‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 464 sur 551 · DICTION .\ A IRE · texte numérisé non relu

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les moines n'étant pas prêtres alors, n'avaient point encore d'églises en propre, on alla prendre ce trésor pour le transporter dans une église qui était près d'Usalc. Aussitôt quelques personnes virent au-dessus de l'église tuic étoile qui semblait venir au-devant du saint martyr. Ces reliques ne restèrent pas long-temps dans cette église; l'évèquc d'Usale, trouvant à propos d'en enrichir la sienne , alla les prendre et les transporta, assis sur uu char, accompagné de beaucoup de peuple, qui chantait les louanges de Dieu , et d'un grand nombre de cierges et de luminaires.

Ainsi les reliques furent portées dans uu lieu élevé de l'église, et placées sur un trône orné de tentures. On les mit ensuite sur un carreau ou sur uu petit lit dans un lieu fermé à clef, auquel ou avait laissé une petite fenêtre, afin que l'on pût y faire toucher des Hngcs qui servaient à guérir divers maux. Un peu de poussière ramassée sur la châsse guérit tout d'un coup an paralytique. Des fleurs qu'on avait présentées au saint, appliquées sur les yeux d'un aveugle lui rendirent la vue. Il y eut même sept ou huit morts de ressuscités.

Saint Augustin (;), qui tâche de justifier ce culte en le distinguant de celui d'adoration qui n'est dit qu'à Dieu seul, est obligé de convenir («/) qu'il connaît lui-même plusieurs chrétiens qui adorent les sépulcres et les images. J'en connais plusieurs , ajoute ce saint, qui boivent avec les plus grands excès sur les tombeaux, et qui, donnaut des festins aux cadavres, •'ensevelissent eux-mêmes sur ceux qui sont ensevelis.

En effet, sortant tout fraîchement du paganisme, et ravis de trouver dans l'église chrétienne, quoique sons d'autres noms, des hommes déifiés, les peuples les houoraient tout comme ils avaient honoré leurs faux dieux ; et ce serait vouloir se tromper grossièrement, que de juger des idées et des pratiques de la populace par celles des évêques éclairés et des philosophes. On sait que les sages, parmi les païens, fesaient les mêmes distinctions que nos saints évêques. Il faut, disait Hiéroclcs (A), reconnaître et servir les dieux , de sorte que l'an ait grand soin de les bien distinguer du Dieu : iprémt , qui est leur auteur et leur père. Il ne faut pas aou plus trop exalter leur dignité. Et enfin le culte qu'on leur rend doit se rapporter à leur unique créateur, que vous pouvez nommer proprement le dieu des dieux , parce qu'il est le maître de tous et le plus excellent de tous. Porphyre (i), qui comme saint Paul (A), qualifie le Oicu suprême, de Dieu qui est au-dessus de toute; choses, ajoute qu'on ne doit lui sacrifier ricu de sensible, rien de matériel, parce qu'étant un esprit pur, tout ce qui est matériel est impur pour lui. Il ne peut être dignement honoré que par la pensée et les sentimens d'une «me qui n'est souillée d'aucune passion - vicieuse.

(F) Contre Fau*le, liv. XX , rhap. IV.

(j) De» Manu* de iVgtitt, cltap. XXXIX. (A) Sot Ici ver» do PrtLagore . page i O. (i) De l'alMtinenec, liv. Il, an. XXXIV. [Js) Kpitrc aux Komaiia, chap. IX, v. 5.

En un mot , saint Augustin (/) , en déclarant avec naïveté qu'il n'ose parler librement sur plusieurs semblables abus, pour ne pas donner occasion de scandale à des personnes pieuses ou a des brouillons, fait assez voir que les évêques usaient avec les pour les convertir, de la même connivence que ! Grégoire recommandait deux siècles après pour convertir l'Angleterre. Ce pape, consulté par le moine Augustin sur quelques .estes de cérémonies, moitié civiles, moitié païennes, auxquelles les Anglais, nouveaux convertis, ne voulaient pas renoncer, lai répondit : On n ote point à des esprits durs toutes leurs habitudes à la fois; on n'arrive point sur on rocher escarpé en y sautant, mais en s'y traînant pas à pas.

La réponse du même pape à Constantine, fille de l'empereur Tibère Coustaulin et épouse de Maurice, qui lui demaudail la tête de saint Paul, pour mettre dans un temple qu'elle avait bâti » l'honneur de cet apôtre , n'est pas moius remarquable. Saint Grégoire (m) mande à cette princesse que les corps des saints brillent de tant de miracles, qu'on n'ose même approcher de leurs tombeaux pour y prier sans être saisi de frayeur. Que son prédécesseur (Pélage U), ayant voulu ôter de l'argent qui était sur le tombeau de saint Pierre pour le mettre à la distance de quatre pieds, il lui apparut des signes épouvantables. Que lui Grégoire, voulant faire quelques réparations au monument de saint Paul, comme il fallait creuser nn peu avant , et celui qui avait la garde du lieu , ayant eu la hardiesse de lever des os qui ne touchaient pas au tombeau de l'apôtre, pour les transporter ailleurs , il lui apparut aussi des signes terribles, et il mourut sur-le-champ. Que son prédécesseur, ayant voulu aussi faire des réparatious au tombeau de saint Laurent , on découvrit imprudemment le cercueil où était le corps du martyr; et, quoique ceux qui y travaillaient fussent des moines et des officiers du temple, ils moururent tous dans l'espace de dix jours, parce qu'ils avaient vu le corps du m'hii. Que, lorsque les Romains douneut des reliques, ils ne touchent jamais aux corps sacrés, mais se contentent de mettre dans une boite quelques linges et de les en approcher. Que ces linges ont la même vertu que les reliques et font autant de miracles. Que certains Grecs, doutant dt ce fait, le pape Léon se fil apportor des ciseaux, et ayant coupé en leur présence de ces linges qu'on avait approchés des corps saints , il en sortit du sang. Qu'à Rome, dans l'occident, c'est un sacrilège de toucher aux corps des saints ; et que , si quclqu'ua l'entreprend , il peut s'assurer que son crime ne sera pas impuni. Que c'est pour cela qu'il ne peut se persuader que les Grecs aient la coutume de transporter les reliques. Que des Grecs, ayant osé déterrer la nuit des corps proche de l'église de Saint-Paul , dans le dessciu de les transporter en leur pays, ils furent aussitôt découverts; et que c'est ce qui le persuade que les reliques qui se transportent de la sorte sont busses. Que des orientaux, prétendant que les corps

CfoS «le Dieu, liv. XXII, cliap VIII.

(m) Lettre XXX , iodicl XII, Ur. III.

de saint Pierre. et do saint Paul leur appartenaient, vinrent à Rome pour les emporter dans leur patrie; mais qu'arrivés aux catacombes où ces corps reposaient, lorsqu'ils voulurent les prendre, des éclairs soudains, des tonuerres effroyables dispersèrent leur multitude épouvantée, et les forcèrent de renoncer à leur entreprise. Que cenx qui ont suggéré à Constantine de lui demander la tète de saint Paul , n'ont en dessein que de lui faire perdre ses bonnes grâces.

Saint Grégoire finit par ce3 mots : J'ai celte confiance en Dieu, que vous ne serez pas privée du fruit de votre bonne volonté, ni de la vertu des saints » , que vous aimez de tout votre cœur et de tout

votre' esprit j et que , si vous n'avez pas leur présence corporelle, vous jouirez toujours de leur protection.

Cependant l'histoire ecclésiastique fait foi, que les translations de reliques étaient également fréquentes eu occident et en orient ; bien plus , l'auteur des notes sur cette lettre observe que le même saint Grégoire, dans la suite, donna divers corps saints, et que d'autres papes en ont donné jusqu'à six ou sept a un seul particulier.

i Après cela faut-il s'étonner de la faveur qu'eurent les reliques dans l'esprit des peuples et des rois? Les sermens les plus ordinaires des anciens Français se fesaient sur les reliques des saints. Ce fut ainsi que les rois Gontran, Sigcbcrt et Chilpéric partagèrent les étals de Clotaire, et convinrent de jouir de Paris en commun. lis en firent le serment sur les reliques de saint Polyeuclc, de saint Hilairc et de saint Martin. Cependant Chilpéric se jeta daus la place, et prit seulement la précaution d'avoir la chasse de quantité de reliques qu'il fit porter comme une sauvegarde à la tête de ses troupes, dans l'espérance que la protection de ces nouveaux patrons le mettrait à l'abri des peines dues à son parjure. Enfin le catéchisme du concile de Trente approuve la coutume de jurer par les reliques.

On observe encore qne les rois de France de la première et de la seconde race gardaient dans leur palais un grand nombre do reliques, surtout la cliappe et le manteau de saint Martin, et qu'ils les fesaient porter à leur suite et jusque dans les armées. On envoyait les reliques du palais dans les provinces, lorsqu'il s'agissait de prêter serment de fidélité an roi , ou de conclure quelque traité.

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