‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 470 sur 551 · SALOMON · texte numérisé non relu

SALOMON

Plusieurs rois ont été de grands clercs cl ont fait de bous livres. Le roi de Prusse , Frédéric le Grand , est le dernier exemple que nous en ayons. II sera peu imité; nous ne devons pas présumer qu'on trouve beaucoup de monarques allemands qui fassent des vers français, cl qui écrivent l'histoire de leur pays. Jacques ! en Angleterre, et même Henri VIII ont écrit. Il faut en Espagne remonter jusqu'au roi AIfonsc X; eucorc est-il douteux qu'il ait mis la main aux Tables alfonsines.

La France ne peut se vanter d'avoir eu un roi auteur (i). L'empire d'Allemagne n'a aucun livre de la main de ses empereurs; mais l'empire romain se glorifie de César, de Marc-Auréle et de Julien. On compte eu Asie plusieurs écrivains parmi les rois. Le présent empereur de la Chine, Kien-long, passe surtout pour un grand poète; maisSalomon ou Soleyman l'Hébreu a encore plus de réputation que Kicn-long le Chinois.

Le nom de Salomon a toujours été révéré dans l'orient. Les ouvrages qu'on croit de lui, les annales des Juifs, les fables des Arabes, ont porté sa renommée jusqu'aux Indes. Son régne est la grande époque des Hébreux.

Il était le troisième roi de la Palestine. Le premier livre des Rois dit que sa mère Bctzabéc obtint de David qu'il fit couronner Salomou son fils au lieu de son aîné Adonias. Il n'est pas surprenant qu'une femme, complice de la mort Je son premier mari, ait eu assez d'artifice pour faire donner l'héritage au fruit de son adultère, et pour faire déshériter le fils légitime, qui de plus était l'aîné.

Ccst une chose très-remarquable que le prophète Nathan qui était venu reprocher à David son adultère, le meurtre dUric, le mariage qui suivit ce meurtre, fut le même qui depuis seconda Bctzabée pour mettra sur le trône Salomon , né de ce mariage sanguinaire et infâme. Cette conduite, à ne raisonner que selon la chair, prouverait que ce prophète Nathan avait, scion les temps , deux poids et deux mesures. Le livre même ne dit pas que Nathan reçut une mission particulière de Dieu, pour faire déshériter Adonias. S'il •n eut une, il faut la respecter ; mais nous ne pouvons admettre que ce que nous trouvons écrit.

Ccst une grande question en théologie si Salomon est plus renommé par son argent comptant, ou par ses femmes, ou par ses livres. Je suis fâché qu'il air commencé son règne à la turque, eu égorgeant son frère.

Adonias, exclus du trône par Salomon, lui da-

(0 Ou a prétendu que Charte IX était l'auteur d'un livre rur ta chaste. I) est tret-misemMable que, si ce prince eut nain* etthsva l'art de tuer lea hMe*. et n'eut point pria dans les foret* l'habitude de voir couUt le sang, on eut eu plu* de peina à lai air* cher l'ordre de la Saint Berthëlemi. La chaise est ma ,t«?» moyens l«-t plu* *ur» pour «boumct dau* le» honum-» la •rwthnrnt de la pitié pour leur* seinbUklea ; effet d'autant plu* fuaoete, que ceux qui l'éprouvent, places dan* un rang plus ilvé.om,

manda pour toute grâce qu'il lui permît d'épouser Abisag, cette jeune fille qu'on avait donuée à David pour le réchauffer dans sa vieillesse. L'Ecriture ne dit point si Salomou disputait à Adonias la coucubine de son perc , mais elle dit que Salomon , sur la seule demande d'Adonias , le fil assassiner. Apparemment que Dieu, qui lui donna l'esprit de sagesse, lui refusa alors celui de justice et d'humanité, comme il lui refusa depuis le don de la coniineuce.

Il est dit dans le même livre des Kois, qu'il était maitre d'un grand royaume qui s'étendait de l'Euphralc à la nier Itougc et à la Méditerranée ; mais nialbcurcusctncnî il est dit en même temps que lu roi d'Egypte avait conquis Je pays de Gazer dans le Chanaau, cl qu'il donna pour dot la ville de Gâter à sa lillc qu'on prétend que Salomon épousa ; il est dit qu'il y avait un roi à Damas; les royaumes de Sidoit et do Tyr flonssaicnt : entouré d'états puissans , il manifesta sans doute sa sagesse, eu demeurant en paix avec eux tous. L'abondance extrême qui enrichit son pays ne pouvait être que le fruit de cette sa gesse profonde, puisque du temps de Saiïl il n'y avait pas un ouvrier en fer dans son pays. Nous 1 avons déjà remarqué : ceux qui veulent raisonner trouvent difficile que David, successeur de Saûl, vaincu par les Philistins , ait pu pendant son administration fonder un vaste empire.

Les richesses qu'il laissa à Salomon sont encore plus merveilleuses ; il lui donna comptant cent trois mille talens d'or , et un million treize mille talcn* d'argent. Le talent d'or hébraïque vaut , selon Arbutnot, six mille livres sterling : le talent d'argent environ cinq cents livres sterling. La somme totale du legs en argent comptant , sans les pierreries et les autreseflets, et sans le revenu ordinaire proportionné sans doute à ce trésor, montait suivant ce calcul à un milliard cent dix-neuf millions ciuq cent mille livres sterling, ou à cinq milliards cinq ccut quatre-vingtdix-sept millions d'écus d'Allemagne, ou à vingt-cinq milliard six cent quarante-huit millions de France. Il n'y avait pas alors autant d'espèces circulantes dan» le monde entier. Quelques erudils évaluent ce trésor un peu plus bas, mais la somme est toujours bien forte pour la Palestine.

On ne voit pas après cela pourquoi Salomon se tourmentait tant à envoyer ses flottes an pays d'Ophir pour rapporter de l'or. Ou devine eucorc moinscomment ce puissant monarque n'avait pas dans ses vastes états un seul homme qui sut façonner du bois dans la forêt du Liban. Il fut obligé de prier Hiraiu roi de Tyr de lui prêter des fendeurs de beis cl de» ouvriers pour le mettre en œuvre. Il faut avouer que ces contradictions exercent le génie des comeenta-

i On servait par jour, pour le dîner et le souper de sa maison, cinquante boeufs et cent moutons, cl de la volaille et du gibier à proportiou ; ce qui peut aller par jour à soixante mille livres posant de viande. Cela tait une bonne maison.

On ajoute qu'il avait quarante mille écuries et autant de remises pour ses chariots de guerre , ^

Voilà bien des chariots pour tin pays de n et c'était un grand appareil pour un roi dont le prédécesseur n'avait en qu'Une ranle à son couronnement, et peur un terrain qui ne nourrit que dt ânes.

On n'a pas voulu qu'un prince qui avait tant de chariots se bornât ■ un petit nombre de femmes ; on lui en donna sept cents qui portaient le nom de reines ; et , ce qui est étrange , c'est qu'il n'avait que trots cents concubines , contre la coutume des ois, qui ont d'ordinaire plus de maîtresses que de

Il entretenait quatre cent douze mille chevaux , sans doute pour aller se promener avec elles le long du lac de Génézareth, ou vers celui de Sodome, ou vers le torrent de Cédron qui serait un des endroits les plus délicieux de la terre, si ce torrent n'était pas à sec neuf mois de l'année, et si le terrain n'était pas horriblement pierreux.

Quant au temple qu'il fit bîtir, et que les Juifs ont crti le plus bel ouvrage de Puuivers, si les Bramante, les Michol-Angc, et les Palladio, avaient vu ce bâtiment , ils ne l'auraient pas admiré. Cctait une espèct de petite forteresse carrée qui renfermait une cour., et dans cette cour un édifice de quarante coudées de long et un autre de vingt; et il est dit seulement que ee second édifice, qni était propremeut le temple, I oracle, le suint des saints, avait vingt coudées de \ar«c comme de long, et vingt de haut. M. Soeflot u 'aurait pas <ité fort content de ces proportions.

Les livres atlribaés » Salomon ont duré plu» que

Le nom seul de l'auteur a rendu ces livres respectable*. Us devaieat être bons, puisqu'ils étaient d'un roi , et que ce roi passait pour le plus sage des hommes.

Le premier ouvrage qu'on lui attribue est celui des Proverbes. Cest un recueil de maximes qui paraissent a nos esprits raffinés quelquefois triviales, basses , incohérentes , sans goût, sans choie et sans dessein, ils ne peuvent se persuader qu'un roi éclairé ait eom-

trouve pas une seule qui regarde la manière de gouverner , là politique, les mosnrs des courtisans, les usages d'une cour. Ils sent étonnes devoir des chapitres entiers où U n'est parlé que de gueuses qui vont inviter les passans dans les rues » coucher aveç «Iles. Ils se révoltent contre les sentences dans ce goût : « l) y a trots choses infatigables . et une quatrième qni ne dit jamais, c'ett assez : le sépulcre, la matrice, la terre qni n'est jamais rassasiée d'eeu; et le feu , qui est la quatrième , «se dit jasmis, c'en assez. »

« Il y a trois choses difficiles, et j'ignore entièrement la quatrième : la voie d'un aigle dans l'airy la voie d'un serpent sur la pierre, la voie d'un vaisseau sln* la mer, et 1a voie d'un homme dans une femme. »

la terre, et qui sont plus sages que les sages : tes fourrais, petit peuple qui se prépare une nourriture i ; le lièvre , peuple bible qui

de rois, voyage par troupes; le lézard, qui travaille de ses mains, et qui demeure dans le palais des rois, n

Est-ce à un grand roi, discmvils, au plus sage des mortels qu'on ose imputer de telles niaiseries ? Cette critique est forte , il faut parler avec plus de respect.

Les Proverbes ont été attribués à Isaie , à Eliza , à Sobna, à Eliactn, à Joacké, cl à plusieurs autres ; mais qui que ce soit qui ait compilé ce recueil de sentences orientales , il n'y a pas d'apparence que ce soit un roi qui s'en soit donné la peine. Aurait -il dit que « la terreur du roi est comme h* rugissement do lion?» Cest ainsi que parle un sujet ou un esclave que la colère de son maître fait trembler. Salomon aurait-il tant parlé de la femme impudique ? aurait-3 dit : « Ne regardez point le vin quand il parait clair, et que sa couleur brille dans le verre?»

Je doul<* fort qu'on ait eu des verres à boire du temps de Salomon : c'est une invention fort récente; toute l'antiquité buvait dans des tasses de bois ou de métal, et ce seul passage i idique peut-être que cette collection juive fut composée dans Alexandrie, ainsi que tant d'autres livres juifs («).

L'Ecclésiastc , que l'on met sur le compte de Salomon , est d'un ordre et d'un goût tout difFérens. Celui qui parle dans cet ouvrage semble être détrompé des illusions de la grandeur, lassé de plaisirs , cl d« gonté de la science. On Ta pris pour un épicurien qui répète à chaque page que le juste et l'impie sont >ujets aux mômes accidens , que l'homme n a rien d< plus que la belc, qu'il vaut mieux n'être pas né que d'exister, qu'il n'y a point d'autre vie , et qu'il n'y a rien de bon et de raisonnable que de jouir en paix d» fruit de ses travaux avec la femme qu'on aime.

U se pourrait faire que Salomon eût teiui de tel; discours à quelques-unes de ses femmes : on prétend que ce sont des objections qu'il se fait; mais cemaximes, qui ont l'air nnpcu libertin, ne ressemblent point du tout à des objections ; et c'est se moquer du monde d'entendre dans un auteur le contraire de < e qu'il dit.

On a cru voir un matérialiste à la fois sensuel et dégoûté , qui paraissait avoir mis au dernier verset un mot édifiant sur Dieu , pour diminuer le scandale qu'un tel livre devait causer.

Au reste, plusieurs pères ont prétendu que Salomon avait fa|t pénitence; ainsi on peut lui pardonner.

Les critiques ont 4e la peine à se persuader que ce favre soit de Salomon, et Grotiua prétend qu3 fut écrit seusZorobahel. U ufcst]uni*urtiemlqe« Salomua ait dit : « Malheur à la terre qui a un roi enfant 1 » Le* Juift n'avaient point ou encore de tels rais.

Il n'est pas naturel qu'il ait dit : J'obsen'r le tHinf* iu. roi. Il est bien plus vra'rsenrMaMe que l'auteur a.t voulu faire parler Salomon , et que , par cette aliénation d'esprit qu'en décoeva? dans JUat de rabbins, a, ■ i i ■ 1 1. - ■ - ■

» Un pédant aéra trouver une emur dam te pamasr ' f •

pii-fndu qunti a mil induit par |r mm de »«-rrr , Je s*****1, <J »u rtml, Jit-il, de Loi» ou de meta); ma» cvwuwal le vil» -»*■ ro*-ubnU«d,„sunsut>eW.«d*

ait oublié souvent dans lu corps du lin* que c'était un roi qu'il fesait parler.

Ce qui leur parait surprenant, c'est que l'on ait consacre cet ouvrage pariai las livre* canoniques. S'il fallait , disent- ils, établir aujourd'hui le canon do la Biblo, peut-être U7 mettrait-on pas l'Ecclésiaste ; mais il fut inséré dans an temps où les livres étaient très -rares, ou ils étaient plus admirés que 1ns. Tout ce qu'on peut faire aujourd'hui, c'est do pallier autant qu'il est possible l'épicuréismo qui règne, dans cet ouvrage. On a fait pour i'Ecclésiaste comme pour tant , d autres choses qui révoltent bien autrement. Elles lurent établies dans des temps d'ignorance ; et ou est forcé, a la honte de la raison, do les soutenir dan» des temps éclairés , et d'en déguiser ou l'absurdité ou l'horreur par dos allégories. Ces critiques sont trop hardis.

Lu Cantique des cantiques est encore attribué à .Salomon , parce que le nom de roi s'y trouve eu deux nu trois ondroits, parce qu'on fait dire à l'amante qu'elle est belle t omme Ut peaux de Salomon , parce que l'ameute dit qu'elle est noire, et qu'on a cru que Salomon désignait par là sa femme égyptienne.

Ces trois raisons n'ont pas persuadé, i». Quand l'amante , en parlant à son amant , dit : « Le roi m'a menée dans ses celliers , » elle parle visiblement d'un autre que de son amant, donc la roi n'est pas cet amant : c'est le roi du festin, c'est le parauympbe, c'est le maître de la maison qu elle entend; et cette Juive est si loin d'être la maitresse d'un roi, que dans tout le cours de l'ouvrage c'est un* bergère, un« fille des champs qui va chercher son amant à la campagne et dans los rues de la ville, et qui est arrêtée aux pu. tes par les gardes qui lui volent sa robe.

r. « Je suis belle comme les peaux de Salomon i» est l'expression d'une villageoise qui dirait : Je suis belle comme les tapisseries du roi : et c'est précisément parce que le nom de Salomon se trouve dans cet ouvrage qu'il ne saurait être do lui. Quel monarque ferait une comparaison si ridicule ? « Voyez , dit

troisième chapitre , voyez le roi Salomon avec le diadème dont sa mère l'a couronné au jour de son mariage. » Qui ne reconnaît à ces expressions la comparaison ordinaire que font 1er GUes du peuple en parlant de leurs amans ? Elles disent : Il est beau comme un prince, il a un air de roi , etc.

3°. 11 est vrai que cette bergère qu'on fait parler dans ce cantique amoureux, dit qu'elle est hàlée du .soleil , qu'elle est brune. Or, si c'était là la fille du roi d Egypte , elle n'était point si hàlée. Les filles de qualité en Egypte sont blanches. CléopAtrc l'était ; et, en un mot, ce personnage ne peut être à la fois une fille de village et une reine.

Il se peut qu'un monarque qui avait mille femmes Hit dit à l'une d'elles : « Qu'elle me baise d'un baiser de sa bouche, car vos tétons sont meilleurs que le vin. » Un roi et un berger, quand il s'agit de baiser sur la bouche, peuvent s'exprimer de la même mauiere. Il est vrai qu'il est assez étrange qu'on ait prétendu que c'était la fille qui parlait en cet endroit, et qui fesait l'éloge des tétons de sou amant.

On avoue encore qu'un roi galant a pu faire dire à

sa mai très se : a Mon bien-aimé est cotante nal

de myrte , il demeurera entre mes tétons. »

Qu'il a pu lui dire : « Votre nombril est comme une coupe dans laquelle il y a toujours quelque chose a boire; votre ventre est comme un boisseau de froment, vos tétons sont comme deux faons do chevreuil , et votre nez est comme la tour du Mont- Liban. »

.l'avoue que les Fglogucs de Virgile sont d'an autre style; mais chacun a le sien, et un Juif n'est pas Obligé d'écrire comme Virgile.

On n'a pas approuvé ce beau tour d'éloquence orientale : « Notre sœur est encore petite , elle n'a point de tétons; que ferons-nous de notre sosur? Si c'est aa mur, bâtissons dessus; si c'est une porte, fermons-la. »»

A la bonne heure que Salomon , le plus sage des hommes, ait parlé ainsi dans ses goguettes ; mais plu* sieurs rabbins ont soutenu que non-seulement cette petite égloguc voluptueuse n'était pas du roi Salomon, mais qu'elle s'était pas authentique. Théodore de Mopsaète était de ce sentiment ; et le célèbre GrOtius appelle lo Cantique des cantiques un ouvrage libertin, (lagitioMfi : cependant il est consacré, et ou le regarde comme une allégorie perpétuelle du mariage de Jésus-Christ avec son église, fi faut avouer que l'allégorie est un peu forte, et qu'on ne voit pas ce que l'église pourrait entendre, quand l'auteur dit que sa petite sœur n'a point de tétous.

Après tout, ce cantique ost un morceau précieux de l'antiquité; c'est le seul livre d'amour qui nous soit resté des Hébreux. Il y est souvent parlé de jouissance. C'est une églogue juive. Le style est comme celui de tous les ouvrages d'éloquence des Hébreux, sans liaison, sans suite, plein de répétitions, confus, ridiculement métaphorique; mais il y a des endroits qui respirent la naïveté et l'amour.

Le livre de la Sagesse est dans un goût plus sérieux ; mais il n'est pas plus de Salomon que le Cantique dos cantiques. On l'attribue communément .1 Jésus fils de Sirac, d'autres - l'hilon de Biblos ; mai , quel que soit l'auteur, on a cru que de son teinp.> :in n'avait point encore le Pentatcuquo , car il dit, au chap. X , qu'Abraham voulut immoler l.saac du teinp* du déluge; et, dans un autre endroit, il parle du patriarche Joseph comme d'un roi d'Egypte. Du moins c'est le sens le plut naturel.

Le pis est que l'auteur , dans le même chapitre , prétend qu'on voit de son temps la statue de sel et» laquelle la femme de Loth fut changée. Ce que le> critiques trouvent de pis encore, c'est que le livre leur parait un amas très-ennuyeux de lieux commuus ; mats ils doivent considérer que de tels ouvrages ne sont pas faits pour suivre les vaincs règles de l'éloquence. Ils sont écrits pour édifier et non pour plaire. Il faut même lutter contre son dégoût pour les lire. 1

11 y a grande apparence que Salomon était riche et savant, pour son temps et pour sou peuple. L'exagération, compagne inséparable de la grossièreté, lui attribua des richesses qu'il n'avait pu posséder,

et des livres qu'il n'avait pu faire. Le respect pour

l'antiquité a depuis consacré ces erreurs.

Mais que eus livres aient été écrits par un Juif, que nous importe ? Notre religion chrétienne est fondée sur la juive, mais uon pas sur tous les livres nue les Juifs ont faits.

Pourquoi le Cantique des cantiques, par exemple, serait-il plus sacré pour nous que les fables du Talraud? Cest, dit-on, que nous l'avons compris dans le canon des Hébreux. El qu est-ce que ce canon? Cest un recueil d'ouvrages authentiques. Eh bien, un ouvrage pour être authentique est-il divin? une histoire des roitelets de Juda et de Sichcm , par exemple, est-elle autre chose qu'une histoire? Voilà un étrange préjugé. Nous avons les Juifs en horreur et uous voulons que tout ce qui a été écrit par eux et recueilli par nous porte l'empreinte de la Divinité, ïl n'y a jamais eu de contradiction si palpable.

SAMMONOCODOM.

Je me souviens que Sammonocodom , le dieu des Siamois, naquit d'une jenne vierge, et fut élevé sur une fleur. Ainsi la grandWrc de Gcngis fut engrossée par uii rayon du soleil. Ainsi l'empereur de la Chiite Rien-long, aujourd'hui glorieusement régnant, assure positivement dans son beau poème de Moukdcn, que sa bisaïeule était une trés-jolie vierge, qui devint mère d'une race de héros pour avoir mangé des rcriscs. Ainsi Danaé fut mère de Persée ; Hhéa Silvia de Romulus. Ainsi Arlequin avait bien raison de dire, en voyant tout ce qui se passait dans le monde :

TtiUo il mondo è fatto came la nostra famiçjlia.

La religion de ce Siamois nous prouve que jamais législateur n'enseigna une mauvaise morale. Voyez, lecteur, que celle de Brama, de Zoroaslre, de Numa, de Tbaut, de Pylhagorc, de Mahomet, et même du poisson Garnies, est absolument la même. J'ai dit souvent qn'on jetterait des pierres a un homme qui viendrait prêcher une morale relâchée ; et voilà pourquoi les jésuites eux-mêmes ont eu des prédicateur» si austères.

Les règles que Sammonocodom donna aux talapoins, ses disciples, sont au . si sévères que celles de saint Basile ot de saint Benoit.

« Fuyc/. les chants, les danses, les assemblées,

ce qui peut amollir l'4me. u u .N'ayez ni or ni argent. »

« Ne parle/, que de justice, et ne travaille/, que elle. »

u Dorme/ peu , mange/, peu , n'ayez qu'un habit. * « Ne raillez jamais. »

« Méditez en secret, et réfléchissez souvent srr la fragilité des choses humaines. »

Par quelle fatalité- , par quelle fureur est-il arrivé que, dans tous les pays, l'evcelleuce d'une morale si sainte et si nécessaire a été toujours déshonorée par des contes extravagaus, par des prodiges plus ridicules que toutes les f'.ililesdes métamorphoses? Pourquoi n'y a-t-iî pas une seule religion dont les préceptes ne soient d'un sage, et dont les dogmes ne «oient d'un fou ? (On sent bien que j'excepte la nôtro qui est eu tout sens infiniment sage.)

N'est-ce point que les législateurs s'étant contentés de donner des préceptes raisonnables et utiles , les disciples des premiers disciples et les commentateurs ont voulu enchérir? Ils ont dit : Nous ne serons pa* assez respectés, si notre fondateur n'a pas eu quelque chose de surnaturel et de divin. Il faut absolument que notre Numa ait eu des rendez-vous avec la nymphe Êgérie; qu'une des cuisses de Pytha^ore ait été de pur or; que la mère de Sammonocodom ait été vierge en accouchant de lui ; qu'il soit né sur une rose et qu'il soit devenu dieu.

Les premiers Chaldécns ne nous ont transmis que des préceptes moraux très-honnétes : cela ne sullit pas : il est bien plus beau que ces préceptes aient été aunoncés par un brochet qui sortait deux foj> par jour du fond de l'Eupbrate pour venir faire un

Ces malheureux disciples, ces détestables commentateurs n'ont pas vu qu'ils pervertissaient le geunhumain. Tous les geus raisonnables disent : Voila des préceptes très-bons j j'en aurais bien dit autinl . mais voilà des doctrines impertinentes , absurdes , révoltantes , capables de décrier les meilleurs préceptes. Qu'arrive-t-il ? ces gens raisonnables ont des passions tout comme les talapoins; et plus ces passious sont fortes , plus ils s'enhardissent à dire tout haut : Mes talapoins m'ont trompé sur la doctrine; ils pourraient bien m'avoir trompé sur des maxime* qui contredisent mes passions. Alors ils secouent !«• joug , parce qu'il a été imposé maladroitement ; ils ne croient plus en Dieu, parce qu'ils voient bien que àammonocodoin n'est pas dieu. J'en ai déjà averti mon cher lecteur en quelques endroits, lorsque j'étais à Siam ; et je l'ai conjuré de croire en Dieu nialgr.les talapoins.

Le révérend père Tachard, qui s'était tant amuse sur le vaisseau avec le jeune Destouches, garde-marine, et depuis auteur de l'opéra d'Issé (i), savait bien que ce que je dis est très-vrai.

D'un frère cadet du dieu Sammonocodom.

Voykz si j'ai eu tort de vous exhorter souvent * définir les termes, à éviter les équivoques. Un moi étranger, que vous traduisez très -mal par le moi dieu , vous fait tomber raille fois dans des erreurs très-grossières. L'essence suprême, l'intelligence suprême, lame de la nature, le grarV Être, l'éternel géomètre qui a tout arrangé a ce ordre, poids et mesure, voilà Dieu. Mais loi sou ou donne le même nom à Mercure , aux empereurs romains, » Priape , ■* la divinité des félons, à la divinité des fesses, au dieu pet, au dieu de la chaise percée, ou ne s'entend plu>. oo ne sait plus où l'on on est. Un juge juif, une espi '.ride bailli est appelé dieu dans nos saintes Ecriture». Un ange est appelé dieu. Ou donne le nom de dieux aux idoles des petites natious voisines de la honlc

Sammouocodoiu n e t pas dieu proprement dit ; et une preuve qu'il n'est pas dieu, c'est qu'il devint

(0 H en • tut la

UOL.djrt.

dieu , et qu'il avait un frère nommé Tbevatâtqui fut pendu et qui fut damué.

Or, il n'est pas rare que dans une famille il y ait un homme habile qui fasse fortune, et un autre malavisé qui soit repris de justice. Sammonocodom devint saint, il fut canonisé à la manière siamoise; et son frère qui fut un mauvais garnement , et qui fut mis en croix, alla dans l'enfer, où il est encore.

Nos voyageurs ont rapporté que, quand nous voulûmes prêcher un Dieu crucifié aux Siamois, ils se moquèrent de nous. Ils nous dirent que la croix pouvait bien être le supplice du frère d'un Dieu , mais ■on pas d'un Dieu lui-même. Cette raison paraissait assez plausible, mais elle n'est pas convaincante en honne logique ; car, puisque le vrai Dieu donna pouvoir à Pilate de le crucifier, il put, à plus forte raison , donner pouvoir de crucifier son frère. En effet , Jésus-Christ avait un frère, saint Jacques, qui fut lapidé. Il n'en liait pas moius dieu. Les mauvaises actions imputées à Thcvatat, frère du dieu Sammonocodom , étaient encore un faible argument contre I abbé de Choisi et le père Tacbard ; car il se pouvait très-bien faire que Thcvatat eût été peudu injustement, et qu'il eût mérité le ciel au lieu d'être damné : tout cela est fort délicat.

Au reste, on demande comment le père Tacbard put en si peu de temps apprendre assez bien le siamois pour disputer contre les talapoins.

On répond que Tacbard entendait la langue siamoise comme François- Xavier entendait la langue indienne.

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