‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 491 sur 551 · SUPPLICES · texte numérisé non relu

SUPPLICES

SECTION PEEMIEftE.

Oui , répétons, un pendu n'est bon à rien. Proba-

blement quelque bourreau, aussi charlatan que cruel, aura fait accroire aux imbéciles do son quartier que

Le cardinal de Richelieu, en allant à Lyon se

mort ? quel bien pouvait faire l'a du maréchal de Marillac ?

Je dirai plus ; si le duc Ma xi mi lien de Sully n'avait pas forcé le bon Henri IV à faire exécuter le maréchal de Biron couvert de blessures reçues à son service , peut-être Henri n'aurait-il pas été assassiué lui-même; peut-être cet acte de clémence, si bien placé après la condamnation , aurait adouci l'esprit de la ligue qui était encore très -violent; peut-être n'aurait -on pas crié sans cesse aux oreilles du peuple : Le roi protège toujours les hérétiques , le roi maltraite les bons catholiques, le roi est un avare, le roi est un vieux débauché qui à l'âge de cinquante- sept ans est amoureux de la jeune princesse de Condé, ce qui réduit son mari à s'enfuir du royaume avec sa femme. Toutes ces flammes du mécontentement universel n'auraient pas mis le feu à la cervelle du fanatique feuillant Ravaillac.

Quant à ce qu'on appelle communément la justice, c'est-à-dire, l'usage de tuer un homme parce qu'il aura vole un écu a sou maître, ou de le brûler comme Simon Morin , pour avoir dit qu'il a eu des conversations avec le Saint-Esprit, et comme on a brûlé un vieux fou de jésuite nommé Malagrida, pour avoir imprimé les entretiens que la sainte Vierge Marie avait avec sa mère sainte Anne quand elle était dans «on ventre, etc. ; cet usage, il faut en convenir, n'est ni humain, ni raisonnable, et ne peut jamais être de la moindre utilité.

Nous avons déjà demandé quel avantage pouvait résulter pour l'état de la mort d'un pauvre hommo connu sous le nom du fou de V erberie , qui , dans un souper chez des moines, avait proféré des paroles insensées, et qui fut peudu au lieu d'être purgé et saigné.

Nous avons demandé encore s'il était bien uéesssaire qu'jin autre fou qui était dans les gardes -ducorps, et qui se fit quelques taillades légères avec un couteau , à l'exemple des charlatans , pour obtenir quelque récompense , fût pendu aussi par arrêt du parlement ? était-ce là un grand crime ? y avait-il un grand danger pour la société de laisser vivre cet homme ?

En quoi était-il nécessaire qu'on coupât la main et h langue au chevalier de La Barre? qu'on l'appliquât A la torture ordinaire et extraordinaire, et qu'on le brûlât tout vif ? telle fut sa sentence , prononcée par les Solons et les Lycurgucs d'Àbbcville. De quoi s'agissait -il ? avait -il assassiné sou père et sa mère ? craignait-on qu'il ne mît le feu à la ville ?On l'accusait de quelques irrévérences si secrètes que la sentence même ne les articula pas. Il avait, disait -on, chaulé une vieille chanson que personne uc connaît; il avait

vu passer de loin mic procession de capucins sans la saluer.

Il faut que cher certains peuples le plaisir de tuer son prochain en cérémonie, comme dit Boileau, et de lui faire souffrir des tourment épouvantables, soit un amusemeut bien agréable. Ces peuples habitent le quarante - neuvième degré de latitude; c'est précisément la position des Iroquois. Il feut espérer qu'on les civilisera un jour.

Il y a toujours dans cette nation de barbares' dru» ou trois mille personnes très-aimables, d'un goot délicat, et de très-bonne compagnie, qui à la îîn poliront les autres.

Je demanderais volontiers à crut qui aiment tant a « lever des gibets , des échafauds , des bûchers, et A faire tirer des arquebusades dans la cervelle, s'ils sont toujours en temps de famine, et s'ils tuent ainsi leurs semblables de peur d'avoir trop de monde à uourrir ?

Je Tus effrayé un jour en voyant la liste des déserteurs depuis huit années seulement; on en comptait soixante mille. CYtait soixante mille compatriotes auxquels il fallait casser la téte an son du tambour, et avec lesquels on aurait conquis une province frte avaient été bien nourris et bien conduits.

Je demanderais encore à quelques- «ms de ees-Dracons subalternes, si dans leur pays il n'y a- pas de grandes routes, et des chemins de traverse t construire, des terrains incultes à défricher, et si les pendus et les arquebusés peuvent leur rendre ce ser-

vice

Je ne leur parlerais pas d'humanité , mais d'utilité : malheureusement ils n'entendent quelquefois ni l'un ni l'autre. Et , quand M. Bcccaria fut applaudi de l'Europe pour avoir démontré que les peines doivent tHrc proportionnées aux délits, il se trouva bien vit» cher, les Iroquois un avocat, gagé par un prêtre, qui soutint que torturer, pendre, rouer, brûler, dans tous les cas, est toujours le meilleur.

SECTION II

C'est en Angleterre -urtouf, plus qu'en aucun pays, que s'est signalée la tranquille fureur d'égorger les hommes avec le glaive prétendu de la loi. Sans parler de ce nombre prodigieux de seigneurs du sang royal , de pairs du royaume, d'illustres citoyens péri» sur un échafaud en place publique, il suffirait de réfléchir sur le supplice de la reine Anne Boulen, do ht reine Catherine Howard , de la reine Jeanne Gray, de la reine Marie Stuart, du roi Charlesl*», pour justifier celui qui a dit que c'était au bourreau d'écrire l'histoire d'Angleterre.

Après cette île, on prétend que la France est le pays où les supplices ont été le plus communs. Je ne dirai rien de celui do la reine Brunebaut ; car je n'en crois rien. Je passe a travers mille échafauds, et je m'arrête à celui du comte de M ontécuculli , qui fut ecartelé en présence de François 1" et de toute la cour, parce que le dauphin François était mort d'une pleurésie.

Cet événement est de 1 536. Charles-Quint, victorieux de tous les cotés en Europe et en Afrique, rava-

geait à la fois la Provence et la Picardie. Pendant cette campagne qui commençait pour lui avec avantage, le jeune dauphin , Agé de dix-huit ans, s'échauffa a jouer à la paume dans la petite ville da Tourne*». Tout en sueur il boit de l'eau glacée ; il meurt de la pleurésie le cinquième jour. Tonte la cour, tonte la France crie que l'empereur Charles-Quint a fait cmpoisonncr ir naupmn ut* rrance. i..enp accusation .

aussi horrible qu'absurde, est1 répétée jusqu'à' i jours. Malherbe dit dans une? de ses odfes :

François, quand la Caltflle icég«l« a fs «nwi Lai vais un* dauphin .

Il n'est pas question d'examiner si 1'rmpereur éutc inégal aux armes de François 1" parce qu'il sortit de Provence après l'avoir épuisée, ou si c'est voter un dauphin que de l'empoisonner, au1 m on jette de» larmes d'un coup-, lesquelles n'ont point fin. Ces mauvais vers font voir seulement que l'empoisonnement de François , dauphin, par Charles- Quint passa tonjours en Primée pour une vérité incontestable.

Dauiel ne diseulpe point l'empereur. Henault dit dans son Aferégé : « François , dauphin , mort de poison. ».

Ainsi tous les écrivains se copient les uns 1rs autres. Enfin, fauteur de ^Histoire de François I" ose, comme moi, discuter le fini .

Il est vrai que le eemtc Montecucollî, qui était au service da dauphin , fut condamné par des commis* «aires à être écartelé, comme coupable d'avoir empoisonne ce prince.

Les historiens disent que ce Montécucutli était «on «'•chanson. Les dauphins n'en ont point. Mais je veux qu'ils en ciment alors ; comment ce gentilhomme eutil mêlé sur-le-champ du poison dans un verre d'eair fraîchi- ? avait-il toujours du poison tout prêt dans ^* poche pour le moment on son maître demanderait » Loin; ? il n'était pas seul avec ledaupbio qu'on essuyait au sortir du jeu de paume. Les chirurgiens qui ouvrirent son corps dirent (à cequ 'on prétend) que le prinre avait pris de l'arsenic. Le prince en l avalant aurait

l'eau aurait été colorée; on ne l'aurait pas traité d'une pleurésie. Les chirurgiens étaient des ignorans qui disaient ce qu'on voulait qa^ls dissent: cela n est que trop commun.

Quel intérêt aurait eu cet officier à faire mourir son maître ? de qni pouvait-il espérer plus de fortune ?

Mais, dit-on, il avait aussi 11 sonner lé rot. ' habilité.

Qui devait lui payer ce double crime? . que c'était Charles- Quint. Autre improbabilité non moins forte. Pourquoi commencer par un enfant de dix-huit ans et demi qni d'ailleurs avait deux frères ?

point à table ?

Il ny avait rien à gagner pour Charles- Quint en donnant la mort à ce jeune dauphin qui n'avait ja qnianv.it «.deaveogeu»

xiimc honteux et inutile. Il ne craignait pas le père qui était le plus brave chevalier de sa cour, et il a lirait craint le fils cjui sortait de l'enfance !

Mais on uous dit que ce Montécuculli, dans un voyage à Ferraro, sa patrie, fut présenté à l'empereur; que ce monarque lui demanda des nouvelles de la magnificence avec laquelle le roi était servi à table, et de Tordre qu'il tenait do.is sa maison. Voilà certes une belle preuve que cet ltali'n fut suborné par ■Charles-Quint pour empoisonner la famille royale!

Oh ! ce uc fut pas l'empereur qui l'engagea luimême dans ce crime ; ce furent ses «énéraux , Antoine de Lève et le marquis de Gonzaguc. Oui ! Autoiuc de Levé, Âgé de quatre-vingts ans, et l'un des plus vertueux chevaliers de l'Europe ! et ce vici.'lard eut l'in- -di>crrtion de lui proposer ces empoisonnement conjointement avec un prince de Gonzaguc! D'autres nomme ut le marquis dcl Vasto, que vous appelez du Guast. Accordez-vous donc, pauvres imposteurs. — Vous dites que Montécuculli l'avoua à ses juges. Avezvous vu les pièces originales du procès?

Vous avancez que cet infortune était chimiste. Voilà vos seules preuves; voilà les seules raisons pour lesquelles il subit le plus effroyable des supplices. Il «'tait italien , il était chimiste , ou haïssait Charles- Quint; on se vengeait bien honteusement de sa gloire. Quoi ! votre cour fait écartcler un homme de qualité sur de simples soupçons, dans la vaine espérance de déshonorer un empereur trop puissant.

Quelque temps après, vos soupçons toujours légers accusent de cet empoisonnement Catherine de Médicis, épouse de Henri II , dauphin, depuis roi de France. Vous dites que pour régner elle fit empoisonner ce premier dauphin, qui était entre le troue et son mari. Imposteurs! tucorc une fois, accordez-vous donc. Songez que Catherine de Médicis n'était alors ii-ée que de dix-sept ans?

On a dit que ce fut Charles-Quint lui-même qui imputa cette mort à Catheriue, et on cite l'historien Vera. On se trompe; voici >cs paroles (n) :

En aie tmo avia auterto «n Paru cl delfin dm Fronda cou ». iaf« évidente* de veneno. Altribuytremlo lv* tuyo* a diligen- < in del marques de Batto , y Antonio de Ltiva, y eoilô la vida Af tlontt-eaeulo , Francèt , con qu'un te eorrespondian : indiy« mpteka de Un qemeroto, htmshm,-y inulil; fmesto, que

vtderoêo, ni tin mermano* que le^tmdteuen.

Brevemeate te pauo desta pt etuttetou a atra ma* ûtndudu, que avia tido la muer te per orden de tu hermano el duque de Orlien*, a pertuaiUm it CaUrina de Mcdicit tu muqtf, ambin«« àellenar a ter reyna, eomo lo fue. Y nnta binn an autot que la muette deiqracmda que l"vv dempue* este Enrieo la peri>uUv Di*)t eu autiyo de la alevota que du> (»t la du}) al WOcent* hermano : eottttmhre mut que meduinamente introduçtda en principe*, detkaserte a poc* emta de lo* que por alqutt coin mo lo* embaraean ; pero tiempre ton vitibUminl cattiqado» pur Dèo*.

« En cette année mourut à Paris le dauphin de France avec les signes évidens de poison. Les sien* l allribuèrent aux ordres du marquis dcl Vasto et d'\utoinc de Lève, ce qui coflla la fie au comte de P'ntitccuculo, Français qui était en correspondance

; ; l\»gc i6C.

avec eux : indigne et inutile soupçon contre des hommes si généreux, puisqu'en tuant le dauphin on gagnait peu. Il n'était encore connu par sa valeur, j>i lui , ni ses frères, qui devaient lui succéder.

« De cette présomption on passa à une antre; on prétendit que ce meurtre avait été commis par l'ordre du duc d Orléans son frère, à la persuasion de Catherine de Médicis sa femme, qui avait l'ambition d'être reine , comme elle le fut en effet. Un auteur remarque très-bien que la mort funeste du duc d Orléans, depuis Henri M , fut une punition divine du poison qu'il avait donné à son frère (si pourtant il lui en lit donner); coutume trop ordiuairc aux princes de se défaire à peu de frais de ceux qui les embarrassent dani leur chemin, mais souvent et visiblement punie de Dieu. »

Le senor de Vera n'est pas, comme on voit, an Tacite. D'ailleurs il prend Montécuculli ou Montccuculo pour uu Français. Il dit que le dauphin mourut à Paris, et ce fut à Tournoi). Il parle de marques évidentes de poison sur le bruit public ; mais il est évident qu'il n'atlribue qu'aux Français l'accusation contre Catherine de Médicis.

Cette accusation est aussi injuste et aussi extravagante que celle qui chargea Montécuculli.

Il résulte que cette légèreté particulière aux Français a dans tous les temps produit des catastrophes bien funestes. A remonter du supplice injuste de Montécuculli jusqu'à celui des templiers, c'est une suite de supplices atroces, fondés sur les présomptions les plus frivoles. Des ruisseaux de sang ont coulé en France , parce que la nation est souvent peu réfléchissante et très -prompte dans ses jugemens. Ainsi tout sert à perpétuer les malheurs de la terre.

Disons un mot de ce malheureux plaisir que las hommes, et surtout les esprits faibles, ressentent en secret à parler de supplices, comme ils en out à parler de miracles et de sortilèges. Vous trouverez , dans le dictionnaire de la Bible de Calmct, plusieurs belles estampes des supplices usités chez les Hébreux. Ces figures font frémir tout honnête homme. Prenons cette occasion de dire qne jamais ni les Juife, ni aucun antre peuple ne s'avisèrent de crucifier avec des clous, cl qu'il n'y en a aucun exemple. C'est une iintaisie de peintre qui s'est établie sur

SECTION III

Hommes sages répandus snr la terre (car il y en a), criez de toutes vos forces, avec le sage Bcccaria , qu'il faut proportionner les peines aux délits.

Que si on casse la tiMc d'un jeune homme de vingt ans, qui aura passé six mois auprès de sa mère ou de sa maîtresse au lieu de rejoindre le régiment , il nr pourra plus servir sa patrie.

Que si vous pendez dans la place des Terreaux, (ft) cette jeune servante qui a volé douze serviettes à sa maîtresse, elle aurait pu donner à votre ville uue douzaine d'enfans que vous étouffez, qu il n'y a nulle

(*J U ca* nt «frire i l.yetp en 1 7-».

proportion entre donze serviettes et la vie , et qu'enfin vous encouragez le vol domestique, parce que oui maître ne sera assez barbare pour faire pendre son cocher qui lui aura volé de l'avoine, et qu'il le ferait punir pour le corriger, si la pciue était proportionnée.

Que les juges et les législateurs sont coupables de la mort de tous les enfaus que de pauvres filles séduites abandonnent, ou laissent périr, ou étouffent par la même faiblesse qui les a fait naître.

Et c'est sur quoi je veux vous eonlcr ce qui vient d'arriver dans la capitale d'une sage et puissante république qui , toute sage qu'elle est, a le malheur d'avoir conservé quelques lois barbares de ces temps antiques et sauvages qu'on appelle le temps des bonnes moeurs. On trouve auprès de cette capitale un enfant nouveau né et mort ; on soupçonne une fille d'en étro la mère; on la met au cachot; on l'interroge; elle répond qu'elle ne peut avoir fait cet enfant , puisqu'elle «st grosse. On la fait visiter par ce qu'on appelle si mal à propos des sages-femmes, des matrones. Ces imbéciles attestent qu'elle n'est point enceinte ; que ses vidanges retenues ont enflé son ventre. La malheureuse est menacée de la question; la peur troubleson esprit ; clic avoue qu'elle a tué son enfant prétendu ; on la condamne à la mort ; elle accouche pendant qu'on lui lit sa sentence. Ses juges apprennent qu'il ne faut pas prononcer des, arrêts de mort légè-

A l'égard <le ce nombre innombrable de supplices, dans lesquels des fanatiques imbéciles ont fait périt tant d autres fanatiques imbéciles , je n'en parlerai plus, quoiqu'on ne puisse trop en parler.

Il ne se commet guère de vols sur les grands chemins en Italie sans assassinats, parce que la peine de mort est la même pour l'un et l'autre crime.

Sans doute que M. de Beccaria en parle dans son Traité des délits et des peines.

SYMIIOLE, oc CREDO.

Nous ne ressemblons point à mademoiselle Duclos, cette célèbre comédienne, à qui on disait : Je parie, mademoiselle, que vous ne savez pas votre Credo, u Ah, ah, dit-elle, je ne saia pas mon Credo! je vais vous le réciter. Pater noster, qui Aidezmoi , je uc me souviens plus du reste. » Pour moi, jt récite mon huer et mon Credo tous les matins ; je ne Mis point comme Broussin dont Réminiac disait t

Broun in , Art Vigc le plu» lw !rc,

Poatéda U lance Robert , Sans ({lie ton précepteur lui pût jamais apprendre

Ni ton Crtdo, ni ton Pattr.

Le symbole ou la collation vient du mot bymbolein, et l'église laline adopte ce root, comme elle a tout pris de l'église grecque. Les théologiens un peu instruits savent que ce symbole, qu'on nomme aV< <i/>étres, n'est point du tout des apôtres.

On appelait symbole chez les Grecs les paroles, les signes auxquels les initiés aux mystères de Cérès, de Cybèlc , de .Mit Lia , se reconnaissaient (a); les

ehi( tiens avec le temps curent leur symbole. S'il avait existé du temps des apôtres, il est à croire que saint Luc en aurait parlé.

On attribue à saint Augustin une histoire du symbole dans son sermon 1 1 5; on lui fait dire, dans ce sermon , que Pierre avait commencé le symbole en disant : « Je crois en Dieu père tout-puissant; » Jean ajouta : u Créateur du ciel et de la terre; » Jacques ajouta : « Je crois en Jésus-Christ son fils notre Seigneur; » et ainsi du reste. On a retranché cette fable dans la dernière édition d'Augustin. Je m'en rapporte aux révérends pères bénédictins , pour savoir au juste s'il fallait retrancher ou non ce petit morceau qui est curieux.

Le fait est que personne n'entendit parler de c* Credo pendant plus de quatre cents années. Le peuple dit que Paris n'a pas été fait en un jour; le peuple a souvent raison dans ses proverbes. Les apôtres eurent notre symbole dans le cœur, niais ils ne le mirent point par écrit. On en forma un du temps de saint Irénéc, qui ne ressemble point à celui que nous récitons. Notre symbole , tel qu'il est aujourd'hui , est constamment du cinquième siècle. Il est postérieur • celui de Nicéc. L'article qui dit que Jésus descendit aux enfers, celui qui parle de la communion des saints, ne se trouvent dans aucun des symboles qui précédèrent le nôtre. Et eu effet, ni les Evangiles, ui les Actes des apôtres, ne disent que Jésus descendit dans l'enfer. Mais c'était une opinion établie dès le troisième siècle, que Jésus était descendu dans l'Hadès, dans IcTartarc, mots que nous traduisons pa celui d'enfer. L'enfer, en ce sens, n'est pas le mot hébreu scheol, qui veut dire le souterrain , la fosse. Et c'est pourquoi saint Athanase nous apprit depuis comment notre Sauveur était descendu dans les enfers. « Son humanité, dit- il , ne fut ni tout entière dans le sépulcre, ni tout entière dans l'enfer. Elle fui dans le sépulcre selon la chair, et dans l'enfer selon lMrac. »

Saint Thomas assure que les saints qui ressuscitèrent à la mort de Jésus-Christ moururent de nouveau pour ressusciter ensuite avec lui ; c'est le sentimeDt le plus suivi. Toutes ces opinions sont absolument étrangères à la morale; il faut être homme de bien, soit que les saints soient ressuscites deux fois , soit que Dieu ne les ait ressuscité* qu'une. Notre symbole a été fait tard, je l'avoue; mais, la vertu est de toute éternité.

S'il est permis de citer des modernes dans une matière si grave , je rapporterai ici le Credo de l'abbé do Saint-Pierre, tel qu'il est écrit de sa main dans son livre sur la pureté de la religiou, lequel n'a point èlm imprimé, et que j'ai copié fidèlement.

« Je crois en un seul Dieu et je l'aime. Je croisqu'il illumine toute âme venant au monde, ainsi que le dit saint Jean. J'entends par- là toute âme qui le cherche de bonne foi.

«i Je crois en un seul Dieu, parce qu'il ne peut t avoir qu'une seule Ame du grand tout , un seul vivifiant, un formateur unique.

a Je crois en Dieu le père tout -puissant , paj qu'il est père commun de la nature et de tous

Civcé a changés cr leur rcudre la forme humaine. »

Paradis aux biaifcsans!

Nous rapportons historiquement ce symbole de l'abbé de Saint-Pierre, sans l'approuver. Nous ne le regardons que comme une singularité curieuse ; et nous nous en tenons, avec la foi la plus respectueuse, au véritable symbole de l'église.

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