STYLE
SECTION PKKMfEXE.
Le style des lettres de Balzac n'aurait pas été" mauvais pour des oraisons funèbres; et nous avons quelques morceaux de physique dans le goût du poème épique et de l'ode. Il est bon que chaque chose soit a sa place.
Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois un grand art, ou plutôt un très-hcurcux naturel à mêler quelques traits d'un style majestueux dans un sujet qui demande de la simplicité; à placer k propos de la finesse, de la délicatesse dans an discours de véhémence et de force. Mais ces beautés ne s'enseignent pas. Il faut beaucoup d'esprit et do goût. H serait difficile de donner des leçons de l'un et de l'autre.
Il est bien étrange que, depuis que les Français s'avisèrent d'écrire, ils n'eurent aucun livre écrit d'un bon style, jusqu'à l'année lG54 où les Lettres provinciales parurent. Pourquoi personne n'avait-il écrit l'histoire d'nn style convenable, jusqu'à la Conspiration de Venise de l'abbé de Saint-Réal ?
D'où vient que Pélisson eut le premier le vrai stylé de l'éloquence cicéronienne, dans ses Mémoires pour le surintendant bouquet ?
Rien nlcst doue plus difficile et plus rare que lo style convenable à la matière que l'on traite ?
N'affectez point des tours inusités et des mots nouveaux dans un livre de religion , comme l'abbé Ilouicrille. Ne déclamez point dans un livre de physique. Point de plaisanterie en mathématiques.
foin» Henfture et lies figures outrées dans m> plaidoyer. Une pauvre bourgeoise ivrogne ou ivrognes*meurt d'apoplexie ; tous dites qu'elle est dans lu région dos morts : on IVnsevelit ; vons assurez que ssi dépouille mortelle est oonfiéo • la terre. Si on sobd.-
ontendre-daus les nu os. 'Vous croyez -et- vous irïoritexHgue martre rVtit-Jean.
J'ai entendu souvent demander si dans dos meilleures tragédies»*» n'aveit pas trop souvent i style familier, qni eettsiwiBuidnaty
Par exemple daus Mithridatc :
Seigneur, vous changes de visage !
cela est simple et même naif. Ce demi-vers, placé où il est, fait un effet terrible ; il tient du sublime. Au lieu que les mêmes paroles de Bérénice à Antiochus , Pnnct, voua vota* troublez et cisutjge* de visage 1
ne sont .que tr*» -ordinaires ; c'est une transition
plutôt
**i»mc, yrfrec. des lettmtk liâmes.
mais le moment où Roxanc prononce ces paroles tut trembler. Cette noble simplicité est très- fréquente dans Racine , et fait une de ses principales beautés.
Mais on se récria contre plusieurs vers qui ne parurent que familiers.
Il suffit ; et que dit la reine Bérénice ? A-l-on vu de ma part le roi 'de Comageoe? Sait-fl^ee je r**e»dt? —J'ai eenra èbei la i
On Mit qu'elle est thannante ; et de m belles ma ; tous demander l'empire de» siurnaan*.
i tous je m'y pends d'auu ut plus que j'y eu?, le aultan reverr» »ou visaga ?
Mail à ne point mentir, Votre amour dès long-loups a dû le pressentir. Madatix- . encore on coup , c est i tous de choisir. Elle tcui. Acotnat, ans* je fépœse. Eh bien '.
Et |e von* quitte. — Et moi je ne tous quart* pas.
l>roi»-iu , m je i épouse .
Qu'Ajidromaque en sou co-ur n'en sera: pas Tu vois que c'en est lait , il* se vont épouser, Pour bien faire il faudrait que voua Attendez. — Non , voia-tu , je le nirais en vain.
Oa a trouvé une grande quantité de pareils vers trop prosaïques , et d'une familiarité qui n'est le propre que de la comédie. Mais ces vers se perùViit dans la foui «de s bons; ee sont des fils de laiton qn»
Le style élégant est ri nécessaire, que sans fui fa beauté dus sentimens est perdue. 11 suffit seul pour emheUir les sentùiieas les moins nobles et les moin*
tragiques.
Ororrait-ym qu'on pût , entre une reine irieeatnense et un père qu> ôVvîcnt'parnîcide, fntrodutre nnefeuneamoureuse, dédaignant de subjuguer on amant qui ait déjà eà d'autres maîtresses, et mettant sa gloire à triompher de l'anslerité d'ut) homme qni n'a jaroars rien aimé ? C'est pourtant ee qu'At-tcte ose dire dans- I e sujet tragique de Phèdre. Mais elfe le df* dans d«
vain t'honorait d« aoifpw» de Ttwsée.
jeta» plosbWeal
Et (l'entrer dans uo ccetir de toute» paru ouvert : Mais de faire flécliïr un courage inflexible, De parier h douleur dans une .'.me insensible, ' sut captif1 de i i «n joug qui bai plan \ C'est là os que jt ; c est là c* qui ro'ir Hrrculr k donner coûtait moins qn'Hrppolyte ; Et, Taiocu plus souvent et plus tôt surmonté, Préparait moins de gloir» aux yeux qui l'ont dampti-.
Des vers ne sont pas tragiques ; mais tous les vers tic doi\cnt pas l'être; ci, s'ils ne font aucun effet au théâtre , ils charment à la lecture par la seule élégance du style.
Presque toujours les choses qu'on dit frappent moins que la manière dont on les dit ; car les hommes «int tous à peu près les mêmes idées de ce qui est à la portée de tout le monde. L'expression, le style fait toute la différence. Des déclarations d'amour, des jalousies , des ruptures , des raccommoderoeu* , foruieiit le tissu de la plupart de nos pièces de théâtre, et surtout de celles de Racine, fondées sur ces petits moyens. Combien peu de génies ont -ils su exprimer ces nuances que tous las auteurs ont voulu peindre ! Le stylo rend singulières les choses les plus communes, fortifia les plus bibles, donne de la grandeur aux plus simples.
Sans le style, il est impossible qu'il y ait un seul bon ouvrage en aucun genre d'éloquence et de poésie.
La profusion des mots est le grand vie* du style de presque tous nos philosophes et aali - philosophes modernes. Le Système de la nature en est un grand r temple. Il y a dans ce livre confus quatre fois trop de paroles; et c'est en partie par cette raison qu'il est
L'auteur de ce livre dît d'abord (a) que « l'homme est l'ouvrage de la nature , qu'il existe dans la nature , qu'il ne peut même sortir de la nature par la pensée, etc; que, pour jn être formé par la nature et circonscrit par elle , il n'eiiste rien au delà du grand tout dont il fait partie et doat il éprouve les influences; qu'ainsi les êtres qu'on suppose au-dessus de la nature, ou distingués d'elk-méme, seront toujours des chimères. ».
11 ajoute ensuite : «Il ne nous sera jamais possible de noua en former des idées véritables. » Mais comment peut-on se former une idée, soit (eusse, soit véritable , d'une chimère , d'une chose qui n'existe }>oint ? Ces paroles oiseuses n'ont point de sens, et ne m.'1-tcuI qu'à 1 arrondissement d'une phrase inutile.
11 ajoute encore « qu'on ne pourra jamais se former des idées véritables du lieu que ces chimères occupent, ni de leur façon dàgir. » Mais comment de* chimères peuvent-elles occuper une place dans l'espace? comment peuvent-elles avoir des façons d'ugir ? cf uelle serait la façon d'agir d'une chimère qui est le néant? Dès qu'on a dit chimère, on a tout dit.
« Que l'homme apprenne les lois de la nature (0; ij u'il se soumette à ces lois auxquelles rien ne peut le
soustraire; qu'il consente à ignorer les i rées pour lui d'un voile impénétrable. »
Cette seconde phrase n'est point du tout'une suite Je la première. Au contraire, elle semble la contredire visiblement. Si l'homme apprend les l'ois de ht nature , il connaîtra ce que nous entendons par lés causes dés phénomènes ; elles ne sont point pour lui entourées d'un voile impénétrable. Ce sont des ex* pressions triviales échappées à l'écrivain.
n Qu'il subisse sans murmurer Its arrêts d'une force universelle qui uc peut revenir sur ses pas, ou qui ne peut jamaissecartcrJcsrcglcsquc son essence lui prescrit. »
Qu'est-ce qu'une force qui ne revient point sur •es pas? les pas d'une force! et non content de cette fausse image, il vous en propose nnc autre si vous l'aimcx mieux ; et cette autre est une règle prescrite # par une essence. Presque tout le livre est malheureusement écrit de ce style obscur et diffus.
« Tout ce que l'esprit humain a successivement inventé pour changer ou perfectionner sa façon d'être, n'est qu'une conséquence nécessaire de l'essence propre de l'homme et de csllc des êtres qui agissent sur lui . Toutes nos institutions , nos réflexions , nos connaissances , n'ont pour objet que de nous procurer un bonheur vers lequel notre propre nature nous force de tendre sans cesse. Tout ce que nous fesoits eu pensons , tout ce que nous sommes et que nous serons, n'est jamais qu'une mite de ce que la nature nous a faits. »
Je n'examine point ici le fond de cette métaphysique ; je ne recherche point pomment nos inventions pour changer notre façon d'être, etc. , sont les effets nécessaires d'une essence qui ne change point. Je me borne au style. « Tout ce que nous serons n'est jamais; » quel solécisme! « une suite de ce que la nature nous a faits; » quel autre solécisme! il fallait dire : « ne sera jamais qu'une suite des lois de la nature. » Mais il l'a déjà dit quatre fois en trois pages.
Ti est très-difficile de se faire des idées nettes sur Dieu et sur la nature ; il est peut-être aussi difficile de se faire un bon style.
Voici un monument singulier de style dans un discours que nous entendîmes à Versailles en i j45.
Harangue au roi, prononcée par M. Le Camus,
premier président de la ccur des aides.
StUE,
Les conquêtes de V. M. sont si rapides , qu'il s'agit de ménager la croyance des descendans ; cl d adoucir la surprise des miracles, de peur que les héros ne se dispensent de les suivre , et les peuples de les croire.
Non, sire, il n'est plus possible qu'ils en doutent , lorsqu'ils liront dans l'histoire qu'on a vu V. M. à la tête de ses troupes, les écrire elle-même au champ de Mars sur un tambour; c'est les avoir gravés à toujours au temple de mémoire.
Les siècles les plus reculés sauront que l'Anglais, cet ennemi fier et audacieux , cet cuuemi jaloux de votre gloire, a été forcé de tourner autour de votre victoire ; que leurs aînés ont été lém'oius de leur
honte, et qu'Us n'ont tous accouru au combat que pour immortaliser le triomphe du vainqueur. . Nous n'osous dire à V. M. , quelque amour qu'elle ait pour son peuple , qu'il n'y a plus qu'un secret d'augmenter notre bonheur , c'est de diminuer son courage , et que le ciel uous vendrait trop cher ses prodiges s'il uous en coûtait vos dangers, ou ceux Au jconc héros qui forme nos plus chères espérances.
Sur la corruption du style.
On se plaint généralement que l'éloquence est corrompue, quoique nous ayons des modèles presqu'on tous les genres. Un des grands défauts de ce «iécle, qui contribue le plus à cette décadenec, c'est Je mélange des styles. 11 me semble que nous autres ■auteurs, nous n'imitons pas assez les peintres, qui ne joignent jamais des attitudes de Calot à des figures de Raphaël. Je vois qu'on affecte quelquefois dans des histoires, d'ailleurs bien écrites, dans de bons ouvrages dogmatiques, le ton le plus familier de la conversation. Quelqu'un a dit autrefois, qu'il faut écrire comme on parle ; le sens de cette loi est qu'où écrive naturellement. On tolère dans une lettre l'irrégularité , la licence du style , l'incorrection , les plaisanteries hasardées, parce que des lettres écrites sans dessciu et sans art sont des entretiens négligés : mais quand on parle , ou qu'on écrit avec respect, on •'astreint alors à la bienséance. Or, je demande à qui on doit plus de respect qu'au public ?
Est-il permis de dire dans des ouvrages de mathématiques, « qu'un géomètre qui veut faire son salut, doit monter au ciel en ligne perpendiculaire; que les quantités qui s'évanouissent donnent du nez eu terre pour avoir voulu trop s'élever; qu'une semence qu'on « mise le germe en bas, s'aperçoit du tour qu'on lui joue et se relève ; que, si Saturne périssait , ce serait son cinquième satellite et non le premier qui prendrait sa place, parce que les rois éloignent toujours d'eux leurs héritiers; qu'il u'y a de vide que dans la Bourse d'un homme ruiné; qu'Hercule était un physicien , et qu'on ne pouvait résister à un philosophe de cette force.
Des livres très-estimables sont infectés de cette tache. La source d'un défuut si commun vient, me semble, du reproche de pédantistrtc qu'on a fait longtemps et justement aux auteurs : In vitium ducil culpa: ftuja. On a tant répété qu'on doit écrire du ton de la bonne compagnie, que les auteurs les plus sérieux sout devenus plaisans, et, pour être de bonne compagnie avec leurs lecteurs, ont dit des choses de très-mauvaise compagnie.
On a voulu parler de science comme Voiture parlait à mademoiselle Paulct de galanterie, sa us songer que Voiture même n'avait pas saisi le véritable goût de ce petit genre dans lequel il passa pour exceller; car souvent il prenait le faux pour le délicat, et le précieux pour le naturel. La plaisanterie n'est jamais bonne dans le genre sérieux, parce qu'elle ne porte jamais que sur un coté des objets, qui n'est pas celui que l'on considère; elle roule presque toujours sur des rapports faux, sur des équivoques : de là vient
que les plaisans de profession ont presque tons l'esprit faux autant que superficiel.
Il me semble qu'en poésie on ne doit pas plus mélanger les styles qu'en prose. Le style marotique a depuis quelque temps gâté un peu la poésie par cette bigarrure de termes bas et nobles , surannés et modernes; on entend dans quelque pièce de morale les sons du sifflet de Rabelais parmi ceux de la flûte d'Horace.
Il iàat parler français : Doueau s'eut qu'un langage; Son «prit était jaste, et son ctyle cuit sage. Sen-toi de tes leçon* : laissa ans «prit* nul Cuti L'art de moraliser du ton de Rabelais.
J'avoue que je suis révolté de voir dans une épîtrt sérieuse les expressions suivantes :
Det rimturs duloquéi, à qui le cerveau tinte. Plu* amert qualoit et jus de coloquinte, Vint variant mèche f. Cent de tel acabit i Chiffannicrt , Oitrogoths , maroufle* que Dieu fi. ^
De tous rei termes bas l'entassement facile ! a la fois le génie et le styl*. H-
SUICIDE, ou HOMICIDE DE SOI-MÊME.
Il y a quelques années ( i ) qu'un Anglais , nommé Bacon Morris , ancien officier et homme de beaucoup d'esprit, me vint voir à Paris, il était accablé d'une maladie cruelle dont il n'osait espérer la guérison. Après quelques visites, il entra un jour cher i on sac et deux papiers à la main. L'un de ces de papiers, me dit-il, est mon testament ; le second est mon épitaphe ; et ce sac plein d'argent est destiné aux frais de mon enterrement. J'ai résolu d'éprouver pendant quinze jonrs ce que pourront les remèdes et le régime pour me rendre la vie moins insupportable ; et, si je ne réussis pas, j'ai résolu de me tuer. Vous me ferez enterrer où il vous plaira ; mon épitaphe est courte. Il me la fit lire; il n'y avait que ces deux mots de Pétrone : V aide curas, adieu les soins.
Heureusement pour lui et pour moi qui l'aimais, 3 guérit et ne se tua point. 11 l'aurait sûrement fait comme il le disait. J'appris qu'avant son voyage en France, il avait passé à Rome daus le temps qu'on craignait, quoique sans raison, quelque attentat de la part des Anglais sur un prince respectable et infortuné ; mon Bacon Morns fut soupçonné d'être veno dans la ville sainte pour une fort mauvaise intention, il y était depuis quinze jours quand le l'envoya chercher et lui dit qu'il fallait s'en retc dans vingt-quatre heures. Ah! répondit l'Anglais, je pars dans l'instant, car cet air-ci ne vaut rien pour un homme libre ; mais pourquoi me chassez-vous -'On vous prie de vouloir bien vous en retourner, reprit le gouverneur, parce qu'on craint que vous n'attentiez a la vie du Prétendant. Nous pouvons combattre des princes, les vaincre et les déposer, repartit l'Anglais ; mais nous ne sommes point assassins pour ( ordinaire : or, monsieur le gouverneur, depuis quand croyez-vous que je sots à Rome ? Depuis quinze jours , dit le gouvorneur. H y a donc quinze jours que j au
(•) Voyn l'article Gssbe os styul (i) Ce faH se tnmre à l'article Catox.
rais tué la personne dont vous parlez, si j'étais venu pour cela ; et voici comme je m'y serais pris. J'aurais d'abord dressé un autel à Mutîus Scevola ; puis j'aurais frappé le Prétendant du premier coup, entre vous et le pape , et je me serais tué du second ; mais nous ne tuons les gens que dans les combats. Adieu, mou sieur le gouverneur. Et, après avoir dit ces propres paroles, il retourna cher lui et partit.
A Rome, qui est pourtant le paj» de Mutîus Scevola, cela passe pour lérocité barbare, à Paris pour folie, à Londres pour grandeur d'Ame.
Je ne ferai ici que ires-peu de réflexions sur I homicide de soi-même; je n'examinerai point si feo M. Crcech eut raison d'écrire à la marge de son Lucrèce : \etn lent, « que, quand j'aurai fini mon livre sur Liicivcc, il faut que je me tu«»; » et s'il a bien fait d'exécuter cette résolution. Je ne veux point éplucher les motifs de mon ancien préfet le père Bicnnasscs. jésuite, qui nous dit adieu le soir, et qui le lendemain matin, après avoir dit sa messe et avoir cacheté quelques lettres, se précipita du troisième étage. Chacun a ses raisons dans sa conduite.
Tout ce que j'ose dire avec assurance, c'est qu'il ne sera jamais à craindre que cette folie de se tuer devienne une maladie épidémique, la nature y a trop bien pourvu; l'espérance, la crainte sont les ressorts puissans tlout elle se sert pour arrêter presque tonjours la main du malheureux prêt à se frapper.
On a beau nous dire qu'il y a eu des pays ou un conseil était établi pour permettre aux citoyens de te tuer, quand ils en avaient des raisons valables ; je -é ponds, ou que cela n'est pas, ou que ces magistrats .avaient très-peu d'occupation.
Pourquoi donc Caton, Brutus, Cassius, Antoine. Othon et tant d'autres, se sout-ils tués si résolument, et que nos chefs de parti se sont laissés pendre, ou bien ont laissé languir leur misérable vieillesse dans une prison ? Quelques beaux esprits disent que ces anciens n'avaient pas le véritable courage; que Caton fit une action de poltron en se tuant, cl qu'il y aurait eu bien plus de grandeur d'âme à ramper sous César. Cela est bon dans une ode ou dans une figure de rhé torique. Il est très-sûr que ce n'est pas être sans courage que de se procurer tranquillcmcut une mort sanglante, qu'il faut quelque force pour surmonter ainsi l'instinct le plus puissant de la nature, et qu'enfin une telle action prouve plutôt de la férocité que de la faiblesse. Quand un malade est en frénésie , il oe faut pas dire qu'il n'a poiut de force; il faut dire que sa force est celle d'un frénétique.
La religion paienne défendait l'homicide de soimême, ainsi que la chrétienne; il y avait même des places dans les enfers pour ceux qui s'étaient tués (*).