SYSTÈME
Nous entendons par système une supposition ; en sui'.c, quand cette supposition est prouvée, ce n'est puis un système , c'est une vérité. Cependant nous disons encore par habitude le mjstcmc ccUstc, quoique nous entendions par là la position réelle des astres.
Je crois avoir cru autrefois que Pytbagorc avait anpris chez les Chaldécns le vrai système céleste; mais je ne le crois plus. A mesure que j'avance en Age, je doute de tout.
Cependant, Newton, Grégori et Kcil, font honneur à Pythagorc et à ces Cbaldécns du système de
IICT. Mil.
hommes qui sont également ses enfans. Je crois que celui qui.lcs fait tous naître également , qui arrangea les rassorts de notre vie de la même manière, qui leur a donné les mêmes principes de morale , aperçue par eux des qu'ils réfléchissent, n'a mis aucune différence entre ses entons que celle du crime et de la vertu.
« Je crois que le Chinois juste et bienfesaut est plus précieux devant lui qu'un docteur d'Europe poiulillcux et arrogant.
« Je crois que, Dieu étant notre père commun; nous sommes tenus de regarder tous les hommes comme nos Hères.
« Je crois que le persécuteur est abominable, et qu'il marche immédiatement après l'empoisonneur et le parricide.
« Je crois que les disputes tbéologiques sont à 1a fois la farce la plus ridicule et le fiVau le plus affreux de la terre, immédiatement après la guerre, la peste, la famine et la vérole.
« Je crois que les ecclésiastiques doivent être pay:'s, et bien payés comme serviteurs du public, précepteurs de morale, teneurs des registres des entons et des morts; mais qu'on ne doit leur donner ni les richesses des fermiers généraux , ni le rang des princes, parce que l'un et l'autre corrompent l'Ame, et que rien n'est plus révoltant que de voir des hommes si riches et si fiers, faire prêcher l'humilité cl l'amour de la pauvreté par leurs commis, qui n'ont que cent écus de gages.
« Je crois que tous les prêtres qui desservent une paroisse , pourraient être mariés comme dans l'église grecque; non-scu'.cmcnt pour avoir une femme hontrétc qui prenne soin de leur ménage, mais pour êtro meilleurs citoyens, donner de bons sujets à l'état, et pour avoir beaucoup d entons bien élevés.
« Je crois qu'il tout absolument rendre plusieur moines à la société, et que c'est servir la patrie et eux -mômes. On dit que ce sont des hommes que pourceaux; le sag«> Ulysse doit
Copernic ; et en dernier lieu M. Le Monnier est de leur avis. J'ai l'impudence de n'en plus être (t).
Une de mes raisons, c'est que, si les Chaldéens en avaient tant su , une si belle et si importante découverte ne se serait jamais perdue ; elle se serait transmise dc'siècle en siècle comme les belles démonstrations d'Archimède.
Une autre raison, c'est qu'il fallait être plus profondément instruit que ne l'étaient les Cbaldécns, pour contredire les yeux de tous les hommes et toutes les apparences cc'lcs es; qu'il eut fallu non-seulement faire les expériences les plus fines, mais employer les mathématiques les plus profondes, avoir le secours indispensable des télescopes, sans lesquels il était impossible de découvrir les phases de Vénus qui démontrent son cours autour du soleil , et sans lesquels encore il était impossible de voir les taches du soleil qui démontrent sa rotation autour de son axe presque immobile.
Une raison non moins forte, c'est que de tous ceux qui ont attribué à Pythagore ces belles connaissances, aucun ne nous a dit positivement de quoi il s'agit.
Diogèuc de Laërcc, qui vivait environ neuf cents ans après Pythagorc, nous apprend que, scion ce fjraud philosophe, le nombre UN était lo premier principe, et que de DEUX naissent tous lc£ nombres; que les corps ont quatre élémens, le feu, l'eau, l'air, et la terre; que la lumière et les ténèbres, le froid et le ebaud, l'humide et le sec, sont en égale quantité; qu'il ne tout point manger de rcvcs; que l'iltuc est divisée en trois parties; que Pythagorc avait été autrefois Aetalidc, puis Euphorbe, pnis Hcrmotime , et que ce grand homme étudia la magie à fond. Notre D:og« ne ne dit pas un mot du vrai système du monde, tUribué à ce Pythagorc : et il tou'. avouer qu'il y a loin de son aversion prétcudue pour les fèves aux observations cl aux calculs qui déniontrert aujourd hui le cours des planètes et de la terre.
Le fameux arien Eusébc, évêque de Césaréc, dans sa Préparation évangélique, s'exprime ainsi (./) : m Tous les philosophes prononcent que la terre est en repos ; mais i'bilolaûs le piripaléticien pense
(i) Si nous osions avoir une opinion sur ce sujet, nom dt~ riout qu'il est vraisemblable que ni le» l'gyptieu», n; le» Chal- Jjihî, ni le* ludicns n'ont jamui» coddu le vétituLIe système du monde ; que Pytliagnro a connu ce système, pure* qu'il l'a donné d'après les ol-'sci ra lions d t orientaux, alors beaucoup pins ar>elèruH'S et plus complète» que celle» de» Grecs; qu'il surfit poui cet id avoir ui:e idée liien nette ôes loi» du mouvement apparent, ce qui n'était pas unpouiile pour un Lotiunc qui av.iil autant de gruie qucPytliag rc; <jt:e ce système fut rejeté par lcsGrtc*^ pirec qu il était trop contraire aux idér:* commun' s , et que a ailleurs P)l]-a*ore ne pouvait l'appuyer «nr d'à preuves ; niai» que les Grec» en conservèrent u qu'il» nous ont transmis. Le livre d'Eltsine de Cent ce fourmille d'erreur» grossières sur l'astronomie et 1a physique dr» anciens ; nais ce livre est précieux, parce quo ses ni .surdités même peuvent conduire a retrouver 1rs vérités qu'il défigure. U en est da m'me dt Mularqne, J'ai. leur» l.rancoitp meilleur écrivain, et lu» uu-tnictil qu'Kus'-l c de (\ une.
{a) Pige 85o, édition in folio.
qu'elle se meut autour du feu dans uu cercle oblique, tout comme le soleil cl la lune. »
Ce galimatias u'a rien de commun avec les sublimes viriles que nous ont enseignées Copernic, Galilée, Kepler, cl surtout Newton.
Quant au prétendu Aristarque de Samos, qu'on dit avoir développé les découvertes des Chaldécns sur le cours de la planète de la terre cl des autres planètes, il est si obscur, que vA'aIlis a été obligé de le commenter d'un boul à l'autre pour lâcher de le rendre intelligible.
Enfin il est fort douteux que le livre attribué à cet Aristarque de Samos soit de lui. On a forl soupçonné les ennemis de la nouvelle philosophie d'avoir fabriqué celte fausse pièce en faveur de 'eur mauvaise cause. Ce n'est pas seulement en fait de vieilles chartes que nous avons eu de pieux faussaires. Cet Aristarque de Samos est d'autant plus suspect , que Plularque l'accuse d'avoir été un bigot, un méchant hypocrite, imbu de l'opiniou contraire. Voici les paroles de Plutarque dans son fatras intitulé : La (ace du rund de la lune. Aristarque le Samien disait que les Grecs devaient « punir Cléanthc de Samos, lequel soupçonnait que le ciel csl immobile, et que c'est la terre qui se meut autour du zodiaque , eu tournant lur sou axe. »
Mais, me dira-t-on, cela même prouve que le sy»* tème de Copernic étail déjà dans la tète de ce Cléanthc et de bien d'autres. Qu'importe qu'Aristarque le Samien ait été de l'avis de Cléanthc le Samien, ou qu'il ait été son délateur, comme le jésuite Skciuer a été depuis le délateur de Galilée ? Il résulte toujours évidemment que le vrai système d'aujourd'hui était connu des anciens.
Je réponds que non ; qu'une très-faible partie de ce système fut vaguement soupçonnée par quelques têtes mieux organisées que les autres. Je réponds qu'il ne fut jamais reçu , jamais enseigné dans ks écoles; que ce ne fut jamais un corps de doctrine. Lisez attentivement celle Face de la lune de Plutarque, vous y trouverez, si vous le voulez, la doctrine de la gravitation. Le véritable auteur d'uu système est celui qui le démontre.
N'envions point à Copernic l'honneur de la déco iverte.Trois ou quatre mots déterrés dans un vieil auteur, et qui peuvent avoir quelque rapport éloigné avec son système, ne doivent pas lui enlever la gloire de l'invention.
Admirons la grande règle de Kepler , que les carrés des révolutions des planètes autour du soleil sont proportionnels aux cubes de leurs distances.
Admirons encore davantage la profondeur, la justesse, l'invention du grand Newton, qui seul a découvert les raisons fondamentales de ces lois inconnues à toute l'antiquité , et qui a ouvert aux hommes un ciel nouveau.
11 se trouve toujours de petits compilateurs qui osent être ennemis de leur siècle; ils entassent, entassent des passages de Plutarque cl d'Athénée, pour tâcher de nous prouver que nous n'avons nulle obligation aux Newton, aux llallcy, aux Bradlcy. Us se font les trompettes de la gloire des anciens. Us pré-
NiNAIRE
tendent que ces anciens ont tout dit; et ils sont assez imbéciles pour croire partager leur gloire, parce qu'ils la publient. Ils tordent une phrase d Hippocraie pour faire accroire que les Grecs connaissaient la circulation du sang mieux qu'IIarvcy. Que ne disent- ils aussi que les Grecs avaient de meilleurs Tusils, de plus gros canons que nous, qu'ils lançaient des bombes plus loin; qu'ils avaient des livres micu* imprimés, de plus belles estampes, etc., etc. ? qu'ils excellaient dans la peiuture à l'huile; qu'ils avaient des miroirs de cristal, des télescopes, des microscopes, des thermomètres ? Xe s'est -il pas trouvé des gens qui ont assuré que Salomon., qui ne possédait aucun por: de mer, avait envoyé des flottes eu Amt rique ?ctc, etc.
Un des plus grands détracteurs de nos derniers siècles a été un nommé Dutcns. H a fini par faire un libelle aussi infâme qu'insipide contre les philosophes de nos jours. Ce libelle est intitulé le Tec-in, mais il a eu beau sonner sa cloche, personne n'est venu à son secours, et il u'a fait «fuc grossir le nombre des Zoilcs, qui, ne pouvant rien produire, ont répandu leur venin sur ceux qui ont immortalisé leur patrie et servi le genre humain par leurs productions.
Remarques sur celte lettre.
L'ecphoxie, qui adoucit toujours le langage et qui l'emporte sur la grammaire, fait que dans la prononciation nous changeons souvent ce t en c. Nous prononçons ambitieux , akcion , partial; car, lorsque ce f est suivi d'un / cl d'une autre voyelle, le son du l parait un peu trop dur. Les Italiens ont changé de même ce t en :. La même raison nous a insensiblement accoutumés à écrire et à prononcer un t à la fin de certains temps des verbes. // aima, mais aima-l-il constamment? il arriva, mais à peine arriva - 1- il ; il s'éleva, mais s'c!cva-l-il au-dessus des préjugés ? on raisonne, mais raisonne -t- on conséqucmiucnt?etc. ; i/ écrira f mais ècrira-t-il avec élégaucc; il joue, joue-t-il habilement ?
Ainsi donc quand la troisième personne du présent, du prétérit et du futur, se termiuaut en voyelle, est suivie d'un article ou de la particule on qui licut lieu d'article, l'usage a voulu qu'on plaçât trujours ce I. Ou étendait autrefois plus loin cet usage. On pro&ODçait ce f à la fin de tous les prétérits en a; il aima à aller, ou disait il aima-tii aller; et cette prononciation s'est conservée dans quelques province L'as^m de Paris l'a rendue très-vicieuse.
Il n'est pas vrai que, pour rendre la pronouciarioo plus douce, on change le b en p devant uu f, qu\>n dise optenir pour obtenir. Ce serait au contraire rendW la prononciation plus dure. Le t se met encore âpre» l'impératif va, va-t'en.
Ta} pronom poss. féminin; ta mère, ta vie, ta haine. La même euphonie qui adoucit toujours le langage a changé ta en ton devant toutes les voyelles; ton adresse, son adresse, mon adresse, et non ta, sa , ma adresse; ton épee, et non ta epic; ton industrie, Ion ignorance, non fa industrie, ta ignorance; ton cwrer-
t>ire, non ta ouvsrturt. La îttlrc h, quiud elle n'eat jMiîi.t aspirée el qu'elle lîent lieu de voyelle, exige aussi le chagneraeut de ta , ma , ta, en Ion, mon, ion; ton honnêteté, es non la honnêteté.
Ta aiussi que ton doutie lei au pluriel ; tet ptinit tont invtil**.
Le redoublement du mot ta, a'gnifie un reproche de trop de vitesse ; fa ta ta , voilà bien instruire uni affaire •' Mais ce n'est point un terme de la langue , c'et une espèce d'exc'atnktiou aibilrairr. C'est ainsi que dan* une salle d'armes ou disait c'est un tata pour d'sguer un ferrailleur.
TAIUC.
Ta>ac, subst. mise. , mot étranger. On donna ce nom en 1560 à cette herbe découverte dans l'Ile de Tabago. Les naturel* de la Floride la nommaient ;>efun ; elle eut eu France le nom de nieotiane, i'herbe à la reine , et divers autres noms. Il y a p'usieurs espèces de Ubac ; chacune prend sou nom ou de l'endroit où cette p'ante. croit ou de celui où eiJe est minufacturée, ou du port principal , ou dii pays d'où part cette marchandise. Le petit peuple ayant commencé en Frauce à prendre du tabac par ie nés , ce fut d'adurd uue indécence atri femmes d'eu faire mage. Voilà pourquoi Boileau dedans la s. Ire des femme* (sers 071-72):
Fait même i ses aman* trop faible d'e*t«uu;ict Redouter ses baisers pleins d'ail et de labac.
Oo dit/umer du tabae , et on entend la par le mot seul de fumer.