gamalicl , qui lui déclara que son corps, ceux d'Abibas sou fils, de saint Etienne et de Nicodème, étaient enterrés dan» un endroit de sa paroisse qu'il lui indiqua. Il lui commanda de leur part et de la sienne de uc les pas laisser plus long-temps dans le tombeau négligé où ils étaient depuis quelques siècles, cl d'aller dire à Jean, évoque de Jérusalem, de venir les en tirer incessamment , s'il voulait prévenir les malheurs dont le monde était menacé. Gamalicl ajouta que cett» translation devait se faire sous l'épiscopat de Jean, qui mourut environ un an après. L'ordre du ciel était que le corps de saint Etienne fût transporté à Jérusalem.

Lucien ou entendit mal ou fut malheureux ; il fit creuser et ne trouva rien : ce qui obligea le docteur juif d'apparaître à un moine fort simple et fort innocent , et de lui marquer plus précisément l'endroit où reposaient les sacrées reliques. Lucien y trouva le trésor qu'il cherchait , selon la révélation que Dieu lui en avait faite. Il y avait dans ce tombeau une pierre où était gravé le mot de (fielirl , qui signifie couronne en hébreu, comme Strpti iiuh en grec. A l'ouverture du cercueil d'Etienne la terre trembla ; on sentit une odeur excellente, et un g» and nombre de malades furent guéris. Le corps du saint était réduit en cendres, hormis les os que l'on transporta à Jérusalem*, et que l'on mit dans l'église de S:on. A la même heure il survint une grande pluie; au lieu qu'il y avait en jusqu'alors une extrême sécheresse.

Avite, prêtre espagnol , qui était alors en orient, traduisit en latin celte histoire que Lucien avait écrite en grec. Comme l'Espagnol étaitami de Lucien, il en obtint une petite portion de? cendres du saint, quelques os pleins d'une onction qui était la preuve visible de leur sainteté, surpassant les parfums nouvellement faits et les odeurs les plus agréables. Ce* reliques, apportées par Orosc dans l ilc de Minorqu^, y convertirent en huit jour» cinq cent quarante Juifs.

On fut ensuite informé par diverses visions, qit . des moines d'Egypte avaient des reliques de sain! - Etienne, que des inconnus y avaient portées. Comnip

(•) CM de Dieu, liv. XXII, dSop. Vllf-

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