‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 516 sur 551 · THÉISME · texte numérisé non relu

THÉISME

Le théisme est une religion tépandue dans toutes les religions; c'est un métal qui s'allie avec tous le* autres , et dont les veines s'élcidcul sous terre aus quulre coins du moude. Cette uiiue est plus à décoo* vert, plus travaillée à la Chine; partout ailleurs elle est cachée, et le secret n'est nue dans les mains des adeptes.

11 u'/ a point de pays où il y ail plus de ces adeptes qu'en Angleterre. Il y avait au dernier su cl* beaucoup d'athées en ce pays-là, comme eu France et en Italie. Ce que le chancelier Bacon avait dit su trouve vrai a la lettre, qu'un peu de philosophie rend un homme athée, et que beaucoup de philoso* plue mène à la connaissance d'un Dieu. Lorsqu'on croyait avec Epicure que le hasard fait tout; ou avec Arislole,ct un nie avec plusieurs anciens ihéologienaj que rien ne liait que par corruption, et qu'avec de ta matière et du mouvement le monde va tout seul, alors on pouvait ne pas croire a la l'rovidence. Mais depuis qu'on entrevo t la nature, que les anciens ne voyaient point du lotit; depuis qu'on s'est aperçu que tout est organisé, que tout a son germe; depuis qu'on a bien su qu'un champignon est l'ouvrage d'une sagesse in* finie aussi-bien que tous les mondes, alors ceux qui pensent ont adoré là où leurs devanciers avaient blasphémé. Les physiciens son devenus les hérauts de la Providence : uu catéchiste annonce Dieu a des enfans, et un Newton le démontre aux sages.

Bien dos gens demandent si le théisme considéré à part, et sans aucune autre cérémonie religieuse» est eu effet une roligion? La réponse est aisée; celai qui ne reconnaît qu'un Dieu créateur, celui qui ne consid ro en Dieu qu'un ê re infiniment puissant, et qui ne voit dans ses créatures que Jea machines aduuV> rahles , n'est- pas plus religieux envers i«i qu'un Eure» péan qui admirerait le roi de la Chine n'est pour celft sujet de ce prince. Maïs cc.ui qui pense que Dieu a daigné mettre un rapport entre 'ui et les hommes, qu'il les a faits libres., capables du bitn et du mal . H qu'il leur adonné a tous ce bon sens qui est l'instinct ds k'bomme, et sur lequel est fondé la loi naturelle», celui -la sans doute a une religion, et une religion: beaucoup meilleure que toutes les sectes qui août dors de nuire église ; car toutes ces sectes sont fausses , et la loi naturelle est vraie. Notre religion révélée n'est même, et ne pouvait être que celte loi naturelle perfectionnée. Ainsi le théisme est le bon sens qui n'es* pas encore iustruil de la révélation , et les autres re» ligions sont le bon sens perverti par la superstition*

s, parce qu'elles)

On demande pourquoi de cinq ou six cents secte* il n'y en a guère eu qui n'aient fait répandre du sang, et que les théistes, qui sont partout si nombreux,' n'ont jamais causé le moindre tumulte ? c'est que ce sont des philosophes. Or des philosophes peuvent faire de mauvais raisonnemens , mais ils ne font jamais d'intrigues. Aussi ceux qui persécutent un philosophe, sous prétexte que ses opinions peuvent être dangereuses au public, sont aussi absurdes que ceux qui craindraient que l'étude de l'algèbre ne fit enchérir le pain au marche; il faut plaindre un êtro pensant qui s'égare ; le persécuter sst insensé et horrible. Nous sommes tous frères; si quelqu'un do mes frères, plein de respect et de l'amour filial, animé do la charité la plus fraternelle, ne salue pas notre père commun avec les mêmes cérémonies que moi , dois-jc l'égorger et lui arracher le cœur ?

Qu'est-ce qu'un vrai théiste ? C'est celui qui dit à Dieu : « Je vous adore ot je vous sers : » c'est celui qui dit au Turc, au Chinois, à l'Iudicn, et au Russe : tt Je vous aime. »

11 doute peut-être que Mahomet ait voyagé dans la lune, et en ait mis la moitié dans sa manche; il ne veut pas qu'après sa mort sa femme se brûle par dévotion ; il est quelquefois tenté de ne pas croire à l'histoire des onze mille vierges, et à celle de saint A niable, dont le chapeau et les gants furent portés par on rayon du soleil , d'Auvergne jusqu'à Rome. Mais à cela près c'est un homme juste. Noé l'aurait admis dans son arche, Numa Pompilius dans ses conseils; il aurait monté sur le char de Zoroastrc; il aurait philosophé avec les Platon, les Aristippe, lesCicéron, les Atticus : mais n'aurait-il point 1m de la cigue avec Socrate ?

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